23/05/2008

Islam : le bon et le mauvais indissociables ?

Dans son dernier billet, Hani Ramadan en remet une couche sur les traditions humanistes de l'Islam et du Coran. Ce que personnellement, je ne nie pas. Le gros problème, c'est que dans le Coran, et dans les traditions islamistes, il y a aussi tout le contraire, à savoir beaucoup de violence, de barbarie et d'oppression. Quasiment toutes les religions, même les chrétiennes ont cette ambivalence en elles. J'y repensais en écoutant le Cé qué laino l'autre jour à la cathédrale, en l'honneur de Daniel Zappelli. Le chant fait appel au dieu vengeur de la cité, maître des bataillé. Exactement comme dans toutes les traditions animistes les plus primitives où le dieu de mon village, ou de mon clan, est plus fort que le tien et va lui casser la gueule. C'est du niveau d'une cour de récré :"Je vais chercher mon grand frère qu'est policier".

Le problème de l'Islam, c'est que comme l'infaillibilité du dogme divin y est intangible et indiscutable, tout ce qu'il y a dans le Coran est forcément vrai et d'égale valeur. Alors que depuis St Augustin, les chrétiens - je suis athée, je le rappelle - ont appris à juger, à soupeser et précisément à améliorer les concepts. A s'affranchir du dogme divin pour transcender la pensée et faire évoluer la morale. Les musulmans, du moins ceux qui sont figés dans l'apprentissage par coeur du Coran, ne peuvent pas trancher. Ils n'en ont pas le droit. C'est tout le problème.

Du coup, la légitimité d'un imman autoproclamé progressiste et pacifiste n'est pas plus vraie ou fausse que celle d'un imman autoproclamé intégriste, fondamentaliste ou même terroriste. Et vice versa, du moment qu'il puise sa science du livre sacré. Un de ces fous peut très bien justifier, au nom du Djihad, une attaque meurtrière contre l'Eurofoot à Genève par exemple et certains l'ont déjà fait sur internet. Ce ne sera ni plus vrai ni plus faux que la fatwa (que l'on attend toujours au demeurant) qui condamnerait l'acte par avance en expliquant pourquoi une telle violence aveugle serait contraire à l'Islam. Cette fatwa, ce serait bien qu'elle soit signée par Hani Ramadan et particulièrement virulente à l'égard des violents exterminateurs.

Cela ne rachèterait pas ses propos inadmissibles à l'égard des femmes et de la lapidation, mais ce serait un début. Un bon début. Qui permettrait de savoir dans quel camp il entend se placer. Celui du progrès ou de l'obscurantisme.  

Commentaires

D'abord un mot sur les pseudonymes, si ce courrier franchit la censure. Je sais par expérience que dans un sujet comme l'Islam, le danger de représailles personnelles existe, mais si elles ne prennent que la forme du harcèlement. Ensuite, on peut vouloir garder un certain anonymat (certain, car la Tribune a les données personnelles sur les gens qui sont inscrits avec pseudonyme) non par lâcheté, je suis trop vieux pour craindre pour moi-même, mais pour ne pas risquer de compliquer la vie de ses enfant dans l'avenir. Cela paraît peut-être paranoïaque, je pense que pessimisme suffit. Depuis ma première lettre non publiée à la Tribune de Genève, datée de 1994, je suis intervenu à plusieurs reprises, vainement semble-t-il, pour atténuer la portée que pourraient avoir les paroles de Hani Ramadan, présenté tant de fois avec le qualificatif "intellectuel", en insulte aux grands Genevois de cette tradition, dans ce journal. Mon objectif était avant tout de montrer que malgré ses paroles souvent lénifiantes. il est une des personnes qui a fait le plus pour pourrir le climat de tolérance à Genève et nuire ainsi non seulement aux citoyens de la tradition culturelle dominante (au sens de majoritaire), mais aussi à tous les Musulmans qui se reconnaîtraient sous le qualificatif de "modérés" ou plus encore "laïques".

Ceci étant dit, si j'ai une chance de franchir, ce que je me permets d'appeler, malgré tous les bons argument de Daniel Cornu, une censure, voici le texte que je voulais vous soumettre:

Bravo pour ce texte si intelligent et bien écrit, qui pourrait contribuer, je l'espère, à ouvrir les yeux de quelques lecteurs séduits par le discours de Hani Ramadan, sur le rôle néfaste qu'il joue depuis plus d'une décennie dans la vie publique genevoise, et cela aussi bien pour les Musulmans modérés que pour les citoyens ordinaires, si je puis dire, qui vivaient avant cela dans une paix confessionnelle que l'on peut qualifier de heureuse.

Merci pour votre attention et votre texte.

Écrit par : Mère | 23/05/2008

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Souaille,

votre billet est d'une rare clairvoyance.

Effectivement, comme vous, et nombre de Genevois(e)s, j'attend que M. Ramadan proclame haut et fort un plaidoyer contre d'éventuelles attaques terroristes durant l'Euro 2008... ici ou ailleurs.

"Les penseurs et les défenseurs" de l'Islam doivent choisir quelle part du Coran ils souhaitent assumer ou rejeter, afin que l'usage de la violence comme "moyen" soit à jamais proscrit du message de paix que véhicule cette religion.

Espérons que M. Ramadan mesure qu'il ne peut plus jouer de l'ambiguité sur laquelle il semble surfer au gré du vent...

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 23/05/2008

La Paix en Islam

Par Pr Mustapha Cherif
philosophe algérien


La paix pour l’islam est fondamentale, ce n’est seulement une question fondamentale. Elle est fondamentale au sens où elle fait corps avec la réalité harmonieuse et complexe du monde. Inutile de s’imaginer que je vais procéder à une plaidoirie pour tenter d’affirmer que l’islam est aussi paix et amour, ce qui n’est pas faux. Mais, la question se pose autrement, si on veut vraiment penser la question de la Paix. Repenser les concepts et pra­tiques sociales, éducatives, politiques, culturelles, sous la forme d'une tension irréductible dans la recherche d'une solution pour vivre ensemble en paix devrait être la tâche de toujours. Il faut s’assurer que la question de la paix ne soit pas posée, définie et imposée à partir des seules postulats et mythes d’une seule culture, comme celle de l’Occident, mais à partir des paradigmes de toutes les religions et cultures en présence. Par un jeu trop facile, certains prétendent que les religions en général et l’islam encourage ou suppose la violence. La question de la « violence » est de celle qui se situe au cœur des enjeux de la paix. On veut faire croire qu’il n’y a qu’une seule forme de violence, que toute idée de violence est inadmissible. La connotation négative à ce sujet serait sans appel. L’idée que tout forme d’usage de la violence est barbare et anti-paix constitue le mythe des temps modernes pour faire confusion et diversion. Pendant ce temps, des violences multiples se déchaînent et dégénèrent, y compris et surtout par ceux qui prétendent les condamner et les éliminer.



La civilisation n’a pu éclore et forger des cités du vivre ensemble en paix que sur la base de l’intégration naturelle de l’idée de mouvement, de conflit et d’adversité à réguler, à canaliser et à ne pas refouler, pour vraiment favoriser la paix. Pour la culture musulmane, comme pour d’autres cultures qui ne pratiquent pas le leurre, la vie est création permanente, l’hypo­thèse réside dans le fait que le combat, polémos, l’effort, djihad, la maîtrise des tensions, l’acceptation de l’altercation et de la différence, sont les sources de la paix, du progrès, du développement, de la civilisation. Ce que les temps modernes tolèrent en matière de contestations et de rivalités dans les démocraties dites libérales ne correspondant pas à cette vision ouverte, réaliste et universelle. S’il est impératif que toute société doit avant tout fonctionner sur la base des principes de paix, du pardon et des bienfaits de la miséricorde, on ne peut pas fonder une vie individuelle et collective sur le refoulement de la nécessité de la résistance, y compris par la non action, la non violence, et du sens des responsabilités. Lorsque les circonstances imposent l’usage de la force la raison raisonnable exige d’assumer. L’homme des temps modernes, pacifiste, abstrait, qui tend l’autre joue, ou bien il est mythique, ou bien loin d'en avoir terminé avec ses rapports conflictuels et ses conflits intérieurs, les refoule maladivement. L'homme heureux, la société équilibrée, ne sont pas un homme ou une communauté sans tensions, sans tiraillements et sans résistances, mais vivent les difficultés dans le quotidien inhérentes à la dureté de l’existence et à l’épreuve du vivre. L image fausse de pacifisme de l’homme moderne que l’on veut imposer, pendant que des violences se déchaînent partout sous des formes insidieuses ou brutales, ruinent la propagande qui prétend que l’islam est contraire à la paix, prenant prétexte des criminels qui agissent en son nom.



Ce que l’islam refuse c’est l’aggrésion, la violence gratuite, et toutes les formes de dépassements et d’agissements inhumains. Il ne nie pas la vie comme un « combat » et le droit à la légitime défense, il réfute avec force la fausse paix, la violence aveugle, le pur affrontement, la guerre perpétuelle et totale. La notion de « guerre totale » pour asseoir une hégémonie, idée aux connotations racistes, née en Occident, ou de guerre de la « terreur » qui semble être celle des faibles en Orient, sont anti-islamique. Les musulmans des siècles derniers, notamment ceux des premiers temps, encore plus que les citoyens d’aujourd’hui, auraient été choqués par le terrorisme des faibles ou des puissants, choqués par la barbarie des guerres coloniales, des guerres mondiales du xxe siècle, les génocides et les injustices de notre temps. Faute d’une pensée méditante médiatisée à ce sujet, et pour faire diversion, certains incapables de saisir la complexité, pratiquent l’amalgame et accusent l’islam d’encourager la violence. Ils opposent sans discernement une théorie, belle et surhumaine à la fois, celle inspiré à la fois de l’Evangile, de l’acte de tendre l’autre joue, et celle pacifiste des droits de l’homme du siècle des lumières, qui concerne essentiellement l’individu, a une doctrine, différente, sans être opposée, celle du mouvement, du djihad, c'est-à-dire de l’effort et des pratiques qui en découlent. Elle concerne la défense du vivre ensemble, la collectivité, l’être commun. Le musulman sait que le combat, l’usage de la force, la lutte armée ne sont pas un accident, mais un acte conscient imposé par des circonstances, qui peuvent se répéter si on ne prend pas les mesures pour les endiguer. Comme les grands et sages stratèges, le musulman authentique sait que le vrai humain, juste et habile devrait être capable de contrôler et soumettre ses désirs, ses passions et ses penchants, ainsi que l'armée adverse, sans violence, sans engagement militaire, de reprendre les espaces, les territoires et les cités sans les assiéger et de renverser un régime oppressif sans verser de sang. La contre- violence ne signifie pas politique de la terre brûlée, massacre et des­truction. L’autolimitation de la violence et des excès et le respect de règles humaines dans le cadre de l’usage de la force sont le but pour parvenir à une vraie paix qui dépasse la simple rationalisation.

Les courants qui traitent l’islam de religion violente, paradoxalement sont souvent les mêmes qui soutiennent la propagande du choc des civilisations, les discours xénophobes et les guerres injustes dites préventives contre les peuples musulmans, définis comme l’axe du mal et des barbares à liquider. Alors que la contre-violence, le conflit sont intrinsèques et consubstantiel à l'exis­tence, des discours démagogiques, si peu pacifistes en vérité, nient cette réalité. Le faux pacifisme, le faux espoir et des théories fumeuses ont pour but de faire diversion et pour dominer tentent d’empêcher les peuples et les individus d’assumer leurs responsabilités et de prendrent conscience de la situation. Dans la trame complexe des rapports entre les individus, les peuples et les systèmes dominants, la réponse pseudo-pacifiste qui, sans discernement, fait l’apologie de la non violence, apparaît comme coupé du réel, inefficiente, et même complice de celle qui est belliciste et conflictuelle, au vu des développements anarchiques de toutes les formes d’injustices, de violences et de conflits. Elle prétend critiquer les loups, mais facilitent leur prolifération et leur main mise sur le monde.

Certains s’imaginent que les musulmans contournement des soit disantes difficultés du verset défini abusivement comme celui dit du glaive (IX, 5) et celui prétendument de la guerre (IX, 29). Comme la majorité des penseurs, Ibn Arabi, Hamed El Ghazali, Fakhr ad-Dîn Râzî, le musulman sait que Dieu n'a pas fondé la question de la foi sur l'usage de la force, ni sur celle de la violence, mais sur la liberté, le privilège, le don, le mystère : « La Rec ­titude s'est distinguée de l'Aberration »,et aussi « Si Ton Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur terre auraient tous cru ; vas-tu contraindre les humains à être croyants ? » Il est impensable d'imposer la foi en utilisant la force, cela contredit la base de la foi, la libre et sincère intention. Par contre l’usage de la force pour préserver la dignité est une démarche logique, bien plus pacifique que les prétendus discours pacifistes. On ne se dégage de la violence en fuyant nos responsabilités, en adoptant une attitude abstraite, irréaliste et coupée des enjeux.Dans le déroulement de la vie de tous les jours, le Coran nous appelle à : « ordonner le recommandable et à réfuter le blâmable» (al-amr bi'l-ma'rûfi wa'n-nahyu 'alâ'l-munkiri). Le mot djihad est lié au sens géné­ral de « l'effort » impliquant une énergie (jihd), une interpétation, ijtihad, un acte spirituel (mujâhada). Le djihad est aussi lié à la confiance, (tawakul), à la patience, (çabr) « Nous vous éprou­vons pour savoir qui sont, parmi vous, ceux qui mènent combat (mujâhidûn) et sont constants (çâbirûn). » Coran, XLVII, 31.

Faire effort pour se souvenir, raisonner, être sage, patient, attentif, pacifique, afin d’accéder au stade de la piété, un sens moral et spirituel majeur. En somme, il s’agit de se maîtriser, de préférer toujours la paix, à commencer par la paix intérieure. D’où la distinction classique et fondamentale chez les musulmans, depuis 15 siècles, entre le djihâd majeur et le djihâd mineur, conformément à la parole authentique du Prophète. Il s’agit de paix intérieure pour pouvoir bâtir une paix extérieure. Le djihad mineur, droit légitime, strictement codifié, correspond à la résistance exclusivement défensive, qui protége la communauté contre les agressions d’où quelles viennent. Le mot djihad est lié au sens géné­ral de « l'effort » impliquant une énergie (jihd), une interpétation, ijtihad, un acte spirituel (mujâhada). Le djihad est aussi lié à la confiance, (tawakul), à la patience, (çabr) « Nous vous éprou­vons pour savoir qui sont, parmi vous, ceux qui mènent combat (mujâhidûn) et sont constants (çâbirûn). » Coran, XLVII, 31. Le comportement décisif se situe au niveau de la conscience de l’homme, djihâd majeur que livre le croyant à l’aide de sa foi, pour garder raison et ouverture face à autrui et mémoire vivante en souvenir de Dieu. Les « ennemis » ce sont en premier lieu les pulsions de violence, les illusions, les désirs effrénés, les passions aveugles et les faiblesses, l’idolâtrie de soi et des choses éphémères qui empêchent le croyant d’être juste, heureux, équilibré, sociable, en vue de progresser et devenir un être de raison et de sagesse. Il s’agit de faire violence à la violence qui nous traverse. Et par là adorer Dieu et réaliser la plénitude.

Le mot Islam en arabe est de la même racine que le mot Paix, Salam est un des beaux noms de Dieu. L’Islam et son Prophète préconisent à chacun des croyants, pris individuellement face à l’adversité, de pardonner, de patienter, de faire preuve de miséricorde, comme preuves de la piété. Le Coran donne comme exemple à suivre celui d’Abel qui dit à son frère Caïn: «Si tu tends la main sur moi pour me tuer, je ne tendrai pas la main pour te tuer. Je crains Dieu, Seigneur des Univers». Le Coran dit aussi: «Celui qui tue injustement un être humain, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité..» Cela est la base des préceptes de non-violence. Pour l’Islam la guerre est un état d’exception que les circonstances et les ennemis imposent. Un fait majeur que tous les historiens reconnaissent et qui nécessite d’être rappeler : le recours a la force pour se défendre n’a pas été autorisée durant la majorité du temps de la prédication. Les musulmans de la première heure ont patienté treize années, dont dix ans à la Mecque , sans aucunement réagir face à la répression et sévices qu’ils subissaient. Le Prophète et tous ses compagnons ont patientés et supportés mille et une agressions et pressions, sans répondre. La légitime défense, vu les agressions continues et le risque de voir liquider la première communauté, fut autorisée tardivement par la révélation, deux années après l’arrivée du Prophète à Médine, et à certaines conditions strictement codifiées. L’Islam interdit absolument toute forme d’agressions. Le recours à la force est autorisé à des conditions très précises, uniquement sous la forme de légitime défense, de résistance à des agressions et violences. C’est la contre-violence pour parvenir à la paix.

Il n’y a donc pas de guerre sainte, mais de « guerre juste », au sens d’acte de légitime défense, de contre-violence, contraint et forcé. C’est une obligation à titre collectif, pour ne pas favoriser le rapport du loup et de l’agneau, pour défendre le droit à l’existence et à la liberté, sauvegarder la pérennité de la religion et de la nation, de la communauté, du peuple auxquels on appartient. Les êtres lucides assument ce principe. Personne au monde, ni aucun peuple, ni aucune nation, n’a jamais tendu l’autre joue en cas d’agression. La «contre-violence» que le Prophète, modèle de l’homme total, qualifia de « djihad mineur», comme légitime défense, avec des conditions très strictes, n’est en aucun cas ces pratiques de violences aveugles qui dévient et déforment le vrai sens. Ne jamais être l’agresseur, préserver les civils, les faibles, la nature, et rester toujours justes, équitable et magnanime: telles sont certaines des conditions. C’est le principe de la légitime défense et non point «guerre sainte», comme le traduisent certains à tort. Saint Augustin, les Pères de l’Eglise et les Prophètes bibliques n’ont pas dit plus. La doctrine de justum bellum formulée par Saint Augustin, reprise par Thomas d’Aquin, codifiée par les conciles et encore présente dans le Catéchisme de l’Église catholique, mais si peu comprise par l’air du temps.

Dans ce sens, reste à comprendre qu’il n’y a pas de paix sans justice, le prétendre est un leurre comme l’énonce le prophète Jérémie : « ils pansent à la légère la blessure de mon peuple, en disant : " Paix ! Paix ! " alors qu’il n’y a pas de paix ! ». Il y a violence lorsque je ne fais pas participer l’autre à l’élaboration des normes et des règles du vivre ensemble et ne tient pas compte du point de vue de l’autre dans mon propre discours. L’histoire des musulmans, durant 15 siècles, démontre que l’écart entre la théorie et la pratique n’est pas important. Aujourd’hui, en notre sombre époque, un certain nombre de dérives, d’usurpations du nom, et d’infidélités au texte et au Prophète, créent des contradictions qui mettent en péril la communauté. Pourtant, les musulmans en général admettent et recherchent la coexistence pacifique, le vivre ensemble et respectent le droit à la différence. le Coran ajoute au verset 6: «Si un polythéiste cherche protection auprès de toi, protège-le jusqu’a ce qu’il entende la Parole de Dieu…car les polythéistes sont, en vérité, des gens qui ne savent pas.» C’est une forme claire de droit d’asile, de protection et d’ouverture tolérante sur l’autre, y compris l’athée, le dénégateur, le polythéiste, qui ont le droit de s’interroger, de chercher à comprendre et connaître. Nul n’a le droit de les condamner. Le verset 7 précise: «Tant qu’ils seront loyaux avec vous, soyez loyaux avec eux. Dieu aime les gens pieux.»

Ainsi dans l’islam naissant, la force, la violence, la tension, consubstantielles au monde ; sont perçues comme un lieu de risque et une dimension à maîtriser et dépasser pour atteindre le stade d’équilibre et de paix. Elles ne sont pas ignorées, mais chemin balisé par le Coran et le Prophète, dans tous les cas de figure, comme épreuve à surmonter, légitime défense, résistance, mesures préventives, contre-violence, guerre juste. La paix en islam n’est pas seulement de préserver nos valeurs, de coexister dans l’indifférence, ou dans la tolérance résignée, Elle requiert la rencontre, la compréhension, un horizon commun. Pour avoir la paix, mettre en place une culture de la paix, on ne peut pas partir du présupposé que l’on sait ce qu’est la paix. En tant que musulmans ouverts, nous savons tout de même ce qui n’est pas la paix, l’oppression, l’agression, le refus d’écouter l’autre. Si nous voulons la paix, on doit s’y préparer. L’islam nous précise que la paix implique que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour la faire jaillir et la protéger.

De ce fait, les actions de défense durant 23 ans, temps de la mission prophétique finale, n’ont coûté que moins de 100 personnes tuées pour les musulmans et autant pour les polythéistes. L’histoire des religions et des empires, contrairement aux préjugés, n’aura jamais enregistré de conquête de tant de territoires et de coeurs avec moins de pertes. La prise de la Mecque s’est faite sans aucune effusion de sang et a institué la pratique du pardon aux adversaires. Tout comme l’expansion de l’Islam s’est faite sur la base de trois choix: -Ecouter, prendre connaissance de la Parole révélée et l’adopter librement. Garder son ancienne croyance monothéiste (juive, chrétienne, sabéenne, zoroastrienne…), préserver son autonomie et coutumes, et simplement payer l’impôt de compensation. -Refuser les deux premiers choix et se mettre en état d’hostilité. La plupart du temps, ce fut l’un des deux premiers choix qui fut adopté, l’Islam se présentant, comme réaliste, logique, libérateur et égalitaire, comparativement aux systèmes en place à l’époque dans les autres contrées et cultures. Cette Voix qui parle à la raison et au coeur, le Coran, est pour les croyants comme une lumière qui transforme, et apaise les coeurs, et non point la contrainte. «Dieu guide à sa Lumière qui Il veut», nous dit le Coran, qui ajoute à l’adresse du Prophète, et après lui à chaque croyant: «Tu n’es point chargé de les oppresser, mais de les avertir!» Une éthique de la paix et de la vigilance, c'est-à-dire de la contre-violence, du respect de l’autre différent, dont les sociétés humaines, en général, et musulmanes, en particulier, ont aujourd’hui bien besoin, afin de sortir du règne de la loi du plus fort et de créer une nouvelle civilisation universelle qui fait défaut.

Écrit par : mustapha cherif | 23/05/2008

M. Cherif,
Votre (très très) longue missive, que j'avoue n'avoir pas le temps de lire intégralement, rappelle si j'ai bien compris que le violence c'est aussi les enfants qui meurent de faim dans le monde, ou qui n'ont rien à se mettre, ceux qui meurent sous les bombes en Irak ou dans les Territoires occupés pour sécuriser nos approvisionnements en pétrole, etc... Vopus avez raison et je suis le premeir à dénconer également ces injustices. Mais l'existence d'injustice ne justifie pas n'importe quel moyen de les combattre.
La violence, de manière générale, est mauvaise conseillère, même si dans certains cas, de légitime défense notamment, elle est inévitable. Le problème est ailleurs.
Il y a des formes de violence particulièrement odieuses, de même que l'intolérance à l'égard de l'autre est insupportable. L'Occident n'a pas forcément raison, ni tort, parce que 'il est l'Occident. Le non occidental n'a pas forcément raison, ni tort parce qu'il n'est pas occidental. La vérité et la justice se tiennent entre les deux.
Il est fondamental de savoir où l'on place la ligne de démarcation entre le bien et le mal, car elle est souvent floue et ambigüe. Mais dans la cas du terrorisme islamique, il est clairement du côté du mal. Tout comme d'ailleurs l'impéralisme néo-conservateur de Bush. L'un sans l'autre d'ailleurs n'existeraient sans doute pas avec la même virulence. Or en refusant de condamner clairement la partie islamique du duo - contrairement à la majorité des européens et une forte proportion des étasuniens qui condamnent clairement Bush et les siens - les musulmans fondamentalistes jouent un double jeu dangereux.
Par ailleurs, il est nettement moins désagréable aujourd'hui pour un musulman de vivre en occident, même aux Etats-Unis, que pour un athée qui voudrait vivre en terre islamique en revendiquant sa non-foi. Cela aussi c'est un élément fondamental de la violence au quotidien, qui fait que bien que condamnant fermement Bush, je préfèrerai encore vivre dans un monde néo-conservateur que dans un un monde islamisé. Et plus encore si j'étais une femme.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/05/2008

Voici qlq extraits éclairants sur un Islam aux yeux ouverts et sortis du roman philosophique LE DJIHAD APOSTAT sur google :le djihad apostat alard,
Lourde chaleur, ciel de feu, obscurité teintée de rouge, le soir est oppressant. Auprès d’un puit, je passe sous la douche, et m’étend sans m’essuyer. L’eau de mon corps s’évapore. Le sommeil pénètre lentement, très lentement, sous le souffle indispensable du crépuscule.

"Il ne voit pas pourquoi il ne se soumettrait pas à ce qui peut faire le bonheur de toute une famille et le sien. Epreuve ultime que celle-là, où le jour venu, il doit être enfermé avec elle et prendre son corps avant d’avoir partagé son âme."

"Il est à la recherche d’un gîte et d’un avenir. Il reconnaît Mustapha mais n’en laisse rien paraître. Il est pour la première fois de sa vie confronté à un questionnement sur le message de sa religion. »

"Mustapha pense que l’homme se garde de sa propre faiblesse, plutôt que de s’imposer un djihad, un combat sur lui-même et de respecter la beauté. Il enferme sa femme et la punit d’être belle à l’image de la terre. Il fait de la femme un Dieu en lui enlevant son image. Mais a t-il le droit par sa faiblesse d’assouvir Dieu au travers d’une religion et sa femme au travers de l’esclavage ?"
"Nous devons nous engager dans la création, nous ne sommes pas de trop pour y parvenir. Nous avons besoin des compétences de chacun, pour lancer un projet à l’échelle planétaire. Nous devons exploser la vie en tout sens dans le respect de nos origines et des différences.

Il vient de dessiner l’anneau Shen égyptien, le concept d’éternité. Ensuite, il trace une droite verticale sous le cercle, par respect pour l’origine C’est le premier rayon de vie « i » ou la lettre « A » en lettre arabe. Il découvre avec étonnement qu’il vient de dessiner une sorte de croix du sud, le principe d’éternité… Ankh !!! La civilisation égyptienne… !

Le « n’importe quoi » nous mène à la destruction du merveilleux, de la pudeur et de la vie. La nature se rééquilibre d’elle-même. Par nos excès, notre autodestruction et celle de notre société sont peut-être proches."

"A ses côtés, cette mer démontée ressemble aux poumons de la terre; elle respire à grand fracas. Elle dépose sur ses lèvres formées par la plage, l’écume de sa souffrance. Elle râle et vente. Elle racle le tréfonds de sa poitrine. Elle expulse de son corps les détritus qu’elle a inhalés de force. Elle est malade.

En équilibre sur une pierre, le dos plaqué à la roche, les bras en croix, elle mesure la frontière qui sépare son être effacé de l’insolence des eaux. Peu à peu, elle épouse la respiration de l’océan. Vagues après vagues, elle naît dans une autre vie. C’est la vie tumultueuse d’une renaissance sans fin, un souffle perpétuel. La vague, sans cesse, se retourne et libère la vie contenue. Comme cette masse d’eau qui s’avance vers elle, cette femme fait sortir de son être une lame de fond qui la mène à son premier cri. Sa vie éclate en tout sens. Elle n’est plus sur terre. Elle est en d’autres lieux. Emporté au sein des forces cosmiques, l’être est présent, l’être est absent. Il est dans un lieu qui lui appartient. Il est en communion avec l’univers entier. Il est libéré de l’emprise des forces contradictoires des origines, et vit en elles."

"celui des génies issus des manipulations génétiques pour s’adapter hors de la terre et celui des humains ou la femme devra rester conceptrice de sa descendance. A moins quelle ne soit mise en croix, ce que Mustapha n’ose penser."
"Mustapha sait qu’un nouveau monde est proche, monde spatial, monde génétique. Une partie de l’humanité échappera à la matrice humaine. Marie-Madeleine offre son corps mortel pour qu’humains et génies se dirigent vers l’infinitude. "

Pendant ce temps de réflexion, tandis que le koto fait rire le soleil levant, une planète ukrainienne tourne sur elle-même.
De l’autre côté, la pluie jodle la symphonie de la création vivante à travers monts et vallées. Au-delà de l’espace, une cithare indienne provoque les sons de l’énergie cosmique et évoque la danse de la lumière.
On entend au loin le Tarentaï qui étend sa mélancolie sur les eaux, tandis qu’un aborigène joue dans son djidjéro la lancinante et mystique profondeur des secrets galactiques.
Danse, danse toujours la superbe création.
Dans les caraïbes, un bidon rigole tandis que le banjo module la danse des planètes.

Il revoit ces têtes d’hommes plantées sur des poteaux le long des routes. Il revoit ces linceuls blancs de petits enfants alignés le long des murs rougis par le sang. Des croisés, des islamistes, des fanatiques juifs, des mises en croix… Il ressent tout au sein de ses tripes. Tous les intégristes qui ont la faiblesse et l’orgueil de penser détenir la vérité, il les vomit. Il est malade et crache les viscères qui ne sont pas les siennes. Il crache les mensonges qu’il a dû avaler par peur de l’enfer.

Écrit par : Mustapha | 25/07/2008

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