25/05/2008

L'avion de Sarkozy pour Marulanda ?

Le premier avion médicalisé envoyé le 27 mars en Guyane par la France était-il destiné à sauver la vie de Marulanda ? C'est la question qu'on se pose quant on connaît les problèmes de communication avec les FARC et qu'on apprend que Marulanda, 80 ans, leur chef historique et fondateur, serait mort le 26 après plusieurs jours de lutte contre la maladie.

Mort, donc, trois semaines et demi après l'élimination de Raul Reyes, qui était à la fois son héritier, son gendre, son successeur et le chef opérationnel des FARC. Bref le genre de nouvelle, qui à 80 ans, dont 40 passés dans les dures conditions de la jungle, est bien de nature à vous tuer.

On sait que les agents secrets français étaient sur place. L'un d'entre eux a même été accusé - à tort semble-t-il -  d'être à l'origine de la localisation qui a coûté la vie à Reyes. La France a-t-elle voulu se dédouaner en essayant de sauver la vie de Marulanda ? C'est plus que probable, d'autant que le bruit a couru au même moment, à Paris, que Sarkozy était décidé à offrir un asile doré au vieux chef rebelle, en échange de la libération d'Ingrid. Il semble que celui-ci soit mort quelques heures trop tôt pour en profiter.

Les FARC, en tout cas, n'ont plus de leader charismatique, et les chefs militaires qui leur restent sembleraient prêts à rendre les armes, en libérant leurs otages. Excellente nouvelle. Qui rappelle aussi que les conflits, quels qu'ils soient, ont forcément leur zone d'ombre. A titre personnel, autant je suis remonté contre le Gouvernement de Bush et ses services, autant je peux même trouver discutable de prétendre interdire aux pays tiers de posséder une arme atomique que se réservent les grandes puissances,  autant il m'apparaît évident que le Conseil Fédéral a bien fait de détruire des documents "sensibles".

C'est évident s'il s'agit de documents contenant des secrets ou des recettes nucléaires. Et c'est tout aussi vrai, à mon sens, s'il s'agit uniquement de protéger nos services travaillant avec des services alliés. J'emploie le terme à dessein. Comme tout principe sacro-saint, la neutralité suisse a davantage de  pouvoir incantatoire que de réalité dans les faits. Dès la guerre froide, il était évident qu'en cas de conflit nous aurions été d'un côté et pas de l'autre.

C'est tout aussi vrai des conflits de l'heure. Nous sommes dans le camp occidental. Ce n'est pas pour autant qu'il faut faire tout ce que disent ou demandent nos alliés de fait. Loin de là. Nous avons même le devoir de les critiquer, et d'agir à notre manière. Et de discuter ouvertement le fait de savoir s'il est juste ou non d'interdire la bombe à l'Iran… par exemple. Mais sans jamais oublier que si d'aventure une vraie guerre éclatait, nous ne serions pas du côté de l'Iran. Raison de plus pour faire en sorte qu'elle n'éclate pas, c'est là que nous avons tout notre rôle à jouer.

Et laissons aux sept sages le soin de décider ce qu'il convient de rendre public ou pas, en matière de guerre secrète. C'est comme pour les naturalisations. Pour qu'un Etat de droit puisse fonctionner dans le respect du plus grand nombre, certaines affaires de police n'ont nul besoin d'être étalées sur la place publique.

Un nombre très restreint d'affaires, qui ne concernent évidemment pas la liberté d'expression. Lorsqu'un Etat dépasse les bornes, cela se sait vite. C'est notamment le cas d'Israël, qui vient de refouler l'écrivain étasunien, juif faut-il le préciser,  Norman Finkelstein. Qui présente le seul tort de n'être pas sioniste et d'avoir écrit un livre à succès, dénonçant le hold-up moral perpétré sur la mémoire de la shoah par la pensée sioniste. Tous les juifs ne sont pas sionistes et tous les sionistes, d'ailleurs ne sont pas juifs. Il est salutaire de le rappeler sans cesse, pour la concorde entre les hommes. C'est de la liberté d'expression et c'est légitime.

Faire en sorte qu'un follo de dirigeant intégriste ne puisse acquérir la bombe, c'est le job des services secrets et c'est tout aussi légitime. Chacun son métier et la paix sera bien gardée.

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