31/05/2008

Pour sauver les poissons: un gouvernement mondial

 

Tout le monde ou presque critique la mondialisation et la rend responsable de tous nos maux. Même Antoine Maurice dans son dernier édito, par ailleurs fort pertinent, sur les problèmes des pêcheurs. Mais la mondialisation c'est juste l'évolution. C'est le sens de l'histoire, le village global devenu réalité. Les moyens de communication, matériels mais aussi électroniques ont raccourci les distances à presque rien. Que nous le voulions ou non, nous sommes tous embarqués sur le même bâteau. Malheureusement, nous continuons à agir et penser en nations, comme si nous vivions chacun chez soi, chacun pour soi.

Le cas de la pêche est flagrant. Certains pays ont développé plus que d'autres des flottes industrielles qui s'accaparent les ressources halieutiques (ça veut dires les poissons) du monde entier. Il y a eu jadis les pêcheurs d'Islande qui comme leur nom ne l'indique pas étaient bretons. Tandis que les basques chassaient la baleine aux Amériques. Puis, les chalûtiers français ont passé au crible les côtes africaines, sous le nez des piroguiers.... Pas de bol, aujourd'hui, ce sont les japonais et les coréens qui sont les plus modernes et les plus efficaces. Chacun son tour. Malheureusement, les réserves en poissons s'épuisent.

Il faut donc un gendarme mondial pour gêrer la ressource. Pour éviter que certains pays ne la monopolisent et surtout pour la péreniser. Afin qu'il y ait encore du poisson à pêcher dans trente ans. C'est l'OMC qui s'y colle, en tentant d'interdire les subventions à la surpêche. Mais l'OMC se heurte de front à l'opposition résolue des Etats qui, comme la France, n'ont qu'une idée en tête: tenir leurs pêcheurs à bout de bras pour éviter une explosion sociale. Ce qui s'appelle du protectionnisme.

Le problème est très exactement là. Ce n'est pas en relevant les frontières, comme le préconisent tous ceux qui s'en prennent à la mondialisation, qu'on règlera quoi que ce soit. C'est en les abaissant davantage, en acceptant une perte de souveraineté nationale, pour que le gendarme mondial puisse imposer des décisions prises en commun.

Pour cela il faut que ces désisions soient équitables et les règles doivent changer. Le droit de veto donnant à un seul pays le pouvoir de tout enrayer doit disparaître. Il faut inventer un système de vote qui tienne compte du nombre d'habitants d'un pays – sans être une prime à la natalité – tout en considérant les contribtions matérielles à l'effort commun. Car si les pays riches n'ont pas une voix correspondante à leur poids économique, ils n'accepteront jamais d'améliorer un système qui pour l'heure les avantage honteusement. On peut penser à un système bi-caméral...

C'est un travail à long terme. Raison de plus pour s'y mettre dès maintenant, car c'est la seule solution aux problèmes du monde. Un sondage en 2007 a révélé que deux tiers des habitants, dans 50 pays riches et pauvres de la planète, approuvaient l'idée. En tant que candidat à la constituante, j'aimerais, si je suis élu, que l'on parvienne à Genève à inscrire cela comme un objectif, d'une manière ou d'une autre.

Pour en savoir plus, mon livre l'Utopie Urgente, éditions Slatkine ou en commande tgg@adavi.ch

30/05/2008

M. Stauffer ment... comme les staliniens qu'il dénonce

 

Dans son blog ci-contre, M. Stauffer s'en prend vertement à la Tribune de Genève, qui nous abrite ici, l'accusant de censure. C'est son droit, il m'arrive régulièrement de mettre en cause la Julie, lorsque j'estime qu'elle se trompe ou commet une erreur. Le problème, c'est que dans le cas présent, c'est celui qui dit qui ment...

A la comparaison des deux textes cités par le lider maximo des populistes genevois, il apparaît clairement que tout ce qui concernait la votation sur les régies publiques a disparu de son texte. Censure donc. Etonnante, même si le texte était certainement trop long et qu'il fallait bien couper quelque part, pourquoi là ?

Cependant, lorsque l'on découvre le texte dans son cadre originel, ce que M. Sauffer s'est bien gardé de faire, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une opinion croisée, sur la question des naturalisations. Elle oppose Stauffer, qui est pour la naturalisation par le peuple (donc sans possibilité d'examiner vraiment le cas de la personne), à René Longet, qui est contre. Il ne faut pas tout mélanger. Le journalisme a ses régles, la Tribune a choisi de traiter un par un les sujets soumis au vote, sous forme de débats contradictoires, c'est son droit le plus trict. Le problème des régies a été traité par ailleurs, là on parle de naturalisation. C'est donc M. Stauffer qui a faussé le jeu en essayant de détourner l'espace que lui accordait démocratiquement la Tribune de Genève.

M. Stauffer a donc menti en parlant de censure, au moins par omission. Il pratique en fait exactement de la même manière que l'extrême gauche dure qu'il dénonce dans son texte. Il saisit une info vraie, la sort de son contexte, ce qui lui fait changer de sens, et la brandit à tous vents, comme un trophée, en sachant pertinent

1) que c'est mensonger,

2) que sa clientèle populaire n'a ni le temps ni l'envie d'aller vérifier le contexte original.

 

Une radio alternative alémanique consacre ainsi une heure en espagnol, tous les quinze jours à répandre la propagande des FARC sur la région zuricoise et sur le net, dans le plus pur style stalinien. On se croirait revenu à la guerre froide. Dans leur dernière livraison, ils s'en prennent durant une heure au rapport d'Interpol sur les ordinateurs de Reyes, répétant en boucle une phrase de ce dit-rapport, qui affirme que le renseignement militaire colombien a examiné les ordinateurs sans avoir fait de copie miroir préalable, ce qui est contraire aux règles de procédure civile. Dont acte.

Mais ce que cette officine de propagande terroriste ne dit évidemment pas une seule fois en une heure d'émission, c'est que les experts d'Interpol affrment avoir eu les moyens technologiques d'établir, sans erreur possible, que les fichiers délictueux n'avaient été que consultés et en aucun cas modifiés. Ce qui bien évidemment change tout. La vérité peut prendre différentes formes. N'en présenter qu'une partie à dessein, pour induire le peuple en erreur, c'est du mensonge et de la manipulation. Et ce sont des méthodes qui en disent long sur ceux qui les emploient.

27/05/2008

L'adresse par sms, oui, mais pour les vélos aussi...

La nouvelle trouvaille de M. Moutinot, rendre publique l'adresse d'un automobiliste sur simple sms, n'est qu'un retour en arrière, bien davantage qu'une modernisation. Jadis en effet, n'importe qui pouvait acquérir une petite brochure bleue contenant les identités complètes de tous les possesseurs de véhicules immatriculés. La Suisse et les suisses bénéficiaient à l'époque d'une solide réputation de délateurs passionnés, téléphonant à qui de droit à la moindre queue de poisson ou vécue comme telle. Puis, de la même manière qu'on avait jugé trop intrusives les fiches de police, on avait supprimé le petit carnet bleu.

M. Moutinot le réintroduit. On voit bien ce qu'il y a dérrière. Le prétexte du stationnement parait un peu bidon. Si la voiture mal garée gêne vraiment, on peut appeler la police qui elle, a accès non seulement à l'adresse, mais au besoin au numéro de natel du fautif si c'est vraiment urgent, ainsi qu'à la fourrière. En revanche on peut supposer que les citoyens conducteurs vont se calmer. Surtout ceux ayant tendance à s'exciter un peu trop au volant, ou à appuyer vigoureusement sur le champignon à la moindre occasion. Que tout un chacun puisse avoir commodément leur nom et adresse risque de les refroidir. De même que ceux qui, par exemple, circulent en boucle à petite vitesse dans certaines rues de Pâquis.

C'est un peu Big Brother, comme procédé, tout comme les caméras de surveillance, mais l'idée peut se défendre... et se dicuter. Elle est évidemment inopérante envers la catégorie de fous du volant la plus dangereuse, qui vole des voitures pour commettre ses rodéos. Au contraire, elle leur facilite même la tâche en leur donnant les noms et les adresses des propriétaires de bolides les plus sympas à démolir dans de folles courses poursuites... Elle est surtout complètement muette à l'égard de la catégorie d'usagers de la route qui proportionnellement à son nombre, commet massivement le plus d'incivilités et d'entorses à la LCR, les cyclistes.

Ceux-ci, les seuls dépourvus de plaque aisément visibles, se croient tout permis: pas de lumière la nuit, feux rouges et stops brûlés, contresens au beau milieu de la circulation, trottoirs à fond la caisse, téléphone au guidon, j'en passe et des meilleures... L'un d'entre eux, un grand costaud, s'est même amusé à cabosser exprès et méthodiquement, à coups de pieds,  la décapotable de collection d'une amie glacée de peur, parce qu'il se considérait prioritaire alors qu'il venait de franchir un feu rouge, une double ligne blanche et les voies du tram en site propre... Puis il était remonté sur son vélo et s'était enfui, anonyme, impuni...

La Colombie, dans les années où l'insécurité était devenue invivable, a introduit le port obligatoire d'un gilet réfléchissant pour tous les deux roues. Le gilet porte en grosses lettres sur le dos, le numéro de matricule correspondant au "véhicule" et à son propriétaire... Finie l'impunité. Pourquoi ne pas imposer la même chose aux cyclistes genevois ? Ce serait une atteinte aux libertés ? Ah bon, vous trouvez ? De toute manière, au train où vont les choses, nous n'aurons bientôt plus qu'un seul numéro AVS, qui fera office de plaque d'immatriculation, de carte bancaire, et de carte santé... Puis un jour, si nous ne faisons rien, il remplacera notre nom propre...

Peite info qui n'a rien à voir, j'ai lu en passant que le montant total de l'aide sociale en Suisse atteignait 137 milliards de Francs par an. C'est l'équivalent de la moitié de l'aide mondiale aux pays pauvres. En réalité, si l'on déduit de cette aide au développement les montants très importants qui restent ou retournent au nord (salaires d'experts, billets d'avions, matériel technique, remboursement de la dette etc...) force est de reconnaître qu'un petit millième de la population mondiale reçoit autant d'aide, si ce n'est plus, que les 999 autres millièmes réunis...

26/05/2008

Pour une meilleure répartition des élèves non francophones

Il semble que la proposition du président des radicaux genevois en matière de scolarité des élèves non francophones ait été mal interprètée. Certains crient au scandale, à la xénophobie, il n'en est rien, bien au contraire. Il ne s'agit pas d'interdire l'accès à l'école publique, laïque et au demeurant obligatoire, aux élèves étrangers (ou alémaniques d'ailleurs, les tessinois étant de toute manière trilingues...) mais bien au contraire de les répartir dans les différentes classes de même niveau du canton. voire même de créer des classes supplémentaires si nécessaires.

La question de l'encadrement des élèves, des moyens qu'on y met, du degré d'engagement des personnels qui y sont affectés est en effet fondamentale. Et c'est à dessein que je parle de personnels et non pas simplement d'enseignants. Les problèmes de discipline comme de retard scolaire appellent en effet des réponses adaptées, qui pourraient être l'utilisation accrue d'étudiants, par exemple comme surveillants et répétiteurs... Une piste à creuser en tout cas.  

25/05/2008

L'avion de Sarkozy pour Marulanda ?

Le premier avion médicalisé envoyé le 27 mars en Guyane par la France était-il destiné à sauver la vie de Marulanda ? C'est la question qu'on se pose quant on connaît les problèmes de communication avec les FARC et qu'on apprend que Marulanda, 80 ans, leur chef historique et fondateur, serait mort le 26 après plusieurs jours de lutte contre la maladie.

Mort, donc, trois semaines et demi après l'élimination de Raul Reyes, qui était à la fois son héritier, son gendre, son successeur et le chef opérationnel des FARC. Bref le genre de nouvelle, qui à 80 ans, dont 40 passés dans les dures conditions de la jungle, est bien de nature à vous tuer.

On sait que les agents secrets français étaient sur place. L'un d'entre eux a même été accusé - à tort semble-t-il -  d'être à l'origine de la localisation qui a coûté la vie à Reyes. La France a-t-elle voulu se dédouaner en essayant de sauver la vie de Marulanda ? C'est plus que probable, d'autant que le bruit a couru au même moment, à Paris, que Sarkozy était décidé à offrir un asile doré au vieux chef rebelle, en échange de la libération d'Ingrid. Il semble que celui-ci soit mort quelques heures trop tôt pour en profiter.

Les FARC, en tout cas, n'ont plus de leader charismatique, et les chefs militaires qui leur restent sembleraient prêts à rendre les armes, en libérant leurs otages. Excellente nouvelle. Qui rappelle aussi que les conflits, quels qu'ils soient, ont forcément leur zone d'ombre. A titre personnel, autant je suis remonté contre le Gouvernement de Bush et ses services, autant je peux même trouver discutable de prétendre interdire aux pays tiers de posséder une arme atomique que se réservent les grandes puissances,  autant il m'apparaît évident que le Conseil Fédéral a bien fait de détruire des documents "sensibles".

C'est évident s'il s'agit de documents contenant des secrets ou des recettes nucléaires. Et c'est tout aussi vrai, à mon sens, s'il s'agit uniquement de protéger nos services travaillant avec des services alliés. J'emploie le terme à dessein. Comme tout principe sacro-saint, la neutralité suisse a davantage de  pouvoir incantatoire que de réalité dans les faits. Dès la guerre froide, il était évident qu'en cas de conflit nous aurions été d'un côté et pas de l'autre.

C'est tout aussi vrai des conflits de l'heure. Nous sommes dans le camp occidental. Ce n'est pas pour autant qu'il faut faire tout ce que disent ou demandent nos alliés de fait. Loin de là. Nous avons même le devoir de les critiquer, et d'agir à notre manière. Et de discuter ouvertement le fait de savoir s'il est juste ou non d'interdire la bombe à l'Iran… par exemple. Mais sans jamais oublier que si d'aventure une vraie guerre éclatait, nous ne serions pas du côté de l'Iran. Raison de plus pour faire en sorte qu'elle n'éclate pas, c'est là que nous avons tout notre rôle à jouer.

Et laissons aux sept sages le soin de décider ce qu'il convient de rendre public ou pas, en matière de guerre secrète. C'est comme pour les naturalisations. Pour qu'un Etat de droit puisse fonctionner dans le respect du plus grand nombre, certaines affaires de police n'ont nul besoin d'être étalées sur la place publique.

Un nombre très restreint d'affaires, qui ne concernent évidemment pas la liberté d'expression. Lorsqu'un Etat dépasse les bornes, cela se sait vite. C'est notamment le cas d'Israël, qui vient de refouler l'écrivain étasunien, juif faut-il le préciser,  Norman Finkelstein. Qui présente le seul tort de n'être pas sioniste et d'avoir écrit un livre à succès, dénonçant le hold-up moral perpétré sur la mémoire de la shoah par la pensée sioniste. Tous les juifs ne sont pas sionistes et tous les sionistes, d'ailleurs ne sont pas juifs. Il est salutaire de le rappeler sans cesse, pour la concorde entre les hommes. C'est de la liberté d'expression et c'est légitime.

Faire en sorte qu'un follo de dirigeant intégriste ne puisse acquérir la bombe, c'est le job des services secrets et c'est tout aussi légitime. Chacun son métier et la paix sera bien gardée.

24/05/2008

La pub xénophobe

Ainsi donc, la naturalisation par les urnes devrait être repoussée. C'est une excellente nouvelle, même s'il ne faut surtout pas se démobiliser. Jusqu'au dernier moment, toutes les voix comptent, car l'UDC, on le voit, n'hésite pas  à faire tonner le canon devant l'échec. La pub d'un comité cache-sexe parue ce matin dans la Tribune, comme dans toute la Suisse, est on ne peut plus éclairante sur la vraie nature de l'initiative, qui ne cache guère sa xénophobie,  à grands coups d'arguments mensongers et spectaculaires.

Les efforts de respectabilité de l'UDC genevoise sont ruinés pour un moment par de tels placards qui au demeurant oublient l'essentiel: pour discerner les cas de naturalisations abusives, l'examen par une commission ad hoc disposant de pouvoirs étendus est bien plus efficace que celui d'une assemblée populaire qui ne peut juger que sur le nom, la couleur, l'aspect physique ou la capacité à enchaîner les coups de blanc au carnotzet du coin...

Alors bien sûr, la pub n'est pas signée de l'UDC. Mais à qui fera-ton croire que le Khalife Blocher, son grand Vizir et tous ses sbires, n'ont pas été consultés, ne serait-ce que pour signer le chèque à une organisation surgie de nulle part, pour publier de larges encarts dans toute la presse helvétique, après que les sondages aient annoncé un retournement imprévu de situation ?

La morale de tout cela, c'est que lorsque l'UDC se murre dans sa politique de rejet sectaire, d'exclusion et de populisme de bas étage, elle s'isole et perd. Certes, elle réunit ainsi nombre de partisans de la manière forte au verbe haut. Mais ceux-là ne sauraient représenter la majorité d'un peuple suisse ouvert, intelligent, démocrate, épris de justice et d'équilibre. 

23/05/2008

Islam : le bon et le mauvais indissociables ?

Dans son dernier billet, Hani Ramadan en remet une couche sur les traditions humanistes de l'Islam et du Coran. Ce que personnellement, je ne nie pas. Le gros problème, c'est que dans le Coran, et dans les traditions islamistes, il y a aussi tout le contraire, à savoir beaucoup de violence, de barbarie et d'oppression. Quasiment toutes les religions, même les chrétiennes ont cette ambivalence en elles. J'y repensais en écoutant le Cé qué laino l'autre jour à la cathédrale, en l'honneur de Daniel Zappelli. Le chant fait appel au dieu vengeur de la cité, maître des bataillé. Exactement comme dans toutes les traditions animistes les plus primitives où le dieu de mon village, ou de mon clan, est plus fort que le tien et va lui casser la gueule. C'est du niveau d'une cour de récré :"Je vais chercher mon grand frère qu'est policier".

Le problème de l'Islam, c'est que comme l'infaillibilité du dogme divin y est intangible et indiscutable, tout ce qu'il y a dans le Coran est forcément vrai et d'égale valeur. Alors que depuis St Augustin, les chrétiens - je suis athée, je le rappelle - ont appris à juger, à soupeser et précisément à améliorer les concepts. A s'affranchir du dogme divin pour transcender la pensée et faire évoluer la morale. Les musulmans, du moins ceux qui sont figés dans l'apprentissage par coeur du Coran, ne peuvent pas trancher. Ils n'en ont pas le droit. C'est tout le problème.

Du coup, la légitimité d'un imman autoproclamé progressiste et pacifiste n'est pas plus vraie ou fausse que celle d'un imman autoproclamé intégriste, fondamentaliste ou même terroriste. Et vice versa, du moment qu'il puise sa science du livre sacré. Un de ces fous peut très bien justifier, au nom du Djihad, une attaque meurtrière contre l'Eurofoot à Genève par exemple et certains l'ont déjà fait sur internet. Ce ne sera ni plus vrai ni plus faux que la fatwa (que l'on attend toujours au demeurant) qui condamnerait l'acte par avance en expliquant pourquoi une telle violence aveugle serait contraire à l'Islam. Cette fatwa, ce serait bien qu'elle soit signée par Hani Ramadan et particulièrement virulente à l'égard des violents exterminateurs.

Cela ne rachèterait pas ses propos inadmissibles à l'égard des femmes et de la lapidation, mais ce serait un début. Un bon début. Qui permettrait de savoir dans quel camp il entend se placer. Celui du progrès ou de l'obscurantisme.  

22/05/2008

Colombie: le rapport d'Interpol in extenso

La police scientifique est à la mode. De Mme Bonfanti aux feuilletons télé, on la voit partout. Ne reculant devant rien pour faire de l'audience, voici donc, in extenso et à la demande générale, le rapport d'Interpol analysant la manière ont les enquêteurs colombiens ont traité le contenu des ordinateurs de Raul Reyes. lnstructif et passionnant. C'est ici.

C'est très instructif, sur les procédures notamment et sur certains détails techniques. Mais entre les lignes vu les gigantesques quantités de données concernées, cela confirme surtout la véracité de toute l'histoire.

18/05/2008

La Paz en America

Il est absolument désolant de penser que les bruits de botte entre la Colombie et le Venezuela risquent effectivement de se transformer en escalade qui pourrait déboucher sur le pire. La guerre, entre deux pays si proches qu'ils ont le même fondateur, un métis né au Venezuela, qui donna toute sa mesure en Colombie. Sous l'égide de Simon Bolivar, les deux pays ne firent qu'un, avec le Panama et l'Equateur en prime: la Gran Colombia.

Les connivences des FARC avec Chavez, ou de Chavez avec les FARC, sont d'une telle évidence stratégique que les révélations de l'ordinateur de Raul Reyes, confirmées par les spécialistes d'Interpol, n'ont fait que sortir au grand jour ce que tous les observateurs de l'ombre et autres spécialistes des guerres secrêtes subodoraient depuis longtemps. La Colombie de Uribe est comme une verrue dans l'Amérique andine gauchisante de Chavez. Une verrue qui clignote comme un phare, car non seulement elle est un coin libéral enfoncé dans ce bout de continent s'loignant lentement mais sûrement de l'économie de marché, mais le développement et l'amélioration des conditions de la vie quotidienne y sont bien meilleures et plus rapides que dans les terres chavistes. Alors même que la Colombie n'a pas de pétrole et doit affronter les rebéllions armées. Les Vénézueliens qui de plus en plus manquent de produits de première nécessité et s'enfoncent lentement mais sûrement dans la pénurie communiste sont idéalement placés pour le savoir.

Penser une seconde que Chavez, qui lui-même a commencé sa carrière politique par un coup d'Etat militaire, se contente de rester les bras croisés en observant les efforts d'une guérilla visant à renverser son principal ennemi et rival, guérilla dont il accueille les chefs à bras ouverts en les traitant de "frères d'armes" et de "Combattants de la Liberté", c'est faire preuve d'un rare aveuglement ou d'une sacrée dose de mauvaise foi. Ils sont assez rares les pseudo journalistes qui osent encore risquer ce genre de fariboles, indépendamment de tout ce que l'on peut dire ou écrire sur l'histoire des manipulations et de la guerre secrète. 

Les plus grands journaux européens, El Païs, le Monde, ont eu accès aux informations trouvées dans les ordinateurs de Reyes et quelle que soit leur opinion auparavant, certainement pas uribiste dans le cas de la correspondante du Monde à Bogota, Marie Delcas, leurs conclusions furent limpides. Chavez est mouillé. Jusqu'à la moëlle. Et autant la divergence idéologique fondamentale entre Al Qaïda et Saddam Hussein sautait aux yeux de tous les observateurs éclairés, jettant de sérieux doute sur les soi-disant preuves brandies à l'ONU par Washington, autant la convergence de vues et d'intérêt ente Chavez et les FARC est claire, nette et sans bavure. 

Le constater et l'admettre ne fait pourtant pas avancer le schmilblick. Comment éviter l'escalade, qui ne profiterait à personne ? La France de Sarkozy et Fillon est sérieusement discréditée dans cette histoire. On ne gère pas un pays et ses relations internationales comme on gère un parti politique, en jouant des muscles. Or c'est toute l'expérience que possède Paris en la matière, ce qui lui vaut de se vautrer dans le ridicule. Autre membre de la triplette des négociateurs, l'Espagne est rejetée par le Venezuela, depuis l'accrochage de Juan Carlos, qui n'a jamais aimé les militaires putchistes, avec le parachutiste de Caracas. Reste la Suisse, qui jusqu'à présent a su rester discrète. Qu'elle continue son travail pour les otages. Et si intermédiation il doit y avoir entre les gouvernements, laissons plutôt faire les diplomates brésiliens. Eux peuvent réellement avoir du poids sur place, et de la légitimité auprès des deux gouvernements.

17/05/2008

Post Tenebras Rock : 25 ans c'est vieux

 

La preuve, c'est que tous les pères fondateurs sont aujourd'hui de plus ou moins alertes quinquagénaires. Du moins les survivants, parce que j'en connais qui ne sont plus là, n'ayant pas su s'arrêter à temps. Ou n'ayant pas trouvé de raison de le faire.... A noter que les mères étaient plutôt rares à l'époque et que cela n'a guère changé depuis. Le rock est un truc de mecs, où le rôle des nanas est un peu trop souvent cantonné à celui de groupies. C'est sans doute l'une des raisons pour laquelle, à peu près à l'époque de la création de PTR, j'ai bifurqué vers des rythmes plus chaloupés et créatifs.

Parce que le rock ronronne, de mon point de vue. Il s'observe le nombril avec une attention rarement prise à défaut et un goût pour le nihilisme sordide qui me gonfle depuis près d'un quart de siècle. Remarquez, mon fils de 14 ans me fait découvrir des pépites rock tout à fait étonnantes et modernes, en ce sens qu'elles transcendent les genres et sont pleines de gaieté et surtout de couleurs... Pas comme le site de PTR, tout en noir et rouge glauque... Les couleurs de l'anarchie révolutionnaire, généreusement subventionnée par les anciens potes passés au pouvoir.

Mais qu'est ce qui me prend de cracher dans la soupe, à l'heure des commémorations ? D'autant que le rock subventionné, au départ, était une – excellente comme d'habitude – idée radicale de Guy Olivier Segond, alors conseiller administratif. Il avait imaginé de transposer au rock (alors au sommet de la vague entre le revival rétro – déjà - le punk et l'engouement pour les groupes francophones) les recettes qui marchaient avec le jazz et l'amr. Il fallait pour cela monter une association qui tienne la route, qui puisse recevoir des subventions et qui surtout regroupe les différentes tendances ou sensibilités, les autorités voulant d'abord cesser d'avoir une floppée d'interlocuteurs différents. En tant que « spécialiste jeunes » de la Tribune d'alors, j'avais été contacté pour mettre en relations les gens qui devait l'être.

Ce fut Changé, animée par un certain Léon Meynet devenu depuis conseiller municipal socialiste à Chêne-Bourg. Et puis PTR, moins institutionnelle au départ, mais qui n'allait pas tarder à le devenir, où l'on retrouvait Patrice Mugny, connu alors essentiellement pour être le patron du CAB, la première boîte de nuit rock du Canton, aux Avanchets. Cédric Herbez, qui avait l'expérience de la politique et de l'organisation de festivals à Versoix, Dédé Waldis, qui débarquait de sa campagne, mais qui apprenait vite... Et bien sûr Alain Jeanmairet de Sounds et tous les autres.

25 ans après, Genève a toujours un lieu du rock... où se concentre une certain déglingue esthétisante, tandis que la ville se retrouve toujours aussi larguée du point de vue des cultures jeunes d'aujourd'hui. C'est d'ailleurs au Lignon et pas à Genève, que des jeunes, entre eux comme cela doit l'être, montent ensemble un festival de hip-hop qui veut faire se parler les ados des différents quartiers de Genève. Je leur suggère un concours de Tektonik... Cela au moins devrait permettre de mêler les filles à toute l'opération.

Il est d'ailleurs amusant de noter que les pas de la tektonik viennent pour partie du hip hop et, pour une grosse partie du reste, des gestes de danse zouglou, d'origine ivoirienne, qui fait le bonheur des gars et des gos d'Abidjan depuis une vingtaine d'années... Peut-être qu'après tout, mon problème avec le rock urbain blanc et (un peu artificiellement) déjanté, c'est juste qu'il oublie trop souvent la partie africaine de ses racines. Bon anniversaire quand même.

15/05/2008

La rougeole, le Mo-Dem et les médias

Comme je suis un vieux de 53 ans, j'ai eu la rougeole quand j'étais petit. Comme tout le monde a mon âge. J'ai le souvenir d'une de ces maladies d'enfance, qui nous clouait au lit et nous permettait de ne pas aller à l'école… sauf quand on nous y traînait quasiment de force, histoire de contaminer nos petits camarades. Le truc, c'était en effet de l'attraper au bon moment, après la prime enfance, et surtout pas après l'adolescence.
Et puis il y a eu les vaccins, qui présentent de gros avantages… qui est aussi un gros inconvénient: comme presque tout le monde est vacciné, et que l'homme est le seul réceptacle du virus, la maladie circule beaucoup moins…
Du coup, ceux qui ne sont pas vaccinés, il en reste, risquent d'attraper la maladie au plus mauvais moment. Lorsqu'ils sont de jeunes adultes par exemple et pire encore des mamans enceintes. Lorsque le taux de vaccination d'un pays dépasse 95%, on peut considérer que le virus a beaucoup de mal à se propager et que les risques d'épidémie sont faibles.
Seulement le taux de vaccination en Suisse est parmi les plus bas d'Europe, avec 80% ce qui laisse un boulevard d'un individu sur 5 à la maladie. Qui se rue sur l'occasion et la Suisse atteint depuis le début de l'année le taux record de plus de 3 cas pour 1000 habitants, alors qu'il est dans le reste de l'Europe de 1,7 pour 100 000…

Du coq à l'âne
La TSR en a fait ses choux gras, avec un reportage un tantinet sensationnaliste, comme elle en a de plus en plus souvent le secret. Ce n'est d'ailleurs pas que la TSR qui est en cause. J'étais hier au Conseil National du Mo-Dem à Paris. 150 délégués ont adoptés en 5 heures pointilleuses le nouveau règlement intérieur du parti. L'un des 150, un énergumène dont l'instabilité psychique avait éclaté au grand jour durant la séance, est sorti furibard, en s'attendant à ce que tout le monde le suive, ce que personne n'a fait. Evidemment, c'est sur lui que se sont tournées les caméras de TF1 et de M6. Et pas sur les 149 qui étaient contents et heureux d'en avoir fini avec un boulot plutôt fastidieux accompli démocratiquement.
Le Mouvement Démocrate, qui entend justifier son nom, a d'ailleurs décidé de tâter de la direction collégiale au niveau de ses représentations départementales, une grande première en France. Beaucoup se disaient sceptiques, affirmant que cela ne marchait jamais, mais l'intervention du représentant des Français de Suisse – votre serviteur - expliquant comment ça marchait ici, a aidé à convaincre la majorité de tenter l'expérience… encore très prudemment, puisque les directions départementales seront collégiales, mais avec tout de même un président élu pour la durée de la législature. Enfin, petit à petit, la démocratie participative distille ses bienfaits dans la grande Europe…
Et pendant ce temps là, moi si j'étais à votre place, que j'ai moins de 40 ans et que je n'ai jamais été malade ou vacciné, j'irai vite faite me faire faire une injection, vacciner, avant l'Euro et ses déplacements de foule vers Bâle, foyer de l'épidémie en Suisse.

Naturalisation : ça coûterait trop cher

En dehors du fait que la "naturalisation par les urnes" est anti-démocratique, désobligeante vis à vis de nos hôtes étrangers (dont à peine plus de 3% font la démarche chaque année), ouvre la porte en grand sur l'arbitraire de la pire espèce et s'avère le meilleur moyen de refuser des gens de la mauvaise origine en acceptant des salopards qui nous semblent plus proches ou moins "différents", elle coûterait beaucoup trop cher. L'argument est celui du Conseil d'Etat Genevois et il me parait fort pertinent.  Je le cite :

"Le Conseil d'Etat a également relevé les conséquences dommageables de l'initiative sur le plan pratique et financier. L'administration, comme le peuple genevois, doivent faire face à une moyenne de six scrutins par année, se situant à la limite de ce qui est tolérable en termes de coûts, d'organisation, d'implication et de motivation démocratiques. Une augmentation du nombre de votations à l'échelle municipale serait dès lors extrêmement difficile à absorber ; elle représenterait en outre des surcoûts non-négligeables, sachant qu'une seule votation à l'échelle cantonale coûte entre 600'000 et 650'000 francs, à charge des contribuables, tandis qu'une opération électorale municipale coûte globalement 365'000 francs, à charge des communes."

Pour mémoire, la seule ville de Genève traite 1500 dossiers par année. Faites les comptes...

13/05/2008

Naturalisation et subsidiarité

L'initiative sur la naturalisation par les urnes est vraiment une provocation. Elle est d'une rare bêtise, et pourtant remarquablement intelligente, car elle s'adresse honteusement à nos plus bas instincts, notamment par l'image et joue donc gagnante, alors même qu'elle est inapplicable.

Bête et méchante, car même les communes qui pratiquaient auparavant la naturalisation populaire, comme Emmen, et qui ont créé depuis, comme tout le monde, leur commission de naturalisation, reconnaissent que ce système est meilleur, car il permet d'étudier les dossiers de manière plus approfondie. Et c'est un UDC, le Président de la commission de naturalisation d'Emmen, qui le dit !

D'ailleurs, depuis, ces communes comme Romanshorn, naturalisent moins.

Sur le fond, tout ceci est un problème de subsidiarité. Savoir à quel niveau de pouvoir et de responsabilité doit se prendre une décision. L'UDC blocherienne veut nous faire croire qu'elle défend le fédéralisme en en appelant sans cesse au peuple. Mais c'est faux. Dans les faits, l'UDC de Blocher est la force la plus centralisatrice et uniformisante qui ait jamais existé en Suisse.

Tous alignés couverts, c'est bien ça le rêve du tribun déchu. Au point de vouloir interdire de parole tous ceux qui ne pensent pas comme lui. A commencer par le Conseil Fédéral, qu'il prétend bâillonner, le Conseil administratif de Genève, tancé pour s'être mêlé d'un vote concernant… les prérogatives communales, la section grisonne de l'UDC, qui soutient son élue, demain la section bernoise, qui soutient la section grisonne… Sans compter que Mme Widmer-Schlumpf n'aura même pas été entendue pour sa défense…

Un seul parti, une seule idéologie, une seule Suisse, voilà le programme de l'UDC. Sauf que la Suisse est plurielle et qu'elle entend le rester. C'est même la condition sine qua non à sa survie, si elle ne veut pas finir comme la Belgique. Vive la diversité et le consensus démocratique.  

12/05/2008

Des FARC a l'UDC

Parmi les nouvelles du week-end, deux ont retenu mon attention. Une sinistre et une hilarante. La première, c'est que les FARC disposent de réseaux dormants, de réseaux de soutien sympathisants et aussi de clandestins actifs dans 17 pays dans le monde, en Amérique du Sud, du Nord et en Europe. Notamment en Suisse. Cela fait un moment qu'on s'en doutait, mais c'est confirmé par un gros dossier du quotidien de gauche espagnol "El Pais". Qui a notamment eu accès aux fichiers trouvés dans les ordinateurs de Raul Reyes.  On peut espérer que les documents relatifs aux réseaux en Suisse seront transmis aux autorités helvétiques, afin qu'elles évaluent la situation en connaissance de cause.

La nouvelle désopilante, c'est que le boss genevois de l'UDC s'en prend vertement au Conseil administratif de la Ville de Genève pour avoir mis son grain de sel dans une affaire fédérale qui dit-il, ne le regardait en rien... Hors de quelle affaire s'agit-il ? De la votation qui vise à rendre aux communes le choix de la manière avec laquelle elles entendent naturaliser ! Le tout au nom de la souveraineté communale sacro-sainte qui fonde et organise la légitimité du peuple suisse selon les dires du même boss de l'UDC dans son blog il y a quelques jours.

Donc le Conseil administratif n'a pas le droit de donner son opinion sur une affaire qui concerne au premier chef les communes. Curieuse conception de la démocratie, qui rejoint bien l'nitiative muselière de la même UDC. Dans le même texte, le parrain de l'UDC genevoise explique que la Suisse n'est pas une nation, mais un peuple. La différence est subtile. Les bretons, les occitans, les corses, les basques, les savoyards et même les chtis :-), qui tous parlaient des langues différentes il y a 100 ans, apprécieront. Le problème, c'est que le rouleau compresseur de l'UDC, bien qu'il prêche le contraire est le plus grand ennemi du Fédéralisme.

Blocher, Feysinger et les autres, c'est un seul parti, une seule pensée de l'est à l'ouest de la Suisse. D'abord dans le parti, ensuite dans l'économie et enfin dans toute l'organisation sociale et pourquoi pas culturelle du pays. Moi ça me fait froid dans le dos. On commence par Mme Widmer-Schlumpf et toute sa section grisonne, puis on traite Pierre Maudet, conseiller administratif radical, en dangereux gauchiste car il s'est exprimé sur les naturalisations au nom du Conseil administratif... Dangereux gauchiste parce qu'il a exprimé l'opinion des autorités de la commune... qui  ne sont bonnes à prendre, pour l'UDC, que quand elles confortent les positions du Roi Blocher...

10/05/2008

Les fadaises de M. Ramadan

 

Dans la Tribune du jour, lu un texte du directeur du Centre islamique genevois, qui comme chacun sait est à l'Islam ce qu'Ecône et Mgr Lefèvre étaient au christianisme. Il tente de nous convaincre de l'importance de la pensée religieuse dans l'histoire de la pensée humaine. Ce que personne, pas même l'athée le plus convaincu ne saurait contester.

Cela ne prouve rien pour autant quand à l'existence du divin. Les hommes ont fort bien pu inventer dieu, de même que certains prophètes ont fort bien pu juger plus efficace, pour transmettre leur message d'humanité, de se faire passer pour le porte-parole exclusif de dieu, pour son fils ou pour l'un de ses chargés de presse, selon les époques et les religions. Ce qui était fort bien vu. Mais d'un point de vue agnostique ou athée, c'est bien l'esprit humain qui est à l'origine des progrès de la pensée et de la philosophie. Aucun prophète n'a jamais asséné une vérité qui n'était pas déjà dans l'air du temps. Les penseurs arabes ont d'ailleurs même souvent repris une base de connaissances gréco-romaines pré-monothéistes.

L'ensemble des arguments du défenseur de la lapidation est de la même eau pas vraiment bénite. Pour preuve de ce que le Coran défend les droits de l'homme, il cite: « Nous avons certes honoré les fils d'Adam » Plus sybillin tu meurs. N'importe qui peut être d'accord avec ça. Même Hitler ou Gengis Khan. C'est d'ailleurs l'une des forces du Coran, que l'on puisse souvent y trouver chaussure à son pied en même temps que son exact contraire. Comme un horoscope. Ce qui n'enlève rien à la valeur de cette religion, aussi pertinente que d'autres. Ni plus ni moins.

Hani Ramadan raconte aussi une histoire. Dont il ressort qu'un Khalife, une fois, il y a plus de mille ans, a condamné l'esclavage... De fait, il y a parmi les musulmans, comme dans toute religion, d'éminents penseurs et de grand humanistes. A certaines époques, il y en eût même vraiment beaucoup.

Cela n'a pourtant jamais empêché l'Islam de continuer à pratiquer l'esclavage à grande échelle durant quasiment les 1000 années qui ont suivi. Aussi bien en Méditerranée avec des chrétiens qu'en Afrique de l'est avec des animistes déportés en Arabie et au Moyen Orient avec des Slaves. Il y en eut au total davantage que durant les 3 siècles de traite triangulaire occidentale, pourtant odieusement intensive. Alors s'il vous plait, M. Ramadan, arrêtez de raconter n'importe quoi et d'insulter les dizaines de millions de victime de l'esclavage islamique.

La Suisse n'a pas été condamnée par l'ONU

Une fois encore le patron de la droite dure genevoise mélange propagande et désinformation. Une fois encore il est vrai, il est bien aidé par une tare inhérente au métier de journalisme: le besoin d'un gros titre et de simplification à outrance. Il s'agit bien sûr ici de l'ONU et de sa commission des droits de l'Homme, qui a été présentée cette semaine comme ayant condamné la Suisse.

Cette attaque frontale de l'étranger a évidemment comblé d'aise tout ce que ce pays compte d'isolationnistes obtus. Dont apparemment, Yves Nydegger n'est plus très sûr de faire encore partie si l'on en croit ses propos d'hier sur l'Union Européenne. Mais pour en revenir à l'ONU, il se trouve que la Commission des droits de l'Homme n'a pas condamné la Suisse et qu'elle a au contraire blâmé d'autres pays. En explication, je reproduis ici l'excellent message d'un dénommé "Florian" :

Le Conseil des droits de l'Homme est une nouveauté mise en place cette année seulement. Voici la liste des pays qui ont été examiné (par tirage au sort) depuis le mois de février :
Algérie, Argentine, Bahreïn, Bénin, Brésil, République Tchèque, Equateur, Finlande, France, Gabon, Ghana, Guatemala, Inde, Indonésie, Japon, Mali, Maroc, Pays-Bas, Pérou, Philippines, Pologne, République de Corée, Roumanie, Afrique du Sud, Sri Lanka, Suisse, Tonga, Tunisie, Ukraine, Royaume Uni, Zambie.

Le Suisse moyen n'a entendu parlé que des résultats suisses, au final très positifs. La presse suisse n'a en effet pas parlé des rapports sur le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, etc. Pourtant, Dieu sait que la Tunisie (seul rapport en dehors de celui de la Suisse sur lequel j'ai jeté un oeil) est condamnée, sur le principe de la torture systématique entre autres.

Comment se déroule une étude de cette institution ? Trois rapports sont délivrés au Conseil : le premier (env. 20 pages) est remis par l'Etat, plus précisément par les institutions étatiques liées aux droits de l'Homme - le deuxième (env. 10 pages) par le Haut-Commissariat aux droits de l'Homme - le troisième (env. 10 pages) par les ONG du pays.
C'est ce troisième rapport qui est vraiment critique en ce qui concerne la Suisse.

Un représentant de l'Etat (M. Kouchner pour la France, Mme. Calmy-Rey pour la Suisse, etc.) vient ensuite répondre aux questions que trois représentants du Conseil (tirés au sort) se posent sur les droits de l'Homme suite à ces trois rapports. Dans le cas de Mme. Calmy-Rey, les questions ont surtout porté sur ce troisième rapport. Selon le site officiel du Conseil, Mme. Calmy-Rey a su dissiper tout doute concernant le respect des droits de l'Homme en Suisse. Peut-on dès lors décemment la condamner pour cela ?

Quant à la presse, elle a surtout partagé ses craintes quant aux rares aspects négatifs soulevés en rappelant que la Suisse s'est toujours vantée d'être un modèle en matière de droits de l'Homme et qu'elle espère qu'elle le restera.

J'invite tous ceux qui s'intéressent réellement au travail du Conseil des droits de l'Homme à consulter tous les rapports disponibles en français sur le site http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/UPR/Pages/search.aspx

En attendant que la Chine, l'Iran, l'Egypte. le Soudan et autres passent aussi sur la sellette, rappelons malheureusement que toute condamnation par le Conseil n'est pour l'heure que purement symbolique.

Ecrit par : Florian | 09 mai 2008

06/05/2008

Débat entre écologistes et politiques

Sur France 2, tard hier soir, le débat sur la crise alimentaire mondiale mené par Yves Calvi était passionnant et instructif à plus d'un titre. La plupart des explications que j'ai avancées dans ce blog y ont été reprises par l'un ou l'autre des intervenants. Avec plus ou moins de pertinence.

Comme d'habitude, Jean Ziegler pérorait sans munitions, accumulant les raccourcis grossiers. A noter d'ailleurs qu'en tant que rapporteur spécial de l'ONU sur l'alimentation, s'il avait tenu un peu moins de discours provocateurs et accompli un peu plus de travail concret de coordination et de tentative de coordination des flux mondiaux, nous n'en serions peut-être pas là.

Claude Allègre, miné par ses idées fixes, s'accrochait à l'idée que l'agriculture française grassement subventionnée allait sauver le monde. De là à l'accuser, comme le fit dimanche René Longet, son camarade du PS, d'être un agent rétribué à la solde de Washington et des cercles néo-cons, il y a une marge.

Le débat a tout de même progressé. On y a compris, entre les lignes, que l'OMC n'avait pas du tout joué le même rôle que le FMI ou la Banque Mondiale. Que si le bio-éthanol étasunien à base de maïs était clairement condamnable, il en allait autrement du brésilien à base de cane à sucre, non pour plaire à Lula, mais pqrce qu'il est cultivé sur des zones de savanes peu propices à d'autres cultures, et surtout doté d'un bilan énergétique positif au contraire des dérivés du maïs…

Bref on y a donné de la vraie info, même si chacun prêchait pour sa paroisse. Avec une mention spéciale subjectivité au représentant de Greenpeace, qui égalait presque Ziegler en la matière. Le nouveau dada des écolos consiste maintenant à nous balancer un GIEC de l'alimentation, pour tenter de nous faire croire que tous les scientifiques sont d'accord avec leurs thèses. Ce qui bien évidement est faux. Tous ceux qui ne disent pas exactement la même chose que les écologistes, et qui cherchent simplement à rester dans le vrai (pour autant que la réalité soit de ce monde) ne sont pas pour autant des suppôts du néo-conservatisme ou du lobby du pétrole.

Lors du débat sur la croissance auquel j'ai participé au Salon du Livre, on m'a remercié de m'être jeté dans la fosse aux lions, véritable chaudron altermondialiste. Mais un spectateur m'a aussi vertement reproché d'oser polémiquer, moi politicien, sur le terrain scientifique avec un  scientifique. Qui l'est au demeurant autant que moi, puisque nous avons tous deux accomplis des études de sciences humaines, tout en étant, par goût personnel, versés l'un et l'autre dans les sciences de la vie et de la Terre, et surtout très attachés à la transversalité des connaissances.

Ce qui me suggère deux remarques:

1) les politiques ont autant le droit de s'intéresser à la science et de la questionner que les scientifiques de s'intéresser à la politique. Ce qu'ils font de plus en plus souvent en se mêlant de notre futur et de nos orientations économiques. Ce doit être une communication.

 2) les politiques, notamment dans les milieux écologistes, tendent à brandir toutes sortes de rapports de recherches comme autant de vérités révélées, sans se préoccuper une seconde de la justesse des hypothèses et des méthodes de recherche dès lors qu'elles vont dans leur sens. Les milieux néo-libéraux font d'ailleurs volontiers de même. Et les médias reprennent aveuglément dès lors qu'on leur sert une caution scientifique. Sans aucun regard critique. Ceci n'est pas de la science. C'est juste de la propagande.

Pour répondre à René Longet, qui déplorait l'existence de voix discordantes, force est de rappeler que tant que les écologistes ne seront pas plus attentifs aux choix de leurs arguments, non pas en fonction de leur pertinence pour défendre leur cause, mais de leur véracité, ou tout au moins vraisemblance, ils susciteront des réactions contraires.

Un exemple qui date, déjà mentionné: il se trouve que je fus, il y a 20 ans, le seul journaliste en Suisse romande à oser écrire que la Mort des forêts et le Bostryche n'avaient rien à voir avec l'automobile. Parce que j'avais découvert qu'il y avait déjà eu des épidémies similaires en Forêt Noire à la fin du Moyen âge. Mais à l'époque tous les écologistes, les médias et M. Longet qui militait à l'ATE, m'accusaient volontiers d'être à la solde du lobby automobile… Ce même lobby automobile qui avait obtenu – très facilement - du rédacteur en chef de la Tribune de Genève d'alors (M. Daniel Cornu, par ailleurs grand maître en déontologie… ) que je cesse d'écrire sur les nouveautés automobiles, parce que ce que j'en écrivais leur déplaisait et qu'ils étaient de gros acheteurs de pages publicitaires.

M. Cornu, vraisemblablement, jugeait peu important de sacrifier au nerf de la guerre en matière automobile, afin d'assurer l'indépendance – relative - du journal en politique. Sauf que pour le lecteur genevois lambda, une information objective sur le plus coûteux objet qu'il pourra parvenir à s'acheter dans sa vie (vu le prix des apparts) mérite sans doute autant d'objectivité qu'un choix politique.    

05/05/2008

L'économie est-elle soluble dans l'écologie ? Ou l'inverse ?

 

L'écologie doit-elle englober l'économie? La question, un peu théorique, m'a été posée en conclusion du débat de clôture du Salon du Livre, dimanche soir, sur le thème de la croissance mondiale. Tellement théorique qu'elle pourrait être posée à l'envers avec autant de pertinence. Il est évident qu'il faut aujourd'hui raisonner en termes de développement économique durable. Donc intégrer les deux domaines.

Seulement, en pratique, on se heurte à des impossibilités qui sont la spécialisation croissante de la recherche et du savoir en général. Les spécialistes, pour exister, sont contraints d'être de plus en plus pointus dans leur domaine spécifique et du coup sont de plus en plus souvent ignares ou disons peu versés dans les domaines voisins.

Un phénomène inéluctable vu l'étendue de plus en plus vaste des connaissances de l'humanité, mais un phénomène potentiellement dangereux si l'on ne parvient pas à entretenir un corps de communiquants, et de philosophes, qui puissent faire office de passerelles. C'est particulièrement vrai dans les rapports entre économie et écologie.

Je lisais ce lundi matin dans ces pages la chronique économique de Marian Stepscinsky, brillantissime comme à son habitude, qui détaillait les ressorts de la croissance étasunienne et de la croissance en général. Passionnant. Sauf qu'effectivement, il n'y avait pas une syllabe introduisant le concept de durabilité. De fait pour la plupart des étasuniens, marqués par la conquête de l'Ouest, la croissance est sans limite. Or, on le sait aujourd'hui, la Terre, ses ressources et leur renouvellement sont limités. Il faut donc faire avec, apprendre à croître dans un bocal, au moins jusque ce que l'on ait appris à voyager vers des exo-planètes. Ce qui n'est pas demain la veille.

L'économie doit donc intégrer la pensée écologique, c'est urgent. Je connais d'ailleurs au moins une gérante de fortune qui le fait, qui ne s'intérèsse qu'aux investissements durables et qui a d'excellents résultats. Elle le fait même avec tellement d'attention qu'elle est parvenue à passer complètement au travers de la crise des sub-prime sans y perdre une plume. Je ne vous dirai pas pour quelle banque privée de taille moyenne elle travaille, parce que ce serait de la pub gratuite...

De son côté, l'écologie ne dit rien du fonctionnement de nos sociétés et des mécanismes qui les régissent. Elle ne saurait donc être viable comme science des sciences. Il lui faut tout autant apprendre à intégrer les règles écrites et non écrites de l'économie, pour espérer parvenir à une réelle pertinence dans la gestion de notre avenir..

L'UDC invente la nationalité communale

La naturalisation par les urnes est injustifiable. En droit comme au plan moral. L'UDC genevoise aimerait bien la défendre, mais craint de se faire à nouveau taxer de xénophobie, ce qui fait toujours désordre dans nos contrées lacustres. Aussi se livre-t-elle à d'étonnantes contorsions, en tentant de nous faire croire que la nationalité - contrairement à ce que son nom indique - ne serait pas une question de nation, mais de commune !

On croit rêver. Selon Soli Pardo, ce serait une spécificité helvétique, due au fait que la commune est l'entité administrative de base (comme si ce n'était pas le cas à peu près partout dans le monde) et que nos papiers d'identité mentionnent la commune d'origine (ce qui est en soi un anachronisme) plutôt que le lieu de naissance ou de domicile.

Une fois encore le Président de l'UDC genevoise joue sur les mots. Mais sans talent. Parce qu'un lieu de naissance ou de domicile, ça reste une commune, quasiment dans le monde entier. Il n'y a vraiment pas de quoi mythifier la spécificité helvétique sur ce point. Le lieu d'origine est devenu purement symbolique et n'a quasiment plus aucune incidence pratique. En dehors de Zermatt... Ce contrairement aux siècles passés, où la combourgeoisie était partout l'élément clé de la solidarité, alors que c'est aujourd'hui la commune de résidence, comme ailleurs dans le monde.

L'autonomie des communes est une notion très relative. Les communes ne peuvent pas interdire de résider sur leur sol dès lors que les autorités cantonales et fédérales l'autorisent. A fortiori à un citoyen suisse, quelle que soit sa commune d'origine.

C'est là, le fonds du problème. Nationalité et passeport ne sont pas d'envergure communale, mais bien nationale. Ils mentionnent la commune d'origine et c'est tout. Les prérogatives auxquels ils donnent accès sont liées aux frontières du pays, pas à celles de la commune. Dont soit-dit en passant, la dématérialisaton est l'acte fondateur de la Suisse moderne.

Dès lors, il est sain et naturel que les communes soient consultées, comme c'est le cas actuellement, pour une enquête de voisinage. Le législateur part du principe que les autorités cantonales ou fédérales pourraient ignorer certains comportements devant conduire au refus de la naturalisation, au contraire de l'environnement communal, plus immédiat.

C'est largement suffisant. Nul besoin d'introduire un vote dans l'histoire, qui ne serait de toute manière pas à la bonne échelle. En vertu de quoi accorder à la commune le droit de refuser une décision d'ampleur nationale qui serait accordée dans la commune d'à côté, ou à l'autre bout de la Suisse ?

Cela risque juste d'engendrer une sorte de tourisme de la naturalisation. Les candidats pourront se domicilier dans une commune tolérante, durant les deux années de la procédure... Puis revenir narguer les habitants de la commune intolérante avec leur nouveau passeport !

On connait déjà les dégâts que cause une concurrence fiscale intercantonale (et intercommunale) peu bridée. N'en rajoutons pas. Le pays rêvé de l'UDC, c'est un pays de deux poids deux mesures... Ce n'est pas la Suisse. C'est même, à terme, l'éclatement assuré du pays, qui ne serait plus aux normes de la modernité.

04/05/2008

L'Islam les animaux et les bombes humaines

Mon père avait gardé plusieurs souvenirs de son passage (relativement bref heureusement) en camp de concentration. Notamment la manière dont certains tortionnaires nazis adoraient les animaux, et leurs chiens en particulier, tout en se montrant d'une cruauté insoutenable avec les humains. C'est à cela que me fait penser l'attitude d'Hani Ramadan, qui explique en long en large et en travers, dans son blog, combien les animaux doivent être respectés selon son  livre sacré, tout en s'affichant aux côtés d'un docteur de la foi réputé pour approuver les bombes humaines qui se font sauter au beau milieu des foules civiles d'Israël et d'ailleurs.

Quelle que soit l'opinion que l'on peut avoir à l'égard de l'Etat d'Israël, de sa politique discriminatoire et de sa violence institutionnelle, voire de son existence même en tant qu'Etat reposant sur une logique ethnico-religieuse, rien ne saurait justifier l'usage de telles méthodes.  Ce n'est pas parce que  les Nazis qualifiaient de terrorisme tous les actes de résistance, que tous les actes de terrorisme peuvent être qualifiées de Résistance légitime. Loin de là. Je suis de ceux  qui pensent que la fin ne justifient pas tous les moyens, même s'il faut savoir aussi être réaliste. 

La seule chose de vraiment utile, dans les religions, c'est leur impact moral. Leur faculté à pacifier les relations humaines. Il est souvent arrivé dans l'histoire qu'elles l'oublient et se muent en contraire en agents de violence et de cruauté. C'est notamment arrivé à l'Islam à certaiines époques, de même qu'au christianisme et au judaïsme... Les voix qui, s'exprimant au nom de l'Islam, juistifient ce type de violence insoutenable  sont à mon sens doublement condamnables.

Il est tout aussi regrettable que la gauche genevoise, en organisant un tel débat, tombe dans le même panneau. La violence, même face à l'oppresseur, doit avoir des limites, sinon elle ne vaut pas mieux que ce contre quoi elle lutte.