02/06/2008

Populistes, je vous ai compris

 

Je m'adresse moins ici aux responsables du mouvement populiste genevois, chez qui, pour ceux que je connais, l'égo tient lieu d'éthique, qu'à leurs électeurs. Venus de gauche, de droite ou de nulle part, vous votez pour un mouvement sans avenir, avec pour seule ambition de préserver notre passé. Or nous avons mieux à faire. Le monde change. C'est ainsi depuis la nuit des temps et l'évolution des technologies fait que cela s'accélère. Les frontaliers n'y sont pour rien, ils en sont les bénéficiaires autant que les victimes, tout comme vous. Car il y a du bon dans le mouvement, rien n'est jamais tout noir ou tout blanc. L'important, c'est de fixer des objetifs ambitieux et crédibles, en sachant que la route pour les atteindre sera longue et pénible, mais tellement satisfaisante, en dépit des accidents de parcours.

Vous en voulez aux hommes et aux femmes politiques, que vous accusez d'être responsables de la gabegie ambiante. De fait ils le sont, dans la faible mesure de leurs moyens, qui ne sont pas nuls, mais loin d'être suffisants face aux défis qu'ils affrontent tous les jours: gérer un pays, une commune, un canton, ce n'est pas une mince affaire. Et pour ma part, je trouve qu'ils ne s'en sortent pas si mal. Certes, on souffre à Genève, mais plutôt moins qu'ailleurs. Ils n'en sont d'ailleurs pas les seuls responsables: l'économie florissante et l'argent qui coule à flots y sont pour beaucoup.

Faire de la politique, ce n'est pas une sinécure, c'est un apostolat et cela ne devient rentable qu'à partir d'un très haut niveau de responsabilité. Clairement chez nous, conseiller administratif ou d'Etat. Sauf qu'avec ce qu'il faut faire pour y arriver, les compétences qu'il faut aligner, la plupart auraient eu meilleur temps de rester dans le privé...

Ils ont choisi la vie politique par goûr de servir, si cela existe, ou pour satisfaire leur ego. Le goût de plaire, d'être reconnu, de pouvoir se dire le chef aussi... Toutes choses fort naturelles que chacun ressent plus ou moins, parvenant plus ou moins à se donner les moyens de ses ambitions. Tout cela, jusqu'ici ne différencie guère les dirigeants en place de ceux qui aimeraient les remplacer, à commencer par vos propres leaders...Si ce n'est qu'au niveau des compétences réelles, c'est à dire de la capacité à prendre la bonne décision et pas simplement à dénoncer un scandale, il n'y a pas photo. Chacun sa spécialité et les vaches seront bien gardées...

Tout cela n'a rien de nouveau. Ce qui change aujourd'hui, qui explique le succès des mouvements populistes, c'est l'angoisse compréhensible face aux grands problèmes du monde, à leur conséquence sur le quotidien de tous les jours et l'incapacité des idéologies classiques, le libéralisme comme le socialisme, à incarner une solution viable et efficace. Tout au contraire, l'un comme l'autre, poussés dans leur logique isolément, aboutissent à des injustices flagrantes: surprotection de catégories assistées ou parasites d'un côté... Création d'une mini-classe de superprédateurs héréditaires, les hyperriches, aux pouvoirs inégalés dans l'histoire, de l'autre. C'est Charybde ou Scylla, sur fond de réchauffement climatique et de misère africaine à nos portes.

Cependant, entre nous, je préfère que mon fils grandisse avec la peur d'une lente fonte des glaces qu'avec la hantise d'une guerre atomique aussi définitive que brutale, comme c'était mon cas à son âge. Aujourd'hui, nous avons les moyens de résoudre tous les problèmes de l'humanité. La technologie fait des progrès tous les jours, la connaissance des phénomènes du vivant aussi. Les sciences sociales et politiques ne sont pas en reste. Le monde est aujourd'hui interdépendant et c'est un bien. La Chine aurait pu mettre les Etats-Unis à genoux, au moment de la crise des subprime. Au lieu de cela, elle les soutient à bout de bras, économiquement. Parce que c'est son intérêt, notre intérêt commun. Cette communion d'intérêts ne se dissoudra plus, même si les rapports de force évoluent et bougent.

Nous avons tous besoin d'objectifs clairs, de nouvelles frontières. En nous forçant à partager des marchés qui nous étaient jadis réservés, la mondialisation nous ferme des portes. Nous ne sommes plus les patrons du monde. Nous ne le serons plus jamais. Et ce monde n'est pas un puit de richesses sans fond. L'énergie chère et la nourriture à son juste prix vont nous contraindre à revoir certaines habitudes de confort et nos goûts de luxe. Mais la mondialisation, comme le développement durable, nous ouvrent aussi de nouveaux espaces et de nouveaux marchés. La solidarité équitable, dans le respect de l'esprit d'entreprise et de la liberté individuelle, peuvent être porteurs d'un avenir plus harmonieux.

Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est oser prendre les bonnes directions. Arrêter de se plaindre de nos frustrations et de raisonner en aigris, pour prendre nos affaires en main. Individuellement et collectivement. Il y a de nouvelles frontières à conquérir, dans le vaste monde, mais aussi à proximité immédiate, dans l'énergie renouvelable et le respect de la nature, y compris de la nature humaine, comme dans le domaine des services à la personne par exemple... Arrêtons de nous plaindre et d'attendre que l'Etat fasse tout à notre place. Osons imaginer ce que nous pourrions faire pour apporter qui notre pierre, qui notre grain de sable, au vaste édifice de l'humanité.

 

Commentaires

Voila qu'il se prend pour de Gaulle !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 02/06/2008

Il y a cher Victor, une grosse nuance entre la citation, voire la parodie et l'identification...
Cela étant, si mon appel du 2 juin pouvait avoir quelque effet, j'en serai ravi :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 02/06/2008

Ce discours réducteur sur « les populistes » n’a rien d’étonnant. J’ai d’ailleurs été ébahi par la franche fraternité contre nature PS – UDC en réponse à des interventions du MCG lors des débats parlementaires retransmis sur Léman bleu.

Si aujourd’hui les « populistes » sont présents avec un certain succès, c’est bien parce que depuis des décennies la classe politique Genevois leur prépare le terrain.

Pour ne reprendre que le sujet des frontaliers qui visiblement vous tiens a cœur, le MCG n’a jamais dit qu’il faut tous les tuer, mais l’opacité ambiante leur fournit une brèche dans laquelle s’engouffrer: Entre la droite qui souhaite un réservoir plus large de main d’œuvre et la gauche viscéralement incapable de pragmatisme lorsqu’il s’agit de protectionnisme social. Le sujet n’a jamais été traité rationnellement, ni fait l’objet d’une communication claire et transparente. Du pain béni pour le MCG.

Pour résumer, les « populistes » sont la créature d’une classe politique traditionnelle incompétente, opaque et magouilleuse qui ne cherchait même plus a cacher qu’elle vivait plus pour elle-même que pour les intérêts du citoyen. Plus d’un critères objectifs (dette, chômage, charge fiscale etc…) permettent d’affirmer que Genève est le canton le plus mal géré de Suisse.

Si maintenant les populistes vous dérangent tant, attaquez vous a la source du problème plutôt qu’a ses effets.

AF

Écrit par : Alain Fernal | 02/06/2008

M. Souaille, tout de même, on peut dire que si au lieu de compter sur les frontaliers, les employeurs acceptaient d'augmenter les salaires lorsqu'ils ne trouvent pas de main-d'oeuvre à proximité, les choses apparaîtraient comme un peu plus logiques. Or, je ne suis pas persuadé que le gouvernement genevois soit absolument sans possibilités d'initiatives, à cet égard. Il faut reconnaître que contre l'accroissement de la circulation automobile et ses effets sur l'environnement, il donne le sentiment d'être quelque peu passif. Parfois, on entend dire que les Savoyards devraient financer un tas de trains, ou un tas de parkings, mais de dire cela ne relève pas d'un sens des responsabilités idéal, quand par ailleurs on appelle au respect des frontaliers, même de nationalité française. En tout cas, c'est mon avis.

Écrit par : R.M. | 02/06/2008

bravo !!! clap clap clap bravo... Vous avez compris ce qu'une majorité de personnes surtout à Genève à de la peine à comprendre. C'est vrai que coincé entre les lacs et les montagnes on a cette tendance à avoir un esprit étriqué. La mondialisation n'est pas qu'une pieuvre destructrice. Il suffit de voir les choses qu'elle peut apporter notamment aux pays en développement. D'un autre côté, je comprends les personnes qui en ont peur. La délocalisation, les frontaliers, l'ouverture des frontières c'est angoissant pour notre avenir, nos enfants... Mais de toute façon aujourd'hui la concurrence est rude dans tous les domaines. Les entreprises doivent s'adapter ou disparaître...

Ce n'est pas en restant prostrés sur nos peurs de "l'étranger" que nous avancerons. A nous de nous adapter et d'aller de l'avant pour ne pas rester sur le bord de la route...

Écrit par : yoyo | 02/06/2008

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