04/06/2008

29 candidats et une Constituante

En 1999, avec quelques députés radicaux, Bernard Lescaze propose au Grand Conseil la tenue d'une Assemblée constituante. Fraîchement accueillie par les autres partis, l'idée aura mis près de dix ans à faire son chemin et c'est avec une légitime fierté que 29 candidats radicaux - dont votre serviteur - ont été adoubés mardi soir. Ils porteront les couleurs du parti jusqu'aux élections et le peuple choisira, en novembre, ceux et celles qu'il souhaite voir le représenter dans cette assemblée unique.

Une Assemblée qui voit le jour moins d'une fois par siècle, c'est pour l'activité humaine un rythme exceptionnel. Celle-ci naît au moment où les profonds bouleversements qui agitent la planète ont des échos jusque dans notre petite République. Si notre aisance matérielle semble nous mettre à l'abri du besoin, notre profonde ouverture au monde et notre dépendance à l'égard de son économie, nous rendent particulièrement sensibles aux grands vents du large.

L'obligation d'inscrire notre constitution dans le cadre fédéral limite forcément les ambitions les plus folles. Mais Genève ne serait plus Genève s'il ne sortait pas de ces travaux une vision claire et résolument moderne de l'organisation sociale telle qu'on peut la rêver, telle qu'on doit la concevoir. Les Radicaux (et les Radicales, que l'on espère élues nombreuses) auront à coeur de défendre ce concept clé : Graver le durable dans le marbre constitutionnel.

Elu tête de liste à l'unanimité, Thomas Büchi s'amusait à relever qu'il lui aurait suffi de graver le durable dans le bois. Plus qu'une boutade, c'est la bonne échelle de temps pour une constitution. Ne nous leurrons pas, la notre ne sera pas éternelle, mais si elle survit un bon siècle, comme le bois, ce sera une belle réussite.

 

Commentaires

Félicitations, M. Souaille. Pour vous répondre sur les assemblées transfrontalières, elles n'auraient guère de sens, si elles consistaient à donner à quelques Savoyards privilégiés des titres ronflants, propres à Genève, afin de faire accepter à l'ensemble des Savoyards des décisions qui ne vont pas spécialement dans le sens de leurs intérêts. Je ne pense pas que cela puisse marcher durablement. Le pôle annécien reste fondamental, en Haute-Savoie. Les entreprises d'Annecy sont la principale manne financière du département. Quant à moi, je suis fonctionnaire, et évidemment, payé depuis Paris, en fait. En théorie, si je n'étais pas solidaire minimalement de la Haute-Savoie et même des Genevois, je ne devrais pas trouver le système genevois spécialement meilleur que le système vaudois, qui reverse tous les impôts directement à Paris. Je crois que gommer les oppositions passe aussi par un certain réalisme, et une attention réelle aux intérêts de l'ensemble des Français voisins. J'ai le sentiment que ceux-ci sont plus fantasmés qu'écoutés concrètement, en général. Fantasmés d'ailleurs pas forcément dans un sens négatif, car il y a aussi du sentimentalisme, à cet égard, mais quand même fantasmés. Vous pouvez ne pas diffuser ce texte sur votre blog, si vous voulez. Je veux dire que je ne trouverais pas que ce serait plus mal.

Écrit par : R.M. | 04/06/2008

Il me semble effectivement que ce débat serait plus à sa place sur votre blog, où il a commencé. Mais bon, vu que l'assemblée transfrontalière élue est l'un des projets phare des radicaux pour la constituante, il a aussi sa place ici.

Elire des représentants à une assemblée de proximité, cela n'a rien à voir avec "donner des titres ronflants". Nous parlons ici de représentants choisis démocratiquement, de par et d0autres de la frontière, et dans le canton de Vaud également, pour adapter les réalités politiques et administratives aux réalités économiques et de la vie quotidienne. Annecy est la capitale de la Haute Savoie, mais d'une part, dans un an, elle sera à 20 minutes de Genève et d'autre part, les habitants du bas Chablais comme du Genevois (et du Pays de Gex) ont bien davantage de rapports pratiques avec Genève.
En 25 ans, j'ai habité Annemasse, Saint-Julien, Gaillard, Massongy, Veigy et Sciez et je crois savoir de quoi je parle. Il serait temps de laisser de côté les susceptibilités et de travailler enfin vraiment, concrètement. La plupart des décideurs politiques et administratifs en sont déjà convaincus, mais l'inertie des habitudes est encore très forte. Il est beaucoup plus simple de taper sur le voisin que d'apprendre à taire nos rancoeurs et à prendre ensemble nos affaires en main.
Un peu de volontarisme et de rêve, pour faire avancer les dossiers.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/06/2008

Excusez-moi, M. Souaille, mais il a bien suffi que je me moque de M. Mabut pensant à faire créer un parking non réellement à l'entrée de l'agglomération genevoise (ou même transfrontalière), mais juste au milieu de l'espace transfrontalier, à la frontière, du côté français, pour qu'aussitôt plusieurs Genevois, dont vous, manifestent aussi leur susceptibilité. Imaginer que les Savoyards sont par nature plus susceptibles que les Genevois, ce serait assez ridicule.

Mais voyez-vous, la question n'a justement rien à voir avec les nationalités, et raisonner économiquement en fonction de la frontière, comme on le fait lorsqu'on propose un parking non en fonction des agglomérations, mais de la frontière, justement, c'est le contraire de ce qu'il faut faire. Or, quand je le fais remarquer, vous dites qu'en tant que Savoyard, je suis susceptible. Mais pas du tout : je vous dis ce qui est, que les contribuables français dans leur majorité n'ont pas envie de désengorger une autre ville que celle qu'ils habitent, et qu'ils aient tort ou raison n'y changera rien. Mais à cet égard, que peut-on dire ? Car les contribuables genevois pensent exactement la même chose, et pas du tout autre chose. Si on raisonne en suivant la logique, et non les questions de nationalité, on s'aperçoit tout de suite que la responsabilité de la situation est bien dans les entreprises qui emploient les frontaliers. Les frontaliers et les Français ne sont responsables qu'autant qu'ils sont membres de ces entreprises, et qu'ils y ont des titres de responsabilité.

Mais vous savez que les entreprises cherchent surtout à faire du profit, et donc à faire payer aux autres le plus possible ce qui leur coûte : d'où la manie des subventions. C'est donc aux gouvernements d'être vigilants. Et maintenant, en suivant ce fil logique, on voit bien que le gouvernement français n'a pas réellement les moyens d'être vigilant vis à vis des entreprises qui ont leur siège à Genève, même quand elles sont dirigées par des Français (ce qui arrive). La question n'est donc pas celle des nationalités, mais elle revient aux entreprises et aux gouvernements seuls.

Écrit par : R.M. | 04/06/2008

M. Mogenet,
comme je vous l'ai dit, je ne crois pas que JF.Mabut ait pensé ou écrit vouloir créer des parkings sur la frontière. S'il l'a fait c'est évidement une stupidité. D'une part parce que ces parkings existent déjà, tant à Moelleullaz qu'à Saint-Julien et qu'à l'évidence, ils doivent être réservés aux habitants de ces communes ou de leur voisinage immédiat.
C'est de parkings d'échanges en sortie d'autoroute que les communes frontalières comme genevoises ont besoin. Je n'ai jamais dit que les Savoyards étaient plus suceptibles que les Genevois, j'ai même laissé entendre le contraire. Mais vous considérant comme un intellectuel, éditeur, poète (fonctionnaire, j'ignorais) j'attendais de vous, justement un peu plus de hauteur de vues pour nous aider tous, des deux côtés de la frontière, à dépasser les chauvinismes de clocher...

Écrit par : philippe souaille | 04/06/2008

"Vous pouvez vous exprimer comme vous voulez. Moi, je pense que critiquer les Savoyards et leurs réverbères ressortit aussi à une sorte de chauvinisme. J'ai du mal à comprendre comment on peut s'imaginer qu'on peut construire une agglomération transfrontalière fraternelle si on critique sans arrêt les choix effectués par les Français voisins. On peut toujours reprocher à ceux qui se plaignent d'être critiqués - ou qui se contentent, du reste, d'ironiser sur la nature des critiques - d'être chauvins : s'ils étaient réellement intelligents, ouverts d'esprit, ils sauraient bien, qu'ils font des choix débiles ! Mais c'est vrai, M. Souaille, que si je devais critiquer les élus qui sont censés me représenter, je le ferais avec les autres qui sont censés être représentés par eux, et non avec le reste du monde. C'est pour moi non une question de chauvinisme, mais de solidarité et de démocratie. Car la démocratie représentative oblige qu'on soit solidaire de ses élus, même quand on n'est pas d'accord avec eux. De fait, peut-être que vous avez raison, pour les réverbères, mais mon choix, à la place, serait peut-être d'aider les arts, la culture, et pas forcément les entreprises qui dépendent légalement d'élus pour lesquels je n'ai pas l'occasion de voter. Ce n'est pas une question de personnes et de nationalité, en fait : les frontaliers doivent dans leur commune de domiciliation et la Haute-Savoie bénéficier de services dignes de ce nom ; mais ce qui a trait au travail doit dépendre d'abord, à mes yeux, du lieu où siège l'entreprise. C'est d'ailleurs toute la vraie difficulté d'une zone frontalière : arriver à distinguer les deux. Le reste, les allusions aux identités nationales, au chauvinisme supposé des uns et des autres, pour moi, je ne vous le cache pas, ce n'est que du blabla. Car ni les frontaliers ni leurs employeurs ne s'en soucient !

Quoi qu'il en soit, M. Mabut a écrit exactement ceci :

"Un tram à Annemasse? Un tram à Saint-Julien? Un tram à Saint-Genis? Un tram à Ferney? Les villes de la couronne frontalière rêvent du tram. Pas pour elle bien sûr, mais pour être raccrochées au réseau genevois. Pour entrer aussi dans le club sélect des villes ferroviaires, car le tram est devenu politiquement très correct et vous propulse n'importe quelle bourgade au premier rang de l'urbanité. (...)

Si le tram doit passer la frontière, c'est pour y quérir les pendulaires. Plutôt donc que de remonter les rues étroites des bourgs jusqu'en leur coeur, les lignes futures devraient déboucher sur d'immenses parkings d'échange sécurisés, où les frontaliers pourront changer confortablement de mode de transport."

Mais moi, je pense qu'à ce compte-là, les immenses parkings peuvent tout de suite être au bout des lignes, qui n'auront ainsi pas besoin de franchir la frontière. Cela me paraît bien plus économique. Si M. Mabut n'y a pas pensé, s'il a réagi spontanément en fonction d'un franchissement de frontière, c'est par pur réflexe, si vous voulez. Mais enfin, c'est un peu comme pour les réverbères : c'est quand même un symptôme. Un symptôme que les élites intellectuelles genevoises ne sont pas spécialement prêtes, elles non plus, à créer une vraie métropole transfrontalière dont toutes les parties puissent défendre leur point de vue, leurs goûts, d'une façon parfaitement égale. Ce n'est pas être chauvin que de le constater, car en ce qui me concerne, j'aimerais qu'il en fût tout autrement.
Dans son idée que les communes françaises rêvent de se rattacher au réseau genevois, M. Mabut est un peu naïf, car beaucoup de Savoyards n'en ont rien à fiche, du réseau genevois, et certains disent aussi qu'un tel rattachement occasionnerait encore une fuite de la main-d'oeuvre savoyarde vers la Suisse ; la manière dont M. Mabut présente les choses est en fait symptomatique aussi de ceci que certains intellectuels genevois voient chez les Français voisins surtout ce qui les flatte, et ne tiennent pas réellement compte de leur point de vue, de ce qui peut les habiter comme débats contradictoires : ils en ont une vision toute faite, pour dire clairement les choses ! Il n'est pas vrai que les Savoyards sautent tous de joie à l'idée de vivre près de Genève ; qu'ils aient ort ou raison - car on peut aussi voir les choses sans penser en Genevois, mais en être humain global, objectivement -, certains le regrettent, c'est connu, mais beaucoup, aussi, s'en fichent royalement. Or, le chauvinisme ne peut être surmonté que si on prend les gens tels qu'ils sont, et non tels qu'on les rêve

Écrit par : R.M. | 04/06/2008

M. Mogenet,
Vous mélangez beaucoup de choses et j'ai un peu le sentiment de devoir défendre les Genevois contre une forme d'extrémisme, comme je le fais régulièrement en défense des frontaliers, face aux coups de gueules xénophobes des partisans du MCG. Il est vrai que vous êtes je crois régionaliste, ce qui reste une forme de nationalisme. Par ailleurs votre état de fonctionnaire de l'Etat français est effectivement, j'en conviens, très difficile à vivre dans une zone frontière dont les prix s'envolent sous la pression genevoise.
Mais revenons aux fondamentaux. Le pâtois genevois et le pâtois du bas Chablais ou du Genevois sont quasiment identiques. Les noms de famille aussi, si l'on écrème les vagues de réfugiés successives. La frontière est une construction politique récente. Sans un certain Pictet de Rochemont, au Congrès de Vienne, la Savoie serait devenue genevoise... On peut multiplier les exemples de l'unité de culture historique.
L'histoire des réverbères, ce n'est pas un Genevois qui dit cela. Je l'ai entendu dans des réunions politiques françaises, dites par des Français, qui trouvent que l'on pourrait utiliser les fonds frontaliers autrement. Je trouve qu'ils ont raison. Pourquoi n'aurais-je pas le droit de le dire. Non pas seulement moi, bi-national ayant été frontalier 25 ans, mais n'importe quel Genevois ?
De même que j'estime que les Savoyards ont le droit selon moi de dire ce qu'ils pensent de Genève, de sa politique ou de la manière dont elle utilise ce qu'elle leur prend sur leurs impôts...
Surtout si leurs propos sont le fruit d'une analyse aussi objective que possible, calme et dépassionnée de la réalité qu'ils, que nous avons tous sous les yeux tous les jours. Calme et dépassionné, ce n'est apparemment pas votre truc.
JF Mabut n'a pas dit qu'il fallait mettre les parkings et les terminus de tram sur la frontière, mais au-dehors des centres villes, pour drainer les frontaliers pendulaires automobiles. Il a raison. même s'il faut aussi des lignes qui aillent au centre ville, tant qu'à faire. Tous les Savoyards ne veulent pas du tram, mais tous les Genevois ne veulent pas non plus du CEVA.
La principale différence entre les deux côtés de la frontière, c'est que dans un cas c'est Paris qui décide, et que dans l'autre, c'est le peuple, ou des gens élus par le peuple que l'on croise tous les jours dans la rue.
Nous sommes une seule région au milieu de laquelle passe une frontière, comme le disait un texte signé collectivement par Antoine Vielliard et Thomas Buchi, tous deux candidats à la députation nationale dans leur pays respectif. Nous sommes un seul peuple au fond, avec des intérêts communs. Et si bien des entrepreneurs français, notamment savoyards ou gessiens, choisissent de plus en plus de domicilier leurs entreprises sur Suisse, ce n'est seulement pour des raisons fiscales. La complexité administrative française y est pour beaucoup. Trouvons le moyen d'en profiter de concert, au lieu de sombrer dans la querelle de voisinage stérile.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/06/2008

M. Souaille, dans votre réponse, vous critiquez beaucoup le système français. Les tracas administratifs sont en France une tradition : cela date de la monarchie. Critiquer cela ne mène nulle part. Ce système a aussi ses qualités, et c'est bien ces qualités qui amènent beaucoup de Genevois à s'installer en France. En particulier, une grande qualité du système français, c'est de rendre très accessible la propriété privée, et d'empêcher quelques-uns de la monpoliser, ou les banques de la contrôler.

Pour le régionalisme, il a bon dos, vu que précisément, jusqu'à nouvel ordre, je suis solidaire des Français en général, et non d'un système étranger, sous prétexte qu'à l'origine, le patois était le même. C'est qu'en réalité, je distingue l'identité culturelle du gouvernement. Pour moi, la première est individuelle, et ne justifie rien.

J'aime beaucoup parler des liens antiques qui existent entre la Savoie et Genève, mais je n'en tire rien, sur le plan politique. Je ne vois absolument pas le rapport. Pour moi, cela permet simplement de noyer le poisson, de refuser de regarder les vrais problèmes. C'est en ce sens que je disais que c'était du blabla. Lorsqu'il s'agit de permettre les frontaliers d'accéder à leur lieu de travail, ce ne sont quand même pas les beaux discours sur l'unité antique qui vont convaincre les Savoyards de prendre en charge ce qui devrait être pris en charge par le gouvernement qui accepte d'avaliser des contrats de travail entre des entreprises qui sont sur le territoire dont il a la responsabilité, et des salariés qui ont un domicile clairement indiqué sur ce contrat. Comme vous le dites, l'accès à la propriété est un droit donné à tous, y compris aux étrangers, par la loi française en général, par Paris. Vous pouvez trouver cela mauvais, mais cela ne change rien. Ce n'est donc pas aux Savoyards en particulier d'en assumer la charge.

Pour les Français qui critiquent les réverbères, de deux choses l'une : soit ils sont majoritaires, et les municipalités qui les achètent sont changées par la voie des urnes ; soit ils sont minoritaires, et qu'ils existent ne les rend pas pour autant représentatifs sur le plan démocratique. Dans les deux cas, les habitants des communes sont souverains dans leurs communes, et en tout cas, leur souveraineté, si elle est limitée par la nation française en général, ne l'est absolument pas par l'opinion des pays voisins. Cette souveraineté, il faut à mon avis la respecter, par principe, et ne pas s'adonner à trop de critiques systématiques. Contrairement à ce que vous suggérez, les Savoyards se sentent bien souverains chez eux, dans la limite évidemment de ce que l'unité nationale rend possible. Il est donc totalement faux que je sois régionaliste, ou même nationaliste : je suis simplement attaché à la solidarité nationale, au corps politique auquel j'appartiens. Je suis patriote, moi, je dirai. Patriote français, patriote savoyard, aussi. Mais bien sûr, je mets l'humanité au-dessus de toutes les nations.

En revanche, je ne mets pas les liens passés entre les Savoyards et d'autres communautés au-dessus des liens présents avec la nation française en général. Une partie de la Haute-Savoie (et non la totalité de la Savoie, comme vous le suggérez) a failli devenir genevoise en 1815, suisse en 1860, et Genève même est devenue savoyarde en 1401, et a cessé de l'être en 1536 : qu'est-ce que ça prouve ? Les Savoyards ont appartenu au même pays aussi que les Piémontais, les Sardes, les Chypriotes, les Siciliens, les Valaisans, les Vaudois, et ils ont payé un tribut annuel à l'Autriche des Habsbourg : et puis alors ? Tout cela, c'est très bien pour enrichir individuellement et culturellement les Savoyards, et moi, par exemple, à cause de cela, en partie, je me suis intéressé, et même passionné, pour la littérature genevoise, que d'ailleurs j'aime beaucoup. Pour autant, les problèmes concrets ne sont absolument pas à résoudre de ce point de vue culturel. La culture, à cet égard, ne change rien aux faits objectifs du droit du travail et de la propriété, dont le fait est, qu'on s'en plaigne ou qu'on s'en réjouisse, qu'il n'est pas le même des deux côtés de la frontière. Ce n'est quand même pas le patois (que j'aime beaucoup, pourtant) qui y change quoi que ce soit ! Ce sont des foutaises, ça, excusez-moi de vous le dire. Cela peut aider à résoudre fraternellement le problème ; mais cela peut aussi servir à noyer le poisson. Cela ne veut rien dire.

Au demeurant, M. Souaille, ces beaux liens de l'histoire n'amènent pas énormément de Genevois à s'intéresser à la culture savoyarde, contrairement à ce que vous suggérez. J'ai souvent le sentiment que c'est dit pour que les Savoyards aient envie d'aider les Genevois à résoudre leurs problèmes : accès à la propriété, engorgement de la cité par les automobiles, et ainsi de suite. Mais de quels problèmes proprement savoyards s'inquiètent les Genevois, globalement ? Donnez-moi des exemples.

Bref, si vous comptez résoudre les problèmes sur une base de l'unanimité, c'est sûr que cela sera toujours retardé. Et c'est alors qu'on se dit que si les Savoyards résolvaient le problème, les Genevois seraient unanimes à en être satisfaits : et comme les Savoyards sont à vos yeux dans un régime peu démocratique, on peut bien ne pas tenir compte de ce qu'ils en pensent, peut-être.

Mais la frontière ne peut pas servir de base de réflexion pour le désengorgement de la cité de Genève, au sein d'une métropole transfrontalière. Et il est certain que même dans une démocratie de proximité, les Savoyards ne souhaiteraient certainement pas penser aux problèmes des Genevois avant de penser aux leurs, non pas parce qu'il s'agit des Genevois et des Savoyards, ou des Français et des Suisses, mais parce que nulle part dans le monde, vous ne trouverez de communauté qui pense d'abord aux intérêts d'une autre, avant les siens propres. Et à mon avis, si on veut construire une métropole transfrontalière de manière rationnelle, outre qu'il faudrait ne pas sempiternellement critiquer un système qu'en réalité les Savoyards ont librement choisi en 1860 (car on a le droit de choisir un régime monarchique à la française, en fait), il faudrait aussi avoir bien conscience que les intérêts des uns ne se confondent pas forcément avec les intérêts des autres. Même à Genève, il y a bien des riches et des pauvres - une hiérarchie sociale - : vous pensez que les Savoyards, s'ils devenaient genevois, préféreraient faire partie de quelle catégorie ?

Écrit par : R.M. | 04/06/2008

(Parmi les communautés auxquelles les Savoyards ont été liés, j'oubliais les Israéliens et les Palestiniens, puisque le duc de Savoie a été roi de Jérusalem ; pour autant, je ne suis pas persuadé que les Savoyards veuillent vraiment se mêler des problèmes de cette noble cité ! Et d'ailleurs, personne ne le leur demande. Au demeurant, pour le lien avec Genève, la vérité est que depuis que l'Empereur a séparé le comté de Genève de la cité de Genève, on peut dire que le lien s'est beaucoup distendu. Le patois identique remonte à l'Antiquité, quasiment ; les langues évoluent lentement. Ce lien existe, et on peut en tenir compte. Mais enfin, l'exagérer dès qu'on espère faire construire des parkings aux Savoyards, c'est un peu facile.)

Écrit par : R.M. | 04/06/2008

On ne peut pas tout dire d'un coup dans un message de blog et c'est pour cela qu'on écrit des livres. De manière générale, je critique autant le système suisse que le système français. En même temps que je décèle, en chacun, de grandes qualités. Plus exactement même, faisant de la politique des deux côtés, je me consacre à essayer de proposer des améliorations. Car c'est bien là le but d'une critique constructive: améliorer les choses. Mais évidemment si en face on a le poil qui se hérisse à la moindre critique ou suggestion, ça complique tout.
Les deux systèmes ont des défauts et des qualités. Ils ont même les défauts de leurs qualités et c'est logique, vu que de part et d'autre, des politiciens tentent tous les jours, par des lois, d'améliorer les choses. Bon souvent, ils les complexifient (d'où la nécessité parfois de s'arrêter et de repenser la constitution - ce qui ouvre d'épineux problèmes pour certains lois rattachées à l'ancienne), mais l'idée générale, c'est bien de compenser les excès ou les injustices forcément secrétées par n'importe quel système.
Vous parlez de la construction et de la propriété, effectivement d'accès bien plus facile en France, parce que les avocats de gauche, à Genève, tirent une grande partie de leur succès de la défense des locataires, et qu'en tant que politiques, ils font donc tout pour éviter que leurs clients locataires ne deviennent propriétaires.
L'obligation de garantie décennale en France est très mal vécue par les entrepreneurs suisses, car ils ne peuvent en souscrire et voient cela comme une entrave à la libre circulation. Sauf qu'elle évite certains drames personnels assez fréquents à Genève, où un nouveau propriétaire peut être amené à payer deux fois sa maison si le promoteur fait faillite avant d'avoir payé les entreprises ayant construit la maison.
De même si la démocratie d'expression populaire à la Suisse me parait préférable, le système de financement des partis politiques à la française est bien préférable au diktat par l'argent qui règne en Suisse. Il y a du bon à prendre partout, tout en sachant qu'il est délicat de s'en prendre à un système sans détabiliser dangereusement des équilibres laborieusement acquis. Notamment entre les pouvoirs politiques et les pouvoirs financiers par exemple.
Pour en revenir au coeur de notre débat, il y a une différence de quelques milliers de kilomètres entre les accointances de la France voisine avec Genève et celle des comte de Savoie avec le Royaume d'Antioche. Nous sommes voisins, nous habitons chez vous, vous habitez chez nous (combien de familles genevoises ont des noms et des cousins savoyards), nous faisons nos courses ou allons au spectacle et travaillons les uns chez les autres. Tous les jours.
Vous semblez reprocher à Genève d'admettre les frontaliers, mais Monsieur si ce n'était pas le cas, et sans la proximité de l'opulente Helvétie, croyez vous sincèrement que la Haute Savoie serait autre chose qu'une région excentrée française plutôt pauvre avec de magnifiques domaine skiables ? Croyez-vous par exemple que le décolletage de la Vallée de l'Arve aurait eu le même succès sans les entreprises suisses voisines ? Et ça vaut pour l'horlogerie du Doubs...
De même que sans la France voisine et sans les frontaliers, Genève n'aurait plus d'arrière pays, plus de main d'oeuvre et serait bien en peine de faire tourner son hôpital, ses organisations internationales, ses ordinateurs à certaines époques, ses journaux à celle de l'imprimerie au plomb, j'en passe et des meilleures.
Nous vivons dans une communauté de destin et d'intérêt dans un territoire commun. Il faut l'aménager au mieux. Non pas les uns contre les autres, mais de manière concertée. Il est vrai, là encore que nous avons en Suisse une tradition de la concertation, de la consultation préalable, là où la France a l'habitude d'attendre que Paris ou le préfet passe en force. Croyez que certains édiles genevois, parfois, souhaiteraient vivre dans un système français, pour pouvoir mener à bien leurs projets dans des laps de temps raisonnables.
Mais en France aussi parfois, des recours populaires, parfois même minoritaires, bloquent des projets essentiels. Je pense à l'autoroute du Châblais. Et parfois en Suisse, les autorités passent un peu en force, et dans le cas du CEVA elles ont raison.
Dans le cas des parkings, il faut résoudre un problème commun: comment amener au travail, dans les moins mauvaises et les moins coûteuses conditions possibles, des gens qui ont essaimé dans toute la région, parce qu'ils rêvaient de maisons individuelles. Un rêve qui n'a rien de répréhensible à priori. Sauf que ça crée des embouteillages et qu'avec la flambée du pétrole que l'on vit, ces gens vont bientôt connaître des situations aussi dramatiques que celles de fonctionnaires de l'Etat français, condamnés à vivre dans une région chère, sans percevoir le salaire qui va avec.
Genève pourrait se désintéresser de leur sort, ce qui n'est pas le cas. Ce ne serait d'ailleurs pas dans son intérêt. Genève doit construire, et vite, et près du centre. Elle s'y attelle. De même, ce n'est pas non plus dans l'intérêt de la France Voisine de continuer à ignorer le problème des transports en commun.
La joint venture montée sur l'agglomération annemassienne entre les TPG genevois et la RATP parisienne est exemplaire de ce que l'on peut entreprendre pour essayer d'améliorer les choses. En symbiose. Car c'est bien ce que nous sommes: des symbiotes, indissolublement liés par tout un réseau d'intérêts communs, nous parasitant l'un l'autre.
Et vous savez quoi, si les symbioses existent dans la nature, c'est parce que les corps symbiotiques, ensemble, sont plus performants que pris individuellement, séparément.

Écrit par : Philippe Souaille | 05/06/2008

M. Souaille, vous dites : "si en face on a le poil qui se hérisse à la moindre critique ou suggestion" ; mais c'est bien vous qui avez commencé à vous énerver parce que je me moquais des rêves irréalisables de M. Mabut, que je lui ai imputés personnellement, et non en tant qu'il était genevois.

Vous dites aussi : "les avocats de gauche, à Genève, tirent une grande partie de leur succès de la défense des locataires, et qu'en tant que politiques, ils font donc tout pour éviter que leurs clients locataires ne deviennent propriétaires" ; cela me paraît bien trivial, comme explication. L'accès à la propriété est un dogme fondamental de la République française. L'Etat de Genève à cet égard reste simplement passif. Et puis c'est tout. Ce n'est pas la guilde occulte des avocats qui crée à Genève une situation qui lui vient de sa tradition séculaire : croyez-moi.

Vous dites également : "Genève doit construire, et vite, et près du centre. Elle s'y attelle." Mais non : elle a dit qu'elle allait s'y atteler, mais un premier bilan, un an après son engagement formel, à cet égard, a été effectué, et montre que rien n'a progressé. C'est un fait objectif, M. Souaille : pas une belle parole. Quand on connaît ce fait, alors que l'engagement avait été pris auprès des Français, on ne se contente pas de chanter les liens profonds (et en partie imaginaires) qui existeraient entre les Savoyards et les Genevois, on dit aussi : Oui, dans les accords passés entre ces communautés soeurs, Genève a pris du retard. Car même entre frères, M. Souaille, on peut ne pas répartir équitablement les héritages. Les belles paroles n'y changent rien. Celui qui se plaint du partage apparaît toujours comme moins fraternel que celui qui s'en satisfait, mais cela peut ne représenter qu'une apparence : il faut y regarder de près.

Pour les transports en commun, la France voisine n'ignore rien, puisque le CEVA sera financé aussi par le département de Haute-Savoie, la Région Rhône-Alpes et même la République française : ce que vous dites ne veut rien dire. C'est une parole en l'air. La France n'a simplement pas les moyens de payer la totalité des transports d'employés d'entreprises dont les revenus ne lui reviennent pas, pour l'essentiel.

Quant à la symbiose, vous savez, les entreprises de décolletage de la vallée de l'Arve commercent aussi avec la Corée et le Japon : la mondialisation ne s'arrêtera pas au duché de Savoie de l'époque d'Amédée VIII, ou au département napoléonien du Léman. Soyons sérieux. Lyon aussi marche très bien sur le plan économique, et Grenoble également, et Annecy commerce surtout avec Lyon et Grenoble. Le tourisme en Savoie marche bien surtout grâce aux Français, c'est à dire les Parisiens et les Lyonnais. Quant aux entreprises genevoises, elles marchent bien grâce à la situation internationale de Genève et au système suisse, qui est globalement libéral. Or, la situation internationale de Genève dépend des nations en général. Ce n'est pas la symbiose entre les Genevois et les Savoyards qui permet à cette région de bien marcher. Le mont-Blanc est mondialement connu, lui aussi, et cela vient simplement de son altitude. A mon humble avis, il faut, des deux côtés, surtout arrêter de se bourrer le mou, comme on dit.

Écrit par : R.M. | 05/06/2008

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