06/06/2008

Et si on arrêtait de se taper dessus, le temps de l'Euro ?

Si durant trois semaines, au moins, on faisait la fête vraiment, au lieu de se vanner entre voisins et de se jeter son chauvinisme à la figure ? Dans la rue, dans les blogs, dans les plats, à pied à cheval ou en vélo, partout…

Si l'on concevait la politique comme le moyen de construire et moins comme un prétexte permettant d'écraser les orteils du voisin ? On peut toujours rêver ? Oui, on peut rêver, pourquoi pas ? Sous la pluie, dans la gadoue du Bout-du-Monde le concert d'ouverture de l'Euro fut bien éclaboussant de bonheur ? Kassav au mieux de sa forme, jusque quelques kilogs, pas mal de cheveux blancs et un quart de siècle en plus.

Merci aux Antillais d'être venus enflammer Genève, malgré le froid et la grisaille. Merci à leur énergie, étonnante chez ses papys et mamies tous quinquas, qui du coup réveillaient les papys et mamies de l'assistance, qui n'avaient plus été à pareille fête depuis longtemps. Des quelques centaines de concerts auxquels j'ai assisté dans ma vie, dont au moins 5  ou 6 de Kassav il restera l'un des tous meilleurs.

Seul bémol, mais comment pourrait-il en être autrement, tant l'art est difficile et se prête parfois, mais ne se donne jamais, leurs meilleurs morceaux restent les anciens. Et l'assistance ne s'y est pas trompé qui leur a fait un triomphe. Question de compas direct, sans doute. L'emprunt du zouk à la musique haïtienne que Kassav faillit payer très cher au début des années 80, du côté de Port au prince, les haïtiens les accusant de plagiat.

Mais à vrai dire, même Tabou Combo au sommet de son art, ne tourne pas le compas comme le fsit la guitare de Jacob Desvarieux… Une guitare  touit en rythmes, qui donna du plaisir partagé à un bon millier de personnes enthousiastes sous le chapiteau du Fan Village, vendredi soir, après le discours de Mark Muller.

D'étonnement aussi, à la sortie, de croiser des CRS français en uniforme, remontant le flot en file indienne, 4 par 4, façon Coluche. Etonnement partagé, devant la démonstration de force, mais de force tranquille. Clin d'œil d'une beauté antillaise à un pays sous l'uniforme… qui lui rend un signe de tête aimable. Après tout, ils sont là pour contrer ceux qui voudraient troubler la fête et qui pourrait en avoir envie ?

C'est l'Europe en marche par-delà les frontières. Justement, je vais me coucher sans passer par la case Noah, car demain je prend l'avion à 6 heures. Direction Paris, pour assister à un colloque d'élus démocrates européens. Devant lesquels je dois m'exprimer quelques minutes sur le thème: pourquoi les Suisse ne sont-ils pas dans l'Union ? Au-delà des raisons économiques et culturelles la vraie raison de base, c'est évidemment le déficit démocratique des instances européennes. Ce que les européens ont beaucoup de mal à admettre. Parce qu'ils sont persuadés que la démocratie directe rend les communautés ingouvernables.

Mais cela ne fait rien je le leur expliquerai quand même. Parce que de petites graines donnent  parfois de jolies fleurs et que les petits ruisseaux font les grandes rivières, Peut être que petit à petit, si tout le monde leur répète, ils finiront bien par en mettre un petit peu, de la démocratie dans l'Union… Et pour une fois, je suis d'accord avec Hafid el Ouardiri. Respectons l'autre. Y compris dans sa différence

Commentaires

Eh bien, le concert de Noah était absolument magnifique, même en ces temps de grisaille. Sa chanson "Métis" a fait fureur; ça fait chaud dans le coeur!

Si on arrêtait de se taper sur la gueule, ne serait-ce que le temps de l'Euro, ce serait en tout cas ça de gagné contre l'ennemi, hi, hi, hi.

Que la fête continue!

Écrit par : Micheline | 07/06/2008

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Souaille,

les raisons de votre déplacement à Paris méritent bien que je vous souhaite bon vol...

Nous partageons le même point de vue : "pourquoi les Suisse ne sont-ils pas dans l'Union ? Au-delà des raisons économiques et culturelles la vraie raison de base, c'est évidemment le déficit démocratique des instances européennes"

Lorsque vous défendez notre système démocratique devant un parterre d'élus européens... on ne peut que soutenir une telle démarche et l'homme qui la porte sur ses épaules.

Là, M. Souaille, chapeau bas.

Mes meilleures pensées vous accompagnent.

Bien à vous et bon vol,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 07/06/2008

Ce qui provoque des montées de chauvinisme, paradoxalement, c'est souvent la négation des différences. Au fond, on a toujours peur d'être absorbé et dissous, anéanti dans sa personnalité propre, sous prétexte d'unité et de fraternité. C'est vrai à l'intérieur des nations, et d'une nation à l'autre. Pour prendre comme exemple une relation plutôt régionale, mais quand même transfrontalière, comme je connais bien la littérature genevoise et la littérature savoyarde, mon avis est qu'il y a, entre les deux états d'esprit que montrent ces littératures, pas mal de différences. Mon avis, aussi, est que chacun a ses qualités et ses défauts propres. Mais nier les différences, en réalité, cela tend à essayer d'imposer à l'autre l'état d'esprit duquel on dépend communautairement. Cela peut du reste être inconscient. Mais cela arrive quand on dit qu'il y n'y a pas de différences, alors que, somme toute, on n'en sait rien, et notamment parce qu'on ne connaît pas réellement l'état d'esprit de l'autre, qu'on n'a lu aucun livre qui en émane. On l'extrapole donc, et on le fait en fonction d'idées préconçues. Il arrive aussi que quand on commence à appréhender ce qu'est vraiment l'autre, on s'aperçoit qu'il existe des différences, mais on ne les comprend pas : du coup, tout ce qui est spécifique à l'autre, on le rejette.

Personnellement, donc, au-delà des festivités sportives, et pour bâtir sur le long terme, je conseillerai à ceux qui veulent bâtir une relation transfrontalière durable, de s'intéresser à la culture de l'autre. J'ai envoyé par exemple mon dernier livre sur la littérature savoyarde au journaliste littéraire de la Tribune de Genève Lionel Chiuch, eh bien, c'est son droit, mais le fait est qu'il n'en a pas du tout parlé. Il y a bien des Genevois qui s'intéressent réellement aux Savoyards, à leur histoire, à leur culture, mais je n'en ai pas rencontré énormément, dans ce qu'on pourrait appeler les élites intellectuelles, ceux qui parlent depuis les institutions officiellement les plus représentatives. Je dirai que ceux qui s'y intéressent sont plutôt des individualités éclairées, qui mènent leurs réflexions en marge, y compris, d'ailleurs, du centre de la cité : cela peut être géographique, à l'intérieur du canton. Les élites, pour ainsi dire, préfèrent avoir des Savoyards des idées toutes faites, héritées de la tradition : soit, classique, au travers de l'Escalade, soit, romantique, au travers des écrits de Rousseau ou de Töpffer. Les deux s'opposent, bien sûr, mais aucune ne permet d'appréhender le problème par soi-même, je dirai. Toutes les deux livrent une image figée de la chose.

C'est pourquoi, même, condamner en théorie le chauvinisme, cela ne mène pas forcément bien loin. Il faut réellement s'intéresser à l'autre, en s'initiant à son histoire, sa culture, sa littérature, et en ne commençant pas par porter des jugements. Le fait est, M. Souaille, que les écrivains genevois, je les ai bien lus. Je les aime beaucoup. Amiel, en particulier. Mais croyez-moi, les auteurs savoyards sont souvent très différents des genevois. J'en ai parlé sur mon blog fréquemment. Et dans la mesure où la tradition héritée de François de Sales et renouvelée par Joseph de Maistre après la Révolution n'existe plus, que faut-il dire ? Les Savoyards en ce cas ont été totalement assimilés par la culture française classique, et n'ont plus rien de spécifique. Je ne dis pas que c'est le cas, mais c'est ce qu'il faut voir.

Cela dit, M. Souaille, pour la prochaine rentrée, je prépare une conférence sur une pédagogue savoyarde qui est au fond de l'école de Rousseau, et qui est typique de la part de Savoyards, existant depuis deux ou trois siècles, qui en réalité sont proches des Genevois et ont adopté leur mode d'être et de penser. Elle se nomme Noémi Regard, et était d'une famille protestante (convertie par des pasteurs genevois) de l'arrondissement de Saint-Julien. Cette conférence sera organisée par la Salévienne, et j'espère que les Genevois qui veulent nouer des liens avec les Savoyards y viendront nombreux, car c'est l'occasion : je crois qu'ils ont de bonnes raisons de penser qu'ils trouveront avec Noémi Regard des points d'accroche tout particuliers. D'ailleurs, M. Souaille, j'aime beaucoup cette Noémi Regard, qui a quelque chose de très moderne : en rien, je ne rejette la tradition genevoise, comme je l'ai déjà dit. Mais il ne faut simplement pas s'illusionner sur la réalité de la tradition savoyarde en général, que du reste j'aime aussi telle qu'elle est.

Cordialement, R. Mogenet.

Écrit par : R.M. | 07/06/2008

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