06/06/2008

L'implosion de l'UDC

L'UDC est en train d'imploser. La frange originelle est exclue, ou quitte le navire. C'était celle des fondateurs de ce parti agrarien, pris d'assaut par une cohorte d'extrémistes qui en ont fait un siège méthodique des années durant, sous la houlette de leur leader charismatique, gros pourvoyeur de fonds. Mais ceux qui restent sont coincés par le constat de la stérilité de leur ligne d'opposition absolue. Des voix d'élèvent de plus en plus nombreuses qui poussent le chef vers la sortie, l'idée étant de se refaire une virginité. En d'autre termes, on dit se faire recoudre l'hymen. Une idée d'actualité.

Ceux qu poussent dans ce sens sont des pragmatiques plus que des idéologues et au parti radical, nous aimons bien les pragmatiques. Je n'ai personnellement aucun problème avec tous ces UDC modérés et responsables qui considèrent l'action politique comme un moyen de faire avancer les choses, pas comme le vecteur de leurs haines de l'autre, de tout ce qui est différent...

Cette autre tendance, celle des idéologues sectaires, vire assez facilement à l'hystérie dès lors qu'elle se sent attaquée. C'est une réaction naturelle des sectes, qu'elles soient religieuses ou politiques, bien documentée par la littérature psychologique et politique. Elle est représentée à Genève par un Soli Pardo qui se braque sur son coeur de cible après la défaite, tentant de former le carré avec les extrémistes qui lui restent, sans même se rendre compte que c'est précisément cela qui limite l'expansion de son parti.

Son coeur de cible étant la haine de l'étranger, il tente un odieux sophisme: noir = clandestin = délinquant = dealer. La sculpture qu'il a choisi d'incriminer est celle d'un noir qui lit. Qui effectivement, dans l'esprit de son créateur et de son mandant, est un clandestin, mais certainement pas un dealer. Un dealer ne lit pas, il deale. Pour brouiller les pistes et par un raisonnement qui est une honte pour le juriste qu'il prétend être, Pardo tente au surplus d'assimiler le-dit créateur à un nazi.

Suite à quoi on m'accuse à mon tour de défendre les dealers. Amusant. Il y a quelques dizaines de dealers qui sont des clandestins noirs à Genève et leur place est selon moi à Champ Dollon. Il y a aussi à Genève des milliers de noirs et de clandestins qui sont des gens honnêtes et respectables et c'est à eux que cette statue rend hommage. Il est odieux de les confondre. Défendre le faible et l'opprimé contre la brute et l'oppresseur fait partie intégrante de l'idéal radical. Notre Procureur Général ne s'en est pas caché, lors de sa campagne électorale, en précisant qu'il faisait une nette différence entre la petite minorité de clandestins dealers ou violents qui menaçaient notre sécurité ou la santé de nos enfants et l'immense majorité de ceux et celles qui se contentaient de travailler honnêtement à des tâches souvent ingrates. Mais nécesaires. 

Ce soir, à la Maison des Associations, l'Université populaire africaine de Genève sera créée par un groupe de journalistes intellectuels et diplomates africains, qui veulent aider les migrants africains à s'intégrer en leur facilitant l'accès à la culture. A lire plutôt qu'à dealer. Plusieurs de ces fondateurs sont de mes amis et j'en suis fier. Ils sont à Genève depuis plus d'un quart de siècle, à une époque, bénie pour les sectaires de l'UDC, où tous les dealers de nos rues étaient blancs. Même pas kossovars, mais carrément suisses. Décidément, on n'est plus chez nous ...  J'ai invité l'un des fans de Pardo, qui s'en est vertement pris à moi dans son blog à venir transmettre son savoir (il est formateur en informatique) dans le cadre de cette université. Pour l'heure aucune réponse.

Commentaires

Cher Monsieur Souaille,

J'ai beau lire et relire le blog de Soli Pardo, mais je ne vois aucun passage dans lequel il ferait l'amalgame noir = clandestin = délinquant = dealer. Il me semble qu'il énonce simplement que ne pas disposer d'un titre de séjour pour résider en Suisse constitue en soi un délit.

D'autre part, il est bien connu que l'auteur de la statue, et il s'en vante, s'était bien inspiré des photographies de Leni Rieffenstahl sur les noubas. On peut avoir de meilleures références en matière d'esthétique.

Écrit par : André Poulain | 06/06/2008

A travers les périodes, que les dealeurs soient noirs ou blancs, africains, kosovars ou suisses ne change en rien la réalité: comme pour la prostitution, c'est la demande qui crée le marché, beaucoup plus que l'offre. Quelle que soit leur couleur, c'est aussi eux qui profitent du marché, et assument les peines de prison d'une société qui préfère se voiler la face plutôt que de réglementer de façon courageuse et réaliste en la matière.

Écrit par : Fufus | 06/06/2008

Un "formateur en informatique" c'est un spécialiste du "formatage" binaire, non?

Écrit par : azrael | 06/06/2008

Il n'y a pas d'allusion directe aux dealers dans le blog de Pardo. Y en a-t-il eu ? Le texte d'un blog, ça se corrige. C'est pour cela qu'il faut toujours garder une copie lorsque quelque chose vous choque, même si cela n'a guère de valeur juridique. En l'occurrence, sans copie, je n'ai que ma mémoire. Qui peut-être défaille ?
A ma décharge, les supporters de Pardo ont compris le même message que moi et s'en sont pris à leur tour, dans leurs blogs, aux dealers. Peut-être bien qu'il n'y a jamais eu d'allusion directe, que c'était juste subliminal ou plus exactement, tellement allusif que tout le monde a marché. Peut-être bien qu'une fois de plus, l'UDC s'amusait juste à jouer sur les mots.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/06/2008

Tout de même, lorsqu'on s'intéresse à l'UDC et aux écrits et déclarations réelles de ses principaux leaders idéologiques, justement, (Blocher, Mörgeli), on ne peut s'empêcher de remarquer que ses messages outranciers sont essentiellement diffusés par... ses adversaires.

Et cela nourrit le sentiment que c'est en écoutant le message direct de l'UDC, et non les interprétations de ses adversaires (haine, racisme, sectarisme, hystérie), que les gens choisissent de voter pour ce parti.

Et c'est un sentiment rassurant, quelque part.

Écrit par : Alain Jean-Mairet | 07/06/2008

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