04/07/2008

Betancourt: affolement médiatique maximal

Etonnante, la condescendance avec laquelle Français et Suisses considèrent la Colombie, "pauvre pays du tiers monde". Enfin pas tous. Les militaires français savent fort bien qu'après avoir fait leur stage jungle avec les légionnaires dans la forêt guyanaise, c'est en Colombie que les  forces spéciales françaises vont parfaire leur entraînement. Du moins les plus capés parmi eux. Et que c'est particulièrement difficile. Fille de militaire, sœur d'un agent du Sdece devenu inoportunément célèbre... Ségolène a parfaitement raison en affirmant que le rôle de Sarkozy dans l'affaire tend vers zéro.

De même, le fait que d'anciens officiers du Mossad et de Tsahal conseillent la Colombie et qu'Israël lui livre des armes est tout sauf un scoop. Quand à celui de la radio romande, il faut rappeler que les Colombiens ont dès le départ affirmé qu'il s'agissait d'une opération des services secrets impliquant des agents infiltrés. Ce qui peut recouvrir aussi bien des agents officiels sous couverture qu'un ou une ex-membre des FARC retourné(e) à la mine pour aider à la libération des otages. Voire très vraissemblablement l'un couvrant l'autre.

Ce ne serait ni la première, ni la dernière fois que des guérilleros ou des guérilleras s'évadent des camps des FARC avec leurs prisonniers. Ils sont généralement récompensés, c'est même un programme officiel. S'il y a eu paiement, ce n'est certainement pas une rançon à l'organisation, mais une prime à ceux qui acceptaient de s'en détacher en livrant leurs prisonniers. Et dans tous les cas,les geôliers arrêtés seront jugés.

Ceci dit, Les gouvernements français et étasuniens affirment en chœur qu'il n'y a pas eu de paiement. Le Gouvernement colombien l'affirme également. A chacun de se faire sa vérité, mais les faits sont têtus: ce sont les services officiels colombiens qui ont libéré les otages, sans verser une goutte de sang. Quel a été le rôle exact de chacun, qui a été manipulé, jusqu'à quel point, ce sont là des questions secondaires, pour les livres d'histoire.

Il est assez amusant de voir comment une partie de la gauche et des médias tentent de minimiser ce qu'il faut bien appeler une éclatante victoire. Subitement plus personne n'est dans le camp des FARC, mais on accuse l'aide des Etats-Unis ou d'Israël qui serait maudite. Et quoi encore ? Lorsque vous avez un ennemi impitoyable et dangereux, vous utilisez toutes les alliances qui s'offrent à vous. Cela étant, il n'y a jamais eu un seul soldat colombien en Irak. Peu de pays européens et centre-américains peuvent en dire autant.

 

François Modoux, dans le Temps, reproche à l'Etat colombien de laisser mener des négociations secrètes tout en préparant une action militaire. Mais gouverner c'est prévoir et si la Présidence de la République colombienne n'avait pas deux ou même plusieurs fers au feu, ce serait une faute impardonnable. L'orgueil du négociateur helvétique a pu être vexé d'avoir fait office de diversion, mais il doit être fier d'avoir ainsi participé à la libération de 15 otages promis à être libérés les derniers!

Modoux stigmatise la politique de la main tendue pratiquée par le Gouvernement à l'égard des ex-FARC en traitant de traîtres ceux qui s'y soumettent, mais retourner des malfrats, obtenir des informations et leur faire avouer leurs crimes en échange d'une certaine clémence, c'est la base du travail de toutes les polices du monde. Avec ou sans guerre. Les combattants des FARC sont à la fois des malfrats, trafiquants de drogue et kidnappeurs… et des prisonniers victimes de leur hiérarchie. Les paramilitaires démobilisés rentrent chez eux, dans leurs villages. Les Ex-FARC, il faut les réinstaller très loin, avec toute leur famille, car les FARC cherchent à les faire exécuter, eux et leurs parents…

Opposer les gentils négociateurs aux méchants agents gouvernementaux qui tentent de faire respecter la loi parait une vision bien manichéenne et irréaliste. Les négociateurs promettent eux aussi argent et impunité, les ordinateurs de Reyes et les propos de Sarkozy l'ont confirmé. Ce sans même avoir à passer par la case légale de la reconnaissance des crimes commis dans le cadre de la loi Justicia y Paz qui s'applique à tous les démobilisés de manière uniforme, de gauche comme de droite..

La négociation est l'une des armes dont dispose l'Etat de droit, en marge de ses propres lois, pour obtenir la libération des otages. Ce n'est certainement pas la meilleure, parce qu'elle ne respecte pas la loi et qu'elle laisse trop souvent aux criminels les moyens de poursuivre leurs actes répréhensibles.

L'action d'éclat du Gouvernement fragilise peut-être les négociations et repousse la libération d'autres otages. Sauf si elle a l'effet contraire et que les FARC, en pleine débandade, lâchent prise. Ce qui semble plutôt être le cas. De toute manière, si on ne fait rien contre l'ennemi, par peur qu'il réagisse mal, on le laisse juste se renforcer tranquillement.

Combien d'otages ont été enlevés le matin même où d'autres étaient libérés, parfois exactement le même nombre, parfois le double, comme un pied de nez aux autorités… et aux négociateurs ?  

L'Etat de droit, c'est le respect des lois et c'est ce que tente d'instaurer la Colombie sur tout son territoire. C'est légitime et nécessaire. Pour qu'il n'y ait plus besoin de négociateurs de l'ombre. Qu'ils puissent tranquillement rentrer chez eux, comme tous les Colombiens sans le souci de se faire enlever au coin de la rue ou au ou détours d'une route…

Je tiens par ailleurs à préciser que je ne suis plus rétribué par l'ambassade de Colombie après avoir contribué une année à la mise en place de sa politique de communication en Suisse.

Commentaires

Il faut d'urgence envoyer cet article de ce what's his name... M. Modoux à Ingrid Bétancourt:
sûr qu'elle ira se reconstituer prisonnière chez les gentils FARC.
Ahlala, quel manque de moralité, cette dame !

:o)

Écrit par : Blondesen | 04/07/2008

EXCELLENTE ANALYSE

Écrit par : dominique | 05/07/2008

"De même, le fait que d'anciens officiers du Mossad et de Tsahal conseillent la Colombie et qu'Israël lui livre des armes est tout sauf un scoop."

Des consultants de la société militaire privée israélienne Global CST, dirigée par les généraux de brigade à la retraite Israel Ziv et Yossi Kuperwasser, laquelle était liée à la Colombie par un contrat de 10 millions de dollars pour lui fournir des conseils en sécurité et de l'équipement, auraient également été impliqués dans la préparation de l'opération.
Cependant, aucune déclaration n'a été effectuée précisant l'étendue de cette participation, que les autorités colombiennes démentent.

Global CST Israël = Securitas Suisse...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Jaque

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 15/07/2008

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