08/07/2008

Suisse Colombie: si loin, si proches

Etonnant pays que la Suisse pour un Colombien. Qui tombe des nues en apprenant que la principale radio du pays, de même que la principale télévision qui lui est rattachée, sont une institution d'Etat. Et lorsqu'il découvre qu'il n'existe aucune chaîne privée d'envergure nationale qui puisse faire jouer la concurrence de l'info, le sol s'ouvre sous ses pieds.

Etonnant aussi : savoir qui est l'auteur d'une rumeur apparemment partie de Suisse et accusant un Gouvernement étranger de mascarade et de forfaiture n'intéresse personne. Pourtant il y a bien des chances que l'auteur soit dissimulé dans un département fédéral et ait agi pour des motifs de politique intérieure suisse. Pour tenter – bien maladroitement – d'éloigner la presse des actions un peu olé olé de son département.

Au lieu d'une enquête sur la question en bonne et due forme, on a droit à un reportage, intéressant et documenté, sur les liens familiaux entre l'un des prochains candidats à la Présidence colombienne et deux des principaux groupes de presse du pays. Cela dans un journal – qui a par ailleurs le bon goût d'héberger mon blog - dont la famille détient un monopole de fait sur les ¾ de la Suisse Romande. Une famille par ailleurs fort honorable, je le pense vraiment, qui ne fait pas de politique. Pas officiellement. Parce que son directeur général est candidat à la constituante genevoise (aura-t-il le temps de siéger ?) et que lorsque Blocher menace de créer son propre quotidien, qui aurait dévoré sa part de gateau publicitaire, on court lui accorder deux pages d'interview...

Oui décidemment, la Suisse est un pays étonnant pour un Colombien. Là bas, l'histoire se serait soldée par un combat sans merci entre Marc et Cristoph... Autres lieux, autres moeurs. Il est probable et même souhaitable que la négociation et le compromis helvétique soient le futur d'une Colombie pacifiée, ayant pénétré de plain pied dans la cour des grands de l'économie.

Seulement, pour y parvenir, il faut d'abord établir une paix durable et pour cela, il faut un vainqueur, un vrai, qui contraigne le vaincu à crier grâce et ensuite, ensuite seulement, se montre magnanime et tende la main pour construire la paix.

Cela s'est passé en Suisse au milieu du XIXème siècle. En Colombie, c'est sur le point de survenir. Jean-Pierre Gontard et Micheline Calmy-Rey, par solidarité socialiste et romantisme révolutionnaire, comme bien des jeunes journalistes romands, ont apparement voulu éviter aux perdants l'affront d'une vraie défaite. On ne dira jamais assez l'influence occulte de Gontard et de ses élèves sur les médias romands qu'ils informaient régulièrement, eux qui connaissaient tellement bien la Colombie ! Ils ont perdu.

Deux choses encore sur la Colombie. On parle souvent des massacres inadmissibles des militants de l'Union Patriotique dans les années 80. Des crimes qui n'auraient jamais du avoir lieu. Mais il faut savoir que les FARC n'avaient pas abandonné les armes et tentaient de se constituer, à l'instar des basques ou des irlandais, avec lesquels elles étaient en contact, en aile politique et front militaire. A aucun moment elles n'ont abandonné la lutte armée et ce que disent les Colombiens, c'est que bien des assassinés – sans avoir eu droit au moindre jugement - avaient une double vie.

Quant aux 300 policiers et militaires libérés au tournant du siècle grâce aux médiations de Gontard, c'est aussi à cette époque qu'il y a eu le plus d'enlèvements, de crimes et de massacres de toute l'histoire de la Colombie. Ces années-là, l'enlèvement est devenu une véritable industrie et un moyen de financement pour les FARC. Un fond de roulement. J'enlève, j'échange ou je touche la rançon et je réenlève. Une spirale sans fin, tant que l'on continue de payer les rançons et d'échanger. Uribe y a mis fin.

A son corps défendant je l'espère, Gontard était devenu un rouage essentiel de cette industrie horrible. Je ne veux pas croire qu'il croyait ainsi contribuer, tel Robin des Bois, à rééqulibrer les cruelles disparités qui séparent les riches des pauvres en Colombie. Il y a tellement d'autres meilleurs moyens d'y parvenir. L'un d'entre eux est la pacification, suivie du développement économique et de la mise en place d'un système social. Uribe est en train d'y parvenir.

Sans les efforts de la Suisse et de Gontard, peut-être aurait-il été plus vite, mais sans doute aussi plus brutalement. L'intervention helvétique et l'oeil de l'opinion internationale ont sans doute contraint la Colombie à mieux contrôler ses actes et son sang chaud. De cela aussi les Colombiens sont conscients. Et ils en sont reconnaissants. Jusque dans les cercles gouvernementaux.

Commentaires

Cher Monsieur Souaille,

Il y a quand même quelque chose qui m'interroge.

Vous fûtes le chargé de communication, le porte-parole officiel, du gouvernement colombien.

Vous êtes le rédacteur en chef du journal d'un parti politique, porte-parole officiel de celui-ci.

Vous êtes le représentant de l'UMP en Suisse.

Vous avez pris position nettement en faveur des enleveurs d'enfants au Tchad, porte-parole officieux de ceux-ci.

Avec laquelle de ces casquettes prenez-vous maintenant position en faveur d'un gouvernement aux méthodes douteuses et d'un Président qui s'est livré à un véritable putsch contre la démocratie dans son pays et dont les liens avec les cartels colombiens de la drogue défrayent la chronique depuis longtemps ?

Écrit par : Armand Poulain | 08/07/2008

les vas et viens de Jean-Pierre Gontard rappelle les vas et viens de Hans Froehlicher l'ambassadeur suisse à Berlin dans les années 30-40...

Écrit par : Serge Beureux | 08/07/2008

Finalement, ces sales vilains -méchant-pas beaux de l'Union patriotique n'ont eu que ce qu'ils méritaient, à vous lire. Et tant pis, si le gentil Uribe, pour accomplir sa gentille politique, s'est appuyé pendant dix ans sur les AUC, des AUC qui font passer les FARC pour des enfants de coeur et qui étaient cul et chemise avec le pouvoir et l'armée...
Quant à la pacification de la Colombie, je ne partage pas votre optimisme, il semblerait que se développe actuellement un phénomène analogue à celui qui a eu lieu au Salvador à la fin de la guerre civile: le développement de gangs apolitiques, ultra-violents et incontrables..Il ne faut pas croire naivement que la fin des AUC et des FARC va signifier la fin des enlèvements et du trafic de drogue. D'ailleurs si les FARC rendent les armes, adieu les milliards du Plan Colombie, comment Uribe va-t-il faire pour payer ses forces de sécurité (400 000 hommes !!!!! pour 5000 guerilleros des FARC). Tous ces gentils garçons formés par les instructeurs militaires américains à tuer sans état d'âme vont retourner à la vie civile... Ca va saigner, on ne met pas impunément dans la nature des dizaines de milliers d'hommes formés à tuer. D'ailleurs, un partie non négligeable des ex-AUC se seraient d'ores et déjà transformés en réseaux criminels (au service des grandes fortunes colombiennes?)

Écrit par : Rackham Le Rouge | 08/07/2008

A Rackham le Rouge. Préciser qu'il n'y a pas eu de vrai retours à la vie civile et que beaucoup de militants de l'UP menaient double jeu ne justifie pas leur exécution sans jugement et encore moins celle des innocents pris dans le tas... Je croyais avoir été clair, comme je crois utile d'essayer d'être objectif et de comprendre comment on en est arrivé là.
Les torts sont rarement d'un seul côté. Et question atrocités, les FARC n'ont rien à envier aux AUC qui sont, je vous l'accorde, d'ignobles crapules. Simplement, les médias occidentaux et les ONG soi-disant impartiales parlent curieusement beaucoup moins de ces exactions là.
Le problème des gangs de jeunes et des "maras" latinos est bien réel. Comme dans tous les pays du monde, en Amérique centrale notamment. Mais une chose après l'autre, et ce n'est certainement pas une raison pour perpétuer les FARC. Environ 3% des paramilitaires démobilisés sombrent dans le gangstérisme pur et simple. La proportion chez les FARC devraient être la même. Quant aux militaires, certaisn vont les rejoindre dans la criminalité, mais ni plus nmi moins que dans n'importe quel pays du monde.
A moins d'oser prétendre que d'avoir été instruit par des étasuniens (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas de l'immense majorité des soldats colombiens, on n'est plus dans les années 60) vous prédispose au gangstérisme. Faut tout de même pas exagérer...
A noter que le Plan Colombia a d'abord pour but l'éradication de la coca et qu'on est encore loin du compte. De plus, le plan Colombia paie des armes de pointe, mais les soldats eux-même sont payés par un impôt spécial sur les plus hauts revenus et la fortune créé spécialement par le Gouvernement d'Uribe.

A M. Poulain: Je n'ai jamais été porte-parole officiel du Gvt Colombien, loin s'en faut. je les ai aidé comprendre comment fonctionnait les médias et l'opinion en Suisse, c'est tout. Je ne suis pas non plus le porte-parole officiel du parti radical genevois, mais juste le rédacteur en chef du Genevois, journal de ce parti, ce qui est différent. Je ne suis pas non plus le représentant en Suisse de l'UMP, mais le Président en Suisse du Mouvement Démocrate de François Bayrou. Vous saisissez la différence ? Je n'ai pas été le porte-parole ni officieux ni officiel des enleveurs d'enfants du Tchad, j'ai juste rappelé un certain nombre de vérités sur le prix attaché à la vie humaine et à la misère régnant dans ce pays, qui fait que père et mère sont généralement prêts à donner leurs enfants, et parfois à les vendre, pour les sortir de cet enfer...
Cet accumulation de contre-vérités est telle qu'il n'y a même plus besoin de démentir le reste de vos propos concernant un président démocratiquement mieux élu que n'importe quel autre dans aucun pays occidental. Et qui prend beaucoup de soin à laisser travailler la justice, même lorsqu'elle instruit à charge contre ses proches.

Écrit par : Philippe Souaille | 08/07/2008

je veux vous demander d'excuser mon français et ma rédaction qui ne sont pas fortement idéals, je suis pas un journaliste ni un ecrivain doué juste un colombien outragé.
Pour commencer je me présenterais: Je suis un étudiant colombien qui est venu faire un séjour linguistique en valais depuis le mois d'aout. Dès le jour ou je suis arrivé j'ai du m'habituer a des commentaires style: 'oohhhhhhh(ils donnent un pas en arriere), tu viens de Colombie, il y a que de la drogue là-bas' ainsi comme ecouter des trucs genre 'Uribe est un criminel, paramilitaire, etc.'.

ça me soule!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!(c'est votre faute M. Kuhn et compagnie)

Honnetement je commence a en avoir mare de ces contre-vérités. J'ai entendu des choses si differents à la réalité et plusieurs fois j'ai eus de la peine à me controler car s'est meme insultant ce qu'il disent (généralement copie-collé des articles de M.Kuhn et de ce qui expose la presse Suisse). Je suis completement d'accord avec M. Souaille.

J'habite en colombie, je suis là sur place, je vous dis comme presque les 45 millons de colombiens le diront: LES FARC NE REPRESENTENT PAS LES INTERETS DU PEUPLE, il faut s'arreter de rever avec robin hood ce n'est pas le cas.

Comme si la situation qu'on vit dans le pays ne suffisait pas on a encore des gens qui veulent nous empecher de nous en sortir. Quand il y en a quelqu'un qui fait finalement du bien, doit-il etre attaquée de tous les cotés comme si le conflict etait de sa faute?

Kuhn et compagnie, je ne vous comprends pas, est-ce-que n'importe quel personne objective ayant pleine connaisance de la vérité le puourrai?

Pourqoui deguiser la vérité? c'est claire qu'on a besoin d'aide, on a certainement pas besoin de plus d'ennemis encore.

Les motifs et nexes que vous avez qui vous incitent a parler comme ça me sont inconnues mais ils existent, ça c'est sur.

vous etes des monstres. C'est dommage que seul Philppe Souaille defende la vérité.

Si c'est pour faire des trucs salauds comme ça on vous veut loin, arretez de vous enmeler dans nos affaires si ce n'est pas pour le bien.

Écrit par : diego eichmann | 26/11/2008

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