11/07/2008

PPDA et les instits de brousse

Contrairement à mon fils de 14 ans, qui le regarde chez sa mère, je n'étais pas un fan de PPDA. Cela fait plusieurs années que je ne suivais plus un de ses journaux. Et puis hier soir, en faisant mon repassage hebdomadaire, donc sans pouvoir zapper, je suis resté devant son journal. La vie a parfois de drôles de télescopages. Une allusion au passage, sur les gens qui chutent et se relèvent, m'a rappelé sa fin (provisoire donc) prochaine, et puis à la fin, je me suis aperçu que j'assistais, par le plus grand des hasards, à son dernier journal. Enfin, l'un des plus grands, j'en ai connu de plus gigantesques encore, des hasards, dans la vie. Et c'est d'ailleurs l'un des trucs qui la rend vraiment amusante, la vie...

Je n'aimais pas trop le cabotin, d'autant que je n'ai jamais compris quel titre de gloire il pouvait y avoir à réécrire des dépêches et à montrer ses dents, mais son éviction me l'a rendu plutôt sympathique. Châpeau l'artiste.

Comme mon fils met de moins en moins de t-shirts et de plus en plus de chemises, futures petites copines obligent et moi aussi (mais pour des raisons plus professionnelles), le repassage durait. J'ai donc zappé un peu à la pause, ce qui m'a permis d'assister au reportage d'Envoyé Spécial sur les vacances solidaires. Qui consiste entre autres à expédier des dames fort sympathiques, qui n'ont jamais enseigné quoi que ce soit à quiconque, faire la classe à des enfants de 12 ans ayant des difficultés scolaires dans un village (losso apparemment), du Bénin. Il se trouve que la mère de mon fils est de la même ethnie, mais de l'autre côté de la frontière, côté Togo.

J'étais assez scandalisé par le concept, même si je trouve extrêmement bien que des Européens s'intérèssent de près à la réalité africaine. Mais il est évident que ce n'est pas de dames patronesses n'ayant aucune notion de pédagogies dont ces enfants ont besoin. Le français de France, c'est la seule chose qu'elles aient pu leur apporter, avec un peu d'amour, ce qui n'est pas rien. C'est important. Je me souviens d'un grand cousin de mon fils, qui avait alors 4 ans, s'exclamer au village: "Mais il n'a plus besoin d'aller à l'école, alors, il parle déjà tellement bien le français !" Fermons la digression. Ce dont ont besoin ces enfants, c'est d'enseignants. Or à Cotonou, capitale du pays, il y en a plein, potentiellement, qui végêtent sans salaire, dont un certain nombre ont déjà pris la route du Sénégal ou de la Turquie, pour tenter la grande aventure migratoire.

Dans ce genre de villages de brousse, les profs touchent ce que touchent ici nos petits monstres en argent de poche: entre 20 et 50 francs par mois. Ces vacances solidaires sont, en France, souvent prises en charge par les entreprises, grâce à un crédit d'Etat. Quelle stupidité ! Rien qu'avec le prix de la moitié du billet d'avion d'une de ces institutrices du dimanche, on double le salaire d'un enseignant durant deux ans ! De quoi retenir sur place un jeune ayant accompli ces études secondaires (au moins suffisamment pour apprendre à lire et à compter aux plus jeunes), à qui l'on pourra donner en quelques mois une formation pédagogique de base... C'est de celà dont l'Afrique a besoin. C'est ce type de transferts financiers qui peuvent la tirer d'affaire, bien davantage que du tourisme solidaire qui, pour sympathique qu'il soit, sert surtout à faire marcher un drôle de petit commerce.

Commentaires

La Tribune de Genève se fait ce matin l'écho d'une info donnée par la Radio Romande, avec une sacrée dose de mauvaise foi, interprétant à son avantage un reportage de CNN. Qui affirme qu'il y a eu retournement de deux membres des FARC qui auraient été payées pour tromper leur organisation et ce il y a déjà plusieurs mois. Cela n'a rien à voir avec une rançon de 20 millions de dollars.
C'est exactement la version du Gouvernement colombien depuis le début, qui a toujours affirmé qu'il s'agissait avant tout d'une opération d'infiltration. Contrairement à ce que claironnait la RSR dans son scoop mensonger, relayé dans le monde entier par l'AFP, il n'y a jamais eu de rançon versée à l'organisation en tant que telle et l'épisode des hélicopères n'était un coup monté que pour tromper les FARC geôliers. Certainement pas l'opinion publique colombienne ou internationale.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/07/2008

Excellente analyse du phénomène de dévaluation du métier d'enseignant. Ce que vous décrivez au Bénin se passe aussi à Genève. Il y a des endroits où les profs sont payés à coups de lance-pierre et on les insulte encore en leur disant qu'il n'y a pas besoin d'être super-qualifié pour exercer cette profession, qu'il suffit de converser (sans vocabulaire, c'est un peu difficile), de rester à l'écoute et surtout très interactif (ce qui ne veut rien dire puisqu'il faut quand même donner quelquechose au préalable).

Un organisme bien subventionné engage même des bénévoles ne sachant pas un mot de français pour enseigner notre belle langue à des allophones! Dans certaines autres écoles, on engage des gens sans compétence aucune pour la branche à enseigner (style : "enseigner l'allemand avec les éléments rudimentaires de la scolarité secondaire obligatoire"), sans parler des écoles où l'on demande aux profs de se substituer aux assistants sociaux...

L'instruction publique est la première grande responsable de cette honteuse dévalorisation (traduite en classe et traitement de salaire, non prise en compte de toutes les qualifications pourtant financées par les deniers publics, mode d'évaluation des profs et pouvoirs des cheffaillons administratifs)!

Écrit par : Micheline Pace | 11/07/2008

C'est amusant de constater que ceux qui parlent de l'Afrique le plus sont ceux qui ne la connaissent pas du tout. Le salaire d'un prof de l'enseignement primaire au Bénin varie de 100 à 250 euros le mois selon l'ancienété. Vos enfants en prennent-ils vraiment autant pour l'argent de poche? La moitié du prix d'un billet d'avion sur cotonou peut-il vraiment payer ce salaire pendant deux ans? Cessez d'écrire de n'importe quoi sur nos pays. Nous n'avons pas besoins de ses conseils déplacés tout comme des termes comme vaccances solidaires qui sont tout à fait dégoutant.

Écrit par : kpolédji | 11/07/2008

M. Kpolédji
Le salaire dont vous parlez est celui d'un fonctionnaire de l'enseignement public officiel. Lorsqu'il est payé. Il arrive en effet au Bénin, comme dans d'autres pays d'Afrique, que les salaires des fonctionnaires ne soient pas payés du tout pendant plusieurs mois... Tandis que les prix, eux, évidemment ne baissent pas.
Par ailleurs, comme au Togo voisin, pays que je connais effectivement infiniment mieux que le Bénin, l'enseignement public ne couvre qu'imparfaitement l'ensemble du territoire et il est parfois suppléé par un enseignement privé, assumé par le commerce équitable, des ONG ou des institutions religieuses, chrétiennes ou musulmanes.
C'était le cas, dans le reportage d'Envoyé Spécial. Et comme partout, les enseignants du privé sont généralement moins diplômés et moins payés que ceux du public (ce qui n'a d'ailleurs pas toujours à voir avec la qualité de leur enseignement). Donc moins de 150 francs suisses par mois.
Dans le pays voisin, donc du Togo, où j'ai moi-même réalisé un film mettant en parrallèle les réactions d'enfants togolais et genevois du même âge, l'enseignant (privé) du village de brousse où j'ai tourné touchait 30 francs suisses par mois (20 euros). A 12 ans, c'était la moyenne de ce que touchaient les jeunes comme argent de poche dans les classes de Genève où j'ai tourné.
Cela étant, au-delà des critiques superficielles mal-informées, quelle est votre
critique sur le fond de ma remarque ?
Jugez-vous inutile ou nocif de mettre en place un vrai système de solidarité mondiale, comme il existe des systèmes de solidarié nationaux en Occident depuis quelques décennies ? Ce serait votre droit, mais j'aimerais lire vos arguments.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/07/2008

Nous venons de mettre en ligne aussi un article sur ce reportage sur les bénévoles au Bénin nous a paru bien "révoltant", tant il était lourd de condescendance et d'a priori.

Le lien sur cet article :

http://www.afrique-express.com

Bine à vous
RJ Lique

Écrit par : Rj Lique | 13/07/2008

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