15/07/2008

Ingrid et Arjan, un trend à la hausse

Ingrid Betancourt et  Arjan Erkel ont un point commun: ils sont été otages. Un point commun de plus en plus répandu sur la planète et cela ne va pas s'arranger. Dans les ¾ des pays du Monde, les ressortissants du dernier quart sont de plus en plus perçus d'abord comme des portefeuilles ambulants. Le drame de la Colombie étant d'avoir à domicile des villes à l'opulence et au mode de vie carrément européens, au milieu de campagnes qui pourraient être en Afrique, du point de vue niveau de vie. Mélange exotique et culturellement très riche, mais bigrement explosif.

La crise qui s'installe partout dans le monde ne va rien arranger. Et les barrières que l'on élève à l'immigration ne font qu'accentuer le problème, en cantonnant les gens chez eux d'une part, en élevant nettement le taux d'agressivité général à l'égard des occidentaux d'autre part. J'ai été halluciné par la haine froide que je sentais poindre chez ce fonctionnaire du consulat d'un pays d'Afrique à qui je demandais un visa de 15 jours la semaine dernière. Demande de visa accompagnée de procédures administratives inconnues jusqu'alors. Du moins dans ce sens, car les Africains, eux, ont l'habitude de ces vexations lorsqu'ils doivent venir en Europe.

Les petits malins qui répondront, tant mieux et chacun chez soi se trompent lourdement. Même si nous cessions de leur envoyer des touristes, puis des humanitaires, il faudra bien continuer de leur envoyer des hommes d'affaires. Nous avons besoin de leurs matières premières. Nous habitons sur la même planète. Même les épidémies ont plus de chances de naître dans des milieux moins bien protégés du point de vue sanitaire, dont le les climats sont autant de bouillons de culture. Or les épidémies se jouent des frontières.

Et la pollution qui se développe là-bas aussi, sans moyen pour y faire face, nous concerne également.  Bref, l'autarcie, à notre stade de développement est un vœu pieux. Il faut donc prendre en charge leurs problèmes. Efficacement, avec de vrais moyens. L'argent parti en fumée dans la débâcle des Subprime représente actuellement entre 15 et 30 fois le volume annuel total de l'aide au développement. On imagine l'amélioration du niveau de vie et donc de la sécurité globale qu'une affectation plus adéquate de cette manne aurait pu engendrer. D'autant que l'argent aurait été investi et non pas brûlé.

Ce constat de l'insécurité mondiale croissante implique aussi l'adaptation de nos mœurs, notamment juridique. Il me parait évident que la responsabilité d'une rançon incombe à l'organisme ayant expédié l'otage sur le terrain, plutôt qu'à son pays d'origine qui n'a rien à voir, sauf bien sûr si l'otage est en service commandé pour son pays. Cela vaut aussi pour les journalistes. C'est à l'organe de presse de payer, s'il y a rançon.

D'un autre côté, si la mission peut être considérée comme d'intérêt public mondial, on pourrait imaginer un fonds spécial d'indemnisation, en fonction de certains critères. Mais c'est là mettre le doigt dans un engrenage dangereux qui ne ferait que favoriser et banaliser la prise d'otages… le TF a donc eu raison. Entièrement.

Commentaires

Bonjour !
Il faut cependant espérer que la règle soit "Libération de l'otage d'abord et par tous les moyens, et, cas échéant, comptes d'apothicaires ensuite".

:o)

Écrit par : Blondesen | 15/07/2008

On peut une fois de plus retourner toutes vos phrases. Sauf votre conclusion, avec laquelle je suis complétement d'accord...
L'aide internationale est un instrument de perversion des valeurs sociétales absolument énorme. Plus besoin de se battre, plus besoin de produire, MSF est là qui va distribuer de la bouffe, du fric, des médicaments.
Si on se connaît depuis quelques temps, vous vous souvenez peut-être que j'étais en Mauritanie, à Kaedi. Il y a le PAM, à Kaedi, pour cause de famine. Alors que moi, sur le trajet Kaedi - Nouakchott, j'ai risqué ma vie un nombre incalculable de fois à éviter une vache, un mouton, une chèvre ou le pire, un dromadaire (haut sur pattes, rentre droit dans le pare-brise). Avant de crier famine, peut-être aurait-on pu manger quelques-unes de ces braves bêtes de toute façon surnuméraires...
NB1 : Mais bon, au vu de la manière de UBS de gérer nos patrimoines, il devient difficile de critiquer le vieux Peuhl qui ne veut pas toucher à ses vaches vieillardes...
NB2 : Et puis, si j'étais resté plus longtemps, j'aurais peut-être eu le même problème que 5 touristes français. Aleg était sur ma route...

Écrit par : Géo | 15/07/2008

Distribuer de l'aide alimentaire, en dehors des cas d'urgence est une aberration. Et l'assistance doit impérativement être entièrement repensée si l'on veut être efficace, c'est à dire si l'on veut éviter d'engendrer des assistés.
Cela peut passer par un système qui aurait les moyens de récompenser vraiment les personnes actives dans leur communauté, pour leur famille, pour leur communauté ou pour eux-mêmes. Faire en sorte que le travail qui ici est rétribué à 100 ne soit pas rétribué là-bas à 1 alors que les prix et les espoirs sont quasiment les mêmes partout...
Ne pas assister, mais récompenser l'effort à sa juste valeur, ce qui pour l'heure n'est pas le cas, cela ne vous semble-t-il pas une piste intéressante ?

Écrit par : Philippe Souaille | 15/07/2008

"L'argent parti en fumée dans la débâcle des Subprime représente actuellement entre 15 et 30 fois le volume annuel total de l'aide au développement. On imagine l'amélioration du niveau de vie et donc de la sécurité globale qu'une affectation plus adéquate de cette manne aurait pu engendrer. D'autant que l'argent aurait été investi et non pas brûlé."

Je ne suis pas d'accord là dessus,l'aide public au développement a été depuis 50 ans un gigantesque gaspillage.Tout les pays pauvres émergeants le sud est asiatique,le G13 africain,l'amérique latine,Chili,Brésile,l'ont été et ça je ne vous l'apprend pas,par le commerce mondial.et la crise alimantaire n'y changera rien,surtout que celle-là est du en bonne partie au recule de la pauvreté notament en Chine et en Inde, qui augmente la demande de matière première.La cause deses grandes crises des années 30 fut principalement du,au protectionnisme (fermeture des frontières)et à l'assèchement des crédits.

La crise financière ne sera pas durable,si les interventions étatiques reste limités et que les banques centrals restent indépendantes des pouvoir public.Ces erreurs là l'ont été par le passé.Nous savons aujourd'hui quoi faire ou ne pas faire.

PS,je sais qu'une partie de ce que j'ai dit fut déjà répondu dand les commentaires précédant.

D.J

Écrit par : D.J | 15/07/2008

Ce soir, journal de 22h30. Le DFAE demande au gvt colombien de cesser ses attaques contre Gontard. Je pense que la Suisse a déjà dû au moins 1000 fois expliquer à quelques gvts que son exécutif n'a aucun pouvoir sur le pouvoir judiciaire...
Vous comprenez mieux mon énervement face à ces gougnafiers du DFAE ???

"Ne pas assister, mais récompenser l'effort à sa juste valeur, ce qui pour l'heure n'est pas le cas, cela ne vous semble-t-il pas une piste intéressante ?"
Je ne sais pas, je ne suis pas sûr, mais mon intuition profonde est que les peuples européens sont devenus si intelligents parce que la peste du XIVème a tué 2 de leurs habitants sur 3. Pas de MSF, à l'époque...

L'aide internationale nuit profondèment aux Africains, j'en suis profondèment convaincu après 20 ans de présence sur place. Ce processus favorise les parasites au détriment des entrepreneurs, d'une manière générale.
L'Afrique s'en sortira, mais pas sans crises énormes. Sa démographie galopante...

De plus en plus, il y a un rôle à jouer pour les entrepreneurs blancs là-bas, pour ouvrir la voie. Ils existent et les médias devraient en parler. Mais ils ne le font pas et s'ils parlent des Blancs en Afrique, c'est pour les insulter et les traiter comme s'ils étaient des colons. Les journalistes actuels sont des trentenaires stupides, bornés et formatés sur l'idéologie dominante.

A chaque fois que j'ouvre un journal, que j'écoute la radio ou regarde le TJ, je tombe sur cette pensée unique de "femmes socialistes". L'affaire Nef, entre autres. Mais moins spectaculaire et beaucoup plus grave : il y a quelque temps, par exemple : titre dans 24 Heures : "les Allemands sont contre la surveillance vidéo". Et quand vous lisez l'article : "un millier de personnes a défilé contre la surveillance vidéo à Woudzipou les bains de pied". Malhonnêtetés sur malhonnêtetés, sans arrêt, sur tous les sujets.

Alors voyons comment nos brillants journalistes interprètent cette violation flagrante des droits du pouvoir judiciaire colombien par les énergumènes du DFAE...

Écrit par : Géo | 15/07/2008

Que seraient la Bretagne ou le Valais aujourd'hui s'il n'y avaient pas eu à un moment transfert d'investissement des centres financiers et industriels pour aider à développer l'infrastructure de ces régions excentrées ? Et sur le plan social il est incontestablement plus agréable de vivre au Canada qu'aux Etats-Unis. Parce qu'on n'y laisse pas les gens crever de faim dans la rue, que le système sociale, sans être boursouflé, est une réalité, que la violence y est bien inférieure et que le sgens dans la rue, sourient...
Nous sommes aujourd'hui vis à vis de l'Afrique dans la situation où étaient les bourgeoisies occidentales vis-à-vis de leur prolétariat au XIXème siècle. Soit on fait en sorte d'augmenter son niveau de vie, et tout le monde y gagne, soit on se contente de tirer à vue sur les révoltes qui vont devenir de plus en plus fréquentes et sanglantes.
Et quand je parle de crise mondiale, je ne parle pas de crise alimentaire ou même de crise financière qui ne sont qu'une partie du phénomène. Il y a une crise de fond, qui est que le gâteau des matières premières, des ressources naturelles et des capacités de la Terre à absorber la pollution sont limitées. Or les pays émergeants et les PMA qui suivent derrière ont droit à leur part du gâteau. Il va donc falloir partager autrement et c'est tout à fait possible, mais pas sans ajustements drastiques.
Ceci dit, c'est évident qu'il faut réinventer les processus de transfert de richesse et de rééquilibrage pour éviter les gachis actuels.
Quand aux entrepreneurs blancs, ils sont à mon avis à leur place partout, exactement comme les entrepreneurs noirs... ou jaunes. Mais il est vrai qu'une sacrée quantité de blancs en Afrique ont été extrêment désagréables à l'égard des populations locales et que malheureusement il est difficile de passer après ces abrutis.
A part ça la remarque de Geo sur l'attitude curieuse du DFAE demandant au Gouvernement colombien d'agir sur sa Justice après lui avoir expliqué durant des années qu'elle devait être indépendante est assez savoureuse !
Comme beaucoup de choses dans cette affaire, y compris l'idée apparemment pas saugrenue pour les FARC que des hélicoptères d'ONG humanitaires pouvaient les aider à transférer des prisonniers vers leur QG !!! Ce qui pose là encore le problème de savoir jusqu'où peut aller la médiation et qui elle sert le plus efficacement, de la loi, des otages, du gouvernement ou des terroristes?
Il est vrai que pour Berne, contrairement à l'UE et à l'ONU, les FARC ne sont pas des terroristes et qu'ils envoient leurs enfants dans nos universités. Moitié avec l'argent des rançons versées pour les employés de nos entreprises enlevés là bas, et moitié avec l'argent de la production de coca que l'on retrouve dans les rues de Zürich et de Genève, apparemment vendue aujourd'hui à des momes de 12 ans...
Un autre correspondant, Blondesen en l'occurrence, m'a fait parvenir l'un de ses textes, datant déjà de quelques mois dans lequel il suggérait à Mme Calmy-Rey, pour étrangler les FARC et donc les contraindre à libérer leurs otages, de faire saisir tous leurs comptes en Suisse, ce qu'une procédure judiciaire serait tout à fait capable de faire... Mesure qui serait, ma foi, sans doute efficace, mais il n'a jamais reçu aucune réponse de Berne.

Écrit par : Philippe Souaille | 16/07/2008

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