16/07/2008

Affaire Gontard: la réponse de Bogota

Suite à la note de protestation transmise par l'ambassadeur de Suisse à Bogota hier, au sujet de la possible inculpation de Jean-Pierre Gontard,  le Vice-Chancelier (Ministre des affaires étrangères) colombien a fait publier le communiqué suivant, que je vous traduit:

DECLARATION DU VICE-CHANCELLIER CAMILO REYES:

 « Le Gouvernement suisse s’est exprimé, aujourd’hui, en estimant qu’il y avait eu une attaque de la Colombie à l’encontre de la Suisse, au sujet de l'information parue dans la presse selon laquelle la ‘Fiscalía General de la Nación’ (NB: l’équivalent du Procureur Général à Genève) pourrait éventuellement ouvrir une enquête à l’encontre de Mr. Jean Pierre Gontard.

Nous voudrions tout simplement rappeler que ceci n’est en rien une attaque contre la Suisse. En aucun cas. Par ailleurs, la ‘Fiscalía General de la Nación’ est une entité totalement indépendante. Elle a simplement informé sur cette possibilité, et nous voudrions, pour notre part, raapeler avec emphase notre désir de maintenir et de développer de très bonnes relations avec le Gouvernement et le peuple suisse ».

Voilà qui a le mérite d'être clair.  Pour mémoire, même si Gontard était inculpé pour des faits que la justice colombienne estimerait devoir lui reprocher, c'est jusqu'à preuve du contraire à la justice colombienne d'en décider. Et certainement pas au Gouvernement colombien, ni au Gouvernement suisse. Par ailleurs ce serait l'inculpation d'un individu pour des faits qu'il serait supposé avoir commis, lui, pas la Suisse.

Le manque de self contrôle dont a fait preuve le DFAE dans ce dossier, foulant aux pieds toutes les règles de la diplomatie et de la séparation des pouvoirs est assez affligeant. Un certain manque de professionalisme.  

 

 

Commentaires

Bonsoir !
Pour la dernière phrase de votre billet, j'aurais mis "Un manque certain de professionnalisme".
Cela me semble mieux convenir.

:o)

Écrit par : Blondesen | 16/07/2008

Non. Un manque certain...
MCR est une ministre des AE par beau temps et nous voyons le grain qui va nous tomber dessus. Cela va faire mal, fermer les écoutilles, mille sabords!
Ou le contraire...

Écrit par : Géo | 16/07/2008

Monsieur Souaille,

Que penser alors du crime de guerre commis par les Colombiens, dont le président vient de reconnaître que l'emblème du CICR avait été utilisé par un ou des membres des forces armées ayant procédé à l'étrange opération de libération des otages ?

Cette libération serait-elle entâchée d'un crime violant les Conventions de Genève ?

Écrit par : armand | 17/07/2008

Ce que j'en pense à titre personnel et ceci n'engage que moi, c'est qu'il faut savoir raison garder et mesurer ses propos: "crime de guerre" comme vous y allez!
Un crime de guerre, pour moi, c'est de massacrer des civils innocents, comme l'ont fait les FARC à Bellavista en 2001, en laissant 109 morts et autant de blessés, hommes, femmes, vieillards et enfants agoniser dans une église durant trois jours avant de vouloir, dans un premier temps, achever les blessés...
J'ai interviewé les survivants dans un de mes films et je me souviens toujours de cet homme jeune, un malabar de 1m90, qui y a laissé sa femme et ses deux petits, brisé pour la vie. Se reprochant de n'avoir pas su les défendre ou les sauver, de n'être pas mort à leur place.
Je parlerai donc plutôt de ruse de guerre. Il ne pouvait pas y avoir de coup de feu tiré, parce que les soldats ayant participé n'étaient pas armés, pour ne pas alerter les FARC. Typique d'une opération de renseignement et total respect. Il s'agissait donc d'une opération de l'armée, mais pas d'une opération armée. En ce sens elle utilisait l'emblême dans le bon sens. Pour libérer des otages qui sinon y seraient toujours. Et pour arrêter deux types ayant enchaîné Ingrid Betancourt par le cou à un arbre durant trois ans.
Les FARC ne vont pas se mettre à tirer sur tous les hélicos blancs qui passent car ils en ont besoin. Sans les négociateurs pour se charger des marchandages lors des prises d'otage, leur seul business en dehors de la coca est mort. Les otages aussi, me direz vous, mais au moins il n'y en aurait pas de suivant.
J'ajoute que c'est l'indépendance de la justice colombienne qui a conduit le Président Uribe a faire enquêter, apprendre et reconnaitre ce qui avait d'abord été nié. Inculper, juger quelqu'un peut aussi servir à établir son innocence. La gauche ne s'est pas fait faute de nous le rappeler lors de l'élection du Procureur Général. Pourquoi donc ne pas laisser la justice colombienne faire son travail et nous permettre ainsi d'apprendre ce qu'il y avait vraiment dans les ordianteurs de Raul Reyes. Ce qui permettrait d'innocenter ou non, le négociateur helvétique.
A noter encore que contrairement a ce qui a été dit, les 3 pays facilitateurs sont loin d'avoir été toujours unanimes dans leur approche. Si la France de Sarkozy et la Suisse de Calmy-Rey étaient généralement d'accord, l'Espagne de Juan Carlos, de Zapattero et de Miguel-Angel Moratinos était souvent à contre-pied, car instruits de leurs négociations avec la ETA, dont les liens avec les FARC sont connus.
Ce même Moratinos, ancien ambassadeur au Maroc, qui s'appuie sur la tradition andalouse pour réussir en ce moment à Madrid un dialogue interreligieux fondamental pour l'avenir de la coexistence pacifique au Moyen Orient...
Un Moyen-Orient où des ambulances au croissant rouge ont été régulièrement accusées de transporter des terroristes et ou des armes. C'est là un détournement des emblêmes autrement plus grave (même si je pense que les Palestiniens sont un peuple opprimé), et qui ne date pas d'hier...

Écrit par : Philippe Souaille | 17/07/2008

Il n'en demeure pas moins que les conventions de Genève, signées par la Colombie, érigent en crime de guerre l'utilisation indue de l'emblème du CICR pour toute opération, armée ou non. Cette ruse de guerre est un crime de guerre.

C'est bien sûr moins grave que de maltraiter physiquement des prisonniers de guerre, mais c'est un crime de guerre. La Colombie, en ratifiant les conventions de Genève a pris l'engagement de ne pas utiliser l'emblème du CICR et d'ériger en crime de guerre son utilisation indue.

Un crime de guerre, par définition, ne peut être commis "dans le bon sens", fût-ce pour libérer des otages.

Quant à l'utilisation du même emblème par des organisations terroristes, elle n'a aucune portée : ces organisations ne se sont pas engagées comme les Etats signataires à ne pas utiliser cet emblème à des fins hostiles.

Écrit par : Armand | 17/07/2008

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