19/07/2008

Couchepin et Uribe

Si ce n'était pas aussi triste, du point de vue de la déontologie journalistique, il y aurait de quoi en rire. L'acharnement d'une partie de la presse helvétique à l'égard de la Colombie est un cas d'école: tous les racontars, fausses rumeurs, scoops bidons et chiffres manipulés sont reproduits sans nuance dès lors qu'ils peuvent servir à critiquer le gouvernement. Aux propos duquel on n'accorde guère de crédit, depuis trop d'années.

Ainsi, l'entretien de vendredi, entre Alvaro Uribe et Pascal Couchepin, qui se sont parlés au téléphone, en tant que Présidents en exercices, est présenté de manière assez tronquée. En fait, ils se sont assurés de leur désir mutuel de poursuivre et d'approfondir les relations bilatérales. Ce coup de téléphone était à l'initiative du Président Uribe, mais faisait suite à une lettre de félicitations envoyée par le Président Couchepin, qui emploie le terme de teroristes à l'égard des FARC, conformément aux options retenues par l'ONU et l'UE. A noter que Martine Brunschwig Graf avait reccomandé à Micheline Calmy-Rey de décrocher son téléphone, pour appeler Alvaro Uribe. 

On peut également remarquer que lorsque la Colombie a décidé de mettre fin à l'intermédiation des trois pays, la France et l'Espagne en ont pris acte sans barguigner. Qu'un pays souverain ait besoin d'aide ou non, c'est tout de même à lui d'en décider. Prétendre poursuivre, de manière unilatérale, est assez peu diplomatique... Cela met la Colombie, très respectueuse des usages et peu soucieuse de se mêler de politique intérieuire suisse, dans une situation très inconfortable. 

Pour en revenir à la presse, utiliser une marche pour la libération des otages, largement appuyée par le Gouvernement colombien, pour promouvoir une action anti-gouvernementale, il n'y a qu'ici que cela arrive! Réunir une trentaine de familles, dont celle d'Ingrid, pour critiquer la politique du Gouvernement et en faire un film, largement vanté dans les pages de la Tribune, c'est assez facile, mais cela ne dit rien des plus de 80% de la population, y compris nombre de familles d'otages qui approuvent la politique gouvernementale. Plusieurs de ces familles ont d'ailleur signé un papier autorisant le Gouvernement a utiliser les armes pour tenter de libérer leurs proches. Pourquoi n'y en a-t-il aucune dans ce film de propagande, heureusement refusé par les chaînes publiques ? Quant au nombre d'otages invoqués, il comprend visiblement toutes les personnes disparues, dont la plupart sont estimées mortes aujourd'hui. Les estimations réalistes parlent plutôt de 700 personnes vivantes encore détenues. Ce qui est beaucoup trop. 

Y en aurait-il eu moins si l'on avait agi autrement ? Bien des Colombiens le pensent aujourd'hui. L'idée, c'est que s'îl n'y avait ni intermédiaires pour marchander, ni rançon, il n'y aurait plus d'otages. Au début, plusieurs sans doute auraient été assassinés, d'autres relâchés, puis les gangsters et les terroristes auraient arrêté de recourrir à un moyen qui ne rapportait rien. Au lieu de celà, on a mis le doigt dans un engrenage mortel, qui a causé d'énormes dégats en vies humaines. Bien plus que si l'on y avait mis tout de suite le holà. Briser ce cycle infernal, c'est ce que le Gouvernement colombien essaie de faire. Et le nombre de personnes enlevées n'a jamais été aussi faible depuis quinze ans...    

 

 

Commentaires

" L'idée, c'est que s'îl n'y avait ni intermédiaires pour marchander, ni rançon, il n'y aurait plus d'otages."
Il parait plus que probable que les immenses efforts du CICR en Angola ont prolongé la guerre indéfiniment jusqu'à la mort de cet ignoble salopard de Jonas Savimbi, qui n'avait ainsi plus à se soucier des dégâts que sa guérilla causait au sort des populations civiles de sa propre ethnie, les Umbundus.
l'humanitaire est une religion mortifère...

Écrit par : Géo | 19/07/2008

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Souaille,

vous avez raison... et pour s'en convaincre, je sais pour l'avoir vécu sous d'autres cieux, que les otages ne rechignent pas à monter d'un hélicoptère qui porte légalement ou non le drapeau du CICR.

D'ailleurs, expérience faite, ils ne le demandent pas... car le premier mot qui leur vient, une fois qu'ils ont compris que vous êtes là pour le libérer, le seul mot qui leur vient est : "merci".

Tergiverser, agiter le politiquement correct alors que 15 vies viennent d'être sauvées... c'est vraiment petit, triste, pathétique et ne peut être l'oeuvre que de gens qui n'ont jamais eu besoin d'une "extraction" en zone de conflit.

Mais bon, si au lieu de sauver Ingrid Bétancourt et ses compagnons d'infortune des mains d'une organisation capable de trouver de l'uranium, les services colombiens avaient sauvé un journaliste... suisse de surcroit... la musique serait toute autre.

Pitoyable acharnement de quelques planqués... bien au chaud blottis dans le politiquement correct... ces mêmes qui dès qu'ils se cassent un ongle sur leur clavier voudraient acheter un Hôpital...

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 19/07/2008

La gauche révolutionnaire suisse, formatée et bien-pensante, a décidé une fois pour toutes autour d'un grand plat de caviar laqué propre en ordre que le président Uribe est le méchant et les FARC les gentils.
Il n'y a en somme pas à revenir là-dessus: un dogme, c'est un dogme.

:o)

Écrit par : Blondesen | 19/07/2008

Dogmes, Religions, Convictions, Certitudes contre Science, Argumentations, Expériences, Réalité.

Je me rappelle avoir vu Astrid Betancourt, chez Décaillet, dans son émission "Genève à chaud", qui pleurait à chaudes larmes et déplorait l'action du président Uribe, dans la région, le traitant d'assassin, si jamais sa sœur Ingrid, venait à mourir, à cause de l'intervention des armées colombiennes...

Il n'y avait qu'Ingrid qui comptait en Colombie ?
Drôle de façon de voir les choses...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 22/07/2008

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