22/07/2008

OMC: sous les cartes, le prix du succès

Doha va échouer, c'est certain, à moins d'un changement radical des mentalités de nos gouvernants. Un bouleversement malheureusement aussi soudain que peu probable, car contre-nature. Les négociateurs engagés sont tous au service de leur Etat ou groupe d'Etats. Et tous considèrent l'intérêt général global comme une vue de l'esprit.

Or c'est l'intérêt général global qui à moyen terme nous permettra à tous de vivre mieux, plus harmonieusement et avec moins de risques. Mais d'abord il faut accepter des sacrifices de taille... et changer la longueur d'ondes de nos raisonnements.

Le déséquilibre croissant entre pays riches et pays pauvres est une bombe atomique à retardement. En réaction à notre égoïsme, les mentalités sont en train de changer profondément en Afrique et s'il est désagréable d'avoir de pauvres mendiants à sa porte, c'est encore pire d'y avoir des cohortes de pauvres hostiles. Tôt ou tard fanatisés par Al Qaïda.

Certains pays, dit émergeants, sont en train de passer du statut de pauvres à celui de riches, ce qui soutient la croissance mondiale. Sans eux, nous aurions plongé dans une crise, style années 30. Mais cela augmente la pression écologique sur les ressources de la planète. Les matières premières ne sont pas en quantité illimitée, et la Terre ne peut absorber davantage de pollution. Notre niveau de vie de classe moyenne occidentale n'est donc pas extensible à l'ensemble de l'humanité. Pas sans une révolution technologique en tout cas.

Donc il faut partager. C'est à dire que nous, occidentaux, devons recevoir un peu moins et donner un peu plus. L'alternative est simple: c'est la guerre tôt ou tard. Une guerre totale et sale, dans une logique d'extermination que nous ne sommes pas prêts à assumer et pas non plus à gagner. L'expérience des Etats-Unis en Irak montre que la suprématie technologique ne fait pas tout.

Le problème, c'est que même si les négociateurs, à l'OMC, sont assez conscients du tableau, aucun gouvernement ne souhaite tenir ce discours à son opinion publique. Les journalistes ont beau expliquer que l'Afrique se meurt et a besoin urgeamment d'une transfusion, personne n'est prêt à donner son sang. Du coup, on se prépare à tout faire capoter, sous de faux prétextes.

 

Doha exige des pays riches de réduire drastiquement les subventions massives à leurs agricultures, qui faussent la concurrence et sont l'une des causes de la crise alimentaire mondiale. Bien davantage qu'un remède, contrairement à ce que prétend Michel Barnier. Les premiers bénéficiaires en seraient évidemment les pays émergeants gros producteurs agricoles, à savoir l'Amérique Latine. Dont il est au demeurant pertinent de favoriser l'émergeance, d'un point de vue occidental, car ils nous sont très proches, culturellement. Les pays les plus pauvres, notamment l'Afrique bénéficieraient également de cette ouverture des marchés, car la production agricole est actuellement leur seule richesse, en dehors des matières premières, pour ceux qui en ont.

En dehors du riz, les pays d'Asie n'ont pas vraiment vocation à devenir de gros exportateurs agricoles, ayant déjà à nourrir leurs propres populations, fort nombreuses. De leur côté, les riches pays occidentaux s'obstinent à exiger devantage de baisse des taxes à l'importation sur les produits industriels, ce qui profitera d'abord... aux pays émergeants d'Asie et en premier lieu à la Chine, devenue l'usine du monde. Cela n'est pas forcément le but à atteindre, si l'on veut éviter d'accentuer les déséquilibres... et de doper la pollution.

Il semble bien qu'il y ait donc là une forme de mauvaise foi des pays riches, dont la Suisse, à exiger des concessions qui ne nous profiteraient qu'en 2ème rang... mais dont on sait qu'elles ont de fortes chances d'être refusées, ce qui nous permettrait de ne pas réduire notre subventionnement de l'agriculture.

La pression sur les services est plus pertinente. Il est légitime d'essayer de préserver nos positions dans des domaines qui en plus ne polluent pas. Mais sans exagération non plus. Les émergeants comme les plus pauvres doivent pouvoir tirer leur épingle du jeu et nous rattraper. Il serait malsain de nous accaparer tous les domaines les plus juteux. Nous autres pays riches venons de profiter de plus d'un siècle de prospérité inégalée, qui a survécu à deux guerres mondiales. Il est temps de faire tourner un peu le gâteau.

Il s'agit moins d'assister les pauvres que d'aménager les règles pour qu'ils puissent concourrir à armes égales. Ce qui pour l'heure n'est pas le cas.   

 

 

 

Commentaires

Le terreau fertile du terrorisme n'est pas la pauvreté, mais l'idéologie. Il n'y a aucune corrélation entre le niveau de pauvreté d'un pays et la présence de soutien au terrorisme international en son sein.

En passant, la Chine importe déjà des céréales car elle n'en produit pas assez pour ses besoins; c'est d'ailleurs une des raisons de la flambée des prix de certaines céréales.

Pour terminer, le gâteau ne tournera pas avant que nous autres votants n'acceptions de voter pour des gens qui aient le courage politique de faire ce que vous proposez; l'ennui est que, comme on dit, "c'est pas demain la veille".

Écrit par : Vincent | 22/07/2008

Excellente synthèse d'un problème complexe. Malheureusement les démocraties occidentales recherchent avant tout à satisfaire leurs citoyens électeurs qui demandent de la sécurité et de la prospérité à court terme. Et si on a affaire à une gouvernance dirigiste, encore faudrait-il qu'elle soit animée par une vision globale des problèmes (cf. la France avec la gestion de ses pêcheurs, de ses routiers et de son patriotisme économique !).

Écrit par : Jean-Bernard Busset | 22/07/2008

Dans cette équation sans aucun résultat positif, il faudrait diminuer l'importance d'un des éléments, en sachant que la taille de la Terre est immuable.

La Chine a déjà pris des mesures, concernant la natalité, c'est la politique de l'enfant unique.

A quand le tour des autres nations ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 22/07/2008

@ Vincent,

"Le terreau fertile du terrorisme n'est pas la pauvreté, mais l'idéologie."

-> Les 2 sont liés. Une personne pauvre n'ayant pas de quoi se nourrir se tournera vers le religieux afin qu'il lui remplisse son ventre.

Religieux qui le nourrira physiquement puis tentera de le nourrir spirituellement. Le cas du Hamas dans les territoires occupés en est la meilleure des preuves.

"Il n'y a aucune corrélation entre le niveau de pauvreté d'un pays et la présence de soutien au terrorisme international en son sein."

-> Seulement si le pays n'a pas de groupe religieux extrêmiste qui nourrit les plus pauvres. Mais si de tels groupe existent, très rapidement le terrorisme religieux s'installe dans le pays.
Et ceci sans parler des autres moyens (madrhasa, etc...) qui sont une autremanière d'endoctrinement des masses faibles et pauvres.

Abe

Écrit par : Jocauss | 22/07/2008

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