26/07/2008

Morale et Politique: un couple forcément infernal ?

Les explosions médiatiques de cette fin juillet ont toutes un point commun: elles emmènement le politique là où il n'aime pas aller, bien que cela soit dans son essence même d'y être: aux confins de la morale. Il n'aime pas y aller parce que qu'elle soit son attitude en pareil cas, elle lui coûtera des voix, ce que le politique déteste par dessus tout. Mais en même temps, ayant à administrer la cité (polis en grec), il est bien obligé de mettre les mains dans le cambouis des turpitudes humaines.

Un très haut fonctionnaire, chef de l'armée dont la vie matrimoniale est, pour faire court, très agitée. Ce qui au demeurant n'a rien à voir avec la conduite des affaires militaires, mais tout de même... Et un sage, notaire de province, qui ne dit pas toute la vérité à ses petits camarades. Mais qui a fait et qui fait encore rempart de son propre corps à la tentative de prise en mains hégémonique du pays par une clique d'affairistes, aux idées un peu trop carrées. Qui ont, entre autres, mené UBS là où elle en est.

Un dictateur criminel qui, après avoir – au moins – laissé ses sbires faire sauter quelques avions dans sa jeunesse, a pris la détestable habitude de conquérir les gens à la cravache. Méthode qu'il a léguée à ses enfants. Mais qui se révèle aussi un allié du monde occidental dans la lutte contre l'islamisme radical, tandis que son pays sert de vase de rétention (ou de réservoir d'expansion) aux candidats à l'émigration qui rêvent de se jeter sur nos côtes par centaines de milliers... Ce qui ne l'empêche pas d'être perçu par quelques tiers mondistes fossilisés comme un héros de la lutte contre l'impérialisme étasunien...

Un médiateur a la langue bien pendue qui a – ou non – porté enveloppes et valises. Qui a surtout, dans les discours qu'il tenait « off the record » à Genève dénigré à longueur d'années et sans objectivité un gouvernement démocratique pendant que lui-même fournissait à une bande de malfrats des éléments d'information essentiels. Des infos et conseils qui les ont renforcés, tout en accentuant le calvaire de victimes innocentes, même si je ne crois pas un instant qu'il l'ait fait en songeant sérieusement aux conséquences de ses indiscrétions.

Il a juste agi ainsi pour satisfaire son ego et nourrir ses fantasmes révolutionnaires qui, par sa bouche, semblent avoir contaminé le jugement d'une de nos sept sages. A moins qu'elle ne prouve le contraire en cessant de le soutenir, ce qui ne serait pas non plus très moral, puisqu'elle le considère comme un ami... Mais le passage semble obligé, si elle tient à son fauteuil... Ou si son parti a besoin qu'elle y reste...

Un dépeceur d'entreprises, chanteur de charme râté et politicien populiste, quoique sous étiquette centriste, qui parvient à faire payer par l'Etat français l'ardoise de près de 350 millions de nos Francs qu'il doit aux services sociaux de ce même Etat. Une dette colosale (l'équivalent du salaire annuel des 11 000 postes d'enseignants supprimés en 2008 dans l'Hexagone) due à la gestion calamiteuse des entreprises qu'il avait pris sous sa coupe. L'énergumène perçoit en sus une trentaine de millions de pourboire pour assurer ses vieux jours. Parce qu'il est un populiste du centre à succès, ce qui pourrait contribuer à abattre l'opposant No 1. Celui qui, au centre, pourrait apparaître comme l'ultime recours entre Charybde et Scylla. En matière d'accès au pouvoir et de sa conservation, le petit Nicolas ne laisse rien au hasard...

C'est justement, lui, le petit Nicolas, avocat d'affaires dans le civil, qui a suggéré le recours à un arbitrage privé dans cette affaire. Une procédure peu transparente, contraire à tous les usages et jurisprudence lorsque l'une des parties est une entité publique ! C'est ça le vrai chic: claquer 350 millions de Francs de fonds publics juste pour s'assurer de conserver le pouvoir... Mais on peut aussi considérer que l'Etat ne fait que transférer d'une de ses poches à l'autre, puisque le richissime dépeceur d'entreprises s'était utilement placé en position d'insolvabilité...

Accessoirement, pour mieux comprendre les enjeux, il faut savoir que Jean Peyrelevade, Vice-Président du Mo-Dem et conseiller économique de François Bayrou, est aussi, avec Pascal Lamy, celui qui a redressé le Crédit Lyonnais au prix d'une gestion rigoureuse qui avait fait éclater au grand jour les impéréties cavalières du système Tapie. François Bayrou, de son côté, veut faire de l'intégrité un enjeu politique. Est-ce réaliste ? C'est en tout cas une belle démarche, qui mérite d'être tentée.

Cet inventaire de la semaine, que même Prévert n'aurait pu imaginer, est caractéristique de la politique et c'est détestable. Pour le citoyen de base, à qui l'on enseigne depuis l'enfance à se bien conduire, ces turpitudes sont dégoûtantes. Mais la politique peut elle se mener en conservant tous les jours ses mains propres sous des gants blancs? Ne faut-il pas accepter d'ôter les gants et de se salir les mains, parce que « ceux d'en face », ne vous font aucun cadeau, qu'il s'agisse d'affairistes véreux ou de dictateurs vérolés ? Le problème, c'est que si l'on accepte de franchir le pas une fois, par exemple pour sortir de prison deux hommes d'affaires suisses injustement accusés (pour le moment uniquement d'immigration illégale ce qui n'est pas encore très grave) où situera-t-on la limite la prochaine fois ?

C'est typiquement une question de morale et c'est bien ce qui fait défaut dans le monde d'aujourd'hui. On peut vivre sans dieu, mais pas sans morale. Celle ci allant de pair, à mon avis, avec la transparence. Mais mon avis est certainement un peu naïf...

Commentaires

Jean Ziegler, citoyen suisse, va-t-il défendre son pays auprès de son ami, le colonel ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 26/07/2008

Mauvaise question cher Victor. Et la nationalité, comme le nationalisme, n'ont rien à voir avec la morale. J'aurai même tendance à considérer que l'idée de nation, en tant que groupe d'humains s'associant contre d'autres groupes d'humains est assez immorale.
En revanche, on peut demander à une certaine gauche, qui persiste à défendre le chef d'Etat libyen, si la manière de traiter les gens de cet énergumèe, et l'éducation qu'il a offerte à ses enfants, sont bien politiquement correctes ?

Écrit par : Philippe Souaille | 26/07/2008

Il pourrait néanmoins, intercéder en faveur de ses concitoyens, auprès de son ami...en plus de Joseph Deiss...ou bien Ziegler a trop à faire à taper sur Israël et à couvrir (une fois de plus) ses amis, Castro ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 26/07/2008

"J'aurai même tendance à considérer que l'idée de nation, en tant que groupe d'humains s'associant contre d'autres groupes d'humains est assez immorale."
Mieux vaut lire cela que d'être aveugle. La nation est née de l'ethnie, il n'y a pas de question de morale là-dedans, simplement de l'histoire du développement humain. La nature n'est ni bonne ni mauvaise, elle est totalement indifférente. Ce qui contrarie fortement les moralistes...

Je l'ai déjà dit et écrit, l'institut dont Gontard est le vice-directeur a au coeur même de la DDC une réputation de fabrique de crétins altermondialistes, ce qui n'est pas rien, vu d'où cela vient...

C'est peut-être pour tout cela que les journalistes haïssent les blogs : ils veulent être seuls à donner leur morale. 96 % de journalistes gauchistes en France. Probablement 99 % en Suisse...

Écrit par : Géo | 26/07/2008

"tentative de prise en mains hégémonique du pays par une clique d'affairistes, aux idées un peu trop carrées. Qui ont, entre autres, mené UBS là où elle en est."
Ah oui, vous abordez tellement de questions que j'en ai oublié l'essentiel : vous pourriez un peu étayer cette affirmation ci-dessus ?

Écrit par : Géo | 26/07/2008

Cher M. Geo, seriez vous déiste à votre manière ? Pensez-vous vraiment que l'être humain n'est pas capable d'une démarche volontaire, morale, qui l'élève au-dessus de sa condition naturelle, même s'il reste soumis à ses insctincts par ailleurs ? La nation est un stade de l'histoire humaine, et comme l'histoire dévolue, la nation sera un jour un pricnipe dépassé. Le plus tôt sera le mieux à mon avis.
Quant aux liens étroits existant entre certains grands capitaines d'industrie entrés en politique et d'autres restés trop longtemps à la direction de grandes banques, ils sont de notoriété publique.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/07/2008

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