09/08/2008

La Chine gagne et l'Afrique en profite

Les adolescents que je connais ont été fascinés par la cérémonie d'ouverture des JO, « la plus belle qu'ils aient jamais vue ». Bien sûr, à 15 ans, on n'en a pas vu beaucoup, mais quelques unes quand même. Et c'est vrai que le peu que j'en ai entraperçu était spectaculaire.

J'ai bien essayé d'expliquer que oui, c'était très beau, mais que ces mouvements de masse complexes, si parfaitement coordonnés, avaient quelque chose d'inhumain... pour des esprits frottés de lucasseries et d'effets spéciaux hollywoodiens, le concept sonnait vieux grincheux...

En plus ils aiment l'architecture et le stade nid d'oiseau les fascine. L'un d'entre eux, futur dessinateur en bâtiment, s'émerveillait spontanément du travail nécessité par le calcul des résistances aux efforts de chacune des barres de la structure... Il se trouve que j'ai réalisé un film, il y a 4 ans, dans lequel nous interviewions une architecte chinoise travaillant sur le projet d'Herzog et de Meuron, mais aussi des Chinois expulsés sans ménagement pour construire de nouveaux complexes.

En Chine, on peut être propriétaire des murs, mais pas du sol, ni du plancher, qui restent à l'Etat. Ce qui permet à ce dernier de vous expulser à sa guise. Il ne s'en prive pas et jadis relogeait à proximité. Aujourd'hui, il se contente de verser une prime qui permet tout juste de retrouver un toit très loin à la campagne... D'où quelques manifs, vite réprimées.

Pourtant, la Chine a déjà gagné.

Rentrant d'Afrique, je n'ai pu que confirmer ce que je décrivais déjà dans l'Utopie Urgente: la Chine en train de s'installer en profondeur dans le Continent noir. Aujourd'hui, tout le monde le dit, chiffres à l'appui. Là où les Occidentaux versaient maigrement quelques millions ou dizaines de millions d'aide conditionnée, dont l'essentiel revenait au Nord pour payer au prix fort nos biens et nos services, la Chine ouvre des lignes de crédit de plusieurs milliards et même dizaines de milliards de dollars. Cent ou même mille fois plus que nous...

Ces milliards que nous sommes en train d'engloutir dans la débâcle des subprime, tandis que nous faisions chichement l'aumône aux pauvres du tiers-monde, la Chine les déverse sur le continent, en échange de biens de consommation à prix réduit, mais aussi d'infrastructure: ponts, routes, voies ferrées. Presque une recolonisation, sauf que les Etats africains restent indépendants et gèrent leurs besoins à leur guise. On leur demande juste en face de vendre leurs matières premières, au prix fort. C'est à dire plus cher qu'aux occidentaux, qui s'étaient arrogés des monopoles de fait en arrosant des corrompus.

Dans les quartiers les plus populaires, vous trouvez des chinois, qui s'installent en amenant leur système de santé, très concurrentiel. Et dans les restaurants d'affaires, il y a toujours des chinois, en train de conclure avec des locaux..

Le résultat est là: des taux de croissance impressionants, qui frôlent les 40% dans le secteur des services, jusqu'alors quasi inexistant en Afrique. Les télécoms en particulier ont le vent en poupe, le continent passant directement du tam tam au portable. Mais tous les services progressent et la quinzaine de petites bourses actives sur le Continent ignorent superbement la crise...

En fait la Chine est en train d'organiser à elle toute seule la grande régulation mondiale que les spécialistes appellaient de leurs voeux. En prenant des parts de marché au Nord, elle accumule des quantités considérables de liquidités, qu'elle redistribue largement au Sud, en échange des matières premières permettant d'entretenir le cycle.

Les échecs de l'OMC n'y changeront rien. La globalisation est en route et notre seule chance de survie est d'y trouver notre place. Notamment en se mêlant au très réel boum économique africain. Bien plus réel que les produits boursiers virtuels courtisés par nos investisseurs. Les bouleversements que cela entraîne sont positifs, car ils rééquilibrent le partage des richesses, trop longtemps accaparées par l'Occident. Mais ils ne sont pas sans douleur. Les dirigeants chinois n'ont aucun état d'âme pour les pots cassés par le rouleau compresseur de leur développement. Ils n'en ont guère à l'intérieur, à l'égard de leurs propres populations, ils en ont encore moins à l'extérieur. Seul compte l'objectif final, mais la bonne nouvelle pour le monde, c'est que l'objectif chinois est durable. Il ne pourrait en être autrement lorsqu'on s'appuie sur 6000 ans d'histoire...

Des pots cassés, donc il y en a et en quantité, tant en Afrique que chez nous: crise alimentaire, cours du pétrole, chomâge ici, inflation galopante là-bas, sans compter que les ressources naturelles ne sont pas infinies... Mais globalement, les écarts se réduisent et c'est tant mieux. Les Chinois ont pris conscience du problème écologique et ils le régleront à leur manière. Par ailleurs, ils n'ont aucun intérêt à tuer la poule aux oeufs d'or, ce qui nous assure quelques décennies de paix et de tranquilité, à moins bien sûr que des excités néo-conservateurs mettent le feu aux poudres. Ce qui ne serait pas une bonne idée, les chinois ayant également d'excellentes compétences en la matière.

Commentaires

François Bourgignon économiste du développement,parle lui du G13 africain.

L'Afrique avait besoins de croissance et aussi de pouvoir accéder au commerce mondial pour sortir de la misère.Ces 50 dernières années d'aides publics envers l'Afrique, fût 50 ans de gaspillages et de perte de temps.Un coup dur pour les tiers mondistes adeptes de la décroissance et de la solidarité internationale.

Le seul point que je craint de ces investissements chinois en Afrique est le manques de démocratie qui va avec.

D.J

Écrit par : D.J | 09/08/2008

Bonjour !
Enfin un article sérieux sur le sujet !
Vous avez vu le travail sur place, Monsieur Souaille, mais combien avez-vous d'articles traitant d'autre chose que de petits drapeaux tibétains ?
Pendant ce temps, les Chinois produisent, travaillent et investissent, chez eux et bien au-delà de leurs frontières.
Pendant ce temps encore, après avoir rangé ses petits drapeaux tibétains, la conscience bien tranquille, l'Occident consomme, consomme, consomme...

Bon week-end !

:o)

Écrit par : Blondesen | 09/08/2008

>Les Chinois ont pris conscience du problème écologique et ils le
>régleront à leur manière.

Ouais alors ça, je demande vraiment à voir. Pour l'instant c'est précisément exactement l'inverse qui se produit. Les villes sont sur-engorgées de bagnoles et l'air est tellement pollué que même en coupant 50% du trafic et en arrêtant un nombre incalculable d'usines, il reste toujours une brume infâme... Je ne parle pas du stress hydrique que commence à vivre le pays, à la qualité complètement pourrie des constructions ayant poussé dans la hâte (ce qui les fait s'écrouler au premier tremblement de terre), ni à l'exode des paysans (tragédie silencieuse)...

Je vous laisse méditer sur cet excellent article :

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=334

Bref, si l'Afrique suit ce chemin, c'est bientôt 10 planètes qu'il nous faudra pour survivre.

Il est encore temps de prendre une autre route.

Écrit par : Sandro Minimo | 09/08/2008

Un élément important que vous oubliez, c'est la nature des investissements. La culture européenne est plutôt d'ordre privé et on a vite appris que ce type d'investissement était interdite en Afrique. Si vous réussissiez qqch, un cher ami Africain, fonctionnaire haut placé, venait vous informer que vous deviez lui donner la plus grande part de vos bénéfices...
Si vous vous appuyiez sur une certaine solidarité étatique, la racaille gauchiste entonnait le refrain "Françafrique" pour mieux couler vos intérêts...
Les Chinois représentent une certaine masse critique qui fait un peu reculer la masse des profiteurs africains. Mais cela va arriver d'ici peu, soyez tranquille !

Écrit par : Géo | 09/08/2008

M. Géo, ce que vous dites est vrai, bien des européens désireux de s'implanter seuls sur place se sont retrouvés en chemise ou en prison pour ne pas avoir voulu céder au chantage, ou pour s'être fait rouler par leur associé local. Sans le justifier, on peut le comprendre: si de riches étrangers débarquaient en nombre en Suisse avec des moyens considérables pour se payer les meilleurs emplacements ou exploiter les meilleures idées, tout en se comportant en pays conquis et en méprisant les indigènes, les Helvètes l'auraient mauvaise, surtout si les Helvètes manquaient de tout.
Par ailleurs les Africains ont tendance à traiter les blancs comme les blancs traitaient leurs pères du temps des Colonies... en moins violent et extrême heureusement.
Cependant de nombreuses sociétés européennes (y compris suisses) ont développé de très rentables entreprises en Afrique. Certaines multinationales parmi les plus importantes y enregistrent même leurs taux de croissance les plus spectaculaires.
Les chinois de leur côté pratiquent peu l'investissement individuel, sauf quand ils vivent au fin fond des quartiers comme les Africains, ce que ne font jamais les Européens. Et ça change tout. Ils parlent en milliards de dollars, c'est à dire, des milliers de millions mis à disposition des entrepreneurs locaux... Et les investissements en bourse sont sécurisés. On a changé d'échelle et ce n'est plus de l'Afrique de papa que l'on parle.
Quant à M. Minimo, vous avez raison, la pollution atteint des sommets en Chine et les ressources de la planète ne peuvent pas assurer un développement à l'occidentale à tous les habitants de la Terre. Les Chinois s'en sont rendus compte. Donc ils commencent à développer des programmes de modernisation accélérée pour mieux prendre en compte les données environnementales. Et comme ils ne s'embarrassent ni de démocratie, ni de fioritures, cela risque de bouger vite. La seule limite étant qu'il leur faut en même temps poursuivre un développement social et que tout cela coûte cher.
Par ailleurs la pollution causée par les vieux engins qui circulent en Afrique est telle que les remplacer par des machines chinoises ou hindoues modernes sera un énorme bienfait.
Sans c ompter que l'Inde comme la Chine développent de petites voitures moins chères et moins polluantes. Si des efforts sont faits, l'Afrique pourrait bien, là aussi brûler les étapes du progrès.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/08/2008

Les chinois investissent des milliards en Afrique mais créent-ils des emplois pour le africains ou font-il venir leurs troupes pour travailler ? Car les investissements chinois affluent en Afrique va t'on voir l'exode des africains ves l'Europe diminuer, pour le moment elle ne fait que s'accélérer ? Les chinois ne sont-ils prêts à accueillir des travailleurs africains sur leur sol ?

Écrit par : demain | 10/08/2008

C'est un très bel article. Merci à la Tribune de Genève d'avoir soulever un problème de développement et de prédation des ressources et matières africaines.
Par un heureux concours du hasard, il se trouve que certains africains partagent et nourrissent les mêmes angoisses à l'égard de cette nouvelle colonisation du continent africain par les chinois. Je vous livre ici une analyse purement africaine de la question faite par un certain Guillaume ADOUVI.


L'AFRIQUE EN PROIE A LA DEFERLANTE CHINOISE
17-07-2008
Par Guillaume ADOUVI – www.sikainfo.com

Les chinois sont partout en Afrique. Ils pourraient nous envahir davantage si nous ne faisons pas attention en décryptant méthodiquement les enjeux. Deuxième consommateur de pétrole après les Etats-Unis, la Chine courtise les pays producteurs d’Afrique qui fournissent 10% du brut mondial.
La Chine constitue des stocks considérables d’hydrocarbures faisant fortement grimper le prix du brut. Environ 40% de l’accroissement de la demande mondiale de brut depuis six ans est imputable au géant asiatique.
Avec un taux de croissance qui culmine à deux chiffres - autour de 10 à 12% -, l’Empire du Milieu doit, pour pourvoir à ses énormes besoins, diversifier ses fournisseurs de pétrole tout en limitant sa dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient. Et l’Afrique apparaît comme une terre providentielle.
L'Afrique veut se développer , ce besoin de développement est devenu partout sur le continent une évidente réalité, et les chinois qui ont expérimenté et maîtrisé les enjeux du développement de leur marché intérieur, trouvent-là un intérêt certain.
L’immensité du marché africain, la diversité, la qualité et la quantité des matières premières générées, produites et exploitées sur le continent constituent une grande aubaine pour les chinois qui - semblent-ils -sont à l’entame de leurs réserves nationales de matières premières, surtout le pétrole.

L’offensive commerciale et le partenariat « gagnant-gagnant »

Hu Jintao le Président chinois n’hésite pas lui-même à fouler le sol africain lorsqu’il s’agit de pétrole et de grandes infrastructure. Presque tout les pays du continent ont reçu sa visite, surtout les gros producteur de pétrole : Algérie, Angola, Gabon, Guinée équatoriale, Nigeria, Soudan Tchad ... où il n’hésite pas à présenter lui-même la base programmatique de la politique commerciale d’échanges économiques sino-africains, qui repose sur le principe du « gagnant-gagnant ».
Les Chinois sont venu en Afrique pour faire des affaires, de grandes affaires. Cette logique – de déplacement massif et d’envahissement de tous les secteurs clés de développement - tranche beaucoup avec celle autre connue du petit commerçant asiatique avec des produits d’une petite facture à qualité douteuse, véhiculée dans les années 70/80. Quoique, déjà dans les années 50/70, certaines réalisations de grandes qualités, tel que : les palais des congrès, les stades omnisports… avaient vu le jour dans certains pays – à orientation marxiste ou socialisant –, fruits d’une collaboration idéologique et de solidarité afro-chinoise.
Aujourd’hui, la réalité, sinon l’absolue logique est celle d’une politique d’expansion économique et d’hégémonie commerciale. Cette vision politiquement incorrecte, car amorale - qui est étranger au domaine de la morale et des droits de l’homme - ne s’embarrasse plus de la couleur politique pointée sous les cieux des marchés visés. Point de camaraderie militante, d’autrefois. Aujourd’hui, tous amis et solidaires devant l’impérialisme et les impérialistes occidentaux, coûteux avares, fouineurs et moralisateurs de surcroît.
Les exportations de la Chine vers l’Afrique sont en constante augmentation depuis 2004 – à près de 40%, et ses importations bondissent de 81%, selon les statistiques chinoises. En 2005, le volume total des échanges atteint 37 milliards de dollars, près de 700 entreprises chinoises sont désormais implantées sur le continent africain faisant appel à 100 000 expatriés. La Chine impose ses produits manufacturés à bas prix, sa main d’œuvre pour des politiques de grands travaux, mais surtout elle sait se montrer un client peu soucilleux dès qu’il s’agit d’achat de pétrole ou autres matières. Ses partenaires sont souvent des pays en délicatesse avec les institutions internationales.
La Chine a compris que l’Afrique a besoin d’assistance technique généreuse et silencieuse, des infrastructures essentielles à son développement.
Oui l’Afrique enclavée et l’Afrique émergente ont besoin de routes, d'aéroports, de ponts, de stades, de palais de culture, d'écoles et d'hôpitaux bon marché et solides. Et les chinois s’ y attellent discrètement et avec efficacité. Experts, techniciens et ouvriers sont ainsi débarqué par dizaine de milliers – dans une frénésie d’exode stratégique, répondant à une succession de contrats pour éviter un retour immédiat et prématuré de la main d’œuvre - ; des travailleurs sans foi ni loi, prêts à tout, dormant à même le sol sur leur lieu de travail ou n’importe où dans la nature.

Co-prospérité, motus et bouche cousue

Des bâtisses et ouvrages solides et simples mais répondant aux normes internationales, avec une inspiration stylistique moyenne pour la plupart, mais toujours au dessus de la capacité de conception locale.
Il n’y a pas que la technologie et la discipline chinoises qui sont appréciée des gouvernants africains. Il y a aussi que dans cette intelligence technologique, d’aucuns ne veulent s’embarrasser des questions liées aux droits de l’homme – un sujet tabou pour les autorités chinoises, mais aussi pour certains Chefs d’Etat africains, pas tous heureusement -. Ici, le «ne me demande pas comment je traite mes gens, et je me tairai aussi sur la manière dont tu te conduis avec les tiens», semble être la règle d’or du sino-business. Mais ce n’est pas la seule.
L’Afrique aime traiter avec la Chine parce qu’elle propose, en plus d’une aide directe et discrète, les démarches les mieux adaptées aux réalités tropicales et des contrats raisonnables. Et surtout que d’aucun n’aient la faiblesse de penser que tout cela est désintéressé et gratuit, autrement, ce ne sera plus du business, n’est-ce pas ?
La construction d’un pont, une route, une école, un hôpital… doit-elle s’accompagner d’un bail emphytéotique, pour une exploitation in fine de nos ressources ? Un pont, une route, une école, un hôpital, cela correspond à combien de barils de pétrole par jour et sur combien d’année ?
Doit-on accepter la « déprotection » de nos petites industries et commerces, sous le seul credo d’un déversement sans précédent de produits moins chers et de qualité douteuse sur nos marchés intérieurs ? Et le tout au détriment des industries locales, du petit commerce de proximité et surtout de la communauté nationale entière, tant le droit de douane –TEC : tarif extérieur commun - exigé ou défini – dans une intelligence d’intégration régionale – est ridiculement acceptable pour nos propres ambitions de développement. Nos partenaires chinois utilisent avant tout une main d’œuvre locale, sans borne ni limite. Les détenus et prisonniers de tout acabit sont misent à contribution, dans le processus de fabrication qui refuse la sous-traitance sous toutes ses formes.
Au lieu d’importer des salariés, il ne serait pas plus bénéfique pour l'Afrique, dans la logique du gagnant-gagnant d’en recruter dans les pays africains, qui ont eux aussi une main d'oeuvre à perfectionner et à occuper ?
N’est-ce pas ici le cas de parler de péril jaune, après avoir critiqué l’esprit paternaliste et post-colonial, et à une grande mesure l’arrogance de nos partenaires traditionnels occidentaux ? Alors même que ferment et meurent nos petites industries et commerces de proximité – au Cameroun, au Gabon, en Côte-d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin, au Togo… - incapables de se défendre économiquement contre de nouveaux partenaires - devenus eux aussi engeance pour nos besoins vitaux – parce que exigeant des accords et agréments scélérats.
Les chinois ficèlent assez rapidement les projets de développement à eux soumis, et surtout sans morale ni leçon : démocratie ou bonne gouvernance. Ce qui compte le plus c’est la faisabilité et la viabilité des projets.
Mais ce brutal et inquiétant appétit de Pékin, ne nous fait-il pas déjà regretter les exigences des organisations des droits de l'homme, dans les pays occidentaux, qui contraignent et dénoncent l'absence des critères éthiques et des principes de bonne gouvernance dans l'établissement des partenariats entre leurs Etats et les pays africains ?
Le véritable enjeu d’une co-prospérité ne réside t’il pas dans le transfert de technologie ? Que gagne réellement l’Afrique dans ces échanges avec la Chine, si ce n’est que la livraison clé en main d’ouvrages – dont les pièces sont préfabriquées et juste montées sur place -, dont la réalisation crée de graves pénuries sur le plan national et sous-régional, par exemple le ciment et l’énergie qui se rarifient partout en Afrique?

Guillaume ADOUVI
Sik@ info.com

Écrit par : constant | 10/08/2008

" Si des efforts sont faits, l'Afrique pourrait bien, là aussi brûler les étapes du progrès."

C'est bien sûr, surtout si on considère le niveau qualitatif de ses ressources humaines. Les Chinois ont déjà tout compris : ils fournissent non seulement l'argent et les matériaux des grands chantiers, mais aussi la main d'oeuvre...

Il faut dire que si la démocratie et les droits de l'homme ne sont pas de leurs créneaux, l'antiracisme non plus...

Écrit par : Scipion | 10/08/2008

Ces dernières remarques sont tout à fait pertinentes. Il n'y a jamais une seule vérité et il est évident que la Chine sert également et d'abord ses intérêts. Mais l'afflux de travailleurs chinois crée aussi des emplois et des opportunités pour les africains.
C'est aussi et surtout aux africains eux-mêmes de saisir cette opportunité nouvelle qui s'offre à eux: l'afflux de fonds pour financer un développement et des infrastructures. Ils ne doivent pas se laisser marcher dessus par les chinois et prendre leurs affaires en main. Le plan Marshall a réussi parce que les étasuniens ont déversé des montagnes d'argent (et de biens de consommation) sur l'Europe et que les européens en ont profité pour rebondir.
Jusqu'à ces dernières années, en Afrique, un jeune intelligent et bien formé n'avait aucune perspective en restant chez lui. Mieux valait s'exiler. Aujourd'hui, ce n'est plus vrai, grâce aux chinois. Et pas grâce aux européens, ni aux innombrables ONG qui ne font souvent qu'offrir des placards dorés aux élites locales qu'elles recrutent pour les transformer en assistés attendant la manne de Paris ou de Genève...
Jeunes entrepreneurs africains et investisseurs du monde entier, saisissez votre chance... Et oeuvrez dans une direction durable, écolo-compatible. Pour cela, n'oubliez pas vos racines culturelles: la civilisation africaine animiste traditionnelle respectait la nature, dont elle était partie prenante. Ne l'oubliez jamais, sinon votre développement, après le notre et celui de l'Asie, mènera le monde assez sûrement à sa perte.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/08/2008

"Pour cela, n'oubliez pas vos racines culturelles: la civilisation africaine animiste traditionnelle respectait la nature,"
C'est là que le bât blesse : le traditionnalisme est un profond facteur de sous-développement en Afrique. Les Ancêtres sont-ils d'accord de faire un barrage à cet endroit ? Evidemment non, à moins qu'une grosse partie du budget prévu pour le barrage ne passe dans les poches du sorcier...

Écrit par : Géo | 11/08/2008

>Jeunes entrepreneurs africains et investisseurs du monde entier,
>saisissez
>votre chance... Et oeuvrez dans une direction durable, écolo-compatible.
>Pour cela, n'oubliez pas vos racines culturelles: la civilisation
>africaine
>animiste traditionnelle respectait la nature, dont elle était partie
>prenante. Ne l'oubliez jamais, sinon votre développement, après le notre
>et
>celui de l'Asie, mènera le monde assez sûrement à sa perte.

Mais bien sûr... En gros c'est faites ce que je dis, pas ce que je fais...

Invoquer l'animisme est certes judicieux, mais le christianisme prônait tout autant un respect de l'autre, de son prochain et de la nature... quand on sait que les USA sont un pays ultra-chrétien et le plus gros pollueur du monde, il faut se rendre à l'évidence : la religion n'y change rien.

Franchement, COMMENT voulez-vous que les développements afro-chinois soient "écolo-compatibles" alors que nous n'avons rien fait pour l'écolo-compatibilité chez nous pendant 150 ans? Alors que nous n'avons fait que réclamer la dette aux pays pauvres (sans parler de nos banques qui accueillaient avec bonheur les milliards des dirigeants corrompus, quand il ne s'agissait pas d'argent de l'Apartheid) et.... de temps en temps leur envoyer des sacs de riz?

Il faut évidemment exiger l'annulation immédiate de la dette extérieure de tous les pays africains, mais aussi des transferts GRATUITS de technologie (solaire, éolien, éco-construction, urbanisme durable sans voitures, etc.), sans oublier que nous devons encourager l'agriculture locale, biologique et durable sur place. C'est à dire précisément l'INVERSE de ce que les accords de l'OMC allaient imposer, soit une encore plus grande dépendance aux échanges internationaux donc aux coûts du transport (donc de l'énergie) qui ne vont faire que grimper dans les prochaines décennies!!

Mais nous ne pourrons rien leur imposer... à moins de vouloir revenir à la colonisation ou de vouloir utiliser la méthode Bush en Irak... Mais alors, comment faire en sorte que l'Afrique sorte de la misère, des guerres et de la corruption tout en respectant un minimum l'environnement (et sans en rester à de vaines incantations ou de supplications d'occidental qui ne regarde pas la poutre dans son oeil)?

À mes yeux on n'y échappera pas : il faut MONTRER L'EXEMPLE. Nous devons leur montrer que ça marche, que c'est possible. Sans quoi ils suivront le pire modèle possible.

C'est donc par NOUS que doit commencer le changement, nous devons nous imposer ici en Europe, aux USA, au Japon, partout des règles extrêmement strictes de respect de la nature de l'environnement, d'efficience énergétique, de relocalisation de l'agriculture, de modération de la consommation, de décroissance des émissions de CO2, d'un transfert massif des transports sur le rail. Nous devons en finir avec nos dépenses absurdes, inutiles et polluantes (avions de combat, grosses bagnoles, avion à tout-va). Nous devons nous imposer un moratoire sur la construction de routes (voire démanteler certaines autoroutes inutiles) et investir massivement dans la mobilité douce.

Si demain, Dakar ou Abidjan deviennent à l'échelle de Pékin et se développent sur le modèle du tout-bagnole avec 1000 nouvelles voitures par jour... comment allons-nous réduire nos émissions de CO2 à l'échelle planétaire? Mais comment exiger d'eux de se développer proprement alors que nous ne sommes même pas capables de nous auto-limiter dans nos démocraties responsables?

"Regarde la poutre qui est dans ton oeil..." disait l'autre...

Écrit par : Sandro Minimo | 11/08/2008

Bien sûr, M.Géo, qu'un certain nombre de traditions africaines sont un frein au développement. Il y aurait un bouquin à écrire sur la question et d'ailleurs il en existe déjà. L'animisme, en tant que tel, peut exercer une influence extrêmement négative. Comme toute croyance, philosophie ou superstition. Tout dépend de la manière dont on l'utilise.
J'ai un ami, botanniste belge, qui a pu déterminer, preuves à l'appui, que la culture du café et du cacao à l'ombre des grands arbres était préférable à la culture en plein soleil. Les sols sont mieux conservés, le sels minéraux et l'eau draînés en profondeur par les puissantes racines, remontent en surface, les feuilles mortes forment un compost, l'apport d'engrais chimique devient inutile, etc... Le sol et le paysan africain qui l'exploite y gagnent. Les Allemands l'avaient compris au Togo jusqu'en 1916... Seulement, les experts agronomes français et anglais ont dit le contraire depuis 90 ans, ce qui permettait entre autres de vendre aux prix fort aux paysans togolais des engrais fabriqués en Europe avec des phosphates achetés à bas prix... au Togo!
Pour parvenir à contreblancer des décennies d'éducation et de conditionnement contraire, ce botaniste utilise la référence aux arbres sacrés pour faire passer son message. Et ça marche.
Quant à M. Minimo, les Africains ne vont certainement pas attendre que nous ayons fait notre révolution verte pour ensuite leur dire comment ils doivent se développer. Ils ont besoin de se développer tout de suite, un besoin vital. C'est leur droit le plus strict et eux seuls décideront comment. Mais rien n'empêche de les rendre attentifs au fait qu'ils ont tout intérêt à sauvegarder une nature qui est en Afrique davantage préservée qu'ailleurs.
Par ailleurs, chaque franc investi dans le durable là-bas rapporte bien plus qu'ici. Personne ne vous empêche d'essayer de faire progresser les choses à votre idée chez vous. Mais ce n'est pas parce que nous avons commis des erreurs depuis 150 ans, qu'ils doivent forcément commettre les mêmes. Les avancées technologiques permettent de zapper certaines phases, et lorsque celles-ci sont polluantes, il est évident qu'il faut le faire.
Les transferts de technologie gratuits, bien sûr, excellent principe. Mais dans un capteur solaire, ou une éolienne, ce qui coûte le plus cher, ce n'est certainement pas les licences de brevets... En revanche des batteries de capteurs solaires installés au Sahara pourraient rapporter beaucoup à tout le monde, dès lors que les problèmes de maintenance (sable etc...) seront résolus. Problème: les écolos d'Europe ne veulent pas en entendre parler. Ils préfèrent dépenser davantage d'argent à construire ici plein de petites installations beaucoup moins efficaces...
Il faut parvenir à penser global dans tous les domaines, tout en conservant à l'autonomie locale toute sa place. C'est à ce prix que l'on pourra construire un XXIème siècle pacifique et durable.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/08/2008

Cela me rappele la voix d'Homer Simpson...parlant à son fils, Bart...

"Ils préfèrent dépenser davantage d'argent à construire ici plein de petites installations beaucoup moins efficaces..."

Évidemment, les petites installations à gaz et charbon sont nettement mieux perçues...

Pendant ce temps-là...le Soleil...brille et fait vivre plein de monde, qui eux, n'ont pas eu peur d'investir dans les panneaux solaires photovoltaïques...avec ou sans problèmes de sable...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 11/08/2008

Monsieur Souaille,

Votre dernier commentaire est particulièrement parlant et ajusté. Je suis allé en Afrique il y a des années, pour une autre raison que vous: rencontrer des guérisseurs traditionnels et observer comment ils travaillent. J'ai vu l'importance du langage symbolique, "animiste", ou chamanique. La vision chamanique est profondément écologique. Que notre rationalisme arrogant l'accepte ou non - et les écologistes ne sont pas moins arrogants que les autres - c'est une réalité, une réalité plus profonde que la teinte d'exotisme ou de passéisme dont on l'affuble avec condescendance.

Il faut cesser de prendre les africains pour des demeurés et vouloir leur faire la leçon.

Vos observations sont très justes et adaptées à la réalité de l'Afrique que j'ai connue (il y a 20 ans, certes, mais les données de base restent).

Merci pour ce témoignage précis et bienvenu. Me sentant moi-même mondialiste et humaniste, et un peu iconoclaste et atypique, je trouve que votre blog mérite parfaitement son titre. Et votre ton vigoureux dénote toutefois une bienveillance associée à une vision perspicace et bien étayée

Écrit par : hommelibre | 11/08/2008

"la culture du café et du cacao à l'ombre des grands arbres était préférable à la culture en plein soleil"
Je n'ai personnellement jamais vu du café cultivé autrement qu'à l'ombre des grands arbres, mais bon.
Sandro Minimo@ Allez bosser quelques temps en Afrique. On les connait, les gens comme vous. Totalement racistes en trois semaines...

Écrit par : Géo | 11/08/2008

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