31/08/2008

Corriger les erreurs de la loi

 Je lisais les explications de Philippe Nantermod, jeune radical valaisan très prometteur sur son initiative visant à recadrer le droit d'opposition des associations et je trouvais ses arguments fort pertinents. Les réactions de ceux qui s'y opposent sont souvent celles de gens n'ayant pas lu et compris le texte, mais s'arrêtant à ce qu'en dit la propagande adverse. Reprendre un cliché c'est tellement plus simple que d'essayer de comprendre l'infinie complexité des lois, des règles précises qu'elles posent et des différents contre-effets qu'elles peuvent susciter.

Tenez, un sujet qui n'a rien à voir: le système des successions et des rentes de veuvage en France, à priori destiné à être équitable et qui laisse dans ses marges un certain nombre de cas proprement scandaleux. Une amie suissesse me racontait qu'elle a épousée un Français qui avait travaillé 10 ans en France avant de venir s'établir en Suisse. A sa retraite, tous deux partent s'établir dans la très sympathique province d'origine du Monsieur, qui malheureusement décède rapidement. En tant que veuve d'un ancien cotisant, là voilà donc prise en charge gratuitement à vie par la sécurité sociale pour toutes ses questions d'assurance maladie, sans y avoir jamais cotisé en France.

A l'inverse, sa voisine, née dans ce village, mais qui a elle fait toute sa carrière en Suisse avant de rentrer au pays, n'a droit à rien.

Jusque là, ça paraît encore logique. Mais une autre veuve qui travaillait avec son mari dans la très grosse exploitation de celui-ci, a toute sa vie côtisé aux caisses de retraite pour cette activité déclarée. Elle aurait très bien pu ne pas travailler, ne rien déclarer (ou travailler sans déclarer dans une entreprise familiale) et donc ne pas cotiser, son mari dépassant de toute manière les plafonds. Lorsqu'elle se retrouve veuve et retraitée, elle touche donc sa pension... et croyait recevoir une partie de celle de son mari. Sauf que non, car sa propre pension atteint juste le seuil qui l'empêche de bénéficier de ce droit.

Elle est donc punie pour avoir travaillé, déclaré et côtisé toute sa vie. Si elle ne touchait pas sa propre pension mais ce à quoi elle aurait alors droit en tant que veuve, elle percevrait le double de ce qu'elle touche aujourd'hui, son mari ayant toujours gagné extrêmement bien sa vie!

Le même Monsieur, voulant faire les choses bien à l'approche de la retraite, avait transmis l'essentiel de ses biens – importants - à ses filles, en payant les droits de transmission, eux aussi consistants. On parle de centaines de milliers de francs de droits.

Le notaire l'avait averti en riant de ne pas casser sa pipe avant deux ans. Sinon la transmission était annulée et les biens redevenaient un héritage, avec les droits de succession afférents... Sans que les droits de transmission initiaux soient remboursés. Le Monsieur étant effectivement décédé - à son corps défendant - 1 an et 11 mois plus tard, d'un accident cardiaque, il a fallu tout repayer une deuxième fois, sans qu'aucun pro-rata ne puisse être pris en compte...

Ce genre d'absurdités injustes, nos lois et règlements en sont pleins, en France comme en Suisse. Bon peut-être un peu plus en France, mais il y en a tout de même plus qu'assez en Suisse. Alors ce serait bien qu'on examine les lois et les projets de loi en fonction de ce qu'ils disent et de ce qu'ils apportent et corrigent ou aggravent vraiment, en essayant de dépasser les clivages politiques, les à priori idéologiques et les raccourcis stupides.

29/08/2008

Géorgie : un coup monté pour aider Mc Cain?

Pour le Corriere della Serra (et pour les Russes qui ont repris l'idée depuis deux jours), toute l'affaire géorgienne serait un coup monté par les néo-conservateurs étasuniens pour favoriser la candidature de John Mc Cain contre celle d'Obama. Idée intéressante. On sait qu'à chaque fois que les Etats-Unis sont partis en guerre, contre l'Espagne, contre le Mexique, contre l'Allemagne, contre le Japon, contre le Vietnam et contre l'Afghanistan et l'Irak, il y a toujours eu une provocation savamment orchestrée, souvent navale d'ailleurs, ou au moins une attaque ennemie que Washington avait vue venir mais a laissé se développer pour pouvoir riposter avec l'assentiment total de la nation. Sauf qu'à Pearl Harbor et au WTC, la violence de l'attaque a sans doute dépassé leurs prévisions.

La logique de l'opération géorgienne y ressemble. Il y a avait des conseillers étasuniens parmi les troupes géorgiennes qui ont attaqué l'Ossétie du Sud, s'attirant la riposte que l'on sait des Russes, qui seraient ainsi tombés à pieds joints dans le piège: flanquer la frousse au monde occidental, pour assurer l'élection du guerrier Mc Cain. Reste à savoir si les Etasuniens seront dupes au moment du vote en novembre, ou s'ils préféreront la logique de la paix, de la désescalade et de l'équité.  Ce qui ne signifie pas se laisser marcher sur les pieds, mais fixer des règles égales pour tous et les respecter.

Ainsi celle de l'intangibilité des frontières, joyeusement foulée aux pieds par les occidentaux ces dernières années quand ça les arrangeait. La dernière fois au Kossovo. Mais seulement quand ça les arrange. L'explosion du dogme pourrait bien causer des dégâts gigantesques en Afrique, où les frontières héritées de la décolonisation sont une insulte aux réalités ethniques. C'est pourquoi les intellectuels et les politiques africains redoublent d'efforts pour tenter d'accélérer le mouvement de l'intégration continentale... ou au moins sous-régionale, l'Union de la Méditerranée sarkozienne ayant mis une grande claque au panafricanisme transsaharien.  

Les Africains se préoccupent aussi beaucoup de l'élection aux Etats-Unis et bien sûr, appuient massivement Obama. Une revue panafricaine anglophone publiait récemment un article sur les très influentes sociétés secrètes anglo-saxonnes (Skull and Bones, Bohemian Grove, Table Ronde, Inquiry, CFR, Trilatérale, Bilderberg) en listant les présidents étasuniens et leurs conseillers qui en étaient membres. A peu près tous, hormis Jimmy Carter, candidats élus et non élus confondus. Les plus influentes étant réservées aux seuls citoyens des Etats-Unis, ce qui relègue dans la basse-cour la très européenne Bilderberg.

Il manquait juste une information essentielle: Obama en est-il ? Il a en tout cas des conseillers qui en sont, au sein du parti démocrate, susceptibles de lui arranger les rendez-vous qu'il faut avec les grands de ce monde. Car ces sociétés secrètes ont deux facettes. La positive: elles ont en général comme objectif l'amélioration du sort de l'humanité, disposent de gros moyens et savent agir discrètement. La négative: elles peuvent se tromper dans les moyens à mettre en oeuvre, juger par exemple que l'amélioration du sort de l'humanité passe par la toute puissance des Etats-Unis, et surtout elles sont secrètes... et disposent de gros moyens. 

28/08/2008

Genève déménage

Non Genève ne se délocalise pas... Mais elle s'aménage en dépit du bon sens.  La construction au coin de l'Avenue Blanc de logements assistés, au coeur de la Genève internationale me parait une absurdité économique, dictée par d'évidentes raisons électoralistes: la gauche extrême et son magistrat Pagani cherchent à récupérer leur clientèle habituelle d'assistés sociaux, qui votent de plus en plus MCG.

Il aurait cependant été bien plus malin d'y construire des logements deux ou trois fois plus chers pour les internationaux. La Genève internationale continue de se développer et les fonctionnaires des OI, comme des Missions, mettent des mois avant de trouver un logement à l'autre bout du canton. Ce qui les force à utiliser une voiture, alors qu'ils seraient ravis de pouvoir aller à pied au boulot.

Avec l'argent récolté, la Ville aurait pu construire deux fois plus de logements ailleurs, à la Praille par exemple, en des lieux bien connectés aux transports publics et plus proches des lieux où travaillent les classes défavorisées.

Pour avoir une vraie politique sociale, il faut en avoir les moyens et ne pas se voiler la face. Il y aura toujours quelques riches, baucoup de pauvres et une masse d'entre-deux. Soulager l'existence des plus pauvres est une chose, brimer celle des plus riches en est une autre. Soyons pragmatiques plutôt qu'idéalistes. Le temps d'un Ambassadeur, d'un haut-fonctionnaire ou d'un cadre supérieur de multinationale vaut beaucoup plus que celui d'un simple employé et bien sûr que d'un assisté. Parce qu'il bosse plus, nettement plus en termes d'heures par semaine, et que donc il a moins de temps disponible et qu'en plus ce temps lui est payé plus cher. Or son salaire, c'est tout le monde qui le paie, par le biais des impôts pour un fonctionnaire, en consommant donc en achetant les produits de son entreprise pour un cadre du privé.

S'il peut loger suffisamment prêt de son travail, il ira à pied, parfois en vélo, mais rarement en transports en communs, sauf si ceux-ci sont particulièrement pratiques pour lui. Si l'on veut réduire la pollution en ville, il faut commencer par y construire des logements de luxe, notamment dans le quartier des banques et des organisations internationales, comme dans tous les centres villes prestigieux du monde, et attirer les classes populaires en dehors de l'hypercentre, près de leurs lieux de travail et de consommation, en leur assurant sur place les meilleures connections TPG et des logements décents subventionnés... Grâce aux bénéfices réalisés sur les logements luxueux de l'hypercentre. 

Dans le même ordre d'idées, l'interdiction programmée des véhicules les plus polluants au centre ville est juste une mesure populiste stupide. Repoussée à 2010-2012, pour réduire l'un de ses effets les plus idiots, à savoir que la vieille deu-deuche de l'écolo du coin pollue davantage qu'une Ferrari moderne ou même qu'un Hummer. De même que s'il est vrai que les scooters 2 temps polluent beaucoup (proportionnellement à leur cylindrée, bien plus qu'une voiture, mais seulement en proportion de leur cylindrée) les 4 temps fonctionnent exactement comme une auto et les 2 temps seront bientôt bannis par les normes européennes. Quant au bruit, vrai problème, il suffit de leur mettre les pots d'échappements ad hoc pour les rendre silencieux. Sans compter que la Chine vend des scooters électriques à 1000 Francs...

Bref, on va déplacer les fêtes de Genève pour contourner le ramaddan, et on va interdire aux jeunes princes arabes d'y parader sur les Quais dans leurs Lambo vert pomme criard... Intelligent ! Pour ma part, et à titre personnel, vu que le surcroit de pollution généré par les grosses cylindrées du canton reste somme toute modeste face au problème global, je préconiserai exactement l'inverse en appliquant le principe du pollueur payeur bling bling: vous voulez une auto très chère et polluante, vous pouvez l'avoir. Mais vous en payez deux fois le prix en taxes qui vont servir à lutter contre la pollution ailleurs, là où cela sera bien plus efficace. Comme le but est de frimer, le frimeur acceptera de payer, car cela reste un acte volontaire qui valorise même le côté signe extérieur de richesse... Contrairement à un impôt invible mais obligatoire sur le revenu... ou la fortune... 

Cela fait certes un peu "le fric donne tous les droits", mais il ne faut pas leurrer, c'est la réalité. Ou presque. La loi doit rester au-dessus du fric. Mais elle doit avoir du sens, sinon le fric ira se faire voir ailleurs. 

27/08/2008

Tutti frutti mondial

 

Bonnes et mauvaises nouvelles

Les manoeuvres de la flotte étasunienne au large de Tiflis n'annoncent rien de bon, d'autant qu'elles n'impressionent pas grand monde. Pour gérer cela, il nous faudrait un Villepin, doté d'un vrai flair politique international, mais l'on n'a qu'un avocat d'affaires atlantiste qui se fait rouler dans la farine et qui remercie, satisfait du moment qu'il a de quoi alimenter son opinion publique...

La banque mondiale annonce une baisse spectaculaire du nombre de pauvres en Asie, tandis qu'ils continuent d'augmenter en Afrique. On sait pourquoi, je le rappelais dans ma chronique malthusienne il y a 3 semaines. Le taux de croissance démographique est supérieur au taux de croissance économique, qui pourtant oscille d'un pays à l'autre entre 6 et 9%.

Le problème, c'est que la Banque Mondiale se base sur des chiffres de 2005, soit nettement avant la crise alimentaire et l'augmentation considérable du prix des biens de première nécessité. A long terme, il est très sain que les prix des pays les plus pauvres rattrapent les notres, car cela réduit le gap abyssal qui nous sépare. Mais en attendant que les salaires et les revenus suivent, ce qui se fera, mais sans doute trop lentement, les populations trinquent.

Il faut absolument prévoir des systèmes d'accompagnement et cela fait partie du job de l'OMC. La bonne nouvelle, c'est que l'organisation genevoise ne baisse pas les bras et que Pascal Lamy, un temps au bord du découragement, a repris son bâton de pèlerin et fait le tour des capitales mondiales, recevant une écoute attentive en Inde, à Washington et à Pékin (Oui, Pékin et Tiflis, après tout, on n'écrit pas London, ni Bern, non ?). Il est tout à fait significatif que les plus demandeurs d'un accord soient les gouvernements des pays africains, qui savent que le maintien de leur croissance en dépend.

 

Colombie: plutôt Al Qaïda ou N'dranghetta ?

Le communiqué emprunté publié hier par le DFAE peut figurer dans les anthologies de la langue de bois. Tout en prétendant préciser la pensée de la cheffe du Département, il dément ce qu'elle disait la veille à ses ambassadeurs. A savoir que l'on doit négocier avec tout le monde, même avec Al Qaïda. Ce qui a causé quelques remous, non seulement dans la fonction diplomatique helvétique, mais aussi dans les chancelleries du Monde entier.

En fait, Micheline Calmy Rey ne pensait pas vraiment à parlementer avec Ben Laden, qui ne le lui a d'ailleurs jamais demandé et qui n'a aucun intérêt à négocier avec nous. Pas plus qu'avec quiconque d'ailleurs, ce qui accroit sa dangerosité. MCR voulait simplement justifier ses négociations avec l'Iran et surtout avec les FARC, en citant un exemple encore plus monstrueux. Encore qu'au nombre total de victimes civiles innocentes, le gouvernement des Pasdaran et le secrétariat général des FARC aient tous deux devancé la nébuleuse wahabite, mais en nettement plus de temps.

Il se trouve que ce qui compte, dans l'imaginaire collectif, ce n'est pas la précision du décompte macabre de pauvres hères à l'autre bout du monde. Ce sont les images spectaculaires répercutées à satiété par nos petits écrans. Sur ce plan, Al Qaïda est imbattable. Pour longtemps, espérons-le. Accessoirement l'Iran, Etat souverain de 80 millions d'habitants est doté d'un gouvernement élu. Même si les vrais opposants n'ont pas le droit de se présenter, cela légitime tout de même le dialogue. Quant aux FARC, contrairement aux sbires de Ben Laden, elles n'ont aucune vocation à venir nous embêter chez nous. Certes, elles attaquent un peu nos entreprises, là-bas, mais lorsqu'on est très marqué à gauche, peut-on réellement être mécontent qu'une grosse multinationale, même basée en Suisse se fasse rançonner ?

Toutefois, pour justifier son attitude conciliante à l'égard des FARC, MCR se trompe de comparaison. Ce n'est pas Al Qaïda qu'il fallait citer. C'est à la maffia, la n'dranghetta, la camorra... Des organisations criminelles qui tuent, rançonnent, assassinent et se livrent au trafic de drogue. Et qui jadis prétendaient protéger les pauvres de l'oppression... Qui sont beaucoup plus proches des FARC, à qui d'ailleurs elles achètent leur cocaïne, comme la n'dranghetta qui tient le marché européen.

Si elle avait pensé aux maffias, MCR se serait rendue compte du bug contenu dans ses propos. Parce qu'avec ces organisations là, les démocraties ne négocient pas. Ce serait illégal de le faire. Et si la Suisse abritait ouvertement leurs délégués et offraient des bourses universitaires aux enfants des parrains, elle attirerait sur elle de lourds soupçons des autres nations.

 

Pour autant, peut-on s'opposer au dialogue, lorsqu'il sauve des vies ? Bien sûr que non. Mais il faut conserver toujours à l'esprit certaines limites. D'abord que l'accord éventuel doit sauver davantage de vies qu'il n'en coûte, et ce à long terme. Car s'il est perçu comme un aveu de faiblesse, il encourage directement la violence et le terrorisme. Par ailleurs, les victimes ont aussi droit à réparation... tout en admettant que si le deal est l'impunité contre la vie d'innnocents, il est normal de se demander si l'exigence de justice reste pertinente...

 

Faire tout, mais pas n'importe quoi, pour sauver des vies

Cela ne peut être tranché qu'au cas par cas. D'où l'importance de rester le plus juste et impartial possible. En dehors de tout parti pris politique ou autre, le premier critère doit être le bien-être des populations concernées. Or sur ce plan, dans ses discours sur la Colombie, Micheline Calmy Rey cherche à noyer le poisson.

Elle cite régulièrement comme seul exemple de réussite l'accord de 2001, négocié à Genève. Or il accordait officiellement aux FARC le contrôle d'un territoire, ce qui fut vécu comme une catastrophe nationale en Colombie. Elle aboutissait de fait à la création d'un mini Etat criminel. Dans toutes les négociations ultérieures auxquelles a participé le négociateur suisse, cette exigence est revenue comme un leitmotiv, systématiquement refusée par le Gouvernement Colombien. Le négociateur était-il neutre ou a-t-il participé à maintenir cette exigence irréaliste ?

On peut comprendre le désir mégalomane d'un négociateur à obtenir pour ses protégés un territoire à gérer, lorsqu'il a lui-même formé leurs jeunes élites à la gestion de territoires dans son institut universitaire d'études du développement... Mais ce serait clairement sortir de son mandat de négociateur. De même que de renseigner les FARC sur la valeur d'échanges des otages qu'elles détiennent, ce qui semble avoir été le cas.

Nombreux sont ceux qui revendiquent aujourd'hui l'instauration d'une sorte de gouvernance mondiale des ONG, dans laquelle le Tribunal Pénal International tiendrait une place fondamentale alors même qu'aucune légitimité démocratique mondiale n'est envisagée. En clair un Gouvernement mondial du politiquement correct et des juristes. Cette tendance est fort bien représentée à Genève, mais aussi au plus haut niveau du DFAE, car perçue comme le moyen de faire pièce aux grandes puissances. Mais elle présente deux inconvénients majeurs: elle n'instaure aucune forme réelle de contrôle populaire de la légitimité des ONG et de leur travail, et aucun contre-pouvoir démocratique au judiciaire, qui en a pourtant besoin.

De surcroît, les plus fervents artisans de cette révolution à basse fréquence ont conservés de leurs jeunes années gauchistes une vision manichéenne du monde, dans laquelle le gars au pouvoir a tous les torts (sauf s'il est de culture marxiste) tandis que les mouvements de résistance ont toutes les excuses.

 

Justice et pragmatisme

J'ai souvenir qu'après la Conférence nationale du Togo, le Président Gnassingbe Eyadema se disait prêt à décrêter l'amnistie et à organiser des élections générales, à condition de pouvoir s'y présenter. L'opposition, appuyée par les ONG et le gouvernement allemand, lui refusait ce droit, prétendant interdire son parti et le faire juger comme criminel. Ce alors qu'il était toujours au pouvoir et détenait la clef de tous les rouages de l'Etat ! Obtenir d'un despote, même éclairé, qu'il se retire pacifiquement est une chose délicate. Lui demander en plus de se mettre la corde au cou, c'est juste une imbécillité, qui a retardé d'une demie douzaine d'années la tenue d'élections dans le pays.

Toutes ces tractations sont éminement politiques et le plus souvent très discrêtes. C'est aussi une guerre de l'ombre, donc des services secrets. A ce sujet d'ailleurs, Micheline Calmy Rey joue encore sur les mots, en réclamant de Bogota une demande d'entraide judiciaire en bonne et due forme avant de s'intéresser officiellement aux responsables des FARC actifs en Suisse. Une telle demande doit être étayée de faits matériels. Qui pour certains devraient être forcément recueillis en dehors de Colombie, notamment en Suisse.

Il semble que le renseignement militaire colombien ait pu réunir certains éléments concernant par exemple du trafic d'armes. Mais la surveillance en Suisse des activités de personnes résidant en Suisse est du ressort exclusif de la police helvétique. Sinon c'est l'incident diplomatique. C'est pour éviter ce genre de problème que jadis, le statut de réfugié politique dans un pays tiers (ce qui semble être le cas des membres des FARC en Suisse, au moins de certains d'entre eux) impliquait l'interdiction d'exercer une activité politique à l'encontre de l'Etat d'origine. Cette interdiction, qui semble logique (accorder le refuge est une chose, se fâcher avec un pays étranger en est une autre) a-t-elle réellement disparu ?

Souhaitons en tout cas que la diplomatie helvétique puisse longtemps se contenter de se préoccuper de bons offices entre rebéllions ou groupes terroristes et Etats souverains... Sans avoir à jouer les intermédiaires dans un conflit armé entre grands ensembles de notre petite planète!

 

 

 

 

 

22/08/2008

Tournée Calmy-Rey: la réaction des Colombiens

Curieux qu'aucun journal suisse ne s'intéresse à la manière dont les Colombiens (et leur gouvernement) ont ressenti la visite de notre Cheffe du Département Fédéral des Affaires Etrangères. C'est pourtant le B.A. BA des relations entre deux entités que de chercher à connaître ce que pense et comment réagit l'autre partie... Et c'est très certainement ce genre d'unanimité nationale qui peut conduire à des conflits graves et sanglants.

Heureusement que la Suisse n'est pas plus puissante, militairement, car sinon elle serait en guerre aussi souvent que les autres, la neutralité helvétique et le fait d'être dépositaire des Conventions de Genève ne semblant pas déboucher sur un réel intérêt pour son voisin, sa manière de voir ou de penser. Le chauvinisme, quelle plaie...

Puisqu'il faut le rappeler encore, je précise que je ne suis plus mandaté, ni rétribué par l'Ambassade de Colombie et que c'est donc à titre purement journalistique que je vous offre ceci: l'avis des Colombiens sur cette visite.

En l'occurrence, tant le Président Alvaro Uribe que le Ministre des Affaires Etrangères Jaime Bermudez se sont montrés très sensibles au fait que la visite soit maintenue, dans un contexte tendu non seulement entre les deux pays, mais également à l'intérieur en Suisse. Ils sont très reconnaissants à Micheline Calmy-Rey d'avoir eu ce courage et l'en ont chaleureusement remerciée.

Ensemble, ils ont passé en revue tous les aspects de la coopération helvétique en Colombie, dont ils ont loué l'importance et la qualité, dans les domaines économiques, techniques, de formation pédagogique et universitaire notamment. La Colombie a soif de transferts de technologie et de relations bilatérales plus étroites et l'a rappelé. Elle est aujourd'hui arrivée à un stade de développement qui lui fait penser qu'elle peut savoir par elle-même ce dont elle a besoin. Elle souhaite le faire connaître à son partenaire suisse, considéré comme privilégié, et bien sûr être entendue.

En ce sens, la proposition helvétique de tenir régulièrement, plusieurs fois par an, des réunions de consultation politique au niveau des très hauts fonctionnaires des deux pays a été grandement appréciée. La proposition a également été faite au Brésil nous apprend-on à Berne.

Le Ministre des Affaires Etrangères Jaime Bermudez, qui est un jeune quadragénaire, a également tenu à faire part à son homologue de son expérience de vie personnelle face à la violence, qui est celle de tous les Colombiens de sa génération. Pendant que les étudiants gauchistes ou hippies de Mai 68 s'embourgeoisaient tranquillement en Europe, en s'intégrant au mieux dans leur société, les générations successives de Colombiens n'ont connu que la violence comme milieu ambiant. Lui-même était au collège à l'époque où le M19, les FARC, l'ELN et sa dissidence guévariste (qui vient d'ailleurs officiellement de déposer les armes la semaine dernière) tenaient le haut du pavé, suscitant la création en réaction des paramilitaires.

A son entrée à l'Université, à Medellin, les cartels du narco-traffic faisaient la loi et pouvaient se permettre de décréter, par exemple, des couvre-feux... Que personne n'aurait osé braver. Les exécutions d'intellectuels et de journalistes étaient monnaie courante. Les militants de l'UP, l'aile politique des FARC, y ont d'ailleurs payé un lourd tribut. Depuis lors, la violence n'a jamais cessé et les colombiens en ont simplement assez. Ils veulent vivre comme tout le monde dans un Etat de droit où l'on ne risque pas de se faire enlever à tous les coins de rue, ni mitrailler sur les routes. Ils sont prêts à en payer le prix, c'est à dire une reprise en main généralisée par l'Etat central.

Ce discours, Micheline Calmy-Rey l'a entendu, on peut espérer qu'elle l'a compris.

Un sociologue français de mes amis, auteur d'un ouvrage sur la violence urbaine en Colombie, m'a confirmé que le point de vue du Ministre traduisait bien l'opinion largement majoritaire des Colombiens: « Lors des années que j'ai passé en Colombie, pour ma thèse sur la violence, j'ai fréquenté tous les milieux, y compris, tu me connais, à l'extrême gauche. Notamment beaucoup d'anciens du M19. Mais tous aujourd'hui me disent qu'ils sont pour l'instant dérrière Uribe, parce qu'ils en ont marre des exactions et des blocages des FARC et qu'Uribe est en train de réussir ce que personne avant lui n'avait su faire: pacifier le pays. Attention, cela ne signifie pas qu'ils sont devenus uribistes à vie. Une fois le boulot terminé, il doit rentrer dans ses foyers, et laisser faire le jeu de la politique pacifique et légaliste».

Entre le goût du pouvoir et la qualité de son image pour la postérité, Uribe devra prochainement choisir. J'ose espérer qu'il aura l'intelligence de choisir la deuxième perspective. Mais pour l'heure, laissons-le terminer le boulot.

19/08/2008

Géorgie: quels sont les risques ?

L'heure est grave: l'Otan palabre pour savoir jusqu'à quel point il lui faut se mêler de la situation en Géorgie. Contrairement à ce qu'écrit l'excellent Claude Monnier dans sa dernière chronique, je ne suis pas certain que cela soit sans danger. C'est d'ailleurs la première fois, depuis 30 ans que je le lis que je suis en vrai désaccord avec ses propos... Un conflit nationaliste limité peut fort bien dégénérer en conflit généralisé, à la faveur d'une escalade et le processus a été maintes fois éprouvé.

Dans le cas présent, si j'ai bien compris les spécialistes de la région, l'Ossétie du sud fait partie de la Géorgie mais ne s'en satisfait pas et préfèrerait dépendre de la Russie. Comme le Kossovo qui ne veut plus faire partie de la Serbie, par exemple. Mais le Kossovo est l'allié de Washington et la Serbie celui de Moscou, tandis que la Géorgie est le fer de lance des intérêts étasuniens au flanc sud de la Russie.

Lorsque les conventions internationales servent de manière aussi flagrante à défendre certains intérêts au détriment d'autres, ils ne font que fabriquer du ressentiment anti-occidental. Là où l'excellent Monnier se plante, c'est que si l'on n'est plus, depuis la chute du Mur, dans une guerre froide entre blocs, on n'en est pas moins, depuis la 2ème guerre en Irak, dans une logique d'affrontements entre civilisations et grandes puissances rivales.

Wahington est l'une de ces grandes puissances, mais Moscou en est une autre. Et si l'Otan prétend forcer la Russie à se retirer d'Ossétie du Sud, par exemple en envoyant des troupes, c'est un peu comme si Moscou décidait d'envoyer des troupes défendre Cuba... ou en Serbie pour l'aider à reprendre le Kossovo. La Russie est redevenue une grande puissance et veut le faire savoir. Pas au point de s'en prendre au Kossovo ou de replacer des missiles à Cuba (que les USA laissent cepenfant prudemment en paix depuis 1962...), car elle n'a pas refait ses forces à ce point, mais tenter de la repousser d'Ossétie, ce serait comme lui marcher sur les orteils. En clair, un casus belli.

Il en va des grandes puissances comme des animaux sauvages: il y a des limites à ne pas franchir si l'on ne veut pas qu'elles se sentent obligées de réagir. L'Otan devrait pouvoir, normalement, avoir le dessus militairement, grâce à une technologie plus avancée, mais à quel prix ? L'Otan est déjà empêtré en Afghanistan et les USA en Irak. La Russie le sait et l'Ours russe a repris du poil de la bête. Moscou dispose tout de même d'une grosse armée et de moyens technologiques conséquents, en plus d'une arme économique non négligeable: en fermant le robinet du gaz, la Russie perd de gros revenus, mais l'UE se retrouve en crise énergétique, donc économique... Ce n'est pas le moment.    

L'intérêt commun serait de maintenir la paix. Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est pourquoi empêcher les sud-ossètes de devenir indépendants ou de rejoindre la Russie, puisqu'il semble que cela soit leur désir le plus cher ? Il y aurait, ce me semble, de l'équité à leur accorder ce que l'on accorde au Kossovo... Je n'ose croire que ce refus n'a d'autre cause que l'entêtement de Condoleezza Rice, formée à l'anticommunisme primaire reaganien et grande spécialiste de l'URSS, qui voit encore dans Moscou l'ennemi absolu, le colosse aux talons d'argile... En oubliant que Moscou n'est plus communiste et que l'état des forces n'est plus le même. 

 

18/08/2008

La mer se meurt... Que faisons nous ?

L'asphyxie des eaux maritimes menace les zones côtières. Partout où le peuplement et l'activité humaines sont intenses. Le lien de corrélation est évident, il suffit de regarder une carte. Là où les rejets de nos déchets et de nos engrais sont importants, les mauvaises algues progressent et avec elles des bactéries qui pompent tout l'oxygène disponible.
Du coup la vie marine habituelle recule: petits poissons, crustacés et mollusques se font rares. Comme évidemment leurs prédateurs: cabillauds, thons, dauphins, tortues de mer, tout ce qui se nourrit notamment de jeunes méduses... qui elles mêmes prospèrent en ce gavant de bactéries nocives... Du coup, les méduses pullulent dans toutes les mers du monde!
A Signy, près d'Abidjan, fin juillet, j'ai sorti de l'eau une belle tortue en train de s'étrangler, le cou pris dans les mailles d'un morceau de filet de pêche. En vain, elle est morte avant que nous soyons parvenus à la délivrer. Sur la côte basque, en cette mi-août, les dépressions ont amené le gros temps... et des méduses en pagaille, de deux espèces différentes, ce qui ne s'était jamais vu de mémoire de MNS. Les valeureux Maîtres Nageurs Sauveteurs, indispensables sur ces côtes où les rouleaux dépassant 3 mètres de haut se mêlent aux courants pervers des bayines. Des méduses urticantes, qui affolent les baigneurs.
Les déréglements de l'écosystème sont considérables. A moins d'apprendre à se nourrir de méduses, ou de trouver le moyen de transformer à peu de frais les algues nocives en pétrole, nous allons en payer le prix.
Dans le même temps, la Chine olympique nous rappelle que la concurrence et l'émulation sont les meilleurs moteurs au monde. Multipliant les paradoxes, la Chine parvient à stimuler la concurrence entre les individus comme nulle part ailleurs, tout en canalisant l'énergie qui en résulte exactement dans la direction souhaitée par son gouvernement, par ailleurs officiellement taxé de communisme.
L'exemple chinois fait froid dans le dos. Mais il serait faux de rejeter en bloc tout ce qu'il peut nous enseigner.
Notre civilisation a des problèmes. De gros problèmes. Pour espérer s'en sortir, il faut optimiser la gestion des ressources et de l'intelligence humaine. C'est à dire définir des objectifs clairs pour l'humanité toute entière, et s'organiser pour les atteindre en laissant libre cours à l'initiative individuelle, pour autant qu'elle aille dans la bonne direction. J'y reviendrai.

15/08/2008

Des Libérations bienvenues

Ainsi donc, Kadhafi a fait libérer la mère et le frère du serviteur marocain qui avait porté plainte contre son fils et les a laissé quitté le pays. C'était un préalable nécessaire au retrait de la plainte à l'encontre de son garnement de fils... qui seul pouvait permettre à la justice genevoise de classer l'affaire. Dans cet ordre, c'était aussi le meilleur moyen, pour tout le monde, de sauver l'honneur et donc de sortir de cette crise la tête haute. Ma petite fierté à moi est d'avoir été le premier a expliquer ce shéma dans ce blog... Reste que Kadhafi a prouvé une fois encore la relativité du droit international et sa faiblesse devant la loi du plus fort, tandis que la justice genevoise a tout de même rappelé également qu'il y avait des règles à respecter lorsque l'on entendait se promener en Europe, en Suisse et à Genève en particulier. Et que même fils de sheik ou de dictateur, on ne pouvait pas faire n'importe quoi. C'est malgré tout une excellente nouvelle.

Excellente nouvelle également, la libération de ce vieux monsieur amoureux et malheureux, qui a préféré supprimer son épouse atteinte d'Azheimer avant de tenter, en vain, de la rejoindre dans la mort. Le témoignage d'une jeune femme vaudoise dans ce numéro est parlant. Pour vivre, pour la 2éme fois, cette tragédie, parmi mes proches, même si j'ai la chance immense de n'être pas en première ligne, je puis confirmer la douleur qu'elle représente pour l'entourage et les enfants, mais aussi pour la personne elle-même, tant qu'elle se rend compte de ce qui lui arrive.

Cette déchéance est une épreuve particulièrement pénible tant qu'il demeure des périodes de lucidité. Dans les deux cas que j'ai connu, la personne parlait régulièrement de finir sa vie, exprimait quotidiennement le désir d'être morte et dans les deux cas, catholique, n'osait pas franchir le pas. Après, il y a un cap à passer, qui fait qu'il n'y a même plus de conscience exprimée de la déchéance, juste des petites stratégies enfantines tentant d'expliquer, justifier ce qui arrive, mais aussi, pour l'entourage, le sentiment d'un immense gâchis, d'une perte considérable de temps, d'énergie et d'argent (pour la société plus encore que pour la famille). Tout cela pour rien, hormis peur-être quelques moments sursistaires de tendresse grappilés ici ou là, mais au prix de tant de souffrances...

Tout cela pour un phénomène qui n'est pas naturel, car dans la nature, quelqu'un qui souffre d'Alzheimer et n'est plus capable de subvenir à ses besoins disparait, naturellement. Que l'on ne vienne pas me parler de morale ou de solidarité. Personne n'en profite et surtout pas la personne la plus concernée, la malade, qui subit un véritable calvaire psychique, puis ensuite physique donc une douleur perpétuelle, lorsque les défenses psychiques ont rendu l'âme. Il me semble qu'aussi brutal que cela puisse paraitre, il y a un moment où il faut peser le pour et le contre. C'est tout le contraire de la barbarie. Les religions datent d'une époque où ce genre de chose n'existait pas. Le problème n'existait pas. Aujourd'hui, il existe et les religions du passé, sur lesquelles se fondent le droit en la matière, ne me semble pas le meilleur moyen d'y répondre.

 

13/08/2008

Comment dépenser beaucoup d'argent à faire des films sans scénario...

Pour qui sait lire entre les lignes, la dépêche de l'ats annonçant la faillite des producteurs de Max et Cie, résume le drame du cinéma suisse en une phrase de conclusion perplexe: le plus gros budget de l'histoire du cinéma suisse, primé au festival d'Annecy «supporte pourtant d'un point de vue technique la comparaison avec l'élite de l'animation mondiale et d'autres productions Disney ».

C'est un fait, du point de vue technique, presque tous les films suisses supportent la comparaison internationale. Les techniciens suisses de l'image et du son (et apparemment aussi de l'animation), sont excellents. Et les comédiens ne déméritent pas. Le problème est ailleurs: si un excellent scénario, mal servi, peut faire un mauvais film, d'excellents acteurs et techniciens ne parviendront jamais à faire un bon film avec un scénario insuffisant.

Or le scénario reste le parent pauvre du cinéma suisse. Cela devrait être un poste, « Le » poste, incompressible dans un budget, que l'on fasse un film à 2 millions ou à 25... Plus l'on manque de moyens, et plus le scénario doit être habile et dense. Or c'est très loin d'être le cas. Et ce ne sont pas les cours impulsés par Berne et par la TSR qui y changeront grand chose.

Pour obtenir un bon scénario, il faut du temps, de l'argent et du talent. Un talent qui n'est pas une pure histoire de technique et de savoir faire, mais une alchimie dans laquelle doivent se mêler, la sensibilité artistique, l'imagination et l'air du temps... Plus quelques pincées d'humour et la maîtrise du suspense, tant qu'à faire. Des éléments qui sont loin d'être inexistants en terre romande, même si le peuple des horlogers et des banquiers ne brille pas toujours pour son amour de l'art.

Il se trouve cependant que les scénaristes sont les parents pauvres du cinéma suisse, tellement mal payés que seuls une poignée d'auteurs syndicalistes, davantage occupés à soigner leur relations que leur talent, s'y intérèsse de manière professionnelle. Nicolas Bideau a décidé de changer tout cela et veut désormais mettre l'accent sur l'écriture et la préparation... On lui souhaite de tout coeur de réussir, mais le premier écueil qui guette son programme est que les gens qui, dans les commissions et à la TSR, décident quel projet mérite d'être aidé, sont précisément ceux qui, depuis des décennies font des films suisses à partir de scénarios indigents. Entre autres parce qu'ils n'aiment tout simplement pas le cinéma grand public. Il ne semble donc pas être les meilleurs juges.

12/08/2008

Match nul à Bogota

La visite de Micheline Calmy-Rey en Colombie aura au moins permis de conforter l'essentiel: la poursuite de la coopération bilatérale entre les deux pays (notamment en matière de recherche et d'éducation) et la mise en oeuvre des accords de libre échange signés dans le cadre de l'AELE. Comme cela doit se faire entre pays civilisés. La Suisse est en effet le 6ème marché d'exportation pour la Colombie. Nous achetons notamment l'or colombien « en vrac » et le revendons sous forme de lingots dûment estampillés aux orfèvres du monde entier, en particulier en Inde...

Plus important encore, le volume d'affaire des entreprises suisses en Colombie est considérable et elles sont – ensemble - les premiers investisseurs étrangers privés, devant même les sociétés Etasuniennes. Cette coopération étroite, dont le centenaire est fêté cette année, doit un peu aux suisses émigrés là-bas au début du XXème siècle, et beaucoup au Collège Suisse de Bogota (qui enseigne en français), réputé de longue date comme le meilleur établissement secondaire de la capitale.

Sur la question des bons offices, dossier qui, à titre personnel, tenait certainement le plus à coeur à Micheline Calmy-Rey, chacun est pourtant resté sur ses positions. Heureusement, cette dernière a su faire fi de ses appétences idéologiques en se contentant d'une conférence de presse au cours de laquelle elle a pu exprimer son point de vue. La diplomatie a triomphé et c'est tant mieux. Le Président Uribe, de son côté, a répété que l'utilisation de l'emblême du CICR était contraire aux ordres et que puisqu'il semblait s'agir d'une action délibérée, elle serait sanctionnée.

Les incidents de parcours ayant émaillé ces longues années de médiation resteront dans le domaine judiciaire. Qu'il s'agisse de l'affaire Gontard ou de la présence en Suisse de responsables des FARC actifs politiquement, rien n'a été règlé, mais après tout, ce n'était pas le but de la visite. La manière dont la Colombie entend résoudre la question des FARC reste du ressort de la Colombie et c'est bien normal.

09/08/2008

La Chine gagne et l'Afrique en profite

Les adolescents que je connais ont été fascinés par la cérémonie d'ouverture des JO, « la plus belle qu'ils aient jamais vue ». Bien sûr, à 15 ans, on n'en a pas vu beaucoup, mais quelques unes quand même. Et c'est vrai que le peu que j'en ai entraperçu était spectaculaire.

J'ai bien essayé d'expliquer que oui, c'était très beau, mais que ces mouvements de masse complexes, si parfaitement coordonnés, avaient quelque chose d'inhumain... pour des esprits frottés de lucasseries et d'effets spéciaux hollywoodiens, le concept sonnait vieux grincheux...

En plus ils aiment l'architecture et le stade nid d'oiseau les fascine. L'un d'entre eux, futur dessinateur en bâtiment, s'émerveillait spontanément du travail nécessité par le calcul des résistances aux efforts de chacune des barres de la structure... Il se trouve que j'ai réalisé un film, il y a 4 ans, dans lequel nous interviewions une architecte chinoise travaillant sur le projet d'Herzog et de Meuron, mais aussi des Chinois expulsés sans ménagement pour construire de nouveaux complexes.

En Chine, on peut être propriétaire des murs, mais pas du sol, ni du plancher, qui restent à l'Etat. Ce qui permet à ce dernier de vous expulser à sa guise. Il ne s'en prive pas et jadis relogeait à proximité. Aujourd'hui, il se contente de verser une prime qui permet tout juste de retrouver un toit très loin à la campagne... D'où quelques manifs, vite réprimées.

Pourtant, la Chine a déjà gagné.

Rentrant d'Afrique, je n'ai pu que confirmer ce que je décrivais déjà dans l'Utopie Urgente: la Chine en train de s'installer en profondeur dans le Continent noir. Aujourd'hui, tout le monde le dit, chiffres à l'appui. Là où les Occidentaux versaient maigrement quelques millions ou dizaines de millions d'aide conditionnée, dont l'essentiel revenait au Nord pour payer au prix fort nos biens et nos services, la Chine ouvre des lignes de crédit de plusieurs milliards et même dizaines de milliards de dollars. Cent ou même mille fois plus que nous...

Ces milliards que nous sommes en train d'engloutir dans la débâcle des subprime, tandis que nous faisions chichement l'aumône aux pauvres du tiers-monde, la Chine les déverse sur le continent, en échange de biens de consommation à prix réduit, mais aussi d'infrastructure: ponts, routes, voies ferrées. Presque une recolonisation, sauf que les Etats africains restent indépendants et gèrent leurs besoins à leur guise. On leur demande juste en face de vendre leurs matières premières, au prix fort. C'est à dire plus cher qu'aux occidentaux, qui s'étaient arrogés des monopoles de fait en arrosant des corrompus.

Dans les quartiers les plus populaires, vous trouvez des chinois, qui s'installent en amenant leur système de santé, très concurrentiel. Et dans les restaurants d'affaires, il y a toujours des chinois, en train de conclure avec des locaux..

Le résultat est là: des taux de croissance impressionants, qui frôlent les 40% dans le secteur des services, jusqu'alors quasi inexistant en Afrique. Les télécoms en particulier ont le vent en poupe, le continent passant directement du tam tam au portable. Mais tous les services progressent et la quinzaine de petites bourses actives sur le Continent ignorent superbement la crise...

En fait la Chine est en train d'organiser à elle toute seule la grande régulation mondiale que les spécialistes appellaient de leurs voeux. En prenant des parts de marché au Nord, elle accumule des quantités considérables de liquidités, qu'elle redistribue largement au Sud, en échange des matières premières permettant d'entretenir le cycle.

Les échecs de l'OMC n'y changeront rien. La globalisation est en route et notre seule chance de survie est d'y trouver notre place. Notamment en se mêlant au très réel boum économique africain. Bien plus réel que les produits boursiers virtuels courtisés par nos investisseurs. Les bouleversements que cela entraîne sont positifs, car ils rééquilibrent le partage des richesses, trop longtemps accaparées par l'Occident. Mais ils ne sont pas sans douleur. Les dirigeants chinois n'ont aucun état d'âme pour les pots cassés par le rouleau compresseur de leur développement. Ils n'en ont guère à l'intérieur, à l'égard de leurs propres populations, ils en ont encore moins à l'extérieur. Seul compte l'objectif final, mais la bonne nouvelle pour le monde, c'est que l'objectif chinois est durable. Il ne pourrait en être autrement lorsqu'on s'appuie sur 6000 ans d'histoire...

Des pots cassés, donc il y en a et en quantité, tant en Afrique que chez nous: crise alimentaire, cours du pétrole, chomâge ici, inflation galopante là-bas, sans compter que les ressources naturelles ne sont pas infinies... Mais globalement, les écarts se réduisent et c'est tant mieux. Les Chinois ont pris conscience du problème écologique et ils le régleront à leur manière. Par ailleurs, ils n'ont aucun intérêt à tuer la poule aux oeufs d'or, ce qui nous assure quelques décennies de paix et de tranquilité, à moins bien sûr que des excités néo-conservateurs mettent le feu aux poudres. Ce qui ne serait pas une bonne idée, les chinois ayant également d'excellentes compétences en la matière.

01/08/2008

Malthus avait raison

Chantre de la décroissance démographique, universellement décrié par 90% des économistes et des sociologues, sans parler des démographes, Malthus avait pourtant raison. Pas seulement parce que la Chine s'en sort (entre autres) grâce à la politique de l'enfant unique, tandis que l'Afrique piétine avec des taux de croissance économique à 8%... Parce que sa croissance démographique, qui atteint 3% dans certains pays,  efface une bonne partie de cette croissance économique.

Malthus avait raison parce que ses préceptes ont bel et bien été mis en application, non par les gouvernants, mais par les peuples des pays riches occidentaux, ce qui inclut bien entendu le Japon. Lorsqu'il écrivait ses thèses, les familles des classes ouvrière et paysanne européenne avaient encore régulièrement 6, 8 ou 10 enfants, voire plus. Un certain nombre mourraient jeunes, mais le résultat final était tout de même une démographie galopante, que même l'émigration massive et les sanglantes boucheries guerrières du XIXème et de la première moitié du XXème siècle ne parvenaient pas à enrayer.

Si la population et les familles, d'elles-mêmes (et aussi grâce à la contraception), n'avaient pas mis le hola et réduit drastiquement leur fécondité, nous serions, notamment du point de vue écologique, dans une situation bien pire qu'aujourd'hui. Alors bien sûr, la dénatalité pose d'autres problèmes, mais chaque chose en son temps. Ne pas contrôler la natalité aboutirait à des conséquences plus désatreuses encore.

Le message est difficile à faire passer auprès des ados désoeuvrés des zones déshéritées d'un peu partout dans le monde... Les adultes, plus responsables et soucieux déjà d'un budget, sont plus raisonnables. Mais pour les teen-agers, le sexe est souvent la seule activité gratuite (j'allais écrire à portée de bourse...) et intéressante. Il est essentiel de les informer... Contre les prêches de toutes les grandes religions et les budgets natalistes de la présidence Bush.

C'était ma pensée du jour, en direct d'Abidjan.

Excellente fête nationale à tous ceux qui se sentent concernés, partout dans le monde.