08/09/2008

Bonne chance au Togo

Ainsi donc, M. Houngbo, Secrétaire général adjoint de l'ONU, chargé à ce titre de la politique africaine de l'organisation mondiale, a décidé de lacher la rampe pour se jeter dans le grand bain en acceptant le poste de Premier Ministre de son pays natal, le Togo, sous la houlette du Président Gnassingbé Faure. Lui même fils de Gnassingbé Eyadema qui dirigea le pays durant 40 ans...  ça c'est Bonne Arrivée, comme on dit à Lomé, et surtout Bonne chance, pour le pays. A condiition toutefois que Faure, contrairement à son père, lui laisse les coudées franches et du pouvoir, qu'il ne voit pas en lui que le Haut fonctionnaire au carnet d'adresses bien rempli, qui va aider à attirer sur le Togo un flux d'aides internationales, mais bien un gestionnaire compétent, comptable de haut niveau, qui pourrait aider vraiment à redresser le pays.

Car il y a déjà eu un précédent. Lors des dernières années de son règne, son despote éclairé de père avait nommé au poste de PM un très haut fonctionnaire de l'ONU, bien connu à Genève, Eugène Adoboly. Marié à une Suissesse, celui-ci était alors chef du corps commun d'inspection (la dizaine de super-enquêteurs qui vérifient en permanence et au plus haut niveau le bon fonctionnement interne des différentes organisations du système onusien). Accessoirement ami personnel et longtemps voisin à Coppet de Koffi Anann, Eugène Adoboly avait entamé sa tâche avec enthousiasme, avant de se rendre compte qu'il était sérieusement encadré par le régime et disposait d'un champ de manoeuvres grand comme un mouchoir de poche. Il avait finalement démissionné au bout de quelques mois, avec le sentiment d'avoir été utilisé (ce qui est après tout le lot d'un haut fonctionnaire qui se dévoue pour son pays), mais pas pour les bonnes raisons.

Il serait faux en tout cas de voir de l'ambition malsaine dans le choix de retours au pays de ces hauts fonctionnaires africains, arrivés dans les plus hautes sphères du sytème international. Il s'agit bien plutôt d'abnégation. Ils éprouvent le désir sincère de rendre un peu des bienfaits de l'existence à leurs pays en grandes difficultés. Je ne connais pas M. Houngbo, mais j'ai la chance de bien connaître Eugêne Adoboly et Maurice Helbongo, qui tenta lui aussi d'offrir ses compétences au Tchad, et fut sorti du jeu par Idriss Déby. L'un comme l'autre avaient incontestablement les compétences, l'entregent, les relations... et l'abnégation. Ils possèdaient déjà la maison à Genève et la retraite dorée qui constituent le rêve ultime et rarement atteint du Ministre africain lambda... mais dans un monde de petits esprits âpres au gain, ils dénotaient tellement qu'on leur a rogné les ailes... et qu'ils se sont brûlés ce qu'il en restait sous le feu des projecteurs. En dépit de tout ce que l'on peut dire des coupe-gorges que sont parfois les couloirs de l'administration mondiale, à cette école là, ils n'étaient pas devenus assez méchants pour affronter les réalités crues de la politique africaine. Accessoirement, ils s'y sont ruinés.

Espérons pourtant, car je reste optimiste, que M. Houngbo et surtout Faure, que l'on dit plus fin que certains de ses demi-frères, mais aussi que son père (qui disposait d'un charisme redoutable et d'une intuition politique en tous points remarquable), saura utiliser M. Houngbo pour l'ensemble de ses compétences de gestionnaire, en lui laissant suffisament de bride, et pas seulement pour son carnet d'adresses. Sans quoi tout cela ne sera qu'un immense gâchis de plus.   Bonne chance au Togo, donc.

  

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