17/09/2008

Matu : pourquoi pas des filières différentes ?

L'idée du PDC Pfister me semble un peu extrémiste, mais très intéressante. Vouloir supprimer complètement l'enseignement des langues pour des futurs ingénieurs serait évidemment une stupidité. Mais vouloir à tout prix former des jeunes complets ou pas du tout (enfin les laisser rejoindre l'enseignement professionnel ou même quitter l'enseignement à 16 ans) est une stupidité encore plus grande dans un monde devenu si concurrentiel.

Si je suis un fervent partisan de l'humanisme et donc de l'universalité des connaissances, il est pourtant évident que l'esprit humain est limité et ne peut tout emmagasiner.  Il faut des spécialistes en sciences et techniques, des fortiches de la littérature, des polyglottes confirmés... et aussi des individus géniaux nulle part mais curieux de tout, pour jouer le rôle de passerelles... Ce qui serait plutôt mon cas.

C'est effectivement très suisse, et un peu raboteur de vouloir maintenir le plus possible une certaine forme de "middle of the road" dans l'acquisition des connaissances, là où en France par exemple, il y a depuis des décennies des bacs littéraires et des bacs scientifiques ou matheux. Sans suppression absolue de l'une ou l'autre des matières, qui restent enseignées, mais avec des coefficients très faibles et pas de note éliminatoire à l'examen final. Si vous êtes suffisamment bon dans certaines matières, vous pouvez vous permettre d'être nul dans une autre.

Le génie, ou tout simplement l'étincelle, s'accommode mal de la normalité. Le système suisse risque ainsi de passer à côté de potentialités brillantes dans tel ou tel domaine, parce que peinant à suivre dans d'autres. Et c'est regrettable. Il est vrai que les langues donnent une ouverture d'esprit et que chaque langue a son génie propre.... Mais tout le monde ne peut pas tout faire. Et franchement, dans la plupart des domaines du savoir aujourd'hui, c'est quand même l'anglais qui prime.

Le plurilinguisme suisse, notamment celui des tessinois, a longtemps constitué un avantage objectif en Europe. Mais c'est de moins en moins vrai, parce que la concurrence est de plus en plus rude, donc requiert des compétences de plus en lus spécialisées, et que, de plus en plus, tout le monde parle aussi anglais, ce qui est bien dommage pour le français mais facilite tout de même drôlement les choses.... Le seul endroit où le plurilinguisme demeure un passage quasiment obligé, c'est dans l'administration fédérale. Ce qui pose problème. Le jour où cela ne sera plus le cas, c'en sera fini de la cohésion helvétique. Mais Berne se prive parfois, de plus en plus souvent, de spécialistes qui pourraient faire merveille, dans leurs domaines, mais à qui la maitrise des autres langues fait défaut. 

C'est pour pouvoir écrire des choses comme ça, de réflexion pure, sans que cela puisse être déformé ou utilisé contre mes amis par des adversaires politiques, que je me suis retiré de la politique active, en reprenant ma posture d'observateur concerné.

Commentaires

Vous avez bien fait, car dire publiquement que les Savoyards sont, pris en eux-mêmes, comme des Algonquins dans leurs réserves, ce n'est pas très conforme à la ligne "politiquement correcte" affichée par le Conseil d'Etat, qui assure qu'il respecte ses partenaires. Mais enfin, ce sont Charles-Albert et Napoléon III qui ont développé Annecy et la vallée de l'Arve, et non James Fazy : je voulais vous le dire.

Pour ce qui est de votre sujet, je ne sais pas qui fera la différence entre les génies transversaux et ceux qui se contentent d'avoir mécaniquement un talent qu'ils peuvent perfectionner à l'infini. La vérité est que, peut-être, la recherche de la perfection technique est quelque peu vaine, et que l'humanité prise en elle-même est plus importante. Rousseau a bien remarqué que l'homme était libre parce qu'il pouvait adopter toutes les techniques animales qu'il observait, mais sans être bloquées par elles, comme le sont les animaux eux-mêmes.
Aldoux Huxley a au fond fait le même constat. Votre vision ressemble à la sienne : une élite transversale et des travailleurs spécialisés le plus tôt possible. Je préfère favoriser la culture et la découverte d'autrui, même si elle ne permet pas des miracles en technologie. La raie utilise l'électricité depuis des temps immémoriaux : mais l'être humain a toujours été supérieur à la raie. En tout cas, c'est mon avis.

Écrit par : R.M. | 19/09/2008

Rémy, vous déformez mes propos.
Quant à Aldous (sans x) Huxley je en suis pas certain non plus de dire la même chose que lui. Je passe mon temps à me battre pour la transversalité et à résister à la spécialisation. Mais il ya des jeunes qui sont très bons en lettres et très mauvais en maths et réciproquement. Dans le système scolaire suisse, que je crois vous n'avez pas eu l'heur de fréquenter, ils sont barrés, on leur dénie l'accès à la culture par la voie scolaire.
Dans le système français, ils s'en sortent et peuvent mettre à profit leurs talents, et du même coup en apprendre davantage dans les matières qui leur déplaisent que s'ils avaient du arrêter l'école à 16 ans à cause des matières éliminatoires.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/09/2008

Mais à la sortie du Collège, en France, il y a bien des jeunes qui partent directement en apprentissage. Il faudrait voir la proportion.

Cela dit, c'est vrai qu'il y a plus de spécialisations possibles, je crois, au Lycée. Mais c'est aussi une question de moyens, car les filières technologiques et professionnelles coûtent cher en matériel. Or, de l'autre côté, on se plaint que l'Education nationale, en France, coûte cher, notamment aux entreprises, qui paient des taxes à ces lycées professionnels et techniques appelées taxes professionnelles, et regardées comme l'investissement nécessaire des entreprises dans la formation.

Mais ensuite, le problème est qu'on voit ce que j'ai vu l'autre jour dans "La Tribune de Genève" : des entreprises de la région lyonnaise délocalisent à Genève parce qu'on y paie moins de taxes. Et de fait, la formation en France revient très cher aux entreprises. (Certaines dans la vallée de l'Arve se plaignent de payer une formation pour des élèves qui vont ensuite travailler en Suisse, soit dit en passant.)

C'est un tout.

Cela dit, cela n'a rien à voir avec le sujet de départ.

Moi, je pense qu'il est nécessaire et même il est naturel que tout le monde se spécialise, même les intellectuels. Cela veut dire, en réalité, qu'au Collège, il devrait y avoir plus de travaux manuels pour tous. Ainsi, les mauvais résultats n'existeraient plus guère que pour quelques cas tout à fait exceptionnels.

Cela dit, même un élève peu doué pour les travaux intellectuels peut facilement apprendre une langue étrangère, si elle n'est pas enseignée par un biais trop théorique, et si on l'immerge dans le bain étranger. C'est donc aussi que les méthodes ne sont pas toujours adaptées. En fait, elles reposent trop sur l'intellect.

Écrit par : R.M. | 19/09/2008

Désolé, mon cher Rémy, mais vous n'avez pas compris. Le débat ici n'est pas au sujet de l'apprentissage, ou de l'enseignement technique, qui globalement en Suisse fonctionne plutôt mieux qu'en France (pour autant qu'il y a ait des places disponibles dans les entreprises, ce qui est un vrai problème) mais bien au niveau des études classiques, qui sont en France séparés entre filières littéraires ou scientifiques, alors qu'à Genève, la filière collège est commune avec des options. Même si l'on est excellent en maths il faut aussi avoir la moyenne en langues ou en français, qui ont la même importance, obligatoirement, sinon on est sorti du système. Et Lycée de Versailles, pour les Vitor Hugo en herbe fâchés avec l'algèbre. C'est dommage.
En France si l'on est littéraire, on fait aussi des maths ou de la physique, mais on peut se permettre d'être nul, si l'on est suffisamment bon dans ses matières principales. Et le zéro au bac n'est pas éliminatoire si l'on a suffisamment de bonnes notes ailleurs.
C'est un choix discutable, mais qui permet aux petits génies dans certaines branches, tout en étant allergiques à d'autres, de passer entre les gouttes. Ce qui n'est malheureusement pas très compatible avec la mentalité helvétique usuelle, qui apprécie moyennement ce qui sort du lot.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/09/2008

Ah, eh bien, en France, tout le monde se plaint de la façon dont se passe la différenciation entre filières littéraires et filières scientifiques, pour une raison simple : en fait, le nombre d'élèves bons dans ceci ou cela seulement est beaucoup plus réduit qu'on ne pense. La réalité est que comme les filières scientifiques ont des débouchés mieux rémunénés, les meilleurs élèves s'y rendent. Et pas meilleurs seulement en mathématiques : meilleurs en général. Les élèves des filières scientifiques sont souvent meilleurs en français et philosophie que les élèves des filières littéraires, où vont surtout les élèves qui parviennent à sauver leur scolarité grâce à des notes juste correctes dans les matières littéraires.

Cette spécialisation révèle simplement que nous sommes dans une société dominée par le scientisme, que l'argent va aux sciences et non aux arts & lettres, et elle ne rend pas de réel service aux élèves. Elle rend surtout service à la science, c'est à dire à une civilisation fondée sur le progrès des techniques, car précisément, elle permet aux meilleurs élèves de ne pas consacrer trop de temps aux arts & lettres, et de consacrer tous leurs efforts aux sciences.

Donc, croyez-moi, il y a moins de scientisme et de technicité, dans le système suisse, et sur le plan économique (dans une économie justement fondée sur la technologie, puisque les plus-values sont réalisées principalement dans ce secteur), vous avez raison, mais sur le plan humain, c'est douteux. Je suis de ceux qui croient que la valeur accordée aux technologies nouvelles tient en grande partie de l'illusion, et que la valeur accordée soit aux biens de première nécessité, soit aux biens culturels au sens artistique et littéraire est en réalité insuffisante. Tenez, la littérature romande est très dynamique, et peut-être qu'elle le doit au système suisse. Laissez le scientisme aux Français : il paraît magnifique, à première vue, mais en réalité, il ne mène pas loin. En tout cas, c’est mon avis.

Écrit par : R.M. | 20/09/2008

C'est assez amusant ce que vous dites, car si l'édition romande ne se porte pas trop mal, grâce notamment au fait que les Suisses lisent en moyenne beaucoup plus que les Français, c'est bien la première fois que je vois sous-entendre que l'enseignement du français en suisse romande, pourrait être de meilleure qualité qu'en France.
L'enseignement en Suisse romande, au niveau des collèges est certainement de qualité et les élèves sortent nettement plus ouvert sur les littératures du monde qu'en France, où l'on reste quasi exclusivement haxagonal, ce qui est regrettable, mais quant à l'enseignement du français, laissez moi disons... tousser poliment.
A tel point qu'on peut se demander si le tronc commun n'oblige pas à un certain nivellement par le bas, ou disons, pour rester poli, par la moyenne, ce qui est tout de même dommage pour les gens se destinant à des carrières littéraires.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/09/2008

Mais en France aussi, tout le monde se plaint que le niveau est extrêmement bas. Il faudrait faire des comparaisons entre les deux pays, et non s'appuyer sur des impressions. Ensuite, grâce aux grandes écoles comme l'E.N.S., il se peut qu'il existe encore en France, et en particulier à Paris, une sorte d'élite de la rhétorique qu'on ne trouvera pas ailleurs, au sein de la francophonie. Mais le littéraire, c'est aussi les langues, et vous savez très bien que les Français sont complètement nuls (globalement) en langues étrangères. Or, quand je vais en Suisse, je vois que les francophones ne le sont pas spécialement, que beaucoup parlent bien l'allemand, déjà. Ensuite, il ne faut pas comparer Genève à Paris (où il y a d'immenses moyens au service de la langue française), mais à Lyon, par exemple, ou à Toulouse ; eh bien, le niveau en français doit être le même. Et de toutes façons, le niveau technique, c'est une chose, mais vous l'avez dit, que les Suisses romands sont ouverts à la littérature en général, que ce sont de bons lecteurs, que l'édition se porte bien. C'est que tout va bien : il ne faut rien changer. Vouloir créer une élite comme il y en a en France, ce n'est pas une bonne idée : la technicité n'est pas réellement compatible (bien qu'à Paris, on s'imagine le contraire) avec l'esprit qui doit régner dans les arts & lettres au vrai sens du terme. Ce qui compte, justement, c'est le dynamisme et l'ouverture d'esprit du lectorat et des éditeurs, ainsi que des écrivains. Le reste n'est que pure poudre aux yeux.

Écrit par : R.M. | 20/09/2008

Rémy, je ne parle pas de l'élite façon Normale Sup, qui d'ailleurs n'a même pas d'équivalent en Suisse alors que sur le plan économique et scientifique, les Poly, St Gall, Lausanne et Cie font mieux que régatter internationalement.
Je parle du niveau moyen en français de l'étudiant de base, toutes filières confondues.
Et en français, au contraire des langues ou des disciplins techniques, il est franchement plus mauvais en Suisse. parlez en à n'importe quel journaliste de télé ou radio qui s'arrache les cheveux après la moitié de ses interviews. Un franais trouvera facilement sa place ici dans les médias, grâce à cela...
On en revient à mon propos du départ. Il y a certes des plus ou moins bons élèves, mais il y a aussi des limites aux capacités de chacun. Et ce qu'on remplit d'une manière (par exemple la littérature étrangère) on ne le remplit pas d'une autre (par exemple la littérature française). Il n'y a pas de miracle, personne ne peut tout faire.
Le hic, c'est que le système suisse exclut des intelligences "spécialisées", ce qui fait d'ailleurs le succès de certaines écoles privées. Je trouve que c'est dommage.
Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'apparamment ce débat n'intéresse que nous, que vous êtes savoyard (notez, je ne dis ni frouze, ni frontalier) et moi double-national.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/09/2008

Le public peut-il tout assumer, de toutes façons ? Il n'est pas plus mauvais que le public accepte d'assurer un socle commun minimal, et qu'ensuite, il se contente de donner des bourses aux plus démunis, pour la poursuite des études.

Ensuite, vraiment, il faudrait établir des statistiques concrètes, pour le niveau de français. Victor Hugo, dans "Claude Gueux", dit que la Suisse sait lire, et que la France ne sait pas lire. Il se pourrait que vous fussiez illusionné parce que vous comparez instinctivement la Suisse romande non à la moyenne de la France ou à une province française ordinaire, mais à l'Île de France. Vous prenez en quelque sorte la France pour sa vitrine. Car vous n'ignorez pas que si Genève essaye d'attirer les Français diplômés, Paris fait exactement pareil, mais sans doute avec encore plus de force, et plus de moyens, grâce au système centralisé. Moi, je pense que globalement, la Suisse romande, ayant justement conservé ses diplômés (qui en France sont concentrés à Paris), a un niveau supérieur à celui de la moyenne des provinces françaises. Mais il faudrait vérifier.

Écrit par : R.M. | 21/09/2008

Rémy, vous devriez arrêter là, parce que vous racontez n'importe quoi. Il arrive qu'on se plante, cela m'arrive en tout cas, et dans ces cas là, plut tôt vous le reconnaissez, mieux ça vaut.
Depuis Victor Hugo, en France, il y a eu Jules Ferry, vous savez le Monsieur grâce à qui ont donnait des coups de règles aux petits savoyards, bretons, béarnais ou autres qui s'obstinaient à parler dans leur patois. Pardon, dans leur langue, j'oubliais à qui j'ai affaire.
Vous ne connaissez apparemment pas grand chose du système scolaire suisse. Il se trouve que j'ai fréquenté alternativement les deux, le français et le Suisse, tout comme les enfants dont je m'occupe.
Et si certes j'ai fait me études à Paris, l'Ile de France n'est de loin pas ma seule référence. J'ai été interne au lycée de Pontarlier, j'ai passé mon bac à Cannes, j'ai rédigé mon mémoire à Lyon et la plus grande partie de ma famille est enseignante sur la Côte basque...
Je le répète, sur le plan du français uniquement, si vous enlevez, à Genève, les diplômés venus... de France... dans les professions de plume, en particulier, vous avez un trou. Car Genève a des arguments qui valent ceux de Paris, en l'occurrence, pour attirer les compétences dont elle manque.

Écrit par : Philippe Souaille | 21/09/2008

Pourquoi Genève détient-elle cette spécificité de la matu à 19 ans alors que toute las Suisse est à 18 ans ? ne serait-il judicieux de changer cet état de fait ?

Écrit par : demain | 21/09/2008

Personnellement, M. Souaille, j'ai vécu à Montpellier (après Paris et Annecy), et il ne m'a pas semblé que le français y était très bon. Mais vous êtes libre de vous imaginer les plus beaux miracles, suite aux légiférations de Jules Ferry. Cela dit, vous n'avez pas du tout reconnu, contrairement à ce que vous laissez entendre, que vous aviez aussi raconté n'importe quoi, sur la Haute-Savoie qui ne serait qu'une réserve d'Indiens sans les frontaliers.

Moi, je pense, de toutes façons, que le français trop parfait sur le plan technique n'est pas réellement une bonne chose, parce que la technique se vend mieux quand elle s'applique à des machines, d'une part, et parce que la poésie n'a pas besoin de technicité, mais de sensibilité, d'autre part. La technicité du langage, cela rend service surtout aux administrateurs. Or, de l'administration, je trouve qu'il y en a déjà bien assez.

Écrit par : R.M. | 22/09/2008

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