25/09/2008

On veut des placements de mère de famille

Il suffit en ce moment d'ouvrir un journal et de tout y lire, pour comprendre aussitôt dans quel monde ont vit. Mais il n'est de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre... et de pires aveugles que ceux qui, le nez dans le guidon, s'échinent à pèdaler sans s'apercevoir qu'ils foncent du mauvais côté. Ceux là croient encore qu'ils sont au pays de Candy, où l'argent pousse sur le parquet de la Bourse, où les pauvres se contentent, sans protester de bâver d'envie toute leur vie, où la Terre, bonne fille, se décarcasse pour produire tout ce dont on a envie...
D'abord l'injustice et l'inconstance: 700 milliards, d'un coup de pouce et pour un seul pays, c'est plusieurs fois le montant annuel de l'aide au développement accordé par le monde entier sur une année. Dont on peut supposer qu'elle sauve des dizaines, des centaines de milliers de vie. 700 milliards d'investissement dans les pays les moins avancés sortiraient de l'extrême pauvreté des centaines de millions de gens. Mais c'est moins important que d'éviter la faillite à quelques cols blancs, plus ou moins copains du Président... Et surtout de sauver l'épargne des épargnants, tous ces gens qui votent pour ce même Président.
Accessoirement, c'est contrevenir aux lois du Marché, la fameuse main invisible, qui dans un tel cas, reccomande de laisser crever sans pitié les joueurs invétérés et de dégraisser un peu les rentiers mal avisés. La Main invisible qui, pour les écolos tous verts, porte le nom de Gaïa, la Terre. Qui depuis avant hier, jusqu'à la Saint-Sylvestre, nous nourrit à crédit. Chaque année, c'est la même chose, mais chaque année, c'est un peu plus tôt.
Alors bien sûr, on peut refaire les calculs, et certainement qu'il y a des erreurs. On peur optimiser l'exploitation des ressources naturelles, inventer de nouveaux processus industriels, recycler davantage et apprendre à tout faire pour notre petite Planète Bleue... Mais une chose est certaine, on ne peut pas plus en changer pour une plus belle, que pour une plus grande.
On ne peut pas non plus espérer s'accaparer longtemps encore l'essentiel de ses fruits, tandis qu'au pied de la table, les cohortes affamées se contentent d'attendre nos miettes. Hier Berne a pris quelques décisions énergiques. Réduire de 10% nos retraites, pour que nos enfants puissent continuer à les payer... et augmenter de 0,4 à 0,5% la part du PNB allant au développement. C'est 25% d'augmentation, mais cela reste ridicule, de la part d'un des pays les plus riches du monde.
La baisse des retraites, c'est à Couchepin qu'on la doit et c'est tout à son honneur, contre vents et marées, d'oser la proposer, en sachant fort bien quelles conséquences cela risque d'entraîner sur sa popularité, car il a déjà donné... L'augmentation de l'aide au développement, plus timide, sert le dicastère de Micheline Calmy-Rey... Qui pourrait être nettement plus ambitieux et offensif sur la question, si son mode de gestion et d'intervention osait faire sa révolution. Assez d'assistance stérile et paralysante, place à l'investissement productif et à la motivation.
Problème, si les pays les moins avancés se développent, ils vont forcément se mettre à consommer davantage, ce qui augmentera le déficit en ressources naturelles. C'est là qu'intervient la main invisible, avec une bonne crise. Ce qui nous force, nous autres pays riches, à réduire les paramètres de nos appétits. Ce qui bien évidement ne fait pas l'affaire des partis, les populistes comme les autres, qui n'ont guère vocation à expliquer à leur électeurs qu'on a fini pour un temps de raser gratis. Un temps qui risque fort de durer longtemps, peut-être même indéfiniment.
Les vieux réflexes ont la vie dure. J'ai une amie qui dans une petite banque privée familiale, s'est spécialisé dans l'investissement durable. Les rendements qu'elle sert à ses clients ne sont pas mirobolants, mais jusqu'à présent, mois après mois, ils sont resté positifs... Des placements de mère de famille, soucieuse de sa descendance. Les placements mirabeaulants sont plus virils. Aux yeux du responsable 2ème pilier d'une autre banque privée de la place, les placements verts et équitables ne sont pas assez rentables. Ben oui, parce qu'au delà de l'intérêt légal à servir, il faut bien que la banque et le gestionnaire fassent leur beurre... et comme ils ont des goûts de luxe en la matière, ils préfèrent les placements plus rémunérateurs mais plus risqués.
Sur la durée, ils n'ont pas forcément tort. A condition que le jeu de l'avion continue. Toute la question est là. Va-t-on accepter que la main invisible, la loi du marché, nous ramène à la réalité, ici et maintenant, avec la vraie crise économique et sociale que cela suppose, ou fuir encore et repousser l'échéance quelques temps, juste le temps qu'il faut pour aggraver encore les déficits et la situation ?

Commentaires

Je me demande aussi en quoi l'Afrique, qui reste en tête de pelloton de la croissance malgré des subventions incessantes, ne devrait pas prendre son destin en main, notamment sur le plan démographique. Nous jetter systématiquement à la figure la responsabilité de la misère sur le Continent noir, sans se demander pourquoi aucune politique nataliste n'y est pratiquée. Moi il me semble que plutôt que des subventions c'est à l'OMC qu'il faut continuer à lutter pour que l'Afrique accède aux marchés mondiaux. Et c'est aux dirigenants africains, pas bien brillants en ce moment, de prendre leurs repsonsabilités. C'est à eux aussi de choisir leurs politiques agricole sans qu'on la leur impose après leur avoir versé quelques millions (détournés en grande partie de plus). On ne peut pas sauver toutes les vies, surtout quand la démographie est telle que les nations ne peuvent plus nourrir leur population... Et il faut arrêter d'arroser le monde de subventions, c'est pas comme ça que l'Afrique va sortir de son marrasme...

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 25/09/2008

Mais nous sommes d'accord, cher Monsieur, c'est pourquoi je préfère parler d'investissements et de motivation que de subventions et d'assistance... et que je pense qu'il y a d'autres moyens d'aider l'Afrique à s'aider elle-même, mais que cela, aussi coute de l'argent.
Réduire les subventions agricoles chez nous, par exemple, ou payer aux matières premières qu'on extrait chez eux le juste prix...
La croissance africaine est effectivement en tête de peloton, mais annihilée par la croissance démographique, grâce notamment aux efforts des mouvements religieux chrétiens et musulmans. Tout cela est vrai.
N'empêche que GW Bush a quand même réussi à faire 3 fois faillite, dans les entreprises qu'il avait monté grâce aux copains et à l'argent de papa avant de devenir Président... Et que c'est ce crétin que ce système a élu Président de l'Etat le plus puissant de la planète... Etat qu'il s'est empressé de mener à son tour au bord de la faillite... Tout au bord.
Alors avant de parler des compétences des dirigeants africains, souvent effectivement grassement payés pour nous vendre leurs matières premières à vil prix, mais qui se débattent sans moyen dans des difficultés gigantesques, occupons nous un peu des dirigeants les plus puissants de notre monde, qui disposent de moyens considérables et ne font que des c...

Écrit par : Philippe Souaille | 25/09/2008

"souvent effectivement grassement payés pour nous vendre leurs matières premières à vil prix"
Etes-vous vraiment sûr de cette affirmation ? Les investissements dans le domaine des matières premières sont simplement effrayants et vous aussi, vous voudriez voir un retour sur investissement, face à des gens dont le seul mérite est d'exister.

"Accessoirement, c'est contrevenir aux lois du Marché,"
certes, mais l'aide au développement aussi, et en plus cette aide pourrit les mentalités. L'Europe a perdu à la fin du XIVème les 2/3 de sa population à cause de la peste. Si des martiens MSF étaient venus à notre secours, tout notre développement aurait été bloqué...

Écrit par : Géo | 25/09/2008

Géo, je vous répond en vitesse et n'ait pas le temps de chercher les chiffres, que je cite de tête, donc approximatifs. Dans un cas, le pétrole norvégien, les royautés versées au pays sont telles que l'on peut estimer que 80% des bénéfices de l'extraction lui reviennent. Dans l'autre, off-shore aussi dans à peu près n'importe quel pays d'Afrique noire, la proportion est au moins inverse. Dans les deux cas, ce sont les compagnies privées qui font les investissements.
Et le tour de passe-passe peut se dérouler grâce à la corruption, bien sûr, mais aussi grâce à la délocalisation des bénéfices des-dites compagnies dans des paradis fiscaux.
Ma source, c'est Eva Joly, juge d'instruction financière franco-norvégienne bien connue, mandatée et rétribuée par le Gouvernement norvégien pour offrir ses services aux pays du tiers-monde qui voudraient revoir leur politique en la matière. Parce qu'évidemment, cela ne concerne pas que le pétrole mais également tous les minerais.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/09/2008

Sans vouloir en aucune manière vouloir remettre en doute vos compétences, P. Souaille, je crois qu'il faudrait étudier de très près cette question. La transparence n'est pas forcèment favorable aux altermondialistes, et si les norvégiens touchent 80% des bénéfices, cela me choque un peu. Il y faudrait un contrôle international de la bonne utilisation de ces fonds...dont je doute énormèment en Norvège (tout pour les mères célibataires et rien pour les infrastructures...). J'en doute encore plus au Nigéria, cela dit sans haine et sans crainte.

Écrit par : Géo | 25/09/2008

"Réduire de 10% nos retraites, pour que nos enfants puissent continuer à les payer... "

Non, puisque le 2ème pilier est une retraite par capitalisation et non par répartition. Cela n'a rien à voir avec nos enfants et tout à voir avec la chute des bourses.

Écrit par : Johann | 25/09/2008

A part ça, d'accord globalement avec votre position, pour une fois...

Écrit par : Johann | 25/09/2008

C'est un peu plus compliqué que cela, Johann, d'abord il y a plusieurs piliers à la retraite. Et comme vous le savez, les propositions de Couchepin sur l'AVS ont été balayées de manière tout à fait démagogique et prématurée.
Concrêtement, les sommes qui nous seront demain remboursées par les caisses de 2ème pilier, ce n'est pas juste notre argent mis soigneusement de côté. Nos cotisations ont été versées dans un gros tas, régulièrement approvionné par des cotisations nouvelles, qui elles-même produisent des intérêts etc... Si les rentes versées sont trop élevées, il faudra ponctionner les nouvelles rentrées pour compenser.
De manière générale, la génération du baby boom, dont je suis, a drôlement bien profité de l'euphorie issue de ce que l'on a appelé les trente glorieuses. Il parait aujourd'hui évident que nos enfants et petits enfants n'auront pas la même chance. D'une manière ou d'une autre, l'argent qui nous sera versé sera pris sur l'économie globale. Il ne naîtra pas par génération spontanée. Donc tout ce qui nous sera versé sera enlevé à nos enfants et petits enfants.
A vous de voir où vous vous placez, mais le problème de la solidarité intergénérationnelle se pose bel et bien.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/09/2008

Peyrelevade, éminent économiste est banquier et prof à Polytechnique. Contrairement à certains, comme Guy Sormann, lui se mêle régulièrement d'économie pratique. Il avait décrit très précisément, dans une conférence donnée à Genève début 2008, le mécanisme qui devait aboutir fatalement à la crise qui explose aujourd'hui. Peyrelavade est aussi le Vice-Prosuident du Modem, et c'est lui qui conseille François Bayrou.
Voici ce que ce dernier a déclaré aujourd'hui dans les Echos: "Le chef de l'Etat a créé un sentiment durable d'injustice qui déstructure la société. " Il
juge "simpliste" de parler, comme Nicolas Sarkozy l'a fait à New York, de sanctions contre les responsables de la crise financière: "La crise n'est pas la faute de quelques individus, elle est la responsabilité d'un système. Et ce système, c'est celui-là même que Nicolas Sarkozy a proposé comme modèle à la France. Le président de Lehman Brothers a gagné en cinq ans 354 millions de dollars. Et cela fait un énorme scandale. Faut-il rappeler à Nicolas Sarkozy que c'est 50% de moins que ce qui a été donné en un seul jour à M. Tapie avec l'argent du contribuable?".

François Bayrou préconise un vrai FMI, capable de mettre hors-la-loi les paradis fiscaux et d'orchestrer la lutte contre la corruption et propose de construire d'urgence une autorité de régulation européenne.

Sur le plan intérieur, il juge qu'il faut remettre à plat notre fiscalité en arrêtant ce côté vibrionnant qui consiste à inventer une taxe par jour.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/09/2008

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