07/10/2008

Merci Ospel

Avant-hier j'ai salué ici le changement de ton de Pierre Mirabaud. A mon tour de changer d'avis. A plusieurs reprises, j'ai dit tout le mal que je pensais de Marcel Ospel, mais force est de reconnaître que son dernier coup fut un coup de maître. Avant tout le monde, il a pris la mesure du grain qui s'annonçait et pris les décisions énergiques qui s'imposaient. Qu'il serait bien impossible de reproduire aujourd'hui. Aucun fond souverain n'accepterait de renflouer le capital d'une institution bancaire étrangère par les temps qui courrent. Il a eu le bon réflexe au bon moment, et il a sauvé l'UBS.

Ce faisant, il a évité une catastrophe majeure au pays. Car si les engagements de la Deutsche Bank équivalent au PNB allemand, si les engagements de la Barclay's équivalent au PNB britannique, il semble bien que les engagements de l'UBS représentent plus de 2 fois le montant du PNB helvétique. Un sauvetage de ces mastodontes par de l'argent public aurait été catastrophique, voire tout bonnement impossible.

C'est d'ailleurs ce qui vient d'arriver à l'Islande, petit pays fier et indépendant, qui quémande aujourd'hui à la porte de l'UE pour éviter la faillite. En voulant sauver ses deux banques, le Gouvernement a mis le doigt dans un engrenage qui l'a conduit à suspendre la convertibilité de sa monnaie. Qui aujourd'hui ne vaut plus rien.

Décidément le vieux modèle des banquiers privés genevois indéfiniment responsables sur l'ensemble de leurs biens se révèle étonnament moderne. Un modèle garant de stabilité et de durabilité qui profite à l'ensemble des banques travaillant sur la place financière genevoise, qui se tiennent plutôt mieux qu'ailleurs. Même si là aussi, le robinet du crédit est coupé et que les pme commencent à le sentir.

On reste discret par nature dans ce métier, et l'on ne souhaite point trop ébruiter la chose, mais la masse sous gestion aurait plutôt tendance à augmenter, en provenance de marchés nettement plus spéculatifs... et beaucoup plus risqués. Ce qui d'ailleurs doit concourir à la bonne santé du Franc Suisse !

Reste que la claque mise à l'ensemble de l'économie est sévère et va durer. Pour certains analystes de mes amis, les Etats-Unis, premiers pris dans la tourmente, et premiers à prendre des mesures, pourraient être les premiers à s'en sortir. Même s'ils sont incontestablement à l'origine de la bulle gigantesque (en fait elle englobe toute l'économie) qui explose aujourd'hui. Y compris par l'adoption, imposée au reste du monde par l'administration Bush, de nouvelles normes comptables, qui ont rendu possible l'euphorie de ces dernières années, dont tout le monde a bien profité.

Ces normes comptables jugées abérantes par plusieurs spécialistes de poids, sont nées, dit-on, dans le secret d'une officine établie dans le middle west, mais basée juridiquement à Guernesey. Une officine qui n'emploierait qu'une douzaine de personnes en tout et pour tout, qui, disposant du bon appui et du bon levier, merci Archimède Bush, sont parvenues à révolutionner la comptabilité et la finance mondiales. Pourtant leurs normes, certains banquiers les qualifient aujourd'hui ouvertement de débiles... Une chose est certaine, si de nouvelles normes demain, doivent réguler la finance mondiale, elles devront être l'objet d'un débat public international.

Commentaires

J'oubliais le plus essentiel: il y a des pays qui vont bien, dont la croissance est basée sur de la production de matières premières et de biens de première nécessité dont, même avec une crise mondiale, l'humanité aura du mal à se passer. Ces pays, souvent en Afrique, sont rarement des pays riches... Mais ils ont des banques eux aussi, qui fonctionnent et qui font leur boulot de banques, sans trop se préoccuper des marchés mondiaux, car elles n'en avaient pas les moyens.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/10/2008

cc

Écrit par : jacques | 07/10/2008

Extrait, tiré du blog Drzz, par Guy Millière, prof.à science po et ancien conseiller de Ronald Reagan.

"Au nom de politiques sociales, le gouvernement américain a quasiment forcé les banques et les institutions financières à accorder des prêts immobiliers à des gens dont la solvabilité était très hypothétique : les racines sont dans le Reinvestment Act voté en 1977 sous Jimmy Carter, puis reconduit et renforcé en 1994-95 sous Bill Clinton. Banques et institutions financières se sont exécutées. Les prêts étant très risqués, ils ont été garantis ou rachetés par deux entités para étatiques, celles qu’on appelle Fannie Mae et Freddie Mac. Ils ont fait aussi l’objet de procédures de titrisation et ont été introduits dans des produits financiers mis sur le marché et destinés à diluer les risques."

Posté par D.J

Écrit par : D.J | 07/10/2008

Cher DJ, il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Ce n'est pas l'insolvabilité de quelques pauvres hères, même s'ils sont nombreux, qui causent la crise actuelle.
C'est la construction artificielle faite sur leurs emprunts, qui a permis à des tas de gens, y compris en Suisse, de gagner un maximum d'argent qui n'existait pas... Des millions de boursicoteurs ont connu ces dernières années une profitabilité de 15% alors que la croissance mondiale n'était que de 5%. Il y a forcément un moment où les lois du marché sont rattrapées par les lois de l'arithmétique !

Écrit par : Philippe Souaille | 08/10/2008

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