22/10/2008

Oui à la suppression du secret bancaire... mais pour tous

Il y a six jours, j'évoquais ici la menace lourde qui pesait sur le secret bancaire, tout en affirmant qu'il ne fallait pas la craindre. C'est certes une arme importante de la place financière suisse, mais ce n'est pas une arme fondamentale. Et si cela était, cela devrait cesser, car elle serait alors déloyale et donc contraire aux règles du capitalisme. Ce qui est vrai pour la Suisse l'est évidemment pour le monde entier, à commencer par le Royaume Uni et la France qui affectionnent les paradis fiscaux sur leurs rochers et leurs îles éparses. Même la Chine à les siens avec Hong Kong et Macau.

A armes égales, la Place financièe suisse et genevoise en particulier a d'autres atouts à faire valoir, à comencer par l'excellence de ses services, la responsabilité infinie de la vraie banque privée, la stabilité de sa politique et et de sa monnaie. Qui a fait par exemple qu'un Nouveau franc français placé en Suisse valait un peu plus d'un Franc Suisse en 1960 et un peu moins d'un quart à la création de l'Euro.

Le secret bancaire est amoral. Ce n'est qu'un outil, sans état d'âme, en principe. Il aide parfois les personnes pourchassées, justement ou injustement, par leurs gouvernements. Il a facilité les luttes pour les Indépendances et donc la décolonisation (après avoir couvert jadis d'odieux trafics), sauvé le cinéma européen en protégeant, ici, les victimes étasuniennes de Mc Carthy, abrité l'argent de quelques terroristes, y compris d'Etat et celui de nombreux gangsters, même si l'époque en semble révolue. Mais fondamentalement, il avantage les riches et même les très riches contre les classes moyennes.

Personne de censé ne remet sérieusement en cause l'économie de marché et le besoin d'assistance publique. Mais tout est dans la nuance. Aux deux bouts de la chaîne se mutliplient les injustices. L'assistance est ainsi faite que certaines personnes aidées vivent mieux que certaines qui travaillent ou ont travaillé, ce qui ne concourt pas à la motivation. Tandis que les riches bénéficient d'un plafond fiscal qui privilégie le revenu du capital ou le bénéficiaire des effets de levier que procure la fortune, au détriment de l'imposition du travail, là encore, qui elle paie plein pôt.

Les classes moyennes helvétiques défendent becs et ongles le secret bancaire en qui elles voient... le secret de leur prospérité et elles n'ont pas tort. C'est assurément une des clefs. Mais c'est aussi la cause principale de la progression fiscale si brutale qui les pénalise et les pressure... et finalement s'avère dommageable au système, car entre 10 et 20 000 francs de revenu par foyer, par tranche de 1000 francs supplémentaire, on a le sentiment que tout ce qu'on gagne en plus, ou presque, part aux impôts. Surtout lorsqu'on perd au passage l'accès au logement aidé.

Lorsque les ultra-libéraux s'étranglent en parlant de prélèvement confiscatoires, c'est assez vrai pour un dentiste allemand qui bosse douze heure par jours dans des orifices malodorants pour payer plus de 50% d'impôts. Mais cela devient de la pure provocation lorsque l'argument permet à M. Bertarelli et sa famille de ne payer que 10 milions d'impôt sur la transmission d'une fortune de plus de 14 milliards, soit moins du millième de celle-ci.

Certes les hyperriches ne sont pas assez nombreux pour que des prélèvements équitables sur leurs fortunes suffisent à solutionner tous les malheurs du monde... Mais il serait assez juste qu'ils y contribuent. A la hauteur de leurs considérables moyens. Et leurs fortunes sont suffisamment considérables pour que l'effet à en tirer soit puissant. Pour mémoire, 10 000 milliards de dollars sont gèrés off-shore, soit dix fois les sommes colossales d'argent public englouties dans les banques ces derniers jours. Off shore ne signifiant pas illégal, mais hors frontières nationales. Une grande partie de cet argent est déclaré et a payé des impôts au départ. Après expatriation, c'est moins sûr, sauf pour celui des citoyens étasuniens. En principe.

Il ne faut cependant pas se leurrer. Les sommes d'argent phénoménales que détiennent les hyperriches leur confèrent de tels pouvoirs, de tels leviers, qu'aucun gouvernement sur cette planète, pris individuellement, ne peut leur résister. Seul une alliance mondiale, idéalement sous la forme d'un gouvernement mondial démocratique, mais pour parer au plus pressé pour commencer, sous une forme intergouvernementale, peut stopper leur ronde folle autour de la planète, leur quête perpétuelle de la fiscalité tendant vers zéro...

Il est cependant impératif qu'une telle alliance soit équitable. Elle ne doit en aucun cas dissimuler une pression des grands pays sur les petits pendant qu'eux même préserverait des pratiques coupables dans quelques îles lointaines. C'est à cela que nos négociateurs doivent s'atteler dès maintenant. C'est pourquoi, sans doute, mieux vaudrait que la Suisse réintègre au plus vite les assemblées de l'OCDE pour faire entendre sa voix. La dureté en affaires, universellement reconnue de nos diplomates helvétiques, doit être utilisée à propos pour obtenir un traitement égalitaire, qui ne prétérite aucune place financière et surtout pas la notre. Car il ne faut pas se leurrer. La défense du secret bancaire en tant que tel est un combat d'arrière garde. Sans doute perdu d'avance.

La droite alémanique se fourvoie en s'y engouffrant. Au même titre que la gauche se tire une balle dans le pied à chaque fois qu'elle prétend augmenter l'imposition des plus riches sans avoir au préalable verrouillé la situation mondiale et pas seulement européenne.

Une fois cette normalisation mondiale en route, on pourra penser à réformer sérieusement un système fiscal qui date d'un autre temps. Introduire des fiscalités écologiques et la taxation des transactions financières, réduire l'imposition du travail (ce qui réduira la pertinence des délocalisations), privilégier un impôt sur la consommation fortement progressif sur les produits de luxe, etc... Tout ce qui figure dans l'Utopie Urgente.

Commentaires

vous inquiétez pas trop ,il suffit d'un jour ou votre facteur sans doute plus fatigué ,se trompe de boite aux lettres et votre relevé bancaire ,lu,l'enveloppe ayant été ouverte,tout se sait donc pourquoi faire un baratin aussi énorme quand on sait preuve à l'appuis,qu'en écrivant sans mettre votre adresse pour un éventuel retour,une enveloppe vous est retournée ,sans avoir été ouverte,fait arrivé il y deux ans,et si ces stupides incidents réveillent des jalousies surtout entre locataires suisses et étrangers dont le peuple se passerait bien,alors controlez l'arrivée de vos courriers et si d'aventure vous avec un almanach objet précieux ayant un autre but que celui de suivre les saisons sans doute arriverez-vous tout comme je l'ai fait à voir dans quels signes se trouvait la lune et quelles sont les périodes qui poussent justement à ces erreurs regrettables mais humaines malgré tout,à trop vouloir pousser les humains on en fait des robots incapables de refléchir plus loin que leur bout de nez,et ce sans attaque personnelle face à ceux ayant commenté ce texte ou qui vont le faire

Écrit par : esmeralda | 22/10/2008

Esmeralada, quelques points et conjonctions supplémentaires rendraient votre texte plus aisément compréhensible. Ceci dit je doute que les hyperriches reçoivent leur relevés de compte par la poste. Et même la vulgate, comme vous et moi, consulte sur Internet... Ce qui n'est pas forcément plus sûr.
A ce sujet d'ailleurs, l'anecdote sarkozyenne m'a fait bien rire. Jaune. En une semaine, les deux petits escrocs ex-zaïrois qui avaient piraté sa carte de crédit pour acheter des cartes de téléphone se sont fait pister et arrêter. Si c'était arrivé à vous et moi, ils courraient encore, et même ne seraient jamais inquiétés. Trop coûteux, les banques passent par profits et pertes. Selon que vous soyez puissant ou misérable, en France, la police vous protège ou pas...

Écrit par : Philippe Souaille | 22/10/2008

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