23/10/2008

Le Chemin de la Paix - Interview du Vice-Président Colombien

Marquée par la violence, la Colombie apprend la paix. C'est un chemin difficile, dont les abords sont encore souvent minés. Les grèves du personnel judiciaire à peine terminées, les indigènes entament une longue marche de protestation sur fond de crise économique mondiale, dans un pays qui commence tout juste à émerger. Pour tous, Gouvernement comme opposition, c'est un apprentissage.

Comme en Suisse, comme en France, certains avocats, procureurs et syndicats de la magistrature sont nettement orientés à gauche, voire à l'extrême gauche. Enclins à saisir tous les prétetxes, fondés ou non, pour s'en prendre au Gouvernement. On a vu fuser des accusations lamentables dans la vénérable Genève lors de l'élection du procureur Général. Alors imaginez dans un pays pas encore complètement sorti d'un conflit armé, dont les artisans se sont attirés toutes sortes de complicités, idéologiques ou rémunérées, au sein d'une population meurtrie par la haine et la violence inqualifiable développée des deux côtés.

Maintenir la barre de la Justice dans ces conditions est une prouesse et le Gouvernement doit apprendre à vivre avec. De même qu'il doit vivre avec les revendications des peuples indigènes, en grande partie légitimes. Très souvent, les combats ont poussé villages et communautés à l'exil, et lorsqu'ils revenaient sur leurs terres, c'était pour y trouver des palmiers à huile lorsqu'elles étaient proches des voies de communication. La culture de la coca était réservée aux zones les plus inaccessibles, souvent dans des réserves naturelles, brûlant 4m2 de forêt primaire par gramme de cocaïne produit. Un désastre écologique et humain.

Les communautés indigènes réclament protection et stabilité, elles ont raison. Le Gouvernement a restauré la sécurité des villes et des zones de développement économique, il doit aussi s'occuper des populations éparses. Même si cela coûte cher. Même si l'organisation centralisée des communautés indigènes est dirigée, comme toutes celles des pays voisins, par des militants formés à Cuba (j'en ai rencontrés et interviewés) et largement financés par Chavez, l'ennemi intime. Même si les communautés autochtones représentent à peine 3% de la population, mais possèdent 27% du territoire. C'est l'équilibre écologique de la Colombie qui est à ce prix.

L'exacerbation des tensions est ecore telle, dans le pays, que les acrimonies politiques y prennent un relief inconnu ailleurs. Le Gouvernement le gère avec calme et pondération en dépit de la crise économique, qui vient ébranler ses plans de croissance au moment de redistribuer le fruit des succès engrangés ces dernières années. Le Vice-Président Dos Santos était à l'ONU à Genève, où il a notamment inauguré une exposition sur les ravages causés par la cocaïne (visible salle des Pas perdus, au palais des Nations, jusqu'au 30 oct.). Il a bien voulu répondre à quelques questions.


Q - La succession du Président Uribe est ouverte. Le ou la successeur entrera en fonction dans un an et demi. Mais on a parfois l'impression qu'il est la clef de voûte du système ?

Nous pouvons avoir confiance dans la solidité du système démocratique en Colombie, dans la force de nos institutions. Je n'ai aucun doute à ce sujet. Maintenant il est évident qu'il est souhaitable que la politique de sécurité démocratique, qui a donné d'excellents résultats, soit maintenue jusqu'à l'issue définitive du conflit. La majorité des gens en sont conscients, ce qui explique la nervosité de l'opposition. Une femme, oui pourquoi pas. La Colombie est l'un des pays du monde qui fait le plus en matière d'égalité, jusque dans nos institutions. J'imagine que les colombiennes y sont pour beaucoup. Elles seraient plusieurs à avoir les compétences pour le poste. La Ministre des Armées par exemple, mais aussi au moins deux de ses collègues ministres actuelles ou passées, comme l'ex-chancelière.


Q - Quel est l'impact de la crise mondiale ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Notre économie est émergente, donc fragile et axée sur l'export, donc nous allons en pâtir. Mais sans doute moins que d'autres, car nous avons un grand marché intérieur de 45 millions d'habitants, en pleine croissance et nos atouts sont très diversifiés. Contrairement au Venezuela, par exemple, qui subit de plein fouet les mouvements de yoyo du pétrole. Voire la valeur de votre ressource principale doubler puis diminuer de moitié en quelques mois doit donner quelques sueurs froides dans la gestion des budgets. Il se trouve que nous exportons beaucoup au Venezuela et que nous allons le sentir aussi. Mais nous exportons également toutes sortes de produits et denrées vers de très nombreux marchés, dont la Suisse, notre 7ème marché d'exportation... Par ailleurs, nos lois sont très claires et favorisent résolûment l'investissement, tant national qu'international. Notre stabilité juridique est excellente.


Q - Justement, où en sont les relations avec la Suisse

Nous en fêtons cette année le 100ème anniversaire. Mieux qu'un mariage. Et comme dans tous mariage, il y a parfois des disputes, mais la relation est solide, basée sur des intérêts et des valeurs communes. Des dizaines d'entreprises suisses sont présentes en Colombie. Nous signons un accord de libre échange avec l'AELE. En matière de coopération, technique, de formation et d'éducation, nos rapports sont étroits et enrichissant. Bienvenue en Colombie.


Q- Comment vivez-vous les accusations répétées sur le respect des droits de l'homme dans votre pays ?

Nous répondons par la transparence et la justice. Nous avons vécu dans une situation de violence endémique depuis un demi-siècle. Pour en sortir, il faut à la fois, dénoncer, juger et pardonner. C'est un processus complexe et coûteux, mais nous le menons à bien. Toutes les affaires sont dénoncées à la justice et débouchent sur une action judiciaire, ou un non lieu, selon que l'on puisse ou non établir des faits. Et les coupables, quels qu'ils soient sont sanctionnés. Il n'y a pas d'autres manières de faire. Mais c'est long, ça prend du temps.

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