24/10/2008

Le Fédéralisme Mondial

Etonant croisement des genres. Le discours européen de certains, à droite, en particulier à l'UDC, s'infléchit heureusement après qu'ils se soient aperçus qu'une Europe un peu plus fédéraliste pourrait devenir helvéto-compatible. Et en Europe, de plus en plus de gens se disent que le fédéralisme, en ce qu'il préserve l'autonomie locale, pourrait être un bon moyen de gérer les différences.

Curieusement dans le même temps, à l'extrême gauche, le discours anti-ONU se renforce de bien curieuse manière. Issu de milieux féministes et sionistes, donc anti-islamiques, il s'élève contre le relativisme culturel et prétend vouloir imposer les valeurs occidentales - seules valables évidemment - à l'ensemble de l'humanité. Un livre vient même de sortir sur la question, qui dénonce très violemment la gestion des droits humains par le "Machin". Son auteur, Mme Markovich, est une ancienne dirigeante d'Attac, reconvertie dans la lutte contre la prostitution, qu'elle assimile sans guère de nuance au nazisme. La partie violemment sionniste de son discours est certes pris avec force réserves à l'extrême gauche, où l'on rappelle que les droits humains doivent s'appliquer à tout le monde, même aux Palestiniens, mais pour le reste sa critique de l'ONU rencontre un assentiment à la fois populiste et anti-autoritaire.

Cela confirme ce que je pense depuis longtemps, à savoir que l'altermondialisme est un mouvement ethnocentrique égoïste, qui défend les intérêts des classes populaires occidentales contre un partage des richesses et de la consommation (donc des droits de polluer) qui prennent en compte les envies et les besoins des vrais pauvres, les travailleurs et les familles du reste du monde. 

Sur le fond, il est pourtant évident que le monde a besoin de régulation dans un certain nombre de domaines. Edictées par une forme de gouvernement démocratique, ce serait mieux, mais en attendant, ce qui s'en rapproche le plus, c'est l'ONU (et l'OMC) avec son système d'organisations internationales spécialisées. Le démolir encore davantage serait à coup sûr ouvrir la boîte de Pandore de la guerre généralisée. Là où l'ONU comme les altermondialistes font fausse route, c'est que le monde n'a pas forcément besoin de régulation dans tous les domaines et qu'au contraire, l'autonomie locale qu'assure un système fédéraliste serait souhaitable.

Je pense notamment à tout ce qui a trait à la culture et au mode de vie. Lorsque le rapporteur de l'ONU Doudou Diègne estime que dénoncer la Burqa, c'est faire de l'islamophobie, il a tort. Mais cela dépend où. Il est fort dangereux, en matière de moeurs de vouloir faire évoluer les sociétés à marche forcée envers et contre elles-mêmes. La burqa n'a pas sa place en Europe et le voile, faut voir, pas en cours de gym ou à la douane, par exemple. Mais prétendre interdire la burqa en Afghanistan, c'est une bêtise crasse.

Il ne s'agit pas de laisser nos soeurs afghanes sous le joug de l'oppression masculine. Ou de laisser l'excision poursuivre ses ravages en Afrique sahélienne. Mais il faut éviter absolument les interventions autoritaires sur les us et coutumes des sociétés. Mieux vaut que ce soient les habitants des pays concernés, les femmes en particulier, qui finalement demandent et imposent le changement. Car qu'on le veuille ou non, le monde entier est influencé par le commerce et les échanges et cela ne fait que commencer.

Ma vision également est ethnocentrique, bien entendu. Je suis un occidental, féministe, humaniste et je ne voudrais pas vivre plus de quelques semaines dans un autre système de valeurs. Mais je sais aussi que je n'ai pas raison sur tout et qu'il existe, dans la sagesse chinoise, africaine ou orientale, ou même amérindienne, des éléments et des valeurs qui peuvent être supérieurs aux miens. Laissons nous le temps de nous connaître, de nous renifler, de nous interpénétrer, sans chercher à imposer son point de vue à l'autre. Cela s'appelle de l'amour et de l'intelligence et cela me semble nettement préférable au viol que représente l'intrusion violente de moeurs étrangères dans une contrée qui ne l'a pas souhaité. Peut-être même qu'il devrait en sortir un homme et une femme nouveaux, fruit de nos expériences et de nos savoirs à tous, qui soit apte à affronter les défis du futur. Car à n'en pas douter, l'humanité n'a pas fini d'évoluer. Il faut laisser le temps au temps.  

 

 

 

 

 

Commentaires

Philippe,

"Curieusement dans le même temps, à l'extrême gauche, le discours anti-ONU se renforce de bien curieuse manière. Issu de milieux féministes et sionistes, donc anti-islamiques, il s'élève contre le relativisme culturel et prétend vouloir imposer les valeurs occidentales - seules valables évidemment - "

Ce que dénoncent avec force les milieux sioniste c'est l'altération profonde qu'a subi la déclaration des droits de l'homme dans des institutions comme le conseil des droits humains ou des événements comme Durband. Et bien sûr ils sont seuls dans ce combat, en Occident c'est motus et bouche cousue, et je n'ai jamais entendu Micheline Calmy-Rey s'alarmer de la tournure que prennent les événements au Conseil des Droits Humains....

Pourtant je ne crois pas qu'ils aient tort: Les droits de l'Homme méritent d'être préservés de la Charia (Puisque c'est bien celle-ci qui est poussée par les milieux fondamentalistes, mais aussi par certains états du Moyen-Orient, et qui est en train d'althérer fondaentalement la mission originelle des institution droitdelhommistes).

Si certains pays du globe adhère à la Charia contre la charte originelle des droits de l'Homme: que font-ils sous la coupole onusienne?

Si l'ONU a perdu cette valeur universelle: à quoi sert-elle?

Est-il juste qu'un pays comme l'Algérie exige que la Suisse mette en place un observatoire de la torture alors que ce pays pratique la torture quand en Suisse elle a été bannie?

L'ethnocentrisme? Le problème c'est que cette doctrine qui voudrait rejeter à tout pris l'ethocentrisme est précisément celle qui nous mène tout droit vers le multiculturalisme le plus absolu, la perte de nos repères culturels et la haine de nous-même...

Il s'agit donc d'oser effectivement réaffirmer la valeur universelle de la Démocratie et des droits individuels, sans compromis...

Franchement, on est passé de l'ethnocentrisme à l'ethno-négationnisme en Occident...

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 24/10/2008

Ce qui s'est passé à Durban, selon mes amis qui y étaient, n'avait pas grand chose à voir avec la charia, mais consistait essentiellement à mettre en question l'attitude d'Israël à l'égard des Palestiniens. Etait-ce ou non du racisme, c'était et c'est toujours le sens du débat. Evidemment que cela ne plait pas du tout au mouvement sioniste, qui a donc enclenché une vaste campagne de dénigrement, qui se poursuit. Un contre feu, en quelque sorte, une pure manoeuvre de propagande savamment orchestrée.
Pour le reste, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen, que j'approuve, n'a d'universel que le nom. Elle est étroitement liée à un contexte culturel, historique et géographique, le monde occidental issu des Lumières. Il est souhaitable à mon avis, qu'elle s'étende mais elle peut prendre son temps, le monde ne s'arrêtera pas de tourner.
L'ONU, en revanche, c'est autre chose, c'est la seule structure existant qui relie tous les hommes et leurs gouvernements entre eux. Il n'est pas question d'en exclure certains. C'est un outil essentiel à l'équilibre du monde et au maintien de la paix. Et L'ONU n'a pas un besoin fondamental de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen pour fonctionner. Même s'il est souhaitable de notre point de vue occidental, que celle-ci étende son emprise, d'autant plus sûrement que ce sera lentement... sans brusquer personne.
le discours pacificateur de Tariq Ramadan, en ce sens, est réversible. Et nous ne devons pas avoir peur de nos valeurs, qui si elles suscitent parfois des réactions violentes (et minoritaires) de rejet, n'en sont pas moins à priori les plus justes et les plus équitables, lorsqu'elles ne sont pas détournées.
Notamment la laïcité qui seule permet le vivre ensemble. Peu à peu, le monde entier y viendra. Laissons-lui le temps, et dans l'intervalle, faisons en sorte de vivre d'amour, plutôt que de guerre.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2008

"Ce qui s'est passé à Durban, selon mes amis qui y étaient, n'avait pas grand chose à voir avec la charia, mais consistait essentiellement à mettre en question l'attitude d'Israël à l'égard des Palestiniens"

Je ne vois pas en quoi associer le sionisme avec le racisme se limitait seulement à une critique de la politique israélienne. Au contraire: le mot "sioniste" dans la bouche d'un arabe (cf. Hassen) et devenu un motif répété d'insultes essentialistes qui, dans le fond, sert surtout à freiner la reconnaissance d'Israël par les nations arabes, et à renforcer le discours islamiste.

Or de l'autre côté ce dialogue avance comme cet article du Figaro du jour le montre:

http://www.lefigaro.fr/international/2008/10/24/01003-20081024ARTFIG00014-progres-dans-les-discussions-entre-israel-et-ses-voisins-.php

Durban, encore une fois, est une entreprise destinée à servir ceux qui verraient d'un bon oeil que l'Occident cesse de soutenir Israël pour que cette région finissent sous domination islamique.

Qualifier le sionisme de racisme est très limité, essentialiste, et faux.

Ensuite la charte islamique des droits de l'homme est un blanc seing à la Charia. Et au conseil des droits humains les pressions des Etats arabes est de plus en plus forte pour empêcher toute critique des crimes commis au nom de la Charia. C'est donc devenu le lieu de lobying principal de tous les Tariq Ramadan, et celà rejoint sa stratégie d'encouragement aux poursuites judiciaires et aux pressions politique pour que l'Islam influence la politique européenne.

De ce point de vue là l'ONU et toutes les institutions qui y sont rattachées n'est donc plus ce vecteur de paix mondiale que vous décrivez. Il suffit de voir comment le problème du Darfour a été soigneusement évité au moment où les condamnations contre Israël se multipliaient.

Si il n'y a plus lieu de promouvoir la démocratie et les droits de l'homme dans le monde, et si cette mission ne fait plus partie des grands organisations mondiales, je me demande pourquoi elle existent encore...

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 24/10/2008

La démocratie et le respect des droits de l'homme sont notre façon de voir les choses, et il est souhaitable, de notre point de vue, qu'elles se répandent, mais l'ONU ne doit pas en être l'outil. Il faut passer par d'autres voies.
L'ONU doit être le lieu où les différentes conceptions du monde, la notre et toutes les autres, se rencontrent et gèrent d'un commun accord notre bien commun, la Planète Terre. Il est vital, pour des raisons écologiques, militaires et même de développement, donc de morale, qu'un tel lieu existe et soit conçu comme un endroit neutre plutôt que comme une arme ou un outil au profit exclusif d'une conception du monde parmi d'autres. Même si c'est la meilleure.
C'est cela le multilatéralisme, et c'est le fruit précisément des Lumières que d'avoir autorisé sa création, contrairement aux conceptions impériales du passé.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2008

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