30/10/2008

Il se passe toujours quelque chose en Colombie

L'inculpation de plusieurs dizaines de militaires colombiens, dont 3 généraux, pour des exécutions aussi sommaires qu'injustifiées a fait l'effet d'une bombe. Elle souligne ce qui est une évidence, pour tous ceux qui tentent de s'informer sans oeillères: ce gouvernement est profondément légaliste et démocrate. Son intention est d'instaurer l'Etat de droit dans tout le pays, pour toutes les catégories de la population, et il y parvient petit à petit.

Une intégrité qui l'honore et qui n'a certainement pas été l'apanage de tous les gouvernements l'ayant précédé. Qui n'est pas non plus certainement très répandue parmi ses adversaires, les divers soutiens de la guérilla, jusque dans certaines ONG ou même au sein du pouvoir judiciaire. La presse romande a encore beaucoup parlé ces derniers temps des griefs présentés par exemple par Amnesty International... Au premier chef desquels figure le qualificatif du conflit: s'agit-il d'une guerre ou non ? Nous y reviendrons.

Curieusement, on n'a pas lu grand chose sur ce qui constitue le fond du débat, depuis plusieurs semaines en Colombie et qui explique l'extraordinaire agitation tous azimuths des milieux de gauche, abondamment relayés pas certaines ONG internationales, pour allumer un contre-feu. Lors de leurs opérations commandos dans les camps des FARC, les forces armées colombiennes ont mis la main sur le fichier interne de l'organisation. Qu'est-ce que la justice va en faire? C'est là le vrai problème du pays en ce moment.

La liste recense tous les sympathisants, rémunérés grâce à l'argent de la drogue et des enlèvements, actifs dans la société colombienne. Pas les guérilleros de la jungle, mais tous les combattants de l'ombre, infiltrés dans tous les rouages et presque à tous les niveaux de la société. Plus de 9000 noms, identifiés en toutes lettres, avec même leur numéro de sécurité sociale et la liste de leurs activités paraterroristes.

9000 personnes, c'est à peine 0,025% de la population, mais ce n'est pas rien non plus. Il y a là dedans des personnes connues, ou amies de personnes connues, ceux et celles qui renseignent les ONG, des syndicalistes, des juristes, des journalistes, toute une organisation clandestine, comme telle parfaitement intégrée... et très active dans le jeu politique. Depuis des années, leur tâche essentielle, en dehors de l'appui logistique (armes et nourriture), consistait à répandre la bonne parole, à tenter d'améliorer l'image des FARC dans la population en les faisant passer pour de pauvres victimes, à justifier politiquement leur douteux combat, à infiltrer des mouvements de défense des amérindiens, des ONG soutenant des communautés villageoises, des mineurs, ou les associations de parents de séquestrés !!! Bref tout l'appareil "politique" des FARC.

Faut-il juger ces gens, désormais identifiés, et si oui, dans quel cadre ? Faut-il les faire bénéficier de la loi Justice et Paix, appliccable aux guérilleros et paramilitaires qui se rendent, alors même qu'ils ne se sont pas rendus ? L'enjeu est d'importance, car la loi Justicia y Paz limite les peines encourrues à 8 ans pour les crimes les plus graves et absout les petits délits. Pour une partie de la gauche, et notamment les copains des gens dont le nom est sur la liste, c'est encore trop.

La liste serait entâchée d'irrégularités juridiques de par ses conditions d'obtentions, ce qui la rendrait légalement irrecevable. Carrément. Ce sont les mêmes qui se plaignent de ce que la loi JyP ne serait pas assez sévère pour les paramilitaires, alors même que les chefs des FARC refusent de s'y soumettre, ne la jugeant pas assez clémente pour leurs propres méfaits.

L'étonnant est qu'Amnesty, qui sur le coup porte bien mal son nom, relaie ce combat. La loi Justice et paix s'inspire des mesures prises pour sortir de l'apartheid et elle est équitable. Près de 10 000 guérillos d'extrême-gauche en ont également bénéficié et s'en portent fort bien, en dehors du fait qu'ils ont été condamnés à mort, eux et leurs familles, par les FARC et qu'il a fallu les déménager!

Certes sur les 35 000 paramilitaires et sympathisants démobilisés, quelques 2000 ont à ce jour repris les armes (ou plutôt ne les ont jamais vraiment abandonné) et plongé dans la délinquance. Mais cette proportion est celle que l'on retrouve à l'issue de tous les conflits de par le monde et ces gangsters relèvent désormais du droit commun.

Pour autant, le Gouvernement colombien a-t-il raison de refuser le terme de guerre ? Ce n'est pas qu'une querelle sémantique. Elle recouvre d'importantes différences de traitement en matière de droit international et humanitaire, mais aussi en matière de justice interne. Un combattant d'une guerre civile n'a pas le même statut qu'un criminel de droit commun. Parler de guerre civile pour le conflit colombien apparaît plus que jamais comme un abus de langage. Mais c'est davantage que l'action de quelques terroristes isolés. La réalité est entre les deux, même si le Gouvernement a du mal à l'admettre... Et même si les FARC restent, avant tout, une organisation criminelle, qui se finance par le séquestre et le trafic de drogue à grande échelle.

On aurait aimé avoir l'avis d'Amnesty, par exemple, sur les milliers d'hectare de forêt primaire que les FARC brûlent chaque année dans des réserves naturelles pour planter la coca... Ou sur les conditions de détention des otages dans la jungle par les FARC. On a peu vu et entendu de campagnes d'Amnesty pour les faire libérer, alors que si je me souviens bien, faire libérer des prisonniers politiques, c'est la raison d'être originelle de cette organisation...

Le Gouvernement colombien mène-t-il une guerre civile ou une guerre contre le crime ? La question est bien plus délicate et complexe que ce que les jugements unilatéraux (et c'est bien regrettable) d'Amnesty International laissent présager.

 

 

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