20/11/2008

Réchauffement: l'Afrique à l'offensive

On vit une époque fantastique. Un peu chahutée, certes, mais sujette à de profonds bouleversements dont peuvent sortir le pire comme le meilleur. Tenez par exemple, le leader allemand des panneaux solaires, qui prétend racheter les usines Opel pour faire des autos écolos. Il y a 6 mois, on aurait pris ça pour une dépêche de 1er avril. Plus aujourd'hui. C'est le genre de choses qu'une bonne crise rend possible et franchement, mieux vaut y arriver par la crise économique que poussé par la guerre. A condition que la première ne débouche pas sur la seconde (cf l'Utopie Urgente, chez Slatkine sur www.payot.ch)

Les grands enjeux mondiaux de ces prochains mois, de ces prochaines années, seront la mise en place d'une vraie coordination planétaire, que l'on peut appeler gouvernance mondiale, pour réguler la finance, le développement et la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique.

Sur ce dernier point, l'Afrique vient de se positionner en prévision des prochaines conférences de Potsdam et Copenhaque. Une soixantaine de pays ont chargé 3 d'entre eux de les représenter: Algérie, Afrique du Sud et Soudan. L'Afrique réclame une planification mondiale de la lutte contre la pollution, organisée par continents... et fait remarquer que le continent entier, actuellement, ne pollue qu'à hauteur de 3%. Historiquement son rôle est négligeable. Il incombe donc aux pollueurs de prendre leurs responsabilités, notamment financière.

Or 2% seulement des MDP (Mécanismes de Développement Propre), les droits de polluer payés dans les pays riches servent à financer des programmes en Afrique. C'est très peu et ce n'est pas assez. Tout part sur la Chine, l'Inde et l'Amérique Latine. Ces MDP sont un outil de développement considérable, et il ne serait pas admissible que l'Afrique soit laissée en marge, abandonnée à son sous-développement. Peut-être pour éviter qu'elle ne se développe, comme le prônent implicitement certains écolos altermondialistes. Et comme le pensent peut-être certains responsables.

L'Afrique a droit au développement. Il est de l'intérêt du monde que ce développement soit propre. Mais le développement propre, pour quelques temps encore, coûte plus cher et l'Afrique est pauvre. Il faut donc l'aider et les MDP sont un excellent moyen. Accessoirement, en matière de ressources naturelles renouvelables, l'Afrique dispose à profusion de la première d'entre elles: le soleil. C'est sans doute elle, un jour qui nous aidera sur ce point. Commençons par l'aider nous. 

Maintenant, si les MDP se ruent sur l'Amérique Latine et l'Asie en contournant l'Afrique, c'est rarement par décision politique concertée. C'est plutôt que les MDP doivent rencontrer des projets bien ficelés, dont on peut penser qu'ils vont se réaliser et même se pérenniser. Sans devoir craindre les soubressauts imprévisibles, mais toujours présents, la versatilité du dirigeant politique, la vénalité des intervenants adminsitratifs... et le non entretien des matériels mis à disposition.

Commentaires

@Philippe Souaille: "Il faut craindre ou espérer qu'un système s'effondre pour donner naissance à un autre, et espérer qu'il soit meilleur, tout en craignant que cela ne soit pas le cas.En tout cas les prémisses d'un effondrement général sont là." "On vit une époque fantastique. Un peu chahutée, certes, mais sujette à de profonds bouleversements dont peuvent sortir le pire comme le meilleur ... C'est le genre de choses qu'une bonne crise rend possible et franchement, mieux vaut y arriver par la crise économique que poussé par la guerre. A condition que la première ne débouche pas sur la seconde." "... c'est la première fois que je ne suis pas d'accord avec vous, Mère ..."
Un désaccord ne doit pas reposer sur un malentendu. Je concède que la vision que j'ai exprimée dans mon intervention est très pessimiste dans le ton (ce qui est souvent le cas chez moi) et que j'aie de la peine, en effet, à garder la part d'optimisme qui est la vôtre. Mais je ne souhaite pas plus une guerre que vous et lorsque je parle d'effondrement général je pense à toutes une série de conditions, de comportements et de certitudes sur lesquelles s'appuient encore notre manière de vivre, de gouverner et même de penser, et dont vous mettez vous-mêmes certaines en évidence. Comme vous je crains le pire (pour une partie de l'humanité en tout cas) et j'espère quand même le meilleur. Si votre remarque me tourmente un peu, comme vous pouvez le voir, c'est que, pour le bien de mes enfants et de mon entourage, je ne suis pas sûr de toujours être fidèle à ma ligne de pensée et de conduite, qui me dit d'agir avec optimisme, même si mon analyse me pousse au pessimisme. Bien que je la considère comme issue d'un malentendu pour partie, je l'accepte donc bien volontiers comme un rappel à l'ordre de ce point de vue.
Bien à vous

Écrit par : Mère | 20/11/2008

"Accessoirement, en matière de ressources naturelles renouvelables, l'Afrique dispose à profusion de la première d'entre elles: le soleil. C'est sans doute elle, un jour qui nous aidera sur ce point. Commençons par l'aider nous."

Je partage amplement votre billet,avec un bémole concernant la lutte contre le réchauffement climatique,dont le sujet prête à confusion tellement le débat est souvant plus idéologique que scientifique.Bref...passont.

Pour le cas du soleil à profusion,c'est dans l'espace qui l'est le plus abondant,et celà 24h sur 24 toute l'année,ormis les periodes d'éclipse.Il est techniquement possible de capter l'énergie solaire et de diffuser sur Terre l'énergie par onde éléctromagnétique avec des antennes relais au sol.

Mais voilà, c'est pas gagné,qui dit ondes + antenne= fortes oppositions des habitants.A moins de les planter dans le désert.

D.J

Écrit par : D.J | 20/11/2008

Oui, DJ, il y a aussi ce projet de la NASA d'un ascenseur avec câble en fibre de carbone reliant la terre à une station spatiale en orbite géostationnaire (à 36 000 km d'altitude, dans la Ceinture de Clarke) qui pourrait comporter d'énormes centrales solaires. J'en parle dans mon bouquin l'Utopie Urgente.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/11/2008

Couvrir le Sahara de cellules solaires permettant d'approvisionner l'Europe en électricité. Une idée allemande, si je me souviens bien. Et le nain qui veut vendre des centrales nucléaires à l'Afrique... Chercher l'erreur.

Écrit par : Johann | 20/11/2008

La moindre dépendance envers les Africains serait un arrêt de mort pour les Européens. Tous les privés qui ont investi sur ce continent vous le diront. Dès que cela tourne, un ministre vous tape sur l'épaule pour vous dire que tout ce qui est à vous est à lui.
Ce n'est pas ainsi que le monde fonctionne, Johann. Et on trouve même des connards en Europe pour soutenir les pirates somaliens, c'est vous dire si on est mal barré...

Écrit par : Géo | 21/11/2008

>Oui, DJ, il y a aussi ce projet de la NASA d'un ascenseur avec câble en
>fibre de carbone reliant la terre à une station spatiale en orbite
>géostationnaire (à 36 000 km d'altitude, dans la Ceinture de Clarke) qui
>pourrait comporter d'énormes centrales solaires. J'en parle dans mon
>bouquin l'Utopie Urgente.

Vous vous rendez compte?? Vous réalisez un peu que vous êtes plus prêt à croire en une folie pareille qu'en une décroissance de nos consommations d'énergie?? C'est complètement hallucinant! Et après, les gens comme moi serions des idéologues utopistes fous!?

Si un projet comme celui que vous décrivez devait voir le jour, je souhaite que des dizaines de désobéissants l'empêchent, fût-ce en le sabotant à la dynamite!

Nous devons au plus vite mettre notre énergie, notre intelligence collective et notre savoir-faire dans l'invention de nouveaux modes de production et de consommation qui permettent de dépasser le productivisme et le capitalisme, afin de réduire nos consommations énergétiques individuelles et collectives. ...Et certainement pas dans des centrales solaires géostationnaires!!! AHAHA (non mais c'est juste pas possible, franchement).

Allez, joyeux Noël et vive la décroissance!

Écrit par : Sandro Minimo | 25/12/2008

Sandro, un projet de la NASA n'a rien de fou ni d'utopique. C'est un processus connu. Etude de faisabilité, budgétisation etc... Après le politique décide si l'on fait ou si l'on ne fait pas. Dans ce cas là, je trouve que l'on devrait faire.
Autant je suis d'avis qu'il faut mesurer la croissance et chercher à la canaliser, parce que les ressources de la planète Terre ne sont pas infinies, autant si l'on parvient à exploiter de nouvelles ressources, prélevées au dehors de la planète, je ne vois pas où est le mal et pourquoi l'on devrait s'en priver?
Parce que cela ne vous plait pas et que vous êtes viscéralement rétif au progrès sans très bien savoir pourquoi ? Restons sérieux.
Heureusement, vous n'êtes pas seul à décider.
Joyeux Noël tout de même.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/12/2008

>si l'on parvient à exploiter de nouvelles ressources, prélevées au dehors
>de la planète, je ne vois pas où est le mal et pourquoi l'on devrait s'en
>priver?

Que fera-t-on lorsque l'énergie produite par cette gigantesque centrale solaire exo-terrestre sera insuffisante pour subvenir à notre gloutonnerie énergétique?

On ira coloniser d'autres planètes?

Et si on ne trouve pas? Si ça ne marche pas?

Je ne suis évidemment pas "viscéralement rétif" à tout progrès, sinon je n'utiliserais pas internet et je ne reconnaîtrais pas ma difficulté à me séparer de mon téléphone portable. Mais je pense que notre société doit se donner des limites, sans quoi elle sombre dans la folie et la démesure (c'est déjà bien le cas).

Si vous avez éduqué des enfants vous savez que leur donner des limites est une composante essentielle pour leur équilibre psychologique. C'est exactement pareil avec nous : la planète a des ressources limitées, il faut faire avec! Lorsque nous aurons compris ça, notre civilisation pourra passer à l'âge adulte. Réaliser que les ressources de la terre sont limitées signifie non pas qu'il faut aller chercher ailleurs ce qui nous "manquerait" mais bien qu'il faut trouver un moyen de partager le gâteau existant de manière efficace, juste et humaine. Parce que c'est ainsi et seulement ainsi que nous pourrons retrouver un semblant d'humanité.

Ces ressources terrestres sont déjà gigantesques et la capacité agricole de la planète permettrait de nourrir deux fois plus d'humains qu'aujourd'hui. Le problème n'est pas la quantité d'énergie disponible ni la quantité de nourriture produite mais bien l'usage qu'on en fait et sa répartition.

Des milliers de tonnes de nourriture sont importées sous nos latitudes pour être tout simplement jetées (elles servent à remplir les rayons en fin de journée). 75% des terres arables actuelles servent à faire des céréales pour nourrir le bétail pour faire de la viande, que nous sur-consommons! (On peut très bien vivre carrément sans, ou vivre avec environ 10X moins de viande qu'aujourd'hui en Europe). Des millions de tonnes de pétrole sont importées chez nous et sont gaspillées en pure perte dans des véhicules trop gros et complètement sous-utilisés (1 personne là où on pourrait en mettre 4 ou 5), sans parler des millions de camions qui transportent des marchandises inutiles (sur-consommation d'objets et d'habits, fraises en hiver, etc.)...

Alors oui, je suis viscéralement rétif à la fuite en avant technologique là où nos comportements et nos systèmes économiques sont complètement aberrants! QUi sait si votre station solaire ne créera pas de gigantesques zones d'ombre ou aura d'autres effets secondaires hyper problématiques?

C'est comme les OGM, le nucléaire, les nanotechnologiques et toutes ces autres techniques dangereuses qui devraient "tout résoudre" : nous n'en n'avons tout simplement PAS BESOIN. Nous pouvons et nous devons tous retrouver nos capacités d'auto-limitation. C'est loin d'être insurmontable, et c'est surtout bénéfique pour tout un chacun. Vivre avec moins de biens et plus de liens n'est pas une privation mais bien la redécouverte qu'avec peu de choses, on peut être bien plus heureux que dans cette espèce de sur-abondance et d'obésité énergétique, calorifique et sur-consumériste.

Alors vos projets fous de scientifiques peuvent peut-être vous faire rêver sur un plan purement théorique (et pourquoi pas?), mais j'ai confiance en la capacité de l'homme de comprendre que nous sommes allés trop loin et que penser un monde différent est non seulement nécessaire, mais surtout absolument désirable.

Joyeux Noël.

Écrit par : Sandro Minimo | 26/12/2008

Sandro, éduquer des enfants consiste selon moi à leur apprendre qu'il y a des limites et qu'il en coûte de les franchir, mais que l'on peut aussi chercher à les dépasser. Non pas en trépignant et en hurlant "Je veux", mais en réfléchissant, en imaginant et en travaillant à cela. Et que si l'on se plante, les conséquences peuvent être lourdes.
Votre discours sur les limites de la Terre et les excès de la consommation, j'y adhère au moins à 85%. Les 15% restant pouvant se résumer à: "Il n'y a pas que la nourriture dans la vie". Allez voir d'ailleurs le site du Monde aujourd'hui, il y a un très intéressant papier sur le rôle de l'agriculture (blé depuis 8000 ans, et surtout riz depuis 5000 ans) dans le réchauffement climatique, qui nous a au demeurant évité l'âge glaciaire dans lequel nous devrions être rentré, selon les cycles d'oscillation de la planète sur son orbite solaire.
Pour le reste, je maintiens, persiste et signe. Tant que nous n'avons pas trouvé d'autre sources d'approvisionnement dans l'espace, évidemment qu'il faut tenir compte des limites de la Terre. Mais sans renoncer à rechercher ailleurs d'autres sources d'approvisionnement.
L'être humain n'est pas un animal comme les autres. Ou plus exactement, il est un animal capable de prouesses impossibles aux autres. Ce n'est pas pour rester sagement dans sa niche écologique sans plus en sortir. Il doit en sortir. C'est ma conviction profonde. Mais de manière intelligente et sans tout détruire autour de lui.
Votre point de vue, pour respectable qu'il soit, est un point de vue absolutiste. En cela, il est déjà, selon moi critiquable, car je suis personnellement pour la quête du juste milieu. Les meilleures solutions sont très rarement les plus extrêmes. Et lorsque cela arrive, c'est nécessairement à très court terme. Pour mettre fin à un problème et changer de paradigme. Pas pour établir un nouveau mode de vie.
Vive donc la régulation et la canalisation de la croissance. Mais de grâce, laissons la porte ouverte au futur, à la science, au progrès et à l'espérance.
Excellentes fêtes de fin d'année, donc, mais sans trop d'excès ;-)

Écrit par : Philippe Souaille | 26/12/2008

Tout les discours de Sandro,même ceux qui peuvent être pertinant,ne tiennent pas la route tant que ce dernier estime qu'il faille sortir du capitalisme économique.L'humanité ne peut pas prospérer avec la faillite,la pauvreté et la misère.Je le répète.Si la croissance ne résout pas tout les problèmes,son absence n'en résout aucuns.

Sandro à des modèle de sociétés qui ont refuser le capitalisme,le marché et le progrès sous ces yeux,comme la Corée du nord ou le Zimbabwé et il persiste encore a vouloir les appliquer chez nous.

D.J

Écrit par : D.J | 26/12/2008

Les commentaires sont fermés.