18/12/2008

La démocratie, c'est le peuple. Mais quel peuple ?

En prévision du prochain vote sur l'extension des bilatérales, l'extrême gauche et l'extrême droite tirent à vue sur la démocratie à l'européenne qu'elles qualifient « d'Empire ». En citant l'exemple de la France et de l'Irlande, où l'on fait revoter sous une forme ou sous une autre les référendums.

D'abord j'aimerais trappeler qu'en Suisse aussi, il nous arrive de revoter plusieurs fois sur la même question, après quelques modifications cosmétiques, et même assez souvent. D'ailleurs, en proposant des lois qui remettraient en cause les traités internationaux déjà votés par le peuple, le MCG ne fait pas autre chose.

Ensuite, les commentateurs s'accordent sur la disparité des raisons ayant amené au Non lors des référendums européens. En France, les nonistes de droite étaient clairement souverainistes mais les nonistes de gauche disaient vouloir davantage d'Europe, d'une Europe plus sociale et solidaire. Sans oublier tous ceux qui votaient non juste pour emm... leur Gouvernement. Il n'y avait certainement pas une majorité d'anti-européens.

C'est d'ailleurs pourquoi l'initiative de Sarkozy, de faire revoter en congrès et en congrès uniquement a été assez généralement saluée car elle permettait de sortir de l'impasse. Aujourd'hui, les Français se doutent bien que sans l'UE, les conséquences de la crise seraient encore pires.

Cela étant la prise de décision par un congrès ou par une Assemblée (ou un Conseil) national est tout aussi démocratique que la démocratie directe, puisque ce ce sont des représentants du peuple qui décident. L'éviction de Blocher par le Parlement est l'exemple même de ce que ces choses se passent aussi en Suisse. Accessoirement, en cas d'élection par le peuple, 30% seulement de partisans ne permettent pas forcémment une élection à l'exécutif. Loin de là. Tout dépend du système choisi, et aussi du taux de participation. Tous ces éléments constitutifs de la démocratie, qui en modifient les contours.

 

Mais le plus important, c'est de déterminer qui est le peuple...

Naturellement, les individus qui composent le peuple ont chacun tendance a voter en fonction de leurs intérêts personnels à court terme, alors que l'on peut espérer que des élus parlementaires de qualité aient une vision plus globale et à plus long terme de l'intérêt général...

Ce qu'essaie de construire l'UE, c'est une structure au sein de laquelle, peu à peu, les gens se sentent intégrès, quelle que soit leur nation d'origine. Un peu comme en Suisse, où les cantons se sont peu à peu agglomérés les uns aux autres. Pas toujours de manière pacifique, rappelons-le puisque contrairement à l'UE, plusieurs cantons furent conquis par les armes. Et que plusieurs autres, ou parfois les mêmes, furent longtemps gérés de manière parfaitement aristocratiques.

En Suisse aussi, il y a des règles qui font que l'intérêt de l'ensemble prime sur l'intérêt particulier. La péréquation fiscale intercantonale, par exemple, détail fondamental, est votée dans un cadre national. Un canton, pris individuellement, ne peut pas s'y opposer. Sinon cela ne marcherait jamais, les cantons riches ne seraient jamais d'accord de payer. Surtout si c'est pour subventionner les cantons pauvres, qui peuvent grâce à cela faire du dumping fiscal...

Idem au niveau des communes. La péréquation intercommunale est discutée entre les communes, mais sera ensuite votée au niveau cantonal. Sinon, cela ne marcherait pas. Si le peuple était, non pas l'Etat national, mais la commune, voire même, pourquoi pas, le quartier, les peuples de Cologny et de Champel, refuseraient évidemment de partager leurs ressources abondantes avec le peuple des Pâquis ou de Plainpalais.

Il en résulterait des jalousies et des conflits à n'en plus finir, des barrières douanières à chaque coin de rue, un pourrissement de l'ambiance indéniable. Bref le Moyen-âge dans toute sa splendeur.

Le peuple en soi, dont se réclame abondament l'extrême-droite quand ça l'arrange, n'est pas une donnée magique ou sacrée. C'est un ensemble d'intérêts égoïstes à géométrie variable auquel on a donné le pouvoir de limiter l'égoïsme des rois et des conducators. Ou de ceux qui rêveraient de le devenir.

Si je suis pro-européen, ce n'est pas parce que je possède aussi un passeport européen. C'est parce que je considère, en tant qu'être humain, subsidiairement suisse, que l'extension de la notion de peuple au niveau européen est une avancée qui va dans le sens de l'histoire, qui limite les égoïsmes et qui permet de traiter certains problêmes à une meilleure échelle. Et que c'est en tant que membre que l'on aura le plus de chances de la faire évoluer dans le bon sens, en lui apportant notre savoir faire en la matière.

Commentaires

Je suis pro-européen et me sens européen au sens où tu l'entends : extension de la notion de peuple qui va dans le sens de l'histoire et qui limite les égoïsmes.
Ce que je déplore c'est le pâlissement croissant d'un leadership politique européen depuis plus de trente ans qui a culminé par la capitulation devant les marchands de tapis qui eux finissent toujours par se mettre d'accord. Il est grand temps que le politique reprenne le dessus sur l'économique et de veiller que de chaque extension de l'Europe ne corresponde pas à une dilution supplémentaire de la primauté du politique.
Y a-t-il encore des leaders européens potentiels en mesure d'incarner cette suprématie du politique sur l'économique ? j'en vois deux : Bayrou et Cohn-Bendit....mais leurs formations politiques sont encore très minoritaires.

Écrit par : pierre losio | 18/12/2008

"En citant l'exemple de la France et de l'Irlande, où l'on fait revoter sous une forme ou sous une autre les référendums."

Oui, en France, ou quand le peuple refuse le traité européen, le parlement en revote une version quasi identique car le peuple n'a "pas tout compris" et le media n'ont pas su être asser "pédagogue".

Écrit par : Djinius | 18/12/2008

"Aujourd'hui, les Français se doutent bien que sans l'UE, les conséquences de la crise seraient encore pires."

C'est un mensonge éhonté. Et vous osez parler au nom "des Français"! Quelle arrogance!
Dans les faits:
Quels sont les pays européens qui s'en sortent le mieux actuellement: la Norvège, la Suisse, la Suède et le Danemark. Les deux premiers ne sont pas dans l'ue, les deux derniers ne sont pas dans l'euro. Avec l'ue les conséquences sont bien pires.

"Cela étant la prise de décision par un congrès ou par une Assemblée (ou un Conseil) national est tout aussi démocratique que la démocratie directe, puisque ce ce sont des représentants du peuple qui décident."

Non, en aucun cas. En aucun cas représentant du peuple et peuple lui-même ne sont équivalents. Cela signifie clairement que nous n'avons pas la même conception de la démocratie et que votre soi-disant "démocratie" n'est en fait qu'une oligarchie doublée d'une ploutocratie.

Vous avez peut-être le passeport suisse, mais en aucun cas la mentalité. La Suisse s'est construite contre un empire, la France rêve d'un empire.

"la capitulation devant les marchands de tapis"

Rien de changé sous le soleil, c'est comme ça depuis le début. Il faut être naïf pour avoir cru le contraire.
Dans tous les cas votre mépris du peuple est évident. Et donc votre mépris de la démocratie.

Une autre idées reçue à laquelle il faut tordre le cou. La Suisse est plus ouverte que l'ue. 20% d'étrangers, 50% à Genève, taux inconnus partout ailleurs en Europe, et pas de barrière électronique (comme au sud de l'Espagne), pas de murs aux frontières...

Écrit par : Johann | 18/12/2008

Bien de rappeler l'utilité et le fonctionnement de notre démocratie. On aurait parfois tendance à l'oublier: la démocratie est facteur de paix et de prospérité collective.

Écrit par : hommelibre | 18/12/2008

Piero et Johann, vous commettez la même erreur. A des gradations diverses, of course. L'UE n'est pas la France, elle est l'Europe. Il faut donc aller chercher aussi les politiciens ailleurs. Et ce n'est parce que Sarko fait son show qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain.
Les politiciens français font à l'égard de Bruxelles le même type de complexe de supériorité-infériorité que leurs homologues genevois vis à vis de Berne. L'UE n'est pas un Empire mais une confédération et ce n'est pas facile de se mettre d'accord. Surtout qu'il n'y a jamais eu de Napoléon pour imposer un acte de médiation mettant tout le monde d'accord.
Donc au sein de l'UE, on commence par se mettre d'accord sur le plus petit commun dénominateur et ensuite, on élargit. Et ce PPCD, c'est le business. Mais ce n'est pas à toi Piero, qui est en train de voter le budget que j'apprendrai l'importance de maîtriser le nerf de la guerre.
Cela dit, l'UE c'est aussi énormément d'autre chose, de la politique agricole à l'aide au cinéma, en passant par la ferme incitation à l'acceptation des règles de la démocratie chez les nouveaux membres etc...
Réduire 50 ans de boulot tous azimuths à des histoires de marchands de tapis, c'est... éminement réducteur.
Et puis Johann, si Genève a 50% d'étrangers, Genève n'est pas toute la Suisse. Et si la Suisse n'a pas de barrière électronique ou de mur à ses frontières aujourd'hui, c'est bien parce qu'à ses frontières elle a l'UE et pas le Maghreb ou la Biélorussie.
J'ajoute que je parlais de la crise et du comportement face à elle. Pas de l'état des choses avant la crise. Maintenant il faut voir quels sont les causes des succès dont vous parlez: La Norvège est gavée de pétrole, la Suède a un système social très particulier, la Suisse sa place financière et son secret bancaire, le Danemark, j'ignore quoi, faudrait demander à Blondesen ? Accessoirement ce sont de petits pays qui tous profitent de la protection de la grande Europe. Parce que l'UE, cher Johann, c'est aussi entre autres la meilleure protection anti-guerre qui soit.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/12/2008

Il faut regarder la vérité en face : L'UE est un conglomérat de pays en faillite ! Avec la crise mondiale actuelle, les tiraillements vont se décupler, les engueulades aussi, les frontières seront, un jour ou l'autre rétablies, le rêve de certains sera terminé et ce projet ingérable sera caduque ! La fin de l'UE n'est certainement pas une illusion mais, vu les difficulés que rencontrent les dirigeants de ces pays, cela pourrait être proche ! Je vous rappelle qu'il n'existe toujours pas de constitution dans cette "grande puissance" ! Les technocrates de Bruxelles auront terminés de pondre leurs inepsies (courbures des concombres, diamètre des oranges, des cerises et des fraises, etc) et seront à la charge des citoyens en s'inscrivant au chômage ! Il faut surtout souhaiter que l'on reprenne pas les mauvaises idées d'autrefois car, si un nouveau "Adolf" arrive, on est pas sortis de l'auberge.

Écrit par : Octave Vairgebel | 19/12/2008

Cher Monsieur Souaille,
Vous avez une vision de la démocratie sélective, si le peuple vote dans votre sens, il est intelligent, capable de passer par dessus les intérêts particuliers. Dans le cas contraire, il faut changer le peuple. C'est exactement ce qu'ont fait les français. Le peuple a dit non a un projet de "constitution" pour l'Europe, alors on décide que le congrès revotera en prétextant qu'ils sont les représentants du peuple puisque élus. C'est un mensonge digne d'une dictature.
Comparer la construction de la confédération helvétique avec celle de l'Europe est une ineptie de plus. La Suisse s'est faite AVEC les peuples, par contre eux!
Chaque entité politique qui s'est construite sans les peuples s'est vue avoir un démantèlement dans des guerres civiles. L'ex Yougoslavie et l'URSS en sont des exemples récents!
Que se passera-t-il si les irlandais disent une seconde fois non?
N'est-il pas vrai que l'Irlande a obtenu de nouvelles conditions si elle adhère au traité de Lisbonne? Qu'en pensent les "petits" pays qui ont déjà ratifié ce traité? N'ont-ils pas le sentiment de s'être fait avoir?
En fait vous rêvez d'une Europe où les fonctionnaires pourraient tout décider sans les peuples en étant grassement payés.
Vous trouvez des raisons au succès des pays européens soit non-membres de l'UE soit membre "partiel". Vous prétendez par exemple que ces pays profitent de la grande Europe et de son marché. Savez vous que la Suisse a un important déficit commercial avec l'Europe? Que nos 7 millions de consommateurs achètent plus de bien à l'Europe que les plus de 300 millions de consommateurs européens n'achètent à la Suisse? La différence entre les pays cités plus haut (Suisse, Norvège, Suède et Danemark) ne vient-elle pas justement du fait que se sont des démocraties où les peuples ont un peu plus de droits?

Écrit par : salegueule | 01/01/2009

"le Danemark, j'ignore quoi, faudrait demander à Blondesen ?"

La flexisécurité qui dope le marché de l'emploi.

D.J

Écrit par : D.J | 01/01/2009

Je trouve effectivement le peuple plus intelligent lorsqu'il vote dans le même sens que moi. Mais n'est-ce pas humain? J'essaie en tout cas, M. Von Dach, alias Sale Gueule, qui défendez si obséquieusement les thèses de l'UDC, d'être objectif et de ne pas tenter d'enduire d'erreurs ce bon peuple comme vous le faites assez systématiquement.
Dans l'un de vos nombeux post anti UE, vous prétendiez que le secret bancaire est né pour défendre les juifs du nazisme, ce qui est historiquement faux. le secret bancaire est mentionné pour la première fois par la loi genevoise en 1761 pour protéger... les flux financiers du Royaume de France. Et lorsqu'il prend sa forme moderne en 1934, c'est d'abord pour protéger les fortunes françaises et espagnoles apeurées par la montée des gauches. Les premières lois antijuives ne seront votées en Allemagne qu'en 1935... Vous m'en rendez acte et dites avoir confondu avec les comptes à numéro... Qui ne sont aujourd'hui plus en vigueur, car ils ont autant servi à spolier des juifs aux abois qu'à les protéger...
Quant à ce qui est de l'histoire suisse et de l'UE, laissez moi rire. L'UE n'a conquis aucun pays et tous jouissaient de leur plus complète souveraineté nationale et de gouvernements élus lorsqu'ils ont demandé à en devenir membres.
Aucun pays n'a été contraint par la force d'y rester. Ce qui est très très loin d'être le cas de la Confédération Helvétique. Pour mémoire, les Vaudois furent longtemps colonie bernoise, conquise dans le sang et celui des bourguignons qui colora si fortement les eaux du Lac de Morat était bel et bien du sang majoritairement vaudois. Le Tessin de même fut conquis par les armes, sans oublier la guerre du Sonderbund, les évènements qui précédèrent la soupe de Kappel et quelques autres... Y compris des terres qui furent conquises, puis rendues, en Savoie et en Italie du Nord.
J'ai beau être double-national Monsieur, il se trouve que je semble connaître l'histoire suisse nettement mieux que vous. A moins que votre méconnaissance ne soit qu'artifice pour tenter de tromper ce bon peuple, que vous prétendez chérir plus que tout, à l'image de l'UDC...
Quant à ces pays qui se trouvent mieux hors de l'UE ou de la zone Euro, selon Johann, c'est sans doute pourquoi plusieurs d'entre eux frappent soudainement à la porte, comme l'Islande (qui rentrerait bien dans l'UE et dans l'Euro à la fois) mais aussi le Danemark que vous citez, et même la Grande-Bretagne, qui se tâte au point que Downing Street s'est fendu d'un démenti maladroit face aux rumeurs croissantes... ce qui n'a pas empêché la Livre de passer sous l'Euro !

Écrit par : Philippe Souaille | 01/01/2009

Les commentaires sont fermés.