01/01/2009

Les accords de paix de Bételgeuse

Récemment, sur le blog d'Homme Libre, quelques-uns de mes amis, sionnistes et anti-sionnistes, se sont pris de bec au sujet du concept d'ethnocentrsime. Pour aider chacun à mieux comprendre ce qu'est l'ethnocentrisme, voici cette petite blague qui n'est pas de moi, qui date un peu, et qui raconte la signature des accords de paix entre la Fédération Terrestre et l'Empire de Bételgeuse.  Une paix qui mit fin à deux siècles de sanglants conflits interstellaires. 

La scène se déroule sur l'un des satellites artificiels gravitant à trois parsecs d'Alpha Centauri. Les paraphes et les sceaux ont été apposés dans un hologramme tridimensionnel résumant 350 Terraoctects de données... et plusieurs années de négociations. La chose étant signée, les convives se réunissent autour d'un gigantesque banquet rassemblant les mets les plus rares et les plus délicats des deux empires célestes, qui se sont fait la guerre sans jamais avoir réellement pris le temps de découvrir comment c'était chez l'autre.

Aux fromages (accompagnés de limaces bleues de Bételgeuse en friture), l'athmosphère s'étant sérieusement détendue (le wermouth sec vénusien y est pour quelque chose) les Terriens s'enhardissent à demander comment se déroule la reproduction chez les Bételgeusiens. Ils n'ont en effet jamais réussi à percer ce mystère qui les intrigue au plus haut point. Un ange passe, car tout le monde sait bien que quelques prisonniers bételgeusiens ont été découpés en rondelles au laser sur le billard pour essayer de percer l'énigme, mais en vain.

C'est alors que le sage parmi les sages, le plus ancien des bételgeusiens présents se dévoue et commence à expliquer le fleuve Tabou, qui coule dans la région la plus sacrée de leur planète originelle et qui rentre tout entier dans ce qui ressemble fortement à une grande usine.  Après avoir passé un permis spécial et économisé plusieurs années, tous les bételgeusiens adultes qui le désirent peuvent se rendre à l'usine et accéder au tableau de commande sur lequel ils peuvent opérer leur sélection. Le choix est vaste et les options nombreuses: premier sexe, deuxième sexe, troisième sexe, quatrième sexe... couleur de l'épiderme, forme du cerveau, musculature, etc...  Dix minutes après la fin de la sélection, sort un bébé bételgeusien sur le tapis roulant...

Les Terriens sont un peu estomaqués et hésitent, lorsque les bételgeusiens leur demandent de s'expliquer à leur tour... Cela fait un peu primitif à côté. Ils se poussent du coude, gênés, mais comme les bételgeusiens insistent, la Ministre de la Santé se dévoue. C'est une femme très digne qui en a vu d'autres et qui commence à expliquer ce qu'est l'amour, ce tendre sentiment, déclenchant des sourires étonnés puis carrément des commentaires égrillards (disponibles en traduction simultanée) des bételgeusiens lorsqu'elle en vient à préciser qu'il faut que l'homme et la femme se mettent nus, du moins en principe. Là certains bételgeusiens éclatent de rire, il y en a même qui roulent sous la table lorsque la Ministre de la Santé évoque le baiser langoureux des amants... Vexée, la Ministre de la Santé s'interrompt.

Hoquetant de rire, parvenant difficilement à garder son calme, le vieux sage bételgeusien l'excuse alors gentiment: « ça va ça va, ce n'est pas la peine de continuer, on a compris, chez nous, c'est ainsi qu'on fait les voitures... »

Ce qui me fait penser à la réflexion que je m'étais faite, à l'issue d'une vaste enquête sur la circoncision, menée pour le Journal de Genève. Quelle que soit la religion d'origine, tous les hommes circoncis se trouvaient mieux ainsi et tous ceux qui ne l'étaient pas préféraient ne pas l'être. Chacun, en les poussant dans leurs derniers retranchements s'avouant convaincus, qu'ils soient circoncis ou ne le soient pas, qu'ils étaient de meilleurs amants, grâce au fait de l'être ou de ne pas l'être. C'est très exactement cela l'ethnocentrisme. Et il est tout à fait salutaire d'être conscient que cela existe.

Lorsque nous pensons à l'étranger, qu'il soit chez nous ou chez lui ou n'importe où ailleurs, il ne faut jamais oublier que ce que nous pensons est conditionné par ce que nous sommes. Par notre culture, notre éducation, nos réflexes, notres environnement, qui modifient nos perceptions. De même que l'étranger ou simplement l'autre, est conditionné par ses perspections et ses habitudes à lui. Ou à elle...

Cela ne signifie pas que lui a raison et nous tort ou l'inverse, ou que nos valeurs sont supérieures ou inférieures aux siennes. C'est juste que ses coutumes sont différentes et que différentes raisons le poussent à agir différemment de nous. Rien de plus et rien de moins. Cela s'apelle l'ethnocentrisme, et cela veut juste dire que notre culture est ce qu'elle est et que nous en sommes le fruit. Il se trouve que notre culture est appelée à évoluer, qu'elle n'est pas parfaite, ne l'a jamais été, et ne le sera sans doute jamais. Elle est évolutive. Tout comme la culture de l'étranger.

Certaines choses paraissent plus utiles, plus pertinentes dans notre culture, d'autres plus efficaces ou plus amusantes dans la culture de l'autre. Il faut essayer de les appréhender avec l'ouverture d'esprit qui convient. Mais en aucun cas cela ne signifie que la culture de l'autre est forcément meilleure... Pas plus que la nôtre. Par ailleurs, si l'étranger veut s'établir chez nous, il a tout intérêt à adopter peu à peu nos habitudes et nos façons de voir. Quitte à nous offrir quelque unes des siennes en échange, si elles en valent la peine...

C'est cela l'ethnocentrisme et rien d'autre. En aucun cas cela ne doit conduire à accepter par exemple la charia en Europe, comme l'indiquait récemment l'un des bloggueurs de la Tribune. Il ne faut pas confondre le fait de reconnaître l'existence de l'ethnocentrisme, et des prismes qu'il met à notre vision du monde, avec le fait de baisser son pantalon devant des coutumes qui ne nous conviennent pas.

 

Commentaires

Voici un retour réjouissant: intelligent et utile à la fois, comme d'habitude ... et amusant en plus.
Merci.

Écrit par : Mère | 01/01/2009

Ah, Philippe.... Les limaces bleues de Béthel-Gueuze (Gueuze = bière belge prisée des Maures, une fois) en fritures, je deviendrais hindouiste pour un plat de limaces bleues, même que je mettrais un turbo- euh un turban (sic). Je deviens exo-ethnique (Dominique ou t'amer qu'ont voit danser) pour des limaces bleues. Au fait, elles ne sont pas mal aussi crues en apéritif.

Bon, pour fabriquer des voitures, finalement c'est assez simple. mais pour faire des ch'tis bébés, dur dur.

Bon, d'accord, suis pas très sérieux en ce jour de l'an. Mais j'ai une petite chansons pour clore:

"Ah cha-ria, cha-ria, cha-ria, les coupeurs de mains à la lanterne, ah cha-ria, cha-ria, cha-ria, la théocratie on la pendra".

Écrit par : hommelibre | 01/01/2009

Homme libre(je doute fort que vous êtes libre)je suis en train de dormir debout par votre chanson, vous n'êtes pas seulement chanteur mais un compositeur aussi,BRAVO.
J'ai envies de vous posez une question si vous permettez:Combien ceux qui ont étés coupés leurs mains dans le monde islamique pendant la dernière décennie, et combien de mort de froid en Europe et l'Amérique du nord pendant ce temps?

Écrit par : djilani ftelina | 02/01/2009

Djilali, vous nous faites là un magnifique exemple d'ethnocentrisme. Sur ce coup, l'Homme libre n'est pas compositeur, ayant emprunté l'air à la très célèbre Carmagnole, que vous ne devez pas connaître.
Quant à votre comparaison vaseuse entre le froid de l'hémisphère nord et la charia qui impose l'aumône au mezkine et aux mendiants, elle ne tient pas vraiment debout. Permettez moi de paraphraser en retour un célèbre proverbe arabe, marocain je crois: un mesquin trouve toujours un plus mesquin que lui!
L'aumône est faite aux mendiants en Occident et même un peu plus. Je ne sache pas qu'il existe dans l'Oumah des structures d'accueil aussi diversifiées que les nôtres pour les gens qui sont dans le besoin. Mais être dans le besoin au sud de la Méditerranée, c'est juste un peu moins réfrigérant qu'au sud de la Baltique.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/01/2009

"ayant emprunté l'air à la très célèbre Carmagnole, que vous ne devez pas connaître."
Qui vous a dit que je ne le connais pas? c'est là justement votre défaut, vous sous-estimer les autres, et surtout s'ils ne sont pas Européens.

Écrit par : djilani ftelina | 02/01/2009

Djilali, vous êtes fatigant. Il n'y a aucune honte à méconnaître des éléments d'autres cultures que la sienne. Personnellement bien que me piquant d'être assez cultivé, il doit exister des centaines, des milliers de mélodies arabes que je ne connais pas.
Donc vous affirmez connaître la Carmagnole. Je vous crois. C'est alors le français que vous maîtrisez mal, ce qui n'est ni un scoop, ni une exclusivité, malheureusement, sur ces blogs... Mais là encore, nulle honte à avoir, vous écrivez ma langue mille fois mieux que moi la vôtre.
Cela étant, être le compositeur d'un morceau, c'est en écrire la musique, pas en adapter les paroles. Vous n'aviez donc aucune raison de féliciter Homme Libre sur ce coup. Même s'il compose effectivement par ailleurs.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/01/2009

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