08/01/2009

La Suisse, l'UE et la Démocratie

La démocratie oblige peu ou prou le détenteur du pouvoir exécutif à tenir compte de l'avis et des intérêts du peuple qu'il dirige. Sinon il n'est pas réélu. C'est le principal avantage d'un système démocratique, quel qu'il soit, sur un système monarchique, dictatorial, théocratique ou autre. Avec ou sans démocratie directe, le principe est le même sachant simplement qu'en démocratie directe, le peuple est consulté plus souvent.

Cela étant le peuple peut se tromper. Tout comme ses dirigeants d'ailleurs. Les exemples sont nombreux de situations où des peuples, ici ou là, ou des parties importantes de ces peuples, ont élu des personnages d'aussi sinistre compagnie que le Hamas, le FIS algérien ou Adolph Hitler... Ou des imbéciles heureux comme Georges Bush. Je pars personnellement du principe qu'aucun peuple n'est plus intelligent qu'un autre. Ce qui inclut le peuple suisse et genevois, qui n'élit pas toujours que des premiers de classe...

D'ailleurs pour limiter le pouvoir de nuisance des éventuels aveuglements ou erreurs du peuple, le système suisse ne permet pas l'élection de l'exécutif fédéral au suffrage universel. Cette restriction du pouvoir accordé au peuple étant largement compensée par le droit de référendum.

Je me souviens d'un Conseiller Fédéral de mon enfance, Paul Chaudet dont tout le monde se plaisait à répéter qu'il était... con. Il circulait plein de witz sur lui, dans lesquels il tenait à peu près le rôle de la blonde ou du belge d'aujourd'hui.

J'étais trop jeune pour juger alors, mais les adultes étaient unanimes. Y compris mon instituteur neuchâtelois, capitaine à l'armée, qui m'a enseigné l'histoire suisse et l'instruction civique. Paul Chaudet n'avait pas été élu par le peuple, mais par le Parlement et par la suite, d'éminents politiciens et historiens m'ont affirmé qu'il avait été victime d'une cabbale et qu'en réalité il avait surtout du prendre des décisions très difficiles. Le Parlement, dans l'affaire, contrairement au peuple, ne s'était pas trompé.

La volonté populaire se limite souvent au concrêt à court terme, alors que gouverner c'est prévoir et donc établir des stratégies à long terme. L'autre talon d'Achille de la démocratie, d'un point de vue humaniste, c'est qu'elle n'est actuellement appliquée qu'au niveau national. Donc les gouvernements sont enclins à ne prendre en compte que les intérêts de leur propre peuple au détriment de l'intérêt général de l'humanité. Car autant la compétition entre individus, entre régions, entre nations, paraît saine et productive, autant il est malsain qu'elle ne soit pas régulée pour en limiter les effets nocifs, ne serait-ce que sur l'environnement.

 Jean Romain me faisait remarquer hier qu'à trop agîter la clause guillotine sous le nez du Guillaume Tell qui sommeille en chaque Helvète, on risquait de susciter un réflexe anti-Gessler. Qu'essaient désespérément d'attiser les ténors du MCG et de l'UDC, dont c'est le fonds de commerce. Romain a raison, mais il ne faut pas oublier que l'électeur suisse est aussi un grand pragmatique. Il vote généralement dans le sens de ce qu'il considère être son intérêt. Et son intérêt aujourd'hui est clairement dans la poursuite des bilatérales, sans qui l'effet de la crise mondiale serait d'ores et déjà beaucoup plus violent chez nous.

Cela peut paraître difficile à croire pour le chômeur Genevois qui a vu un ou plusieurs étrangers lui passer devant à l'embauche, mais sans les bilatérales, le poste visé n'existerait peut-être tout simplement pas, et la question qui se poserait serait de savoir avec quel argent on va lui payer ses indemnités de chomâge ?

L'UE, en tant que telle, n'agresse aucunement la Suisse et respecte ses choix démocratiques et les accords passés. Seulement, si la Suisse rejette les accords passés, comme la Suisse a malgré tout un besoin vital d 'accords avec le marché de 490 millions d'habitants qui l'entoure et absorbe 75% de ses exportations, l'UE en profitera pour tout renégocier. Sur de nouvelles bases. C'est on ne peut plus normal et légitime.

De même, le refus de l'extension de ces accords passés aux nouveaux membres que l'UE a décidé d'accepter serait une remise en cause de ces accords. Ce n'est en effet pas à la Suisse, pays non-membre de dire à l'UE qui elle doit acepter ou non. De même que l'UE ne se permettrait pas de dire quel canton a ou non le droit de bénéficier des-dits accords. Ou de refuser à la Suisse le droit d'accueillir un nouveau canton... ou de signer un accord bilatéral avec un Etat tiers, ce dont la Suisse ne se prive pas, même si ce n'est pas forcément dans l'intérêt de l'UE.

De même, prétendre que l'UE ferait un chantage aux bilatérales sur les 60 tonnes est mensonger. Les 60 tonnes ne sont pas dans les accords et l'UE ne peut pas les remettre en cause comme ça. Le respect des traités est la base du droit international. L'UE peut bien sûr demander un amendement, mais la Suisse sera libre de le refuser... ou d'obtenir quelque chose en échange, si elle le juge utile. C'est à elle de décider, souverainement.

Tant que nous ne serons pas membres de l'UE, nous devrons nous contenter de ce type de rapports donnant-donnant. Ce n'est ni plus ni moins que du commerce et c'est nous qui l'avons voulu ainsi. L'alternative aurait été d'entrer dans le club afin de pouvoir peser démocratiquement sur ses décisions, y compris par un droit de veto en certaines occasions, mais tel n'est pas le cas.

De même, les attaques sur le secret bancaire sont le fait de politiciens européens isolés, qui travaillent dans le sens de leur intérêt personnel... et de celui de leurs électeurs qui généralement, dans leur majorité, n'ont pas de comptes en Suisse. Si la majorité des électeurs allemands avaient un compte en Suisse, le Ministre allemand des Finances trouverait ça super... Et c'est très exactement cela, la démocratie.

Certains détracteurs de l'Union Européenne, dans ces blogs, osent prétendre qu'elle est un empire anti-démocratique et qu'aucun de ses peuples n'a été consulté sur l'adhésion. C'est un horrible mensonge de plus. Tous les peuples membres de l'UE ont été consultés démocratiquement. Soit, pour la plupart des nouveaux membres, par référendum, au moment de l'adhésion, soit pour les anciens membres, lors de référendums précédents, comme Maastricht, par exemple, et enfin, bien sûr, par le biais des élections qui se déroulent régulièrement dans chacun de ces pays et dans lesquels se présentent, presque à chaque fois, des partis anti-européens. Qui ne sont jamais majoritaires ou qui lorsqu'ils le deviennent, comme cela a pu être le cas en Norvège refusent l'UE, ou en sortent provisoirement pour y revenir ensuite à la suite d'un changement de majorité, donc d'un changement d'avis du peuple, comme dans le cas du Danemark.

Quant au refus de la constitution par la France, il est patent qu'il fut l'effet d'une conjonction de facteurs qui n'étaient de loin pas tous liés à l'Europe. Surtout, un nombre tout à fait considérable de gens ont dit non à cette constitution qu'ils trouvaient manquer de sens social, mais en aucun cas non à l'Europe. Notamment tous les nonistes de gauche qui prétendaient avoir un plan B. Un peu comme l'UDC aujourd'hui qui prétend qu'il suffira de renégocier simplement ce qui nous arrange. Parce que bien sûr, les Européens sont tellement tristes sans nous qu'ils seront prêts à toutes les concessions. Et qu'on peut claquer la porte au nez de son voisin sans qu'il en prenne ombrage.

Quand le voisin est un bon géant, mais géant tout de même de 140 mètres de haut (la hauteur du jet d'eau c'est à peu près les proportions) et qu'on lui vend les ¾ de ce qu'on vend à l'extérieur, il me semble plus malin de ne pas le prendre pour un idiot.

Commentaires

Cher M. Souaille,

Ne croyez-vous pas que celui qui commet la plus grossière erreur c'est ce législatif fédéral qui a cru très intelligent de lier les deux sujets en un seul vote?

Il semble bien que ce viol électoral mérite bien une petite leçon ou une piqûre de rappel de ce qui constitue notre système, le Peuple décide.

On sait bien que les jacobins de votre mouvances ne rêvent que d'une chose, centraliser à tel point que la Suisse sera bientôt à l'image de son lait, pasteurisée!.

J'espère bien que nous serons majoritairement là pour rappeler ce qui fait que la Suisse est Suisse et que l'ensemble qui nous borde n'a ni de leçon à nous donner ni d'ukase à nous lancer du haut de son arrogant encerclement territorial.

Malheureusement, vous oubliez, faute d'enracinement peut-être, que ce qui fait notre pays et sa raison d'être est son extraordinaire résistance à l'encerclement. C'est même son dopant! Hier les habsbourgs aujourd'hui le mirage communautaire, ainsi va le monde et l'histoire européenne.

N'oubliez jamais que seuls les faibles s'enditifient au plus fort et que les plus vaillants sont en première ligne de la résistance.

Les intérêts à court terme ne font jamais la fortune à long terme, n'importe quel banquier privé vous le confirmera. Il est vrai que vous êtes plutôt dans le camp de la BCGe. Ceci explique certainement cela.

Écrit par : St Just | 08/01/2009

A Saint-Just, qui m'écrivez depuis une adresse couriel française, (drôle d'enracinement), permettez-moi tout d'abord de préciser que vous ne savez rien de mes accointances bancaires, qui pourraient vous étonner.
Sur le fond, même si mon parti avait soutenu la dissociation (sans doute à cause de la grande prudence de son président), la réunion des deux questions est certes peu élégante, mais ne me gêne pas outre mesure, pusque de toute manière l'une ne va pas sans l'autre.
Dans l'article 24 des accords bilatéraux (publics, signés et déjà approuvés par le peuple) il est clairement mentionné que les accords s'appliquent à tout le territoire de l'Union européenne où s'applique le traité fondateur de l'UE. Ce qui inclut très clairement les nouveaux membres.
L'article 25.4 précise lui que si on refuse un morceau des accords, ce qui est du droit de chacun, on en refuse l'ensemble.
Par ailleurs, quand bien même il y aurait eu viol électoral (je dirais plutôt simplification et économies), votre piquûre de rappel s'adresse non pas tant aux partis concernés qu'à l'ensemble de l'économie, des travailleurs et des citoyens de ce pays. C'est tout le problème.
Moi je n'appelle pas cela une piqûre de rappel, mais bien plutôt se tirer une balle dans le pied. Voire une véritable rafale, si ça se trouve.
Quant à vos arguments héroïques, je les trouve juste désuets et obsolètes. Tous les pays du monde se sont construits dans la guerre et l'affrontement au voisin. Cela ne les a rendu ni plus malins, ni plus intelligents. Et je vous rappelle juste que côté résistance au voisin la Suisse a vécu sous la protection du Royaume de France depuis 1515 jusqu'à la Révolution, après conclusion d'un traité d'alliance perpétuelle. Livrant à Paris ses mercenaires, pour des guerres que finançaient les banquiers genevois qui n'étaient pas encore suisses...
Votre lecture de l'histoire pour dessin animé hollywoodien est un peu simpliste et de plus grossière. Ceux qui ont imaginé l'union de l'Europe ne s'identifiaient pas au plus fort. Beaucoup d'entre eux sont morts pendus par les nazis, certains à des crocs de boucher. Les survivants ont eu le courage d'oser la réconciliation et parmi eux, un Suisse Denis de Rougement, occupe une place centrale.
L'Union de l'Europe est un idéal, Monsieur, qui a pris modèle sur un petit pays bizarre où les gens parvenaient à s'entendre en dépit du fait qu'ils parlent des langues différentes, pratiquent des religions différentes (ou n'en pratiquent pas) et conservent une certaine autonomie tout en se fondant dans un ensemble plus grand. Avec en plus une passion pour la neutralité et le consensus pacificateur.
Ils auraient pu nous emprunter en plus la démocratie directe, mais chaque chose en son temps...
Dans le repli identitaire des partisans du Non, je vois moi surtout de l'égoïsme, le refus de l'autre et des rodomontades. Maintenant, si l'UDC a envie de se prendre la plus grande déculottée de son histoire aux élections qui suivront une éventuelle victoire du Non, parce qu'entretemps, la situation aura vraiment commencé à se dégrader, c'est son problème.
Par contre, faire payer à tout le pays les conséquences de son aveuglement, là je ne suis pas d'accord.

Écrit par : Philippe Souaille | 08/01/2009

Mon cher Philippe, plus vous argumentez, plus vous vous enfoncez.
Que de menaces, que de peurs inutiles.
Je me demande si les suisses, par leurs votes, peuvent encore dialoguer entre eux et leur gouvernement ou bien à chaque fois, cela servira de prétexte aux technocrates ?

"Moi je n'appelle pas cela une piqûre de rappel, mais bien plutôt se tirer une balle dans le pied. Voire une véritable rafale, si ça se trouve."

Là ... vous dépassez (et de loin) les gentils corbeaux des affiches UDC.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 08/01/2009

Il ne s'agit pas ici de dialogue entre la Suisse et son Gouvernement mais d'accords commerciaux négociés avec des étrangers qui sont nos plus gros clients. Le peuple est libre, entièrement libre de les accepter ou de les refuser. mais il a le droit de savoir que s'il les refuse, il faudra les renégocier et que les conditions obtenues, plutôt généreuses pour la Suisse le seront très certainement nettement moins. Et que donc l'économie, donc tout le monde en pâtira.
Prétendre le contraire uniquement pour satisfaire aux appétits électoraux et au désir de revanche de l'UDC (et à la haine anti-frontalière du MCG) c'est se moquer du peuple et c'est d'un égoïsme assez monstrueux.
la Suisse, le citoyen suisse, le peuple suisse passent à la trappe dans l'histoire, chet Victor

Écrit par : Philippe Souaille | 08/01/2009

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