09/01/2009

OUI à la Bulgarie et à la Roumanie

 

Pourquoi voter OUI ? Merci à Pierre Losio de m'avoir posé la question. J'y répondrai en deux fois, et en deux temps,  puisque pour certains, il aurait fallu poser deux questions.

OUI donc, à la Roumanie et la Bulgarie. Pas seulement parce que l'article 24 des accords bilatéraux précise qu'ils s'appliquent à tout le territoire de l'UE et que l'article 25 dit que si on en refuse une partie, on refuse le tout... Cela ne justifie que le fait d'apporter une seule réponse, en un seul vote, à deux questions.

Il faut voter OUI, parce l'application des accords bilatéraux à la Roumanie et à la Bulgarie sera bénéfique à la Suisse. Je ne connais pas la Roumanie, mais j'ai tourné un film en Bulgarie il y a quatre ans. Très instructif. Ce pays est peut-être encore un peu le far west, à l'image de notre Valais bien aimé, mais il est en plein boom, en pleine reconstruction. On peut y faire de supers affaires, à condition, c'est vrai, de faire attention où l'on met les pieds.

Nous entrons dans une crise économique qui va durer 4 ou 5 ans... Dans l'immédiat, les pays les plus développés, dont le nôtre, vont frôler la récession, voire y sombrer corps et biens. Les pays émergents, eux, vont ralentir, mais devraient continuer à croître, parce qu'ils ne sont pas sur le même trend que nous. Eux ne peuvent pas se contenter de ce qu'ils ont et montrent au contraire un féroce appétit à investir et consommer des biens d'équipements vitaux, collectifs et individuels.

J'étais en Colombie début décembre pour une revue économique : on y prévoit 3 à 4% de croissance l'an prochain (au lieu de 7 à 8 ces dernières années). Idem des ex.pays de l'Est. Les jeunes Polonais, plombiers ou autres, qui avaient été plus de 700 000 à bouger en Grande Bretagne depuis 8 ans, happés par l'appel d'air d'une économie britannique en plein boom, rentrent en masse en Pologne. Parce que la Grande-Bretagne entre en récession et qu'il y a donc moins de travail là-bas et parce qu'en Pologne, au contraire, la croissance (soutenue au départ par leurs transferts d'argent) va se poursuivre et qu'il y a désormais des boulots mieux payés et toutes sortes d'opportunités pour eux.

Cette croissance, en Bulgarie et en Roumanie, nous allons en profiter, parce que nos entreprises sont déjà là-bas et vont en profiter. Pour produire, oui, c'est vrai, mais aussi pour vendre des biens et des services produits ou conçus ici en Suisse. Et pour rapporter des dividendes aux actionnaires que nous sommes tous, individuellement ou par l'intermédiaire de notre 2ème pilier.

Des Roms mendiants dans les rues, il y en avait déjà au Moyen âge, sillonant l'Europe en roulottes. Des cambrioleurs aussi. Ceux qui ont écumé la Côte ces derniers temps venaient de Géorgie, pays qui n'est pas membre de l'UE. On accuse les partisans du Oui de faire peur aux gens, mais que dire des partisans du Non, qui accusent l'Europe de tous les maux? Jusqu'à cette perle d'un blogueur qui l'accuse d'interdire le fromage au lait cru, et parle d'atteinte à la démocratie, alors que celui ci est toujours produit et vendu en France... et interdit en Suisse ! Pour des raisons sanitaires et parce que dans l'UE des gens ont refusé l'interdiction et que Bruxelles – où les gens sont élus ou désignés par des gouvernements élus - a obtempéré.

Le fait d'accepter ou non les bilatérales ne changera rien au nombre de mendiants dans les rues. Avec ou sans les bilatérales, ils n'ont pas le droit de demeurer en Suisse sans y travailler. Et quand à d'éventuels plombiers bulgares, il n'y en aura pas plus qu'il n'y a eu de plombiers polonais en Suisse, c'est à dire ceux dont a besoin notre économie, dans le respect des normes salariales en vigueur. Lors du vote sur l'extension, déjà, l'UDC avait hurlé au scandale et prévu l'invasion de notre pays ? Qu'en est il aujourd'hui ?

Répondre à cela, c'est répondre à la première question: "Faut-il reconduire les bilatérales ?" J'y reviendrai ultérieurement.

Commentaires

Vous avez super raison. Avec un vol last minute super pas cher, Fly Babboo sur Sofia , j'ai été skié à Nouvel An à Bansko, en Bulgarie. La station est super sympa, toute neuve, montée par les Autrichiens, la neige superpoudreuse avec du hors piste génial dans les Rhodoppes vierges. Il y a des réserves naturelles super tout autour, financées par la Suisse !. Le village est supermignon avec des chalets traditionnels construits là-bas en galets, de la musique tzigane à donf le soir dans les carnotzets, des brochettes de viande au paprika et du yoghourt au concombre, super diététique.
J'ai adoré. Le tout dans un Hôtel Kempinsky 5 étoiles avec un spa de rêve à 80 euros la nuit !

Écrit par : La Peuffe | 09/01/2009

M.Souaille ou Mme Soleil ? Qu'est-ce qui vous autorise à prédire une crise de 4 à 5 ans ?

Écrit par : Quo Vadis | 09/01/2009

Je vois très bien de quoi vous voulez parler La Peuffe ! J'avais visité le village il y a 4 ans. En pleine reconstruction. A l'époque les médias locaux disaient que la Suisse (la DDC) soutenait les écolos parce que nous avions peur de la concurrence! Alors que les Autrichiens, eux, effectivement, construisaient les remontées mécaniques. Cela m'avait fait rire, mais la piste noire Alberto Tomba faisait drôlement envie. Finalement, ils ont trouvé un accord qui ménage la nature, comme en Valais.
Je pense aujourd'hui que vu les prix que vous annoncez, la concurrence peut être réelle sur le marché russe, par exemple. Cela dit, nous avons une expertise à exporter, leurs montagnes ne dépassent pas 3000 mètres et la neige, paraît-il excellente, ne dure que 3 mois au maximum. Et puis le fait d'avoir aidé les écolos nous a aussi valu un vrai capital de sympathie dans ce pays où le Tourisme vert est l'une des forces principales.
Tout au long de la frontière avec la Grèce et la Turquie, anciennement avec l'OTAN; il existe un no man's land vierge et naturel, de 10 à 20 kilomètres de large, qui serpente dans les montagnes, jadis clôturé et barbelé, bourré d'ours, de loups, d'aigles et de vautours entre autres. Dans des paysages à tomber.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/01/2009

4 à 5 ans de crise, c'est l'avis général de mes amis dans les banques, vu l'ampleur de la secousse et les moyens investis pour y faire face qu'il faudra bien rembourser. Et puisqu'un blogueur me disait proche de la BCGe (ça veut dire quoi ? Je n'ai jamais été dans aucun CA en dehors de celui de ma société et de celle de mon père, à l'époque), je cite me sources: mes ami(e) donc travaillent chez JPMorgan, qui est la Banque US qui s'est le mieux tirée des soubresauts récents; Leumi, banque juive qui n'a rien perdu dans l'affaire Madoff parce qu'elle n'y avait rien mis, dirigée par une femme qui gère en vraie Mère juive, justement, avec un amour débordant pour ses enfants; B. Frank, qui pratique avec succès l'investissement durable; LODH, parangon de rigoureuse vertu genevoise (surtout depuis que le L et le le O, ont repris en main le H...); Julius Bär, qui organise d'utiles raoûts entre économistes de haut vol; sans oublier l'incontournable Pictet et les envies d'écologie de son patron; ni les petits nouveaux (à Genève) alémaniques Wägelin...
J'ai aussi un copain chez Rotschild, mais plus vu depuis quelques mois... je vais l'appeler !

Écrit par : Philippe Souaille | 09/01/2009

J'ai été très surpris par l'argument que je viens d'entendre dans la bouche du jeune Tettamanti, qui appelle à un "Non" de gauche le 8 février, en affirmant que des entreprises étrangères pourraient répondre à des appels d'offre en Suisse aux conditions salariales de leurs pays d'origine. Première nouvelle ! D'où sort-il une invention pareille ?

Cela signifierait que les mesures prévues par les accords bilatéraux et notamment en Suisse, le fait qu'une entreprise étrangère doit se soumettre aux conventions et usages en vigueur en Suisse, salaire et autres, tomberaient.
Or rien de tel n'est prévu, puisqu'il s'agit au contraire de reconduire définitivement les accords bilatéraux. Tels qu'ils existent actuellement. Qui protègent indéniablement les conditions salariales des travailleurs suisses.

C'est à mon avis juste un mensonge de plus, que j'attribue dans le cas de Tettamanti, à une sorte de fantasme malsain d'aggraver la situation dans l'espoir de se retrouver dans une situation révolutionnaire...

Accessoirement, je vois mal, à Genève, des entreprises françaises remporter un appel d'offres avec des travailleurs bossant 35 heures par semaine... D'autant que si l'on ajoute les charges sociales, la part patronale, les taxes diverses etc... pour le patron, l'heure de travail d'un employé peut-être aussi coûteuse en France qu'en Suisse. Je le sais, j'ai produit des films en coproduction, où l'on engageait des gens des deux côtés de la frontière.

Même les organisations internationales établies à Genève prévoient, dans leurs appels d'offres, le respect des conventions locales et des procédures de contrôle des entreprises sur ce point, qui doivent s'engager par écrit à respecter les usages syndicaux en vigueur pour pouvoir simplement déposer leur offre...

Alors il faut arrêter de fantasmer !

Écrit par : Philippe Souaille | 09/01/2009

La Cour de justice des Communautés européennes, dans un arrêt récent du 20 avril 2008, a clairement stipulé que, en tout cas pour les marchés publics, il ne saurait être question d'imposer aux adjudicataires dépêchant des travailleurs dans un autre pays de respecter la législation ou les conventions collectives en vigueur dans ce pays.

Le texte complet est ici : http://www.cnrs.fr/aquitaine-limousin/IMG/pdf/CJCERuffer.pdf


Le § 43 de la décision est particulièrement éloquent :

"43 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre à la question posée que la directive 96/71, interprétée à la lumière de l’article 49 CE, s’oppose, dans une situation telle que celle en cause au principal, à une mesure à caractère législatif, prise par une autorité d’un État membre, prescrivant au pouvoir adjudicateur de ne désigner comme adjudicataires de marchés publics de travaux que les entreprises qui, lors de la soumission, s’engagent par écrit à verser à leurs salariés, en contrepartie de l’exécution des prestations concernées, au minimum la rémunération prévue dans la convention collective
applicable au lieu d’exécution de celles-ci."

Autant dire que les entreprises roumaines et bulgares pourront donc participer à des soumissions pour des marchés publics suisses, en rétribuant leurs travailleurs selon les normes salariales minimales en vigueur dans leurs pays, soit, respectivement, 10 et 19 moins élevées qu'en Suisse.

C'est le droit européen, interprété par l'instance judiciaire européenne suprême, qui le dit...

Si cela ne s'appelle pas du dumping...

Écrit par : Soli Pardo | 09/01/2009

J'ai parcouru cet été la Bulgarie à pied, entre Sofia et la frontière grecques, frontière toujours infranchissable ceci-dit au passage. La DDC et l'OFEV ont fait du bon travail dans le parc du Rila et ailleurs. Par contre, les Bulgares rencontrés sont surtout convaincus que le bétonnage de Bansko et de la mer Noire rapporte beaucoup aux mafias turques et russes et très peu aux locaux, tout en défigurant le pays. Enfin, j'espère surtout que les Bulgares ne feront pas les mêmes erreurs que dans les Alpes.

Écrit par : Gummibärli | 09/01/2009

"J'ai été très surpris par l'argument que je viens d'entendre dans la bouche du jeune Tettamanti, qui appelle à un "Non" de gauche le 8 février, en affirmant que des entreprises étrangères pourraient répondre à des appels d'offre en Suisse aux conditions salariales de leurs pays d'origine. Première nouvelle ! D'où sort-il une invention pareille ?"

Celà ça c'est déjà vu,avec des entrepreneurs français, mais on est loin d'une généralité et autant les syndicats que le patronat,sont intervenus pour bloquer les chantiers, jusqu'à ce que les choses redeviennent normales.

Je suis ouvrier dans le bâtiment. Les patrons, en général, cherchent des employés qualifiés qui savent travailler. Jusqu'a présent je n'ai ressenti aucun dumping salarial. Les patrons tricheurs existent et existeront toujours, tout comme les bracaillons de service. Mais ce n'est de loin pas la norme.

De ce côté, les syndicats font bien leur travail.

D.J

Écrit par : D.J | 09/01/2009

Comme vous le dites, DJ, il y a eu des tentatives, mais les mesures d'accompagnement prévues en Suisse par les accords bilatéraux les ont empêchées. Les entreprises étrangères intervenant en Suisse doivent le faire aux conditions suisses.
M. Pardo, encore une fois, vous un juriste, comment osez vous sortir un texte qui s'applique expressément "aux Etats membres". Depuis quand la Suisse est-elle un Etat membre de l'Union Européenne ? Les accords bilatéraux n'en font pas un membre de l'UE et le jugement que vous citez ne s'applique pas à la Suisse !
Par ailleurs, même dans l'UE, si la situation était celle que vous sous-entendez, comment expliquez vous que, comme le souligne Victor, il y ait encore des flux migratoires importanta de la Rumanie vers l'Espagne par exemple, pour profiter des meilleures conditions salariales espagnoles ? Si tous les salaires étaient nivelés par le bas dans l'UE, il n'y aurait plus de flux migratoires...
M. Gummibärli, la frontière n'est pas ouverte en pleine nature et de toute manière les petites routes avaient été coupées, carrément déconstruites, du temps de la guerre froide. Mais sur les grands axes, on peut passer. Quant à votre avis sur les maffias, si vous n'avez rencontré que des routards écolos, il ne m'étonne guère. Les habitants de Bansko qui vivent du tourisme sont évidemment d'un autre avis... Exactement comme dans les Alpes. D'aileurs, comme annoncé l'argent, à Bansko est surtout autrichien ! Pays éminement maffieux, comme chacun sait.
Pour ce qui est du bétonnage, là ça frise la mauvaise foi, car en dehors du no man's land de la zone frontière, effectivement vierge, le principal problème de la Bulgarie, c'est de déconstruire les horribles résidus, en mauvais béton laissés absolument partout par le défunt régime communiste. Comme par exemple des HLM vraiment cheap, pour loger 10 000 personnes, obligées d'habiter là, en pleine cambrousse, dans un site naturel merveilleux, mais loin de tout, dans le cratère d'un ancien volcan.
Lorsque le régime s'est effondré, et que les habitants ont pu se sauver, ils sont tous partis, laissant les HLM en ruine... Et ça coûte un saladier à enlever. Mais les bulgares s'y attelent, peu à peu.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/01/2009

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