10/01/2009

Tripoli : marche à suivre

J'étais hier à un cocktail diplomatique à Berne. Il y avait du beau monde, d'une bonne vingtaine de pays, et bien sûr des responsables du DFAE. Plusieurs responsables, de différents niveaux et différents secteurs, liés notamment à l'accueil et à la sécurité des diplomates.

J'ai naturellement évoqué avec eux la question qui nous préoccupe tous, à Genève et à Berne, à savoir comment faire pour sortir de leur situation les deux petits suisses retenus à Tripoli ?

Leurs propos étant évidemment off the record, je ne les citerai pas. Rien ne m'empêche en revanche de donner mon point de vue. Qui n'a pas guère évolué depuis des mois:

Le plus important, c'est de sortir et de ramener les deux gars qui sont là bas. Certes, ils ne sont pas en prison, mais ils sont coupés de leur famille, de leurs amis, de leur entreprise. Leur carrière est fichue et cela fera bientôt un an qu'ils sont privés de leur liberté, sans raison. Accessoirement (même si c'est secondaire, ce n'est pas anodin), les entreprises suisses en Lybie, pays qui avait toujours entretenu d'excellentes relations avec la Suisse, ont perdu des sommes considérables. On parle en centaines de millions.

 

Face à ce problème, et à la psychologie très particulière de ceux qui président pour l'instant à leur destinée, il faut bien reconnaître que nous sommes à peu près dépourvus de moyen de pression.

Même l'Union européenne, dont nous ne sommes par ailleurs pas membres, ne pourrait pas grand chose. Elle a mis 5 ans à sortir les infirmières bulgares, en payant le prix fort (on parle tout de même d'au moins une centrale nucléaire) et surtout en profitant de l'opportunité qui s'est présentée, lorsque le guide de la Jamahirya a voulu rejoindre le camp occidental.

Maintenant qu'il y est, c'est plus compliqué. La question, psychologiquement fondamentale, est davantage ce qu'il veut obtenir que ce qu'il a peur de perdre. Car à l'image d'un enfant capricieux et exhalté, il désire passionément ce qu'il n'a pas, tout en n'ayant malheureusement pas peur de grand chose. Par ailleurs, personne ne songe sérieusement à l'éjecter du camp occidental (ce qui en termes de vies humaines et de rapport de force régional serait consternant) pour ce qui est une peccadille du point de vue de la géopolitique: la contrainte subie par nos deux compatriotes, réfugiés dans notre ambassade. Ce d'autant plus qu'un soupçon de rudesse superflue continue de peser sur l'opération juridico-policière genevoise.

Certes stricto sensu, nos policiers ont fait leur boulot et les exploits automobilistiques et armés du fils Kadhafi sur les Champs Elysées, ses gardes du corps s'étant de plus opposés physiquement à son arrestation justifiaient un déploiement de force exceptionnelle, dans le cas d'un pékin lambda pris en flagrant délit. Mais l'affaire n'avait plus vraiment un caractère de flagrant délit, puisque les plaintes de part et d'autre étaient déjà déposées depuis plus de 24 heures et que le risque de fuite n'était guère évident vu que la jeune mère s'apprêtait à accoucher.

Par ailleurs, le fils Kadhafi, n'est pas un pékin lambda et Genève avait été invitée par Berne à réfléchir aux conséquences possibles et même prévisibles. Le caractère imprévisible, justement, de ses proches, les intérêts économiques de la Suisse commandaient d'agir avec doigté. Une convocation eut été plus habile et sans doute suffisante. Elle eût surtout, du point de vue de la justice été certainement plus rentable. Car en dehors de l'humiliation subie lors de l'arrestation, que reste-t-il, concrêtement de cette affaire au plan judiciaire ? Grâce au Procureur Général, qui a fait ce qu'il fallait, et aux plaignants, la caution a été remboursée, la plainte a été retirée, permettant d'avancer dans la voie d'un règlement. Ne pas le faire aurait juste claqué la porte sur le nez de nos ressortissants et ce n'est pas le but.

 

La contredanse du Conseil d'Etat

 

Dans cette affaire, il y a eu une décision hasardeuse et quelque part idéologique, voire même pire électoraliste, circonscrite au sein d'un triangle dont les têtes sont le conseiller d'Etat responsable, à savoir Laurent Moutinot (socialiste), le juge (socialiste) qui instruisait l'affaire et la direction de la police. Elle-même otage des sentiments égalitaristes – limite revanchards à l'égard des étrangers – d'une partie de ses troupes que l'on sait très marquées par le syndicalisme et certain parti hostile à tout ce qui n'est pas strictement genevois. Y compris à Berne et à ce qui parle schwyzerdütsch d'ailleurs.

Le Conseil d'Etat et son Président, mon excellent ami de 30 ans, David Hiler, aurait pu se dispenser d'un communiqué de presse qui n'a pas fait avancer d'un iota la cause de nos ressortissants à Tripoli. David fait peu de bourdes, très peu, mais ironiser sur le manque de doigté n'était pas du meilleur goût et encore une fois, cela ne sert qu'à se faire bien voir de l'électorat genevois qui se rengorge, en négligeant les conséquences, là-bas si loin, à Berne, à Vevey, à Zürich et surtout, surtout, à Tripoli...

 

Il y a aujourd'hui une solution. Un Conseiller d'Etat, souvent surnommé le pasteur et passablement critiqué pour un certain manque d'allant. Il bénéficie en revanche d'une vraie aura d'homme de bien, sensible à la détresse humaine. Il n'a plus rien à perdre, électoralement parlant. Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de sa démarche de vie, en reconnaissant l'existence d'une gaffe, en en endossant la responsabilité, et en s'excusant? Berne saurait l'aider à rédiger un texte convainquant et mesuré, en termes diplomatiques. Quitte à aller, si nécessaire, s'excuser à Tripoli même, en accompagnant sa collègue de parti chargée à Berne des affaires étrangères ?

Cela aurait du panache, et hormis peut-être quelques esprits obtus et bornés, qui pourrait lui reprocher d'avoir sacrifié un peu des principes théoriques à la liberté de deux innocents ? Le fils Kadhafi continuerait d'avoir sa réputation, et Genève la sienne. L'opinion publique libyenne et l'ego de son leader seraient satisfaits... Et les deux petits suisses seraient libres... Du moins faudrait-il en obtenir l'assurance préalable, évidemment.

A ses bourgeois pénitents face à l'ogre anglais, Calais a élevé une statue. Je verserai personnellement quelques deniers pour ouvrir une souscription visant à en ériger une en l'honneur de ce conseiller d'Etat magnanime. Tout le monde n'a pas l'occasion d'en mériter une et c'était peut-être sa destinée ?

 

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Philippe,

j'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre billet car comme vous le savez je tiens énormément à la libération de nos deux otages.

Concernant M. Hiler, je vous rejoins, c'est une personnalité admirable, un Conseiller d'Etat efficace et travailleur et j'admets, malgré une couleur politique différente, avoir de l'admiration pour son action au sein du Gouvernement. Je ne partage toutefois pas votre analyse sur la bourde qu'il aurait commise en ironisant un brin.

Comme vous, je dispose de quelques informations et j'ose affirmer que l'intervention de la police en moindre force aurait pu tourner au grabuge. Les gardes rapprochés de M Khadafi Junior n'étant pas les moins efficaces et les moins professionnels du marché.

Néanmoins, vous avez raison sur deux points :

1) il y a eu erreur de la part du DFAE car ils étaient informés de la plainte et n'ont pas su diligenter l'affaire comme il se doit. Mme La Cheffe du DFAE porte une grande responsabilité dans cette affaire,

2) M. le Chef du département de Justice et Police a aussi manqué de vision et qu'il s'excuse pourrait effectivement soulager quelque peu la situation diplomatique.

Cependant, les responsables de cette gabegie devraient : s'excuser à titre personnel de la "bourde" qu'ils ont commise et sortir nos ressortissants, pour ensuite démissionner séance tenante de leur fonction.

Une dernière réticence à l'ensemble de votre billet car je partage l'une de vos préoccupations : M. Khadafi père n'a effectivement pas peur de grand chose, et il est important de savoir exactement ce qu'il cherche à obtenir et non pas ce qu'il a peur de perdre... et j'ai bien peur que le fond de toute cette affaire se situe bien ailleurs que dans ce dernier incident diplomatique entre nos deux pays.

Comem vous dites, l'essentiel est de sortir nos deux ressortissants de là et avec un peu d'abnégation de nos deux représentants socialistes impliqués, nous pouvons peut-être espérer le retour prochain de nos compatriotes.

Bientôt à Vevey et Zürich, espérons le pour eux.

Bien à vous Philippe,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 10/01/2009

Nous nous rejoignons, Stéphane, et la police genevoise a fort bien fait de prendre ses précautions pour l'interpellation du fils Kaddhafi dont la garde rapprochée avait déjà tenté, armes à la main, de résister à la police française.
Aux temps d'Angélique et du Sultan, ça se passait au sabre, maintenant, c'est au pistolet. Egalement sorti par le garde du corps personnel de Cecilia Sarkozy pour faire sauter le verrou de la cellule des infirmières bulgares, à ce qu'on raconte...
Mais le hic, c'est que comme je le dis (et je ne suis pas le seul...) il n'était pas nécessaire de procéder à une interpellation. Il aurait suffit de le convoquer. Il n'y avait aucune obligation de le foutre en tôle pour le délit qui lui était reproché. D'ailleurs, à ma connaissance, dans les différentes affaires de maltraitance à l'égard de domestiques qui sont assez régulièrement traitées à Genève, il est assez rare que les gens soient emprisonnés, non ?
Ces affaires se traitent habituellement devant la justice, mais entre personnes libres de leurs mouvements.
C'est là où le juge d'instruction et les autorités de police ont à mon avis surréagi, un peu obnubilés par l'idée, qui fut aussi ma première réaction, je dois l'avouer, de montrer à cet individu les limites de la bienséance...

Écrit par : Philippe Souaille | 10/01/2009

YVES BERTOSSA ! Qu'est-ce que ça vous coûte de l'écrire en toutes lettres ?
"Laurent Moutinot (socialiste), le juge (socialiste)"
Daniel Zappelli est un radical, qui n'a pas mis à la porte ceux qui viennent d'autre parti, comme l'a fait Sandrine Salerno, en ville de Genève.

MONICA BONFANTI ! Qu'est-ce que ça vous coûte de l'écrire en toutes lettres ?
"la direction de la police."
Oui, à la Police, c'est tous des machos invétérés ?
N'est-ce pas ... comme c'est facile !

Laurent Moutinot : "n'a plus rien à perdre, électoralement parlant."; tout le monde le sait et tout le monde se demande : "mais pourquoi ne démissionne-t-il pas" tout simplement ?

MICHELINE CALMY-REY ! Qu'est-ce que ça vous coûte de l'écrire en toutes lettres ?
"..sa collègue de parti chargée à Berne des affaires étrangères ?"

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 10/01/2009

@ Philippe Souaille :

Votre billet suinte le mercantilisme et est affligeant de défaitisme ...

J'ai d'autant plus de peine à vous suivre dans la "marche à suivre" que vous nous proposez - ou plus précisément que vous suggérez à nos dirigeants - que rien dans votre billet ne fait référence au respect de l'Etat de droit et aux obligations faites à chacun, riches ou pauvres, puissants ou misérables, de s'y conformer et de le respecter.

Franchement, on se fout éperdument de savoir si Hannibal Kadhafi a été humilié ou non, là n'est pas le problème, car c'est du respect de notre ordre légal dont il s'agit.

Certes vous nous parlez de "psychologie particulière", de gros sous, d'intérêts économiques et naturellement aussi, et c'est bien la moindre des choses, de nos deux compatriotes scandaleusement retenus en Libye au seul motif qu'ils sont de nationalité suisse.

Nos deux compatriotes sont des otages bouclés par un régime de non-droit dirigé par une mafia méprisable qui bafoue les droits humains les plus élémentaires depuis de nombreuses années et ceci de manière éhontée. C'est avec ce régime terroriste que vous souhaitez reprendre au plus vite nos relations économiques tout en regrettant les centaines de millions perdus par les entreprises suisses à cause de cette affaire !
A vous lire, vous auriez été mieux inspiré d'intituler votre article " Business as usual", tant il est vrai qu'il n'y pas de limites à la morale en affaires, si je vous ai bien lu ? Avez-vous songé à modifier l'intitulé de votre blog : "La Mondialisation humaniste" ?

Non M. Souaille, le Conseil d'Etat genevois n'avait pas à discréditer le comportement de sa police lors de l'intervention de Kadhafi junior. Par sa déclaration notre gouvernement cantonal a simplement rappelé que la procédure avait été respectée. Souvent très critique sur la manière de gouverner du Conseil d'Etat et sa fuite devant ses responsabilités, je trouve que celui-ci a pris, pour cette fois, ses responsabilités en rappelant que l'ordre légal avait été respecté en l'espèce. On ne saurait l'en blâmer, ni surtout l'accuser d'électoralisme.

Je n'ai pas le privilège de connaître personnellement les Conseillers d'Etat, ni celui d'être convié aux coktails diplomatiques donnés par le DFAE à Berne, mais je pense qu'il ne faut pas tout mélanger dans cette affaire en rappelant que c'est au DFAE, et à lui seul, de traiter cette lamentable affaire au plan international et non pas au gouvernement genevois. En conséquence le Conseil d'Etat est resté dans son rôle. Aller à Tripoli pour s'excuser ... mais de quoi et pourquoi ?

Quant à moi, je n'ai évidemment aucune solution miracle à proposer pour faire sortir nos deux compatriotes de Libye, mais leur détention - car c'est de cela dont il s'agit - relève de la protection des droits humains me semble-t-il ? La Suisse pourrait peut-être intervenir auprès de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU ?

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 10/01/2009

M. d'Hôtaux, je comprend parfaitement votre courroux, j'ai moi-même eu le même réflexe, les premières heures, voire les premiers jours de cette affaire. Et puis j'ai réfléchi. Nous ne vivons pas à Disneyland, ou au pays de Candy, mais dans un monde de rapports de force. Les lois sont là pour le réguler et le civiliser, mais de loi, en matière de règlements internationaux, il n'y en a pas vraiment, juste des usages et des voeux pieux d'ONG, et surtout il n'existe pas de police pour les appliquer.
Je suis le premier à le regretter, et la nécessité d'un gouvernement mondial pour réguler tout ça, est justement le thème de mon livre, l'Utopie Urgente (et hop, pub gratuite, ça c'est pour le mercantilisme). Maintenant, la réalité, c'est que deux innocents sont retenus là-bas et qu'il n'y a pour l'heure aucun moyen de les en sortir.
J'ai beaucoup de respect pour l'ONU (et aussi pas mal de critiques sur son manque d'efficacité, organisé par les Etats maîtres du jeu), mais compter sur la commission des droits de l'homme pour obtenir leur libération, c'est comme les condamner à mourir là-bas. Est-ce bien ce que vous voulez obtenir ? Votre point de vue est purement idéologique. Vous mettez votre amour des droits de l'homme au-dessus de la liberté d'innocents...
S'excuser ne coûterait rien à Laurent Moutinot. Même pas un peu d'amour propre, parce qu'en son for intérieur, il saurait qu'il le fait pour la bonne cause. Les deux gars retenus en Libye, eux ils paient tous les jours. Quant aux entreprises, entre nous, plaie d'argent n'est pas mortelle et la Suisse est assez riche pour envoyer paître le maître de la Jamahyria s'il ne s'était s'agit que d'argent, mais ce n'est pas le cas.
Quand au fond, tout le monde a droit à la justice. Et la protection de la liberté individuelle, même pour les tyrans, leurs enfants et tous ceux dont la tête ne vous revient pas... Je n'ai pas le moindre respect pour la personnalité du fils Kadhafi, mais comme tout le monde il a droit à la présomption d'innocence et à une procédure équitable. Or je ne suis pas intimement persuadé que quelques uns n'aient pas voulu faire un exemple avec lui, en se payant un symbole.
Un notable lambda, accusé de violence par ses domestiques, aurait-il été arrêté, menotté et jeté en prison, ou, dans un premier temps convoqué dans un poste de police, ou devant le juge d'instruction, pour prendre sa déposition, le cas échéant assisté d'un avocat ?
Encore une fois, il n'y avait ni flagrant délit, ni risque de récidive, ni risque de fuite, puisque les plaintes étaient déposées depuis 3 jours, que les victimes étaient à l'abri et que l'épouse allait accoucher d'un jour à l'autre. Et que Berne avait mis Genève en garde.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/01/2009

Victor, il me semble que lorsque je parle de la cheffe du DFAE tous les Genevois s'intéressant tant soit peu à la politique devinent de qui je parle... Quant à la cheffe de la police, moi personnellement je ne sais pas à quel échelon est pris ce genre de décision sur une intervention. J'imagine qu'elle a du être mise au courant, mais je n'en sais rien.
Et puis, c'est mon droit de citer ou non qui je veux ou d'identifier les gens autrement. En revanche, il y a une personne que je n'ai pas citée, alors que j'aurais du, c'est vous. L'idée des excuses n'est pas nouvelle, mais elle me paraissait politiquement difficilement acceptable par un socialiste, tant qu'en face, la droite dure, dont vous êtes un éminent représentant dans ces blogs, risquait de hurler au déni de souveraineté, au baissage de culotte et autres joyeusetés. Mais dès lors que vous mêmes suggérez cette solution de bon sens, je n'y vois plus d'obstacle et il faut faire vite, pour les faire libérer.
Merci à vous.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/01/2009

Peu importe l'origine politique je suis sur que les suisses, après 171 jours de captivité sont suffisamment pragmatiques pour comprendre qu'il faut tout faire pour évacuer deux de nos ressortissants, absolument innocents.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 12/01/2009

M.Calmy Rey s'occupe de la Russie après être intervenue en faveur dans la crise géorgienne et ukrainienne. Elle suit l'actualité puisqu'elle est en faveur (au nom de la Suisse) de discussion avec le Hamas. Puisqu'elle est prête à parler avec ce groupe terroriste, je ne vois pas pourquoi elle ne va pas discuter avec Khadafi pour libérer les otages. Ne l'oublions pas, elle est socialiste et a ses préférences politiques. Pourquoi Jean Ziegler ne sert-il pas d'intermédiaire, lui il sait aux dictateurs de ce monde !

Écrit par : sirène | 12/01/2009

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