23/01/2009

L'avis de M. Bilatérales : "Il faut reposer la question de l'adhésion"

Jeudi, dans les Salons de l'Université, une conférence de Franz von Däniken réunissait un parterre d'universitaires et de journalistes, sur le thème de la souveraineté nationale et des Bilatérales. L'orateur sait de quoi il parle, puisqu'il a été l'âme des négociations avec l'UE, de 1999 à 2005. Aujourd'hui, son constat est clair : "Sortir des bilatérales serait une catastrophe pour la Suisse. Trop de dossiers épineux sont en suspens, le centre de gravité de l'Union s'est déplacé vers l'est et les centres d'intérêts de ce gigantesque marché le poussent à regarder loin au-delà de notre petite Suisse".

Pour l'UE, la Suisse est un marché qui représente environ 7% de ses échanges commerciaux. Pas négligeable, mais pas vital. Pour la Suisse au contraire, l'UE représente près de 70% de son import-export. C'est tout simplement incontournable. Et si l'UE a intérêt à faire passer par le Gothard une partie de ses marchandises (mais pourrait faire autrement), nous ne pourrions tout simplement pas survivre, sans faire passer nos approvisionnements par l'UE.

Ce que soulignait M. von Däniken en précisant: " Je trouve surréaliste l'idée de ne défendre que des bateaux suisses au large de l'Erythrée, comme si les bateaux européens ne transportaient pas quantité de marchandises qui nous sont destinées. Ou que nous exportons."

L'imbrication est aujourd'hui telle, à tous points de vue, que le délire d'un alleingang nous ferait retomber de plusieurs décennies, voire siècles en arrière. Avec le niveau de vie correspondant. C'est pourquoi d'ailleurs, nul de sérieux n'y songe vraiment et que même l'UDC tente de faire croire qu'il existerait un Plan B.

Forcément, bien sûr, en cas de non le 8 février, il faudra bien en inventer un de plan. Le pays ne peut tout simplement pas se passer de l'UE. Accessoirement les naïfs qui croient qu'il suffit de jouer de nos bras noueux pour l'effrayer et obtenir d'elle tout ce que nous désirons se mettent le doigt dans l'œil très très profondément. L'UE est parfaitement au courant de la situation de la Suisse, mais cela ne l'intéresse plus tellement. Elle préfère se concentrer sur des dossiers vraiment importants pour elle. Comme la Chine par exemple. Et pour nous, c'est presque pire.

M. von Däniken ne croit pas en la possibilité d'un non le 9. "J'ai trop haute opinion de la sagesse du peuple", dit-il. Mais si cela arrive malgré tout, il faudra bien renégocier. Et avec les 27 Etats Membres, que d'aucuns ont jugé très malins de représenter sous formes de noirs corbeaux. Ce qui peut paraître amusant en mini-vignette sur le blog du patron de l'UDC genevoise, fait franchement peur en affiche de 3 mètres de base, dans la rue. Les Ambassadeurs et ressortissants des pays voisins et amis qui tombent sur ce genre d'insultes ne jugent pas la plaisanterie franchement drôle…

Mon fils métis, avait très mal pris l'affiche sur les moutons, qu'il avait interprété, à 12 ans, comme une allusion directe à sa couleur de peau… Comment pensez-vous que les ressortissants européens peuvent interpréter une affiche les montrant comme de vilains corbeaux prêts à dépecer la Suisse? Alors qu'ils ont au contraire plutôt l'impression que la prospérité suisse est due, au moins en partie, à cette forme de délocalisation à l'envers que représente le déménagement fiscal d'entreprises et de grosses fortunes européennes ? Et que l'UE pense avoir fait une geste envers la Suisse en acceptant le principe d'une imposition de l'épargne, contrairement aux USA qui ont eu la peau du secret bancaire ?

Les bilatérales et la Libre circulation sont avant tout un règlement de bon voisinage, la loi commune. Les déchirer serait fatalement ressenti comme un acte agressif. Cette affiche, ce n'est pas la manifestation de citoyens épris de neutralité, c'est une déclaration de guerre à notre voisinage. A tout notre voisinage, proche ou lointain !

Après cela, la situation ne pourra être que pire. Comme les bilatérales sont déjà, selon M. von Däniken, un pis aller, faute d'avoir pu entrer dans l'UE par la grande porte: "Le refus de l'adhésion eut des conséquences sérieuses sur l'économie, que les Bilatérales ont en grande partie compensées, mais pas dans tous les domaines. Ainsi, fondamentalement, la Suisse a perdu de la souveraineté et pas de la bonne façon. Il faut aujourd'hui reprendre des pans entiers de droit communautaire, sans pouvoir prendre part à son élaboration. Et nous n'avons pas accès à l'effet de levier que représenterait l'appui de l'UE pour notre diplomatie".

Pour M. von Däniken, les choses sont claires: "Le meilleur choix à faire pour la Suisse c'est de reprendre le débat sur l'adhésion, afin de pouvoir peser sur les décisions de Bruxelles et de Strasbourg et d'être considéré comme un membre du club à part entière et non plus comme un voisin indécis"…. Sans parler des enfants mal élevés, qui collent des affiches injurieuses…

Mais si l'on adhère, que deviennent la démocratie directe et la neutralité ?

Selon M. von Däniken: "Les cas particuliers sont assez nombreux dans l'UE, dont la tolérance est inscrite au cœur du projet. Rien ne nous contraindrait à abandonner nos processus démocratiques et aucune des votations de ces quinze dernières années n'aurait été incompatible avec le droit communautaire. C'est donc un faux problème. Si au cas par cas, la question se pose et que le peuple s'oppose au droit communautaire (qui fondamentalement est basé sur les mêmes valeurs que les nôtres) il est envisageable de négocier un statut particulier dans tel ou tel domaine, comme cela existe ailleurs" … Ou au pire, de se retirer de l'Union, ce qui reste un droit acquis des Etats membres..

"La neutralité, poursuit M. Däniken, signifie juridiquement qu'un Etat neutre ne doit pas signer, en temps de paix, de traités qui pourrait le contraindre à entrer en guerre en cas de conflit. Rien de tel dans l'Union Européenne, qui est fondamentalement un projet pacifique, ayant pour but principal de préserver la paix sur le continent. Si la Suisse avait vraiment connu la guerre entre 39 et 45, nul doute qu'elle serait aujourd'hui membre de l'UE".

De fait certains Etats membres participent au projet de défense commune, et d'autre pas. Chacun reste libre. Fondamentalement, comme le soulignait en conclusion M. von Däniken: "L'appui de l'UE donnerait au contraire à la défense des conventions de Genève et au concept de neutralité une force et un impact jusqu'ici inégalés, et dans le monde d'aujourd'hui, cela pourrait devenir urgent".

Commentaires

"Si la Suisse avait vraiment connu la guerre entre 39 et 45, nul doute qu'elle serait aujourd'hui membre de l'UE".

Ca, c'est le pompon. La démonstration de la malhonnêteté de tout le propos. Le meilleur choix pour la Suisse c'est ce que décident les citoyens. Démocratiquement.

Si la Suisse était membre de l'UE, elle voterait contre le traité de Lisbonne, et elle devrait revoter jusqu'à ce qu'elle vote oui. La démocratie, vous ne savez pas ce que c'est. Vous êtes l'exemple vivant d'un déni de démocratie, d'égalité devant la loi, car vous auriez 2 voix en cas d'adhésion de la Suisse à l'UE.


"Rien de tel dans l'Union Européenne, qui est fondamentalement un projet pacifique, ayant pour but principal de préserver la paix sur le continent."

Et la guerre en Afghanistan ou qui ne fait rien pour promouvoir la paix au Proche Orient. Pacifique tant qu'elle peut continuer à piller le tiers-monde. On verra bien ce que ça donnera quand il n'y aura plus de pétrole. Des Unions qui éclatent, on connaît.

Écrit par : Johann | 23/01/2009

Salutations,

"Ou au pire, de se retirer de l'Union, ce qui reste un droit acquis des Etats membres.."
Ce n'est pas possible à l'heure actuelle et celà ne le sera que théoriquement si ratification du Traité de Lisbonnes il y a.

Il est juste de rappeller que nous ne sommes pas sur un pied d'égalité pour renégocier avec le "monstre" européen qui est une entité supranationale de plus de 450 millions d'habitants.(Je rappelle au passage que les bilatérales sont un traité impliquant deux parties [UE/SUISSE] et que l'UE, c'est 27 Etats comme la Suisse, c'est 26 Cantons.)
Ce qui a été négocié, c'est le mieux que nous pouvions et pourrons obtenir. Et beaucoup de responsables européens jalousent déjà nos accords privilégiés...
Alors saluons poliment, prenons notre bifsteak et tirons-nous! ^^

Sincérement,

Q.

Écrit par : Quentin ADLER | 23/01/2009

Cher M. Adler Junior, rien, absoluement rien, dans les textes en vigueur actuellement n'interdit la sortie de l'UE. En fait, la question n'est tout simplement pas abordée, mais l'Etat qui voudrait sortir pourrait se prévaloir du précédent de la Norvège, dont la candidature avait été acceptée et qui avait finalement refusé.
Tout en négociant par ailleurs, un peu comme la Suisse, des accords spécifiques qui en font un quasi-membre.
C'est pour préciser les choses et combler un vide juridique (qui n'est en rien équivalent à une interdiction), comme dans beaucoup d'autres domaines, que la Constitution, puis le traité de Lisbonne, prévoient une marche à suivre.
Sur le fond, adhésion, ou non, il est évident que dans l'immédiat, l'important est un OUI ferme aux Bilatérales. Mais derrière la question que pose la thèse de M. von Däniken, qui sait un peu de quoi il parle pour avoir été l'âme des négociations durant 6 ans, il y a l'idée que nous obtiendrions mieux en étant dedans. Mieux combien ? C'est la question que je lui ai indirectement posé et à laquelle il m'a répondu par des avantages qui sont plus théoriques que concrêts.
Le fait est que beaucoup a déjà été négocié, mais qu'aucun accord non plus n'est éternel. Lorsque nous discutons avec l'UE en étant dehors, c'est comem vous le faites remarquer, un contre un. Sauf que c'est un nain contre un géant.
Si nous étions dedans, nous pourrions nous allier avec d'autres sur les sujets qui nous réunissent et cela change passablement les rapports de force, sans compter que comme le disait M. Däniken, dans ces cas là, c'est une infusion,, une osmose qui se fait et s'entremêle entre les deux parties. Même petit, nous pouvons influencer nos partenaires.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/01/2009

@ Philippe Souaille :

Merci de nous informer de cette conférence de M. Von Däniken !

Etant parfaitement en phase avec l'analyse de notre ancien diplomate et négociateur auprès de l'UE, il me paraît important et urgent de débloquer la situation dans nos relations avec l'UE. Il m'apparaît aussi que c'est avant tout aux partis politiques de notre pays qu'il appartient de "sortir du bois" pour s'exprimer clairement à ce sujet, au-delà de considérations bassement électorales et de visions à court-terme. Or sur ce front-là, on constate que c'est le calme plat, un manque de courage affligeant, de peur de perdre une partie de leur électorat les partis politiques refusent de voir l'horizon au-delà de la décision du 8 février prochain.

A l'exception du parti socialiste qui s'affiche en faveur d'une adhésion (sauf erreur) et de l'UDC qui y est viscéralement opposé, que penser des autres partis majeurs de notre pays, du parti radical, architecte de la Suisse moderne et du PDC ? Qu'attendent-ils donc pour lancer et instaurer un débat de fond dans l'opinion publique sur la question ?

Cet immobilisme est affligeant, c'est irresponsable, à moins qu'il ne s'agisse d'un autisme profond ?

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 23/01/2009

Eh bien Johann, vous aussi comme le MCG (qui prétend savoir à l'avance combien de millions de dégâts va causer la manif du 31), vous vous prenez pour Mme Soleil ?
Comment savez-vous ce que voterait la Suisse si elle était dans l'UE ? Peu après que la France ait voté Non à la constitution, la Suisse votait OUI à l'extension, je vous rappelle... Et les Suisses ont l'habitude de voter sur des sujets concrets, pas pour embêter le gouvernement, contrairement aux Français.

Pour ce qui est de voter deux fois, vous dites n'importe quoi. On vote aux élections européennes en fonction de son lieu de résidence. Ainsi, personnellement, je ne peux pas voter... Il y a des millions d'européens double nationaux et vous croyez que ce cas n'est pas prévu ?
J'ai dit et je maintiens que l'UE s'est construite pour maintenir la paix sur le continent. Le continent européen. En Afghanistan, on peut discuter de la pertinence ou non de l'intervention, mais ce n'est en aucun cas une intervention de l'UE. Uniquement de l'OTAN et de certains pays individuellement. Ne confondez pas tout. L'EUFOR n'intervient que dans des missions de maintien de la paix, au Tchad ou au Kossovo. Et tout le monde n'est pas membre de l'EUFOR.
Quand aux pays en développement, l'UE reste le premier contributeur du monde, et de loin, en matière d'aide au développement, la Chine ne signant jusqu'à preuve du contraire que des contrats commerciaux. Alors on peut discuter (et on en discute) du bien fondé de cette coopération et des modalités dans lesquelles elle s'applique, mais il faut laisser du temps aux temps.
Quand l'Europe communautaire est née, elle regroupait des pays qui étaient encore coloniaux pour certains. Depuis les choses ont beaucoup bougé et bougeront encore.
A part ça, oseriez vous me soutenir, droit dans les yeux, que l'UE pille le tiers monde mais que la Suisse démocratique qui vous est chère n'en fait rien ?
Réfléchissez-un peu et auscultez vous le nombril, avant de critiquer SVP

Écrit par : Philippe Souaille | 23/01/2009

Le meilleur choix pour notre pays c'est de détruire cette fumeuse demande d'adhésion stupide sauf pour celles et ceux qui veulent détruire notre pays. La Suisse n'a rien à faire dans ce conglomerat de pays en faillite. Si l'UE veut vraiment exister un jour, il faut qu'elle calque ses institutions sur notre démocratie. Le reste n'est que du blabla.

Écrit par : Octave Vairgebel | 23/01/2009

M d'Hôtaux, le parti radical genevois est clairement en faveur de l'adhésion. Les occasions de le rappeler sont assez rares, mais tous ses dirigeants MM. Longchamp, Maudet, Hiltpold ou encore son nouveau secrétaire général Rolin Wavre le font régulièrement.
Au niveau fédéral, je vous l'accorde c'est plus discrêt.
Quant à M. Vairgebel, je ne vous comprend pas: pourquoi tant de haine, si l'UE n'existe pas vraiment?

Écrit par : Philippe Souaille | 23/01/2009

"L'UE est parfaitement au courant de la situation de la Suisse, mais cela ne l'intéresse plus tellement. Elle préfère se concentrer sur des dossiers vraiment importants pour elle. Comme la Chine par exemple. Et pour nous, c'est presque pire."

Il est clair, qu'en cas de refus le 8 fevrier, les nouvelles négociations ne seraient qu'une occupation annexe pour les Européens.

Quand à une entrée de la Suisse dans l'UE,je ne vois pas vraiment ou serait la contre indication? La Suisse pour faire simple avec tout les accords qu'elle a signé avec Bruxelle "EST UN PAYS MEMBRE DE L'UNION EUROPEENNE, MAIS ABSENTE DU PARLEMENT EUROPEEN"

D.J

Écrit par : D.J | 23/01/2009

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