24/01/2009

Vers la paix au Congo ?

Le Général rebelle Laurent Nkunda vient d'être arrêté. Moins d'une semaine après l'entrée en fonction d'Obama. Faut-il y voir une coïncidence, un de ces hasards qui fait si bien les choses ? J'en doute. Le 20 janvier, les troupes rwandaises sont entrées au Congo, avec l'accord de l'armée congolaise, pour travailler ensemble sur un objectif commun: faire le ménage et stabiliser une fois pour toutes la région. Ce qui signifie nettoyer les gêneurs et les empêcheurs de tourner en rond que sont

1) les anciens miliciens hutus rwandais réfugiés au Congo

2) les insurgés tutsi congolais en rébellion ouverte contre leur gouvernement.

C'est sur ce deuxième front que l'affaire a été le plus rondement menée, ce qui n'étonne pas vraiment.

Il est de notoriété publique, et cela finissait même par transparaître des rapports de l'ONU, que le général tutsi congolais rebelle Laurent Nkunda était soutenu en sous-main par le Rwanda de Kagamé. Et donc indirectement par Washington, le Président rwandais Kagamé ayant reçu une formation complémentaire à Langley, autrement dit à la CIA. Ce qui faisait mauvais effet puisqu'il apparaissait clairement comme le fauteur de guerre dans un conflit qui mobilise la plus grosse opération de maintien de la paix de l'ONU. Conflit qui aurait causé plus de 5 milions de morts depuis son déclenchement à la suite des massacres du Rwanda... Même si les chiffres dans la région sont à prendre avec des pincettes, le conflit est particulièrement horrible et depuis trop longtemps.

Kagamé a donc fini par retirer l'échelle à Nkunda, qui s'est aussitôt vu paralysé par une scission interne. Il y a quelques jours, ses principaux officiers ont rejoint la coalition formée par les troupes gouvernementales rwandaises et congolaises. Dès lors il a suffi d'une opération menée par les forces spéciales rwandaises pour arrêter Nkunda et son dernier carré. Place maintenant aux combats qui menacent d'être plus compliqués contre les rebelles hutus.

Les forces gouvernementales ont certes un avantage matériel certain et l'appui technologique des grandes puissances. La France et les Etats-Unis devraient travailler de concert sur ce coup, si Obama et Sarkozy se montrent aussi intelligents et ouverts à l'idée d'un nouvel ordre mondial qu'ils le laissent entendre.

Le problème, c'est que les milices interhamwes ne dépendent au fond que d'elles-mêmes et n'ont plus rien à perdre, nulle part où aller. Elles vont donc vendre chèrement leur peau. Clairement, dans cette opération, comme pour les FARC en Colombie, l'intérêt de la région est de parvenir au plus vite à une pacification globale. Qui dans le cas présent passe par une victoire militaire écrasante, les rebelles n'ayant aucun autre avenir ou perspective que la guerre. Plus tôt ils seront vaincus, plus tôt la paix pourra reprendre ses droits. Et plus tôt les rivalités entre Kigali et Kinshasa pourront reccomencer à s'exprimer, mais cette fois pacifiquement.

Commentaires

D'après mes antennes, le spectaculaire revirement d'attitude de Kigali serait plutôt du à l'imagination de l'émissaire de l'ONU sur place, qui aurait convaincu les différents partenaires... Ainsi qu'à l'anticipation, par Kigali, de l'évolution des directives washingtoniennes. Ce que semble confirmer la chronologie des faits. C'est cela aussi, l'effet Obama, les gens pensent tellement que certaines choses vont changer, qu'ils en précipitent le changement. Comme lorsqu'on provoque inconsciemment ce que l'on a lu dans son horoscope...
C'est particulièrement évident dans le cas de l'attaque israélienne sur la bande de Gaza. Quoiqu'en disent certains adeptes de la Méthode Coué, qui clament haut et fort que la nouvelle administration ne ve rien changer de l'attitude étasunienne au Moyen Orient, il est évident que ce n'est pas par hasard si Tsahal s'est retiré quelques heures avant l'intronisation d'Obama, sans avoir rempli sa mission.
De fait les choses ont déjà commencé à changer. Parce que les auteurs de certaines actions s'auto-censurent et n'osent plus aller aussi loin qu'ils se le permettaient auparavant.
A part ça, il se confirme une fois encore que l'Afrique n'intéresse franchement pas grand monde sur ces blogs. Ni nulle part ailleurs d'ailleurs. C'est intéressant de voir l'afflux et le reflux des lecteurs commentateurs en fonction des sujets.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/01/2009

L'Afrique n'intéresse pas surtout ceux qui sont aux commandes. Il est franchement dégoûtant de devoir prendre acte de la décision du Conseil fédéral de remettre les fonds du mégalo Mobutu à ses ... héritiers! Vu la grave situation humanitaire qui sévit au Congo (depuis longtemps, d'ailleurs) et la crise des milieux financiers, le CF aurait pu distribuer ces 8 millions de francs aux différentes organisations actives sur le terrain pour aider tous ces déplacés, réfugiés, etc... Le problème est l'application du droit, encore une fois par ceux qui détiennent le pouvoir d'agir!!!!

Écrit par : Micheline Pace | 25/01/2009

Merci Micheline de votre contribution. Mais si les puissants qui nous gouvernent ne prennent pas davantage en compte l'Afrique, c'est que leurs électeurs s'en fichent. Essayez donc de vous faire élire sur un programme d'aide au développement, par exemple ! C'est même à mon sens l'un des inconvénients de la démocratie directe localisée que d'avoir pour finalité la défense à court terme des intérêts exclusifs de ses électeurs, quitte à aller à l'encontre de ceux de ses voisins et même du bien commun.
Je n'ai guère suivi l'affaire des fonds Mobutu dont vous parlez, mais elle m'inspire cependant quelques remarques:
On parle concrêtement de 8 millions, alors que la rumeur publique, relayée sans la moindre vérification par la presse occidentale et genevoise en particulier, avançait régulièrement le chiffre de 500 millions de francs détournés, sorti tout droit de l'imagination d'un opposant au dictateur zaïrois. Que je n'entend évidemment aucunement défendre. Juste rester objectif et éloigné du fantasme.
Cette affaire a été jugée et contrairement à d'autres jugements de notre justice (Fonds Abacha et Marcos notamment) n'a pas abouti à la restitution des fonds à l'Etat spolié. C'est donc que celui-ci s'y est mal pris ou que les preuves d'un détournement n'étaient pas réunies. Or la justice existe précisément pour éviter de faire n'importe quoi, n'importe comment, ce qui ouvrirait la porte à tous les abus.
En faire profiter les organisations humanitaires, dites-vous. Si cet argent ne devait pas être rendu à la famille, je préférerais personnellement qu'il aille directement à l'Etat concerné, ou mieux encore à la population, en paiements directs, qu'à des organismes humanitaires, majoritairement occidentaux, qui font certes un travail admirable sur place, mais qui font vivre d'abord des occidentaux.
Enfin, s'il paraît évident que Mobutu a bel et bien pillé les richesses de son pays, il n'est ni le seul, ni le plus gros. La Belgique, les Etats-Unis et la France ont raflé bien davantage, il n'était que leur valet. Pourquoi donc est-ce toujours au valet africain qu'on s'en prend, et quasiment jamais aux multinationales occidentales (dont nous profitons tous) qui s'accaparent les richesses, notamment minières? Pourquoi ne pas taxer les entreprises qui ont indûment profité durant des décennies... Et dont les rivalités sont loin d'être innocentes dans les conflits sanglants actuels ?

Écrit par : Philippe Souaille | 26/01/2009

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