28/01/2009

La cabine de l'avion est à Genève

« Le monde, l'économie mondiale, c'est un avion dans lequel il n'y a non seulement pas de pilote, mais pas de cabine de pilotage. Et Davos n'en est en tout cas pas une, juste un super café du commerce idéal pour faire du réseautage ».

C'est en substance ce que déclare Jacques Attali dans une interview de ce jour à la Liberté de Fribourg. Il a parfaitement raison. Et les opposants à Davos, manifestants ou non, se mettent le doigt dans l'oeil à deux niveaux:

a) Davos n'est pas le lieu géographique du Complot mondial de la finance qui en soi n'existe pas. La finance est une jungle où chacun tente de se tailler la plus grosse part du gâteau. C'est ce qui fait son efficacité car elle est infiniment plus réactive qu'une économie planifiée. En même temps, c'est ce qui la rend si dangereuse, parce que non régulée et complètement aléatoire.

b) La globalisation a évidemment besoin d'une régulation, personne n'ose plus le contester. Mais cette régulation ne doit surtout pas être de redescendre au niveau national, ce qui impliquerait de fermer les frontières, ce qui serait à la fois une régression historique infiniment dangereuse et le premier pas vers une récession économique sans précédent.

Même d'un point de vue écologique, ce serait stupide, car le réchauffement climatique est un problème mondial qui appelle à l'évidence des solutions mondiales. Quelles que soient ces solutions d'ailleurs, réduction des émissions de gaz à effet de serre ou abandon des zones inondables et désertifiables pour coloniser celles qui seront gagnées aux extrêmes nord et sud... Idem pour l'exploitation des ressources, qui doit être équilibrée.

Attali en ce moment vend (très bien) son bouquin, « La Crise et Après » qui répète en gros ce que je disais dans « l'Utopie Urgente » que j'essaie toujours de vendre (très mal). Sauf que moi, je l'annonçais la crise... Dès la page 3, et dès fin 2007. L'énorme différence, c'est qu'Attali est connu et moi pas.

Autre différence, c'est un économiste et moi un généraliste. Il est plus pointu dans son domaine, mais en dehors, il a des lacunes. Ainsi, il cite des exemples dans lesquels un Gouvernement mondial est déjà à l'oeuvre: la BRRI (qui découle des accords de Bâle sur le fonctionnement des banques), la navigation aérienne ou la FIFA (le foot). Il aurait pu rajouter le CIO, mais surtout, il oublie toutes les Organisations Internationales qui sont autant de ministères de ce Gouvernement mondial du futur. Et qui contrairement à leur maison mère, l'ONU, prennent tous les jours dès à présent des décisions normatives qui entraînent des retombées considérables sur notre vie quotidienne. Je pense à l'OMS, à l'OMM, à l'OMPI, à l'OMC (qui n'est pas onusienne), dans une moindre mesure au BIT (qui agit davantage par reccomandations) pour ne citer que les plus importantes à Genève. Qui dans les faits est déjà une capitale mondiale.

Tous les jours, des milliers de personnes dans notre ville travaillent à améliorer le sort de la planète et de ses habitants, chacune à leur niveau. Non seulement les Genevois n'en ont pas vraiment conscience, mais ils ont l'impression que tout cela est inutile, ne fait que coûter de l'argent. C'est évidemment faux.

Il n'y a ni cabine de pilotage politique, ni cabine écononomique et financière. De fait, elles manquent cruellement. La cabine écologique est en construction. Mais dans le domaine de la santé, de la météo et des phénomènes climatiques, de la propriété intellectuelle et du droit des brevets, des règles du commerce et des distorsions de concurrence, il y a heureusement des pilotes à bord et les cabines sont installées ici, chez nous.

A mon avis, on pourrait en être un peu plus fiers...

Commentaires

Certes, mais toutes ces glorieuses institutions ne sont point un contre-pouvoir efficace aux soubressauts nationalistes et unilatéraux des plus puissants qui dirigent ces fameux Organismes...que dire de la participation budgétaire des USA par exemple aux ressources de l'ONU ? voilà bien une impérialisme de plus de nos chers voisins...qui oserait contester vigoureusement les décisions des plus grands dès lors qu'ils sont les plus gros bailleurs de fonds...? on se rappelle du précédent secrétaire général, comme qui dirait "addoubé"par l'Oncle Sam...
l'Internationalisme sera Citoyen avant d'être Institutionnel

Écrit par : david | 28/01/2009

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