07/02/2009

Frontaliers, UE et mondialisation: s'adapter ou périr

Darwin fêtait cette semaine son anniversaire. De son vivant, il disait un tas de choses intéressantes. Notamment que contrairement à la jungle, dans la loi de l'Evolution, ce n'est pas forcément le plus fort qui l'emporte, c'est le plus adaptable. Celui qui saura le mieux faire coller ses capacités à la niche écologique qu'il prétend occuper. La faculté d'adaptation, c'est aussi pour les psychologues, la définition de l'intelligence.

Aujourd'hui, clairement, le monde est à un tournant. Nous sommes dans le monde et donc il nous faut tourner aussi. Sinon l'on va droit dans le mur. Nous avons encore de fantastiques atouts. Notamment, collectivement, nous Suisses et Genevois en particulier, de l'argent.


 

Un niveau de vie global hissé sur le podium de la planète, et des réserves, encore pas mal de réserves.

Un cadre de vie enchanteur, qui même avec des frontaliers traversant matin et soir nos villages paraît aux yeux du monde comme le plus joli des paradis. Même l'hiver, lorsqu'il suffit de grimper pour sortir de sous la cloche nuageuse.

Nous avons aussi un arrière-pays, habité de gens compétents et bien formés, qui partagent avec nous des siècles d'histoire et un socle de traditions communes. Nous en avons d'ailleurs été longtemps la capitale, jusqu'à ce que les aléas de l'histoire, les Bernois, les guerres de religions, puis la peur que les protestants avaient des catholiques, au Congrès de Vienne, nous en prive.

Nos ancêtres (enfin pas les miens, ils étaient ailleurs, sauf au XIVème siècle, mais c'est une autre histoire) ont fait en sorte de s'adapter. Ils y sont parvenus avec talent, aussi parce qu'il le fallait bien. Souvent, l'Evolution, c'est s'adapter ou mourir.

Une frontière donc nous sépare de notre arrière-pays, et cette frontière est en train de s'effacer. Cela fait partie du virage et c'est même un des éléments qui devrait nous aider à le négocier au mieux, ce grand virage inéluctable de la mondialisation.

Cet arrière-pays est encore par exemple doté de ressources industrielles de pointe, qui n'existent plus chez nous et font défaut pour y recaser des chômeurs sans formation ou aux formations inadaptées.

On y trouve des stations de ski réputées à ¾ d'heure de voiture qui permettraient d'organiser ensemble de magnifiques JO si nous le souhaitions. De l'espace aussi pour nous qui étouffons entre le Lac et notre ceinture verte. De la main d'oeuvre compétente et qualifiée...

Il manque aussi cruellement d'infrastructures de transports collectifs qui sont choses coûteuses à construire, mais fort pertinentes à lancer en période de crise, lorsqu'il faut penser New Deal et grands travaux... C'est pour nous et nos entreprises un champ d'action passionnant. Pour autant que l'on ne s'y comporte pas en pays conquis, et qu'on en respecte les usages. Y compris les usages administratifs (complexes et déroutant parfois !), comme nous leur demandons de respecter nos usages salariaux. Chacun doit s'adapter.

Fondamentalement les observateurs économiques le disent, avec l'arrière pays, qui est notre région naturelle, nous serons mieux armés face à la crise et pour prendre le virage. Un virage, c'est compliqué, il y a des forces centrifuges et centripètes, il peut y avoir des cahots, et certains risquent de se faire éjecter du char (de l'État ?). Ils se retrouvent exclus de la prospérité. Mais prendre ce virage, c'est le meilleur moyen d'assurer l'avenir et le fait de pouvoir continuer à aider les perdants et les exclus.

D'autres pensent le contraire. Ils ont peur du changement et de l'inconnu et tous ces gens qui viennent de l'autre côté de la frontière ne leur disent rien qui vaille.: « Après tout, ça marchait bien comme ça, Avant, lorsqu'on était entre nous.! »

Oui, mais voilà, on n'est plus AVANT et il faut s'adapter. EVOLUER. Vouloir simplement conserver nos acquis, c'est foncer droit dans le mur qui longe la route, parce que la situation a changé et qu'il nous faut apprendre à changer avec elle.

En clair, il nous faut RETROUSSER NOS MANCHES et AVOIR DES IDEES. Nous avons des atouts. De solides atouts. Tous ensemble, avec notre arrière-pays, ses habitants et les accords bilatéraux, qui nous garantissent l'accès privilégié au premier marché de la planète (qui achète les ¾ de nos exportations et nous livre les ¾ de nos importations), nous pouvons affronter ce nouveau monde qui s'ouvre à nous. Y trouver notre place. Comme l'ont fait avant nous les anciens Genevois, lors des crises violentes et brutales qui se sont succédées dans l'histoire. En trouvant à chaque fois une réponse différente et adaptée.

Aujourd'hui, pas un économiste sérieux ne peut prétendre que le repli et la fermeture sur soi présentent le moindre avantage économique. Les politiciens incompétents qui osent le prétendre n'ont aucune idée de ce qu'est l'économie. En particulier le plus médiatisé d'entre eux qui n'a jamais été capable de faire tourner les entreprises dont il s'est occupé avant de tenter la politique. Un peu comme Bush, qui avait fait 3 faillites avant d'être élu président, sur la naïve crédulité des gens.

Curieusement, ces politiciens qui appellent au non sont tous de virulents anti-communistes et anti-socialistes primaires, haineux même, mais leur premier réflexe (et le second aussi - appparement, ils n'en ont pas d'autre) consiste à réclamer une économie dirigée, dans laquelle c'est l'Etat qui dicterait à l'employeur le choix de son employé. Une économie fermée, fonctionnant peu ou prou en autarcie. Comme en URSS...  Or Genève seule dérrière ses frontières n'a pas d'avenir. Les paradis fiscaux microscopiques sont voués à disparaître, c'est ainsi et pas autrement et plus le monde entrera en crise, plus la pression en ce sens sera forte.

Heureusement, même si la crise financière est là à cause de certains dirigeants de cette planète (pas forcément les notres, UBS et Ospel – un UDC blochérien – mis à part), nos responsables économiques nous ont jusque là menés avec succès sur le chemin de la prospérité.

C'est d'ailleurs bien tout le problème: nous sommes habitués au meilleur et aux goûts de luxe. Que ce soit en matière de logement, de vacances ou de nourriture, nos critères, même dans les couches populaires, sont un ou plusieurs crans au-dessus de ceux de nos voisins. Qui sont eux-mêmes au-dessus de ceux du reste du monde.

Cela ne pourra pas durer éternellement, car la planète ne le supporterait pas, écologiquement parlant. Notre niveau de vie n'est pas extensible à l'ensemble de l'humanité. Or le reste de l'humanité est aujourd'hui en mesure de produire et réclamer sa part et il faudra bien la lui donner. En partageant. Ce qui n'empêche pas d'essayer de tirer son épingle du jeu.

Maintenant, pour les perdants de chez nous, car il y en a, et c'est l'autre vrai problème, il faut trouver des solutions ad hoc. En commençant par prendre l'engagement de ne pas les laisser tomber. Cela s'appelle un pacte social, qui ne doit pas être « demain on rase gratis ». Pour s'occuper des chômeurs et peut-être pour occuper les chômeurs, il faut aller plus loin qu'une refonte, par ailleurs très efficace, des services qui s'occupent d'eux.

Quel que soit le résultat dimanche, il faudra dès lundi s'occuper des chômeurs et de ceux que la prise de virage éjecte du char. En réfléchissant très vite (et au-delà des partis) aux solutions que l'on pourrait apporter. J'ai personnellement une idée, exposée dans mon bouquin l'Utopie urgente, mais sous sa forme actuelle, elle n'est qu'une de ces bonnes idées qui ne pourrait s'appliquer que si une gouvernance mondiale était mise en place. Ce qui n'est pas encore le cas. Donc il faut réfléchir davantage.

Le challenge, reconnaissons le honnêtement, consiste à mettre en place un système qui ne soit ni un oreiller de paresse, ni un aspirateur attirant ici toute la misère du monde. Des solutions existent, forcément. A nous de les trouver, au lieu de se fâcher avec le voisin.

Commentaires

Vous prétendez avoir LA SOLUTION – Si un « oui » vous l’achète - et faire mieux?

Mieux que ces membres de l’EU croulant sous dettes & chômage face aux conséquences à la Madoff de la « globalisation », comme l'Allemagne qui paye l'intégration de la RDA par du tachterisme où le travail peut être payé à 2EUROS l'heure?

Mieux que les cantons frontaliers où le droit du travail suisse permet aux employeurs de licencier "en tout libéralisme"? où les suisses qualifiés et leur famille ont été jetés dans la précarité ces 8 dernières années, et ne peuvent bosser qu'à des salaires du niveau d'avant 2000?

Mais que n’avez-vous donc pas appliqué votre solution miraculeuse depuis 2000-2002-2004 ?

Où,
Nous qui ne sommes pas des "élus", qui devons travailler, avec moins d'emploi, moins de salaire, pour payer plus de dettes mondiales et locales,

avons le plaisir de devoir accepter:
- 2ème pillier à 2%
- Assurances en hausse obligatoire perpétuelle
- Hausse des dettes cantonales laissées à nos générations
- Hausse des coûts avec baisse des services publics
- Baisse de qualité de vie

Votre bouquin n'est un patrimoine que pour vos proches.
Que demain balaye toutes ces manipulations.

Nos énergies sont mobilisées pour de réels impératifs, attendus de nos enfants, à d'autres fins que celles conduisant à la pérennité de vos postes électoraux et autres comptes bancaires.

Écrit par : grandmère | 07/02/2009

Excellent exposé.
J'ajouterais que non seulement il est indispensable de s'adapter au tournant mais encore à la vitesse exigée pour le prendre! Beaucoup de personnes s'efforcent de changer ce qui leur semble normal mais ne sont pas toujours conscientes que leur rythme habituel devient un rythme trop lent aux exigences actuelles.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/02/2009

Grand-mère, vous pourriez commencer par lire mon texte si l'on veut que l'on vous prenne au sérieux lorsque vous dites "les Suisses QUALIFIES jetés dans le besoin..." Je ne dis pas que j'ai LA solution, mais une idée de solution, qui ne serait réellement efficace que si nous pouvions bénéficier d'une vraie gouvernance mondiale. Qui est le cannevas et le cadre sur lequel j'ai réfléchi et travaillé ces dernières années.
Qu'il faut donc réfléchir encore et pas moi seul.
Accessoirement les termes vagues et généraux ne sont pas très utiles. Si vous avez un cas précis, identifiable, ce serait plus crédible. Déjà, SVP, n'écrivez pas "Les" Suisses qualifiés, mais éventuellement "des". Parce que la grande majorité des Suisses ne sont pas dans le besoin. Même à Genève. 6% de chômage, ce n'est pas "les" Suisses et même au niveau de 2000, la moyenne salariale ici reste la plus élevée du monde... et si vous ne trouvez pas de logement à un prix correct, vous avez le droit d'aller habiter à Gaillard, au bout du tram 12... Donc sans embêter les villages frontaliers.
Par ailleurs, je n'ai aucun poste électoral et ne suis candidat à rien. J'ai le statut d'indépendant et actuellement la crise économique fait que les deux projets sur lesquels je travaillais sont repoussés aux calendes grecques. Je n'ai aucune autre source de revenus, si ce n'est de temps à autre de maigres droits d'auteurs. Comme indépendant je n'ai pas droit au chômage et ne touche donc aucune indemnité. J'ai deux enfants à charge et comme j'ai passé le plus clair de mon temps, ces dernières années à écrire mes livres, je n'ai plus aucune réserve. Alors votre situation, grand-mère est très certainement plus favorable que la mienne.
Votre 2ème pilier est passé à 2 %, vous avez de la chance, car le mien est passé tout entier dans ma société de production audio-visuelle. Qui n'est pas au mieux de sa forme. Mais qui est l'une des très rares, la seule je crois dans son domaine à n'avoir jamais fait faillite, depuis 18 ans qu'elle existe, bien que n'étant pas épaulée à un gros groupe ou à une banque.
Dans mes activités professionnelles, on m'a passé devant, joué de sales tours, piqués des idées, mais c'est la vie. A chaque fois quelque part, j'aurais pu moi aussi prendre de meilleures précautions, être plus prudent, ou plus méticuleux... Il ne me viendrait pas à l'idée de rejeter la faute de mes problèmes sur le voisin. Ou sur un patron, ou une patronne, même s'il y en a qui sont de sacrés tordus.
L'ilot de prospérité miraculeuse qu'a constitué la Suisse et Genève depuis la fin de la seconde guerre mondiale, c'est fini F.I.N.I. Il faudra vous y faire et arrêter de chercher un bouc émissaire parmi les frontaliers ou les exécutifs. Tiens c'est amusant d'ailleurs, parce que c'est EXACTEMENT le discours du MCG... Qui êtes vous grand-mère ?
Retroussez vos manches et essayez plutôt de retrouver en vous si vous les avez jamais eues, ces valeurs qui ont fondé la qualité suisse : technicité, inventivité, précision et soin du détail... Parce que c'est ainsi et uniquement ainsi que vous vous en sortirez.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/02/2009

Grand-mère, je ne passe pas votre dernier commentaire, qui n'est qu'insulte et n'apporte pas une seule pièce nouvelle au débat

Écrit par : Philippe Souaille | 07/02/2009

M. Souaille n'en est pas à une contradiction près! Prendre comme exemple Darwin dont on connaît les idées racistes primaires pour parler d'adaptabilité ne manque décidément pas de piquant! En tous cas, ça ne fait que discréditer les arguments fumeux pour ou contre xyz ... Peu imporent les préjugés sociaux de son époque, on aurait pu s'attendre à mieux d'un "grand savant".

Pour ce quiest de l'intelligence, le signe n'en est certainement pas de dire le contraire de ce qui se passe dans les faits, juste pour le plaisir de brandir des fictions comme "ouverture" ou humanisme mondial" et j'en passe et des meilleures!

Écrit par : Micheline Pace | 07/02/2009

Mme Pace, il se trouve que je ne connais pas les idées racistes de Darwin dont vous parlez, mais quand bien même, sa théorie de l'Evolution n'en demeure pas moins fondamentale. A moins que vous ne soyez créationniste ?
Pour ce qui est de déterminer qui fait la lecture la moins fausse des faits, lecteurs et lectrices jugeront.
Ah et puis au fait Grand-Mère, c'est amusant votre adresse IP vous localise à Gaillard, justement. Seriez-vous une de ces Suisses frontalières ?

Écrit par : Philippe Souaille | 07/02/2009

Partage votre avis, cependant ne rêvons pas trop! Je connais la région:
- informer les maires des petites communes,
- leur donner des cours afin qu'ils soient compétents pour assumer déjà leurs responsabilités et connaître les droits communaux afin de les appliquer d'une manière équitable,

Je vous rappelle que lors des élections françaises cela fait des lustres qu'une grande partie des électeurs votent Le Pen et Sarko. Eh oui! Hélas, triste constat. Pas demain la veille que nos rêves se réaliseront....Difficile de changer les mentalités.

Écrit par : rebeyrol chantal | 20/02/2009

Les commentaires sont fermés.