16/02/2009

Police et démocratie

Je n'ai pas d'avis tranché sur l'histoire d'amour haine que vit Genève avec sa gendarmerie depuis trop de temps. Comme beaucoup de citoyens, j'ai tendance à penser que les flics font un boulot difficile et qu'ils doivent être payés pour ça. Que l'affaire de la balle traçante et sa gestion politique et médiatique était comme un guet-apens qui leur fut tendu juste avant le G8. Et que j'ai pu constater à plusieurs reprises que dans l'exercice de leurs fonctions, ils étaient moins racistes que la moyenne des corps de police...

Mais j'ai aussi entendu, en privé, de jeunes gendarmes s'amuser à qualifier de "gris" tout ce qui n'était ni entièrement noir, ni entièrement blanc et dans leur bouche, c'était clairement péjoratif. J'ai aussi constaté, même dans l'encadrement, une hostilité franche et pas vraiment dissimulée à l'égard des frontaliers. A titre purement personnel, je pense en fait qu'il serait temps que la gendarmerie genevoise s'ouvre à la diversité et que, la crise faisant il va sans doute devenir plus facile de recruter du personnel acceptant les conditions de travail (franchement meilleures que loin à la ronde, voire que nulle part au monde) sans baisser le niveau de compétences requis.

J'ai en tout cas été vraiment choqué de lire la phrase suivante, dans le blog du dirigeant du syndicat des gendarmes: "La confiance se mérite, et il est très difficile de donner la notre à nos institutions, les récents échecs de diverses votations en sont la preuve". Je comprend difficilement qu'un garant de nos institutions tienne de tels propos à leur égard. Quel que soit le résultat des votations, c'est la démocratie qui s'exprime et s'il a le droit de penser ce qu'il veut en tant que citoyen, il ne devrait pas se permettre de l'exprimer sous son étiquette officielle.

Ces propos sont clairement séditieux et il n'est pas anodin de constater que quelques lignes en-dessous, il est soutenu par la tête de la liste MCG à la constituante, puis se défend paradoxalement de tout engagement politique. D'autres personnes, apparemment gendarmes également, dans le même blog, le présentent comme un modéré et affirment que sans lui, ce serait pire. Un modéré qui donc remet en cause la légitimité de nos institutions lorsque le résultat des votes ne lui plaisent pas, je me demande vraiment ce qu'il peut y avoir de pire...

Le problème de la gendarmerie serait-il beaucoup plus grave qu'on ne le pense ? Est-ce uniquement un problème d'argent ? Quelle est la part de frustration bien réelle et compréhensible de voir remis quotidiennement dans la nature les petits malfrats qu'on arrête ? Je n'aimerais pas être à la place du Conseiller d'Etat dans cette affaire. Mais je suis persuadé qu'il faut maintenant vraiment creuser l'abcès.

Commentaires

ATTENTION! Si vous CREUSEZ l'absès, vous allez CREVER le trou de balle traçante. Il lâchera alors de très jolies perles!

Écrit par : Père Siffleur | 16/02/2009

Excellente analyse. En effet, le problème de la gendarmerie - et de la police en général - est bien plus grave. Je pense qu'il s'agit d'un corps totalement replié sur lui-même; un état d'esprit cultivé depuis des décennies. Puis, observez aussi la différence de tenue entre une PJ, dont la plupart des membres ont fait des études ou sont titulaires d'une matu tandis que la gendarmerie est composée de gens de niveau social, culturel et intellectuel plutôt modestes. Et c'est exactement là que se situe le noeud de la problématique. Car durant leur carrière, les gendarmes, y compris leurs cadres, n'ont pas la formation continue nécessaire pour assurer leur tâche, hormis sur le plan technique et tactique. L'Etat-Major est composé exclusivement de gens du terrain dont aucun ne dispose d'une formation supérieure. Ils sont donc dirigés par des potes ! Pour être un bon policier il faut avant tout des compétences socio-culturelles, de même qu'un niveau intellectuel égal ou supérieur à la moyenne. Je constate également avec le niveau modeste apporté à la police, le salaire est très élevé pour les gendarmes et correspond aux rénumérations ailleurs réservés aux cadres supérieurs voire aux académiciens. Vivant en large autarcie, les gendarmes perdent au fil des ans toute relation avec l'environnement socio-culturel: ils ne connaissent littéralement plus les exigences et difficultés auxquels font face les citoyens dans leur réalité économique et sociale. La culture entreprise - dont tout le monde parle mais qui n'a jamais été définie - ne correspond pas ou plus au monde moderne. Mais le plus grave: sous l'implusion des responsables des syndicats, avec la tolérance des dirigeants, la hiérarchie et les institutions politiques sont systématiquement brocardés voire menacés. Quant à la condition féminine, n'en parlons pas. Pour être bref, la police genevoise et la gendarmerie en particulier sont des services composés de gens dévoués, habiles sur le plan technique et tactique. En revanche, la gendarmerie subit une grave crise d'identité et n'a pas appris à se situer dans l'espace citoyen - institutions. Je prétends que la hiérarchie est trop timide pour cadrer les brebis galleuses - je ferai une exception pour Mme Bonfanti - et il me semble que certains cadres - et non des moindres - s'abritent derrière les syndicats. Bien sûr qu'il y a des frustrations, mais elles existent dans tous les métiers et dans toutes les polices. Le problème consiste dans le fait que les policiers n'ont pas compris qu'ils sont au service de l'Etat et du citoyen, mais que ce sont les gouvernants et les parlementaires - en somme les citoyens - qui déterminent l'environnement dans lequelle ils doivent évoluer. Et ils sont très bien payés pour cela. Or, aujourd'hui, les policiers font de la politique (MCG !) et forment un véritable mouvement d'opposants pour imposer leur vision au monde. Et seul l'argent les calme momentanément.

Écrit par : Dixit | 16/02/2009

Permettez-moi encore de rajouter que je trouve les partis politiques très détachés de la problématique, préférant sans doute la paix des ménages. Un peu complices, non ?

Écrit par : Dixit | 16/02/2009

Permettez-moi d'ajouter mon gain de sel. De bons commentaires que j'apprécie. Je trouve le problème réside au niveau des syndicats et je crois savoir qu'il y en a trois pour la même profession. Avec les acquis "récoltés", trop par rapport aux autres cantons, ils forment un état dans l'état.
Personnellement, j'aimerais mieux voir une police de proximité avec la devise "Dein Freund und Helfer", au lieu d'être noyé par la paperasse et enfermé dans les bureaux. N'ont-il pas de beaux costumes, offert par l'Etat et l'état c'est nous.
Etant soumis à peu ou aucun risque, ils sont manifestement grassement payés par rapport à d'autre corps de métier, avec seulement 40 heures de travail; pas justifiées avec une retraite à 55 ans. Il serait plus correct d'exiger, en cas de besoin, 8 h de présence supplémentaires par semaine, compris dans le salaire. Ne s'agit-il pas principalement d'heures de présence au lieu de parler de travail, comme dans le cas de l'EURO ?

J'avoue de ne pas connaitre toute la problématique. En plus, je trouve notre LM trop mou (est-ce le nom qui le veut?) et n'arrive pas à comprendre sa politique d'autruche. Spécialement dans le cas de la Libye, où à mon avis la police à fauté par excès (20 rambos dans un hôtel de luxe), il est resté muet comme une carpe, espérant que MCR resoudrait son problème. Il n'a pas crée l'incident diplomatique, c'est vrai, mais il en est responsable et il ferait bien d'éteindre l'incendie à Tripoli pour faire libérer les 2 otages !
Le roi des rois a des bras plus long que notre Laurent Moutinot !!!

Écrit par : Etoile filante | 19/02/2009

""La confiance se mérite, et il est très difficile de donner la notre à nos institutions, les récents échecs de diverses votations en sont la preuve". Je comprend difficilement qu'un garant de nos institutions tienne de tels propos à leur égard."

Pourquoi? Vous respectez, vous, ceux qui vous pissent dessus?
Je ne pense que vous êtes masochiste. Les flics non plus.
A force de taper sur les fonctionnaires, de vouloir toujours moins d'Etat, c'est le résultat contraire qui serait étonnant.

Et effectivement quand quelqu'un fait correctement son travail et qu'il voit que ça n'a servi à rien (malfrats relâchés dans les 24 heures), il y a de quoi se sentir dévalorisé et démotivé.

Écrit par : Johann | 19/02/2009

Johann, sur la relaxe des malfrats, nous sommes d'accord. Mais les institutions , ou le peuple qui vote, ne pissent pas sur les flics. Ceux qui leur ont envoyé des bombes à merde, par exemple devant l'OMM lors des manifs du G8, alors qu'ils protégeaient le siège de la météo mondiale et du GIEC (la surveillance de l'effet de serre), c'était les altermondialistes. Dont j'ai cru comprendre que vous étiez assez proche ?
Ceci dit, dans son blog, le responsable syndical des gendarmes a jugé bon de préciser qu'il ne pensait pas aux dernières votations (sous-entendu je suppose sur l'UE)lorsqu'il a écrit cela. Le mieux serait peut-être qu'il explicite. Qu'il dise clairement quelles votations invalident la confiance que l'on pourrait avoir dans nos institutions et pourquoi ?

Écrit par : Philippe Souaille | 19/02/2009

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