04/03/2009

On se calme... Suisse Colombie : dérapages et limites de la démocratie

 

La démocratie, cela peut-être une autoroute, comme en Suisse ces dernières années, sur laquelle l'économie et les droits de l'homme roulent sans problème, dans un grand consensus généralisé. Les accidents y sont rares et grâce aux limitations de vitesse, de gravité mesurée. Cela peut-être aussi, comme en Colombie, une route de montagne escarpée, aux virages serrés, parsemés de plaques de verglas et entourés de précipices vertigineux. La moindre sortie de route s'y paie cash.

Parfois le col franchi, la route de montagne s'élargit et tend à devenir peu à peu une autoroute. C'est ce qui était en train de se passer en Colombie avant la crise. Parfois aussi c'est l'inverse, Une montagne à franchir se dresse brutalement devant l'autoroute, que l'on n'avait pas prévue et on n'a pas toujours le temps de creuser des tunnels et des aménagements. C'est ce qui vient de se passer ici, avec la crise.

L'une des caractéristiques qui font passer la démocratie de l'état d'autoroute de plaine à celui de lacet de montagne, c'est le taux de violence, dans les paroles, puis dans les actes. Et bien évidemment, cela dépend d'abord de la situation économique et de la tendance naturelle de chacun des usagers de la route à vouloir préserver ses acquis s'il circule en Bentley, ou à augmenter son confort, s'il pédale en vélo.

Sur les autoroutes suisses, il y a un taux de Bentley inégalé dans le monde, et des floppées de Golf dernier modèle, tandis que les lacets colombiens sont remplis de cyclistes et de quelques rares gros 4x4 blindés. Mais dans les deux cas, il s'agit de démocraties, solidement ancrées.

Hier la TSR a annoncé qu'une de ses équipes avait décidé de quitter la Colombie pour raison de sécurité, après avoir reçu des menaces annonymes par couriel. Ou qu'elle avait demandé à cette équipe de quitter le pays, ce qui revient au même. Immédiatement, la Présidence et le Gouvernement ont été mis en cause, c'était évidemment la preuve d'une collusion entre ces derniers et les paramilitaires sur lesquels enquêtait l'équipe.

Il se trouve que je connais un tout petit peu le réalisateur concerné, qui m'a jadis rendu service en m'aidant à trouver pour deux de mes films une équipe de tournage sur place en Colombie. Des techniciens excellents et bourrés de talent. Lui-même m'avait été présenté par des amis communs, artistes et intellectuels colombiens à l'époque réfugiés en Suisse, dont plusieurs travaillent aujourd'hui à nouveau pour le Gouvernement colombien dans leurs domaines respectifs. Par exemple à améliorer le système éducatif. Le lacet qui se transformait en autoroute.

Lorsque je m'exprimais régulièrement sur la Colombie, dans ce blog, j'ai reçu à deux reprises des infos émanant de groupes annonymes utilisant une terminologie fasciste, le dénonçant comme un sous-marin des FARC. Cela ne venait d'aucune manière du Gouvernement colombien avec qui j'étais en rapport, mais bel et bien d'excités potentiellement violents d'après leur discours. Je n'ai évidement pas relayé ces accusations.

De mon côté, mon ex-épouse, colombienne, mourrait de peur que son nom soit associé au mien car elle tenait à pouvoir continuer à voyager en Colombie et craignait les représailles des FARC sur elle et sa famille. Moi-même, si je dois me rendre en Colombie pour un article, je ne le claironne pas sur les toits, et mon nom n'est pas dans l'annuaire, car la menace est réelle, même ici en Suisse. Les personnes travaillant avec l'Ambassade de Colombie ont souvent reçu des menaces et leurs maisons ont été taggées. J'ai également été recalé pour un emploi de responsable d'une ONG genevoise, pour lequel on était venu me chercher, parce qu'un certain Carlo Sommarugga craignait que mes positions sur la Colombie ne fasse courir des risques à leurs projets là-bas. Des risques de représailles des FARC, donc, pour le dire clairement. Or, personnellement, je ne fais que dépeindre ce que je pense être la vérité.

Lorsque le ton monte, sur les routes de montagne de la démocratie, on accuse très vite la partie d'en face d'être violente, les oppositions se creusent. On tend à mettre dans le même sac tout ce qui vient de droite si l'on est tant soit peu de gauche et vice versa. Adieu la tolérance, qui est pourtant le lubrifiant permettant à tout le monde d'avancer. Dans le cas Colombien, il est injuste d'accuser Uribe et son Gouvernement pour les menaces débiles de quelques fachos. Même si les fachos paramilitaires ont pu en certaines occasions rendre service au Gouvernement, à la population et à la démocratie en Colombie en se dressant comme ultime rempart devant la violence brutale des FARC lorsque l'Etat, la police et l'armée n'était plus en mesure de le faire. Les méthodes que certains d'entre eux ont utilisées étaient inqualifiables, mais il n'y avait plus personne d'autre pour répondre à la barbarie première des guérilleros.

De même, il est injuste d'accuser notre réalisateur suisso-colombien d'être un agent des FARC, même si son travail sert indubitablement leur cause. Ainsi le film qu'il était en train de tourner visait à dénoncer l'impunité d'un dirigeant para-militaire, qui est l'un des thèmes favoris des FARC. Rappelons qu'il existe en Colombie un processus de réconciliation nationale, inspiré de ce qui a été fait en Afrique du Sud. Il prévoit des peines de prison limitées à 8 ans, pour ceux qui se rendent, quelle que soit l'ampleur des crimes commis. Les para-militaires ont acceptés d'y passer, et les FARC les accusent de s'en tirer à bon compte... Tout en refusant le processus pour elles-mêmes.

Les FARC exigent l'impunité, parce que leur cause initiale – défendre les pauvres - si dévoyée qu'elle puisse être, était morale, alors que la cause des paras – défendre leur peau et leurs terres – ne l'était pas. A leurs yeux de FARC. Cette impunité, certains FARC l'ont déjà obtenue, et sont aujourd'hui réfugiés en France. Curieusement, la TSR fait peu de films sur cette injustice là. Ainsi personne ne cherche à inquiéter les responsables FARC du massacre de Bellavista, qui ont vu plus d'une centaine de femmes et d'enfants paysans massacrés dans une église que les FARC ont fait sauter... A ma connaissance, et contrairement à la TSI, la TSR n'a toujours pas diffusé le documentaire montrant l'nterview des rescapés, dont elle possède pourtant les droits.

Ce qui m'interpelle, c'est qu'en Suisse aussi, le ton monte. Les allumés du MUR ont récemment à plusieurs reprises menacés publiquement de mille morts et de supplices horribles les responsables de l'UDC et du MCG. Contrairement à la Colombie, où l'on accuse Uribe des agissements de quelques fachos, personne n'a accusé Laurent Moutinot ou même Grobet ou Ferrazzino d'être dérrière tout cela. L'UDC comme le MCG, participent tout autant à ce haussement de ton généralisé, et s'enorgueillissent même du démontage de notre société de consensus, ayant fait leur fonds de commerce des rancoeurs accumulées par des années d'arrangements centrés, à l'amiable.

Tant qu'on reste sur les bas-côtés et sur les voies réservées aux extrêmes, ce n'est pas trop grave. Cela peut le devenir lorsque mes amis des partis politiques responsables, que je respecte, et dont je fais même partie au niveau national, embouchent les trompettes guerrières et sonnent l'heure du combat. Combat, oui, pour la survie de notre économie, mais il ne faut pas se tromper d'ennemi, ni d'objectif. Pour pouvoir circuler librement les Bentley ont besoin des Golf. Et peut-être bien qu'il serait judicieux de vendre les Bentley, ou de les ranger au garage quelques temps et d'acheter des Passat. Ou des Audi. Il y en a de très jolies, et lorsque les virages se resserrent, elles sont plutôt plus efficaces

Commentaires

Mon pauvre, avec des phrases aussi alambiquée que celle la :

"Même si les fachos paramilitaires ont pu en certaines occasions rendre service au Gouvernement, à la population et à la démocratie en Colombie en se dressant comme ultime rempart devant la violence brutale des FARC lorsque l'Etat, la police et l'armée n'était plus en mesure de le faire."

Vous vous discréditez complètement ... les paramilitaires qui rendent service à la démocratie, c'est comme pour moi admettre que l'invasion de l'Irak par les USA l'était pour un idéal démocratique ...

Écrit par : Djinius | 04/03/2009

"... une autoroute, comme en Suisse ces dernières années, sur laquelle l'économie et les droits de l'homme roulent sans problème... "

Ben! Dites donc! Monsieur Souaille!
Vous devez avoir un super véhicule avec une suspension et des amortisseurs de toute première bourre!

N'avez-vous pas "senti" les cahots et "Une Belle Saccade (UBS)" de l'économie et les nids de poules des droit de l'homme sur les autoroutes de la démocratie suisses?
Ou, peut-être est-ce vos "Ray-Ban" qui vous empêchent de voir la qualité du revêtement?... Auriez-vous aussi la Rolex qui va avec ce type de lunettes? Vous êtes un homme qui a réussi! Alors, comme le dit Ségéla en parlant d'un type qui vous ressemble grâce aux lunettes: cette montre est nécessaire!

Écrit par : Père Siffleur | 04/03/2009

Père Siffleur, les apparences sont parfois trompeuses. Ce ne sont pas des Ray-Ban, mais des bonnettes teintées (vu le soleil ce jour-là, un modèle Pharmacie Principale à CHF 18.-) posées sur mes lunettes de vue sans lesquelles je ne vois rien car je suis très très myope...
Sur la crise, Père Siffleur, relisez le texte. Ces dernières années, cela sous-entend clairement, me semble-t-il "jusqu'à ces derniers temps", d'autant que je précise par ailleurs qu'une petite montagne volcanique vient de se soulever sous nos pieds... Ou devant nos roues si vous préférez.
Sinon je ne porte pas de Rolex, ni de talonnettes, mais une Swatch, comme tout le monde. Et ma voiture, effectivement très confortable, est une Rover 623 (en fait une Honda Accord avec du bois dedans) de 1997. Payée CHF 6000.- il y a 15 mois, elle me fait exactement le même usage que les autos achetées neuves qui l'ont précédée, et qui me coûtaient CHF 10.000.- par an...
Amusant tout de même que vous me supposiez riche tandis que Djinius m'appelle "mon pauvre".
Pour ce qui est de la démocratie et des paramilitaires, je maintiens. Je n'approuve pas plus leurs méthodes que je suppose que Djinius n'approuve celles des FARC. Mais il se trouve qu'à la fin du XXème siècle, les FARC faisaient régner la terreur sur toute la Colombie. Les forces gouvernementales n'osaient plus se risquer sur les 3/4 du territoire. Ce sont les habitants eux-mêmes qui se sont regroupés, accrochés à leur terre, et ont décidé de résister à la barbarie des FARC, que je ne vais pas détailler ici une fois de plus.
Mais sans ce sursaut d'auto-défense - avec toutes les dérives habituelles à ce genre de phénomène, que je désaprouve, mais que je comprend - les FARC auraient pris le pouvoir et la démocratie serait morte en Colombie. L'autoroute ne serait plus qu'un sentier, même pas lumineux.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/03/2009

"c'est comme pour moi admettre que l'invasion de l'Irak par les USA l'était pour un idéal démocratique ..."

Effectivement, les dernières élections irakiennes se sont déroulées sans le moindre incident... Alors?... La Démocratie est en route en Irak, elle a été rétablie par les armes en France, en Allemagne et au Japon... A voir si les irakiens la maintiendront après le départ des forces américaines, seule force aujourd'hui autentiquement garante de la sécurité des irakiens, et de nombreux habitants de ce pays ne s'y trompent pas!

Écrit par : Inhumain | 04/03/2009

D'accord avec vous pour le ton qui monte en Suisse. Et étrangement, c'est comme s'ils étaient nombreux à sauter sur l'occasion pour s'entretuer.

Il semblerait pourtant que pendant cette période troublée, consensus et solidarité seraient souhaitables pour trouver des solutions acceptables pour tous et pour l'avenir de la Suisse.

Les réglements de compte, assassinats verbaux et autres désaccords haineux risquent de nous enfoncer davantage dans cette crise.

Écrit par : Pascale | 04/03/2009

Monsieur Souaille,

Pour les lunettes et en pastichant le Canard Enchaîné, je dis:
PAN SUR LE SIFFLET ! Autant pour moi!
Il faudra que ce soit moi qui porte des lunettes, mais de vue uniquement! Malgré tout chacun se cherche toujours des excuses. Alors, je dirai que la photo n'est pas bien grande et qu'on ne voit que les "fausses Ray-Ban"! D'où ce conseil: changer de photo!

Au sujet de "ces dernières années", cette expression n'a pas la même signification pour vous et pour moi. Si j'écris "ces dernières années, je veux exprimer une durée: d'haujourd'hui (maintenant) à il y a plusieurs années en arrière, sans savoir ou vouloir dire exactement quel est le laps de temps depuis aujourd'hui. L'idée d'une période tampon entre aujourd'hui et la fin des dernières années ne m'a jamais effleurée dans cette expression!
Mais, il est vrai que vous faites partie de la République de Genève, presque la France... Et que je ne fais qu'habiter un canton rupestre!... Donc ma "rupestrerie" a pour effet que j'en ai moins que vous dans le "caillou"!

... Et merci pour tous les détails concernant vos derniers achats!
À ce propos, ma même "rupestrerie" n'est, malgré tout, pas assez profonde pour que j'assimile forcément un type qui possède "grosse" voiture et "grosse" Rolex avec un homme riche. Surtout pas avec une quelconque richesse intérieure! Chose que vous devez posséder pour avoir le sens de l'humour, même lorsque celui-ci vous égratigne. Bravo!

Écrit par : Père Siffleur | 04/03/2009

Votre article truffé de parallèles décalées est complètement ridicule et n’est que l’étalage de votre ignorance.

Écrit par : Ray Ban | 05/03/2009

"Tout en refusant le processus pour elles-mêmes."

Vous refusez dans votre parti pris de mentionner que lorsqu'elles ont joué le jeu une première fois, elles se sont faites couillonnées.

Quant aux fascistes défenseurs de la "démocratie" colombienne... MDR!


"Ainsi personne ne cherche à inquiéter les responsables FARC du massacre de Bellavista, qui ont vu plus d'une centaine de femmes et d'enfants paysans massacrés dans une église que les FARC ont fait sauter..."

Encore votre parti pris unilatéral en sortant l'événement de son contexte (sans excuser aucunement ce crime de guerre reconnu par ses auteurs - contrairement à ce qui s'est passé dans une guerre toute récente où les criminels nient tout)! Alors si on veut une présentation moins biaisée:

http://www.fidh.org/IMG/article_PDF/article_671.pdf

Écrit par : Johann | 06/03/2009

Johann, la première fois, les FARC n'avaient pas vraiment joué le jeu. Si l'UP était leur façade officielle et légale, les FARC n'avaient en réalité jamais cessé le combat. Exactement comme la ETA et ses façades légales et toutes les rébellions avec une branche armée et une branche politique. Cela n'excuse pas pour autant les exécutions sommaires de l'époque, mais cela n'a rien à voir avec le Gouvernement d'Uribe, qui à l'époque était encore étudiant.
Personne n'aurait l'idée d'accuser Sarkozy pour des atrocités commises durant la guerre d'Algérie alors que le Ministre de l'Intérieur était... Mitterrand. En mettant entre parenthèse le terme de démocratie colombienne vous insultez tout un pays qui la plus vieille tradition démocratique d'Amérique Latine, et des institutions - largement inspirée par la franc-maçonnerie et les textes de la Révolution française - remontant à près de deux siècles. Tous les pays européens ne peuvent pas en dire autant.
Quant au massacre de Bellavista, je le sors tellement peu de son contexte que j'ai fait un film dessus, qui retrace précisément l'enchaînement des évènements, tels que nous les ont racontés les survivants: l'occupation d'un village du Choco - jusqu'alors pacifique - par un bataillon des FARC venu d'une autre région, le retrait des FARC après négociations avec les villageois, l'arrivée des paras, la contre-attaque des FARC et la destruction, par les FARC, de l'église dans laquelle s'était réfugié la population. Il ressort de mon film que les FARC ont effectivement confondu la population avec des combattants et qu'ils ont regretté le massacre.
Cela étant, s'excuser lorsqu'on a tué 119 femmes et enfants, et qu'on en a blessés autant, restés bloqués trois jours sans soin dans les décombres par les combats, c'est un peu court. Le choeur des vierges des journalistes et blogueurs bien pensants hurlent à la mort lorsque le Président colombien s'excuse pour une regrettable histoire de gilet arborant un emblème du CICR dans une opération sans victime, estimant que des excuses ne suffisent pas. Et lorsqu'un paramilitaire croupit en prison, la TSR et Arte paient un film pour démontrer qu'il n'est pas assez puni.
Mais lorsqu'il s'agit des FARC ayant tué des dizaines de personnes innocentes et étrangères au combat, de vrais civils, personne n'en parle. Et la TSR ne passe pas le film, bien qu'il lui ait été offert grâce à un financement de la DDC! De même que personne ne parle jamais, dans la presse européenne, des paysannes mères de famille qui sautent sur les mines posées par les FARC autour des villages qu'elles rackettent.
Sans doute suis-je de parti pris. Mais dans la presse suisse romande, voire francophone je suis un des très rares à défendre le point de vue de la majorité des Colombiens, face à un déferlement de nouvelles habilement manipulées par les militants des FARC qui mènent depuis belle lurette, avec une grande efficacité, une redoutable guerre de propagande. J'estime sincèrement que la voix de la majorité des colombiens, qui élisent leur Président et leurs parlementaires démocratiquement, puisse être entendu.
Ray-Ban, lorsque vous aurez un argument étayé, nous pourrons en parler.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/03/2009

Merci beaucoup Philippe pour vos articles. Les colombiens en ont assez des inepties racontées sur leur pays et leur gouvernement à travers la presse bien-pensante de certains pays européens. Quand je lis les commentaires des internautes ici ou aileurs nous ressortir à tout bout de champ cette histoire du logo du CICR et le massacre des membres de l'UP il y a plus de 20 ans sous la présidence de Betancur (du parti libéral dont fait partie la sénatrice d'extreme gauche Piedad Cordoba) ! Merci également de rappeler que la Colombie est la plus ancienne démocratie de la région et qu'elle n'a JAMAIS connu les dictatures militaires de ses voisins. C'est également le SEUL pays qui n'a JAMAIS interdit l'existence du parti communiste. Enfin, je pose la question à tous les "intellectuels" bien au chaud chez eux dans les montagnes suisses et les rives parisiennes de la Seine : pourquoi dans cette tant décriée "dictature uribiste", certains opposants hurlant des insanités à l'encontre d'Uribe, l'accusant de tout et n'importe quoi, s'affichant sans AUCUN scrupule sur des photos avec des chefs de FARC, ne sont pas exécutés sur la place publique ?? J'ai vu pire comme dictature... Etrange aussi cette dictature, où la moitié de la bancada uribiste au congrès est envoyée en taule, certains sous la base d'une simple accusation pas encore prouvée. A quand les procès à l'encontre de ceux qui se pavannent avec Santrich, Granda, sans parler de ceux qui font du baise main à Lucas Galdron & consorts ...

Écrit par : Beltran | 06/03/2009

"Ce sont les habitants eux-mêmes qui se sont regroupés, accrochés à leur terre, et ont décidé de résister à la barbarie des FARC, que je ne vais pas détailler ici une fois de plus."

Vous faites preuve de beaucoup d'ignorance concernant le phénomène paramilitaire en Colombie.

A titre d'exemple un des faits et gestes de ce paramilitaire qui vient d'être extradé pour trafic de drogue :

"En esa gesta, el Bloque Calima dejó muchísimos muertos. La masacre más espeluznante fue la que se extendió por dos días a lo largo de la cuenca del Río Naya, entre el 10 y el 12 de abril de 2001, y que dirigió el propio 'HH', en la que mataron y mutilaron hombres, mujeres y niños campesinos indígenas. Oficialmente fueron 27 los muertos, pero hay testimonios de que pudo haber muchos más."

Connaissez vous ces terres auxquelles s'accrochait cet habitant ?

Écrit par : sgoitnemm | 06/03/2009

Je ne crois pas faire preuve d'ignorance. Les paramilitaires ont commis des choses horribles et ils passent à juste titre en jugement pour cela, sous le coup de la loi Justiz Y Paz. Ce sont des fascistes et j'ai toujours combattu le fascisme. Et les combats ont très souvent été utilisés pour chasser des indigènes, noirs ou indiens de leurs terres et les transformer en plantations de palmiers à huile. Cela aussi je le dénonce dans mon film. Cela étant, les FARC ont également massacré des Indiens, mais curieusement, la presse occidentale ne s'en émeut pas. C'est là où il y a un problème.
Par ailleurs, ce que l'on reproche généralement à Uribe, c'est d'avoir été l'un des fondateurs des Convivirs. Qui étaient au départ des comités citoyens chargés de veiller réciproquement sur leurs maisons et de s'entraider en cas d'attaques des FARC. Ils se sont peu à peu transformés en comité d'auto-défense armés et de là, certains ont carrément pèté les plombs et viré paramilitaires.
Je le dénonce dans mon texte ci-dessus... "avec toutes les dérives habituelles à ce genre de phénomène, que je désapprouve" Uribe s'est clairement désolidarisé de ces excès et les responsables - ou supposés responsables sont déférés devant la justice, les coupables croupissant en prison, voire même extradés aux Etats-Unis. Ce qui n'est toujours pas le cas des FARC, qui exigent l'impunité pour leurs crimes. C'est là le vrai débat. Et toute la campagne actuelle, abondamment relayée par la presse romande et française, n'a pas d'autre but: discréditer Uribe, qui a réussi à désarmer et faire juger les paramilitaires pour obtenir un traitement différent pour les FARC.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/03/2009

Les Convivir ont été créées en 1994-95 par décret et ont été déclarées illégales en 1997. Nombre d'entre elles ont été conformées par des paramilitaires mais il est faux de réduire le paramilitarisme à des Convivir ou 'comités de citoyens' qui auraient mal tourné. Les phénomène est plus ancien et plus complexe, et ni les ACCU ni les AUC étaient des groupes de simples 'habitants' ou 'citoyens'. Tout comme les FARC ne sont pas de gentils révolutionnaires mais des assassins et des tortionnaires. En parlant de 'dérives' vous donnez des arguments à ceux qui - d'extrême droite ou d'extrême gauche - considèrent que si l'objectif est louable, quelques massacres pour la 'cause' ne sont que des dommages collatéraux, ou des 'dérives'...

Écrit par : sgoitnemm | 06/03/2009

Jeudi à l'aube, la RSR (vous savez, celle qui se vante d'être la seule à nous révéler quelque chose) nous a resservi son scoop du lendemain de la libération d'Ingrid Betancourt: en résumé, «une mascarade puisque des chefs des FARC ont été achetés à un prix situé entre 15 et 25 millions de dollars»... Jeudi matin donc, la RSR prétendait apporter une «confirmation» de sa thèse «exclusive» en diffusant une courte interview de l'ex-négociateur français déchu, M. Saenz, qui n'a fait état que de sa «conviction profonde» étayée par aucune preuve. Saenz a dit exactement ce que la RSR (seule au monde) «révélait» à l'époque par la voix de Frédéric Blassel. Celui-ci nous a ainsi révélé hier qui était son «informateur» à l'époque. La RSR s'en est rendu compte puisque cette «confirmation» de son prétendu scoop a rapidement été retirée de son site et a disparu de l'antenne dès 8 heures...

Écrit par : Emigré | 06/03/2009

Merci, Emigré, de votre remarque, qui rejoint la réflexion que je m'étais faite. Ainsi que l'intuition qu'ont eu beaucoup d'observateurs du dossier en entendant cette vraie fausse nouvelle à l'époque. A savoir que le fameux informateur ne pouvait être du côté gouvernemental colombien, lequel avait toujours reconnu et même vanté l'existence d'un fonds destiné à l'achat des consciences FARC dans de tels cas, mais niant l'avoir utilisé dans le cas précis. Le procès à venir des deux chefs FARC arrêtés ce jour là fera la lumière sur cette histoire.
L'informateur ne pouvait être non plus un membre des FARC, car si paiement discret il y avait eu, les autres FARC ne pouvaient par définition pas être au courant. Restaient la piste des deux intermédiaires, le franco-suisse Gontard et le français Saenz, sans doute vexés et furax d'avoir effectivement servis de nuage de fumée vivant pour assurer le succès de l'opération "Jaque".
Le fait est que les Colombiens ont cru à ce moment là que la fausse fuite venait de Gontard. Cela a sans doute été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase du lourd dossier qu'ils avaient à l'encontre du Genevois. Dont l'histoire de la rançon dans laquelle il a explicitement reconnu le rôle joué dans sa négociation et le fait qu'elle ait finalement été versée.
Si c'est effectivement Saenz qui a "informé" la RSR, il leur revient de discuter entre eux, entre collègues, de de leurs responsabilités réciproques. Mais comme les eux s'accordent un soutien sans faille, cela ne devrait pas poser trop de problèmes.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/03/2009

sgoitnemm, vous avez droit à la palme du pseudo le plus imprononçable. Sérieusement, où lisez-vous que je réduis le phénomème para-militaire aux convivirs ? C'est un des éléments du dossier, le seul qui implique objectivement Uribe.
En outre, à l'apogée de la puissance des FARC, en bien des endroits, la seule force armée continuant de s'opposer aux FARC furent des paramilitaires. Dont beaucoup étaient des tortionnaires brutaux, certains ayant découpé des gens à la tronçonneuse et remplit des charniers. Sous l'autorité du gouvernement actuel, que la presse bien-pensante européenne traite volontiers de fasciste et de non-démocratique, la justice colombienne les condamne et les met en prison après avoir fait ouvrir les charniers et avouer les fautes.
Toute violence est condamnable. Elle peut avoir des circonstances atténuantes, en cas de légitime défense notamment, mais elle doit rester proportionnée. Là-dessus, je suppose que nous sommes d'accord. Ce que je ne comprend toujours pas, c'est l'acharnement mis par certains à accuser toujours les mêmes en l'occurrence l'extrême-droite en semblant oublier les autres, à savoir l'extrême-gauche.
Je n'aime pas les brutes. Pas plus celles d'extrême-droite que celles d'extrême-gauche. Entre parenthèses, le niveau de conscience idéologique chez les paysans pauvres colombiens qui constituent le gros des troupes des uns et des autres, dépend souvent de qui les a recrutés - et payés - le premier. Lors d'un voyage à Medellin, en décembre, j'ai pu interviewer des anciens combattants des deux camps en train de profiter des programmes de réhabilitation. Leur foi dans l'avenir et leur espoir de revenir enfin - ensemble - à une vie normale et pacifique était touchante.
C'est ce gouvernement qui met en place ces programmes. Pourtant, la presse bien-pensante tire à vue sur Uribe pour deux raisons. Le goût du scandale, parce qu'un scandale para avec de possibles accointances dans la politique officielle est plus scandaleux, dont plus vendeur qu'un scandale FARC. Et le fait que les journalistes qui traitent ces questions sont majoritairement de gauche, avec une vision romanesque des FARC, style Robin des Bois.
Vision qui était aussi la mienne jusqu'à mon premier séjour en Colombie.
Maintenant sur le fond, après un conflit, un pays a besoin d'un processus de réconciliation nationale. Pour pouvoir repartir d'un bon pied. Comme par exemple la France, en 45, grâce à de Gaulle, qui a sut mettre fin aux règlements de compte de la Libération en faisant condamner Pétain et quelques chefs et en offrant l'absolution à tous les autres. Y compris en oubliant toutes sortes de compromissions et d'atrocités inavouables.
Une - petite - partie de l'opinion colombienne, comme Holmann Morris, appuyé par une grosse partie des médias européens, refuse ce processus et font tout au contraire pour le dénigrer. En condamnant officiellement les FARC, mais en travaillant avec elles (jusque dans leurs camps et franchement, je doute extrêmement fort que les FARC admettent à proximité de leurs camps des gens dont ils ne sont pas sûrs...) et en passant leur temps à dénoncer des scandales, sans doute en bonne partie réels, mais toujours du même côté.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/03/2009

Il y a un autre élément essentiel sur la Colombie qui est curieusement occulté par les médias occidentaux, c'est la liste de quelques 9000 collaborateurs et militants "civils" des FARC trouvée dans les ordinateurs de leur défunt chef Raul Reyes. Ce qu'il faut en faire, peut-on l'utiliser dans le cadre d'une procédure judiciaire et comment, qu'elles pourraient être les sanctions pour ces gens apparemment rangés, qui en sous-main agissaient discrètement pour le compte d'une organisation terroriste et narco-trafiquante, par convition idéologique ou pu gout de lucre, car ils étaient payés? Ce sont des questions fondamentales pour une démocratie.
Or non seulement les ventilateurs médiatiques bruyamment agités par l'extrême gauche servent aussi à tenter de faire oublier l'existence de la-dite liste, si c'était la liste de tous les collaborateurs et complices civils des paramilitaires, nul doute que tous nos médias en feraient leurs choux gras. Ils crieraient au fascisme et dénonceraient un gouvernement dictatorial, voire une justice fantoche, qui traîne en longueur pour protèger les méchants au lieu de les livrer à la vindicte publique...

Écrit par : Philippe Souaille | 07/03/2009

Bonjour,

Je suis surpris que vous estimez que le travail du réalisateur (que je connais personnellement pour ne rien vous cachez) apporte un soutiens quelconque aux FARC. En stipulant ceci vous refusez de considérer ce dernier reportage, dont les prises de vue venaient d'ailleurs seulement de commencer, comme appartenant à un volet de trois reportages qui dénoncent le non-respect des Droits de l'Homme en Colombie et la souffrance de la population -comme vous le savez sûrement- souvent pauvre et vivant en dehors des centres urbains, écrasée sous le poids des forces dominatrices de ce conflit.
En visionnant les 2 premières documentaires on ne peut guère soutenir que M. Lozano a un parti pris dans ce malheureux conflit.

Finalement, si les paramilitaires massacrent des civils et combattent les FARC en parallel, je le trouve gonflé de votre part de dire qu'ils ont rendu service à la population et à la démocratie.

Je vous rappelle qu'aujourd'hui encore une certaine admiration existe pour les autoroutes du troisième reich. Service à la population?

Écrit par : Laurent | 09/03/2009

Il se trouve que j'ai été interrogé en histoire au bac en France, à l'oral, par une prof, membre d'Ordre Nouveau à l'époque, sur le thème "Le réalisations intérieures du nazisme". Je me suis fâché avec elle, parce que je ne voyais rien... en dehors des autoroutes et de la Coccinelle...
Cela m'a valu un 7/20 ce jour là, alors que j'avais 16/20 de moyenne en Histoire sur l'ensemble de ma scolarité. L'utilité des autoroutes et de la Coccinelle ne réhabilite pas Hitler pour autant. Franco a construit des immeubles pour les pauvres et Staline gagné la seconde guerre mondiale. Franco et Staline n'en sont pas moins condamnables... Comme les paramilitaires. Même si ces derniers ont été le rempart ultime, contre la barbarie des FARC, en 2000, 2001, années des accords négociés en Suisse sous l'égide de Gontard, qui furent un échec lamentable. Jamais la violence et l'insécurité n'avaient atteint un tel niveau.
La politique menée par Uribe depuis 2002 est un succès remarquable aux yeux des Colombiens, mais c'est d'abord l'exact contraire de celle prônée alors par Gontard. Là réside la cause première du conflit d'egos entre les deux hommes. Qui vaut régulièrement à Uribe d'être traîné dans la boue dans les médias romands où Gontard est très influent, et ce bien avant l'inculpation de ce dernier.
La mésaventure de Lozanno tombe au milieu de tout cela. Morris, son partenaire dans l'opération, participait d'ailleurs déjà au film de Temps Présent sur Gontard. Qui n'est certainement pas le pire que l'on ait pu voir sur la Colombie, mais qui n'est certainement pas non plus objectif. Si je suis fondamentalement pacifiste, je considère aujourd'hui qu'il est des situations, heureusement rares, où la médiation ne fait que ralentir l'issue d'un conflit et qu'il vaut mieux, parfois, laisser les belligérants en finir. En respectant les Droits de l'Homme, c'est mieux. Après seulement la réconciliation peut opérer. Uribe est déjà parvenu à diviser par 15 le nombre des paramilitaires actifs dans le pays et par trois les FARC. Bon début.
Je n'ai pas vu les deux films de Lozano dont vous parlez. L'un passe en ce moment au FIFDH mais malheuresement uniquement pour les enfants des écoles... Ce qui est d'ailleurs curieux. Ce que j'ai pu en lire ne m'indique pas forcément la voie d'une objectivité parfaite, mais je vous en reparlerai lorsque j'aurai pu les voir.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/03/2009

Je retire ce que j'ai dit : vous n'êtes pas ignorant du phénomène paramilitaire.

Ce qui rend moins excusable le fait que vous parliez de 'dérives' ou d''excès' pour décrire ses crimes.

Écrit par : sgoitnemm | 09/03/2009

Sgoitnemm, en dehors du fait que vous parvenez à dissimuler votre adresse IP, une grande première dans ces blogs, vous semblez partager avec les Colombiens un trait culturel assez courant là-bas: l'obsession pour les mots. Qui me parait admirable dans les concours d'éloquence qui sont le vrai sport national et redoutable dans le cadre du conflit. Le fait que le Gouvernement s'obstine à refuser de parler de guerre, par exemple. Pour ma part, je persiste à estimer que les actes des paramilitaires sont des dérives et des excès par rapport à leur objectif premier qui était pour faire court, la lutte anti-communiste. Comme ceux des FARC sont des dérives et des excès par rapport à leur lutte originelle en faveur des pauvres.
Lorsque, évoquant les paramilitaires, je parle de "tortionnaires brutaux, certains ayant découpé des gens à la tronçonneuse et remplit des charniers", il ne me semble pas que je minimise leurs actes.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/03/2009

L’homme a inventé la roue, l’une de ces inventions suivantes était la route. Gogol a écrit qu’il n’existe pas d’autres problèmes que les routes et les imbéciles. Même la route métaphorique n’est pas privée d’ ornières.

Écrit par : Faith - Ludusspace Send Message | 25/05/2009

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