09/03/2009

Constituante: on entre dans le vif du sujet

 

C'est dans l'indifférence que «la Constituante" est enfin entrée en matière ce week-end. Le point de presse prévu n'a guère soulevé les passions. L'occasion de travailler tranquillement et peut-être même plus efficacement, mais la démocratie réclame davantage de publicité. La nomination d'un(e) secrétaire général, attendue dans la semaine, devrait permettre d'y remédier. Ce sera d'ailleurs le premier vrai test « politique » de l'assemblée. Parviendra-t-elle à rester dans le consensuel, qui est ce que l'on attend d'elle ?

 

Au-delà de la théorie, qui voudrait la réduire à une simple machine à produire du règlement de fonctionnement cantonal, la vraie raison d'être de la constituante c'est d'essayer de parvenir à un consensus fort, permettant de bouger ce qu'il faudra pour sortir Genève de l'ornière. On se souvient de la Nuit du 4 août, moment décisif de la Révolution française qui vit les représentants de la Noblesse et du Clergé, voter comme un seul homme avec le Tiers-Etat l'abolition des privilèges qui paralysaient l'évolution de la société d'alors.

 

Ce que le peuple attend de la Constituante, et le Bureau, composé d'un représentant par groupe, l'a fort bien compris, c'est d'élaborer des solutions institutionnelles permettant de faire sauter les verrous qui entravent notre développement d'aujourd'hui. Comme jadis Fazy fit sauter les fortifications qui enserraient la ville dans son corset de pierres. Après le prologue consacré à son règlement interne, c'est sous la forme d'un "remue-méninges" que l'assemblée est entrée samedi dans le vif du sujet. Sans tabou, mais pas sans garde-fous, le bureau de l'assemblée ayant sagement déblayé le terrain, en centrant les débats sur 4 points chauds:

 

* La fusion ville canton

* la réduction de la circulation dans le canton

* le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers

* l'extension de la zone à bâtir pour la construction de logements

 

Social, environnement, parité, les problèmes récurents communs à l'ensemble de la planète ont été sciemment laissés de côté à ce stade. C'est le pain quotidien du politique, Grand Conseil et Conseil d'Etat, tandis que la Constituante joue dans une autre catégorie. Elle s'attaque avec raison aux graves problèmes pratiques qui se posent à l'agglomération.

 

Le droit de vote et d'éligibilité des étrangers, formellement important, fait un peu figure d'intrus dans cette liste, tant il aura peu d'incidence réelle sur le quotidien des Genevois, quel que soit leur passeport. A l'inverse, les relations avec l'arrière pays, Vaud et France Voisine n'apparaissent qu'au travers de la circulation dans le canton. Il est vrai que la constitution fédérale interdit à Genève d'outrepasser ses prérogatives en la matière, mais pas d'en discuter dans le cadre d'un brainstorming...

 

Cette première journée "débridée" aura aussi permis aux constituants de mieux se connaître. L'utilisation des techniques de management des ressources humaines développera utilement l'esprit de corps nécessaire à déboucher sur les consensus attendus. L'idéal serait d'ailleurs que l'assemblée s'affranchisse des partis, mais on n'en est pas encore là. Le bureau va choisir cette semaine son secrétaire général et ce sera la première fois que l'assemblée aura de vraies raisons de se déchirer.

 

Le rôle est essentiel, dans un système de Présidence renouvelable : un pilier, le véritable gardien du temple, qui peut fort bien être une vestale d'ailleurs. L'important c'est que le ou la nommé(e) soit suffisament politique pour maîtriser tous les enjeux de sa charge et suffisament au-dessus de la mêlée pour préserver contre toutes les pressions les intérêts premiers de la démocratie. Bien sûr, ce n'est pas lui (ou elle) qui décide, la fonction répond aux ordres du bureau, mais elle doit administrer concrètement et c'est fondamental.

 

Personne ne peut être à la fois parfaitement averti des choses de la politique et parfaitement neutre politiquement. Le prétendre serait mentir. L'idéal serait une personnalité ayant marqué son autonomie, voire son recul à l'égard des logiques partisanes. A mon sens, l'expérience et l'assise serait plus utiles que la docile impétuosité d'un jeune loup. Les constituants pourraient se satisfaire d'un simple exécutant mais ils ont plus d'avantages à tirer d'une personnalité affirmée et créative, rôdée aux situations de crise et au dénoument des tensions. Le peuple le sait, qui a majoritairement privilégié l'expérience dans la composition de l'Assemblée. Ce n'est pas un hasard si les anciens du CICR, par exemple, prennent une place grandissante dans tout l'éventail politique genevois. C'est une école de vie, de compétences gestionnaires et politiques, qui vaut largement l'ENA. Mais ce n'est pas la seule.

 

Pour le reste, la fonction appelle une personnalité de culture centriste et consensuelle, mais capable de se faire respecter, qui soit à la fois organisateur-trice expérimenté-e et communicateur-trice hors pair. Quelqu'un dont la culture politique couvre toute l'étendue du spectre démocratique. Et qui soit disponible séance tenante pour un mandat de 4 ans...

 

 

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