26/03/2009

Dévaluation du Franc : les vraies raisons

 

Pour quelqu'un qui se pique d'écrire, et tente d'écrire bien, cela pourrait être vexant. La semaine dernière, j'ai explosé le record de fréquentation quotidienne de ce blog avec... un simple lien sur un article du Monde évoquant la dévaluation du Franc suisse ! Ce qui, en dehors du fait que cela vous rend modeste, révèle surtout la réalité des préoccupations de l'heure. A fortiori à Genève: celui ou celle qui saura prédire l'avenir économique ou financier sera le roi du pays.

Rebelote donc, mais cette fois l'article est de moi, sur la forme. Sur le fond, c'est Pierre Leconte qui parle, économiste, gérant de fortune et écrivain. Il va d'ailleurs sortir prochainement un bouquin sur devinez quoi... Et il en parlait hier soir, au Cercle des Dirigeants d'Entreprise, à l'invitation d'Enza Testa-Haegi.

Pronostiquer, c'est prendre un risque, que Pierre Leconte assume sans complexe. Il défend une vision orhodoxe de l'économie, à l'image de l'école autrichienne et croit davantage en la main invisible qu'en l'intervention de l'Etat. Mais surtout, il n'a pas la langue de bois et il appelle un chat un chat, ce qui rend son discours passionnant.

Sur la baisse du Franc Suisse, par exemple, provoquée par la BNS, que le Monde appelait une dévaluation, il affirme que la cause n'en est pas prioritairement la sauvegarde des exportations. Encore que si celles-ci continuent à diminuer au rythme actuel, on n'exportera plus rien d'ici la fin de l'année, ça c'est moi qui le rappelle. La cause, pour Leconte, se sont les engagements de crédits en Francs Suisses des pays de l'est européen, qui ont servi à financer le boom immobilier dans l'ex Pacte de Varsovie ces dernières années.

Tant que le bâtiment allait, et surtout que l'avion de l'économie mondiale planait, tout allait bien. Lorsque celui-ci c'est crashé, les monnaies de l'est ont pris l'ascenseur, direction la cave, face au Franc Suisse. Du coups, des millions de nouveaux petits propriétaires ne peuvent plus honorer leurs traites.

D'où la baisse du Franc, non pas pour sauver la paix sociale des pays de l'est, encore que ce point soit loin d'être négligeable, mais parce que si les crédits ne sont plus honorés, les deux grandes banques suisses, encore elles, se retrouvent piégées une fois de plus: l'argent qu'elles ont prêté ne leur appartient pas, et elles sont elles-même endettées jusqu'au cou. Plus de 700 milliards dans cette affaire, entre le CS et l'UBS, si j'ai bien noté les chiffres de Leconte.

Ce dernier souligne que si l'on considère non pas seulement les emprunts d'Etat, mais l'ensemble des crédits du pays (cantons, communes, privés et surtout, surtout banques...) la Suisse est le pays le plus endetté du monde par habitant. C'est connu, on ne prête qu'aux riches...

Voilà qui devrait donner à réfléchir aux tenants de l'Alleingang, du Yenapointcommenous et du Merdaleurope... L'argent qui dort dans nos coffres, en effet ne nous appartient pas plus que celui que les deux grandes banques ont emprunté sur les marchés internationaux, même si nous avons pris l'habitude de travailler avec...

D'après Leconte, le plus grand tort des responsables politiques est précisément d'avoir laissé les deux grandes banques atteindre des niveaux de puissance mondiale qui les rend impossibles à contrôler/sécuriser par la BNS qui n'en a tout simplement plus les moyens, car cela dépasse de plusieurs fois les capacités de l'ensemble du pays.

La bonne nouvelle, c'est que nous n'en sommes pas encore au point de la place financière britannique, de loin la plus amochée du vieux continent, qui a du prestement nationaliser TOUTES ses banques et qui se retrouve dans une situation d'autant plus périlleuse que contrairement à la France et à l'Allemagne, elle n'a plus guère de production industrielle. L'essentiel de son activité est désormais financière et sinistrée... Gouverner c'est prévoir et c'est aussi diversifier!

Autre électrochoc asséné par Leconte, il se pourrait bien que les Banques Mondiales n'aient pas forcément dans leurs coffres tout l'or qu'elles prétendent avoir, grâce à un jeu d'écritures comptables. Comme quoi la créativité est une qualité (ou un vilain défaut ?) assez répandue en matière financière. Leconte écarte, à regrets, le retour à l'Etalon or, pourtant gage de stabilité financière et de croissance réelle, car personne n'a vraiment intérêt à stopper le jeu de l'avion. Hormis peut-être les chinois qui sont en train de ramasser les rênes de l'économie mondiale et qui pourraient éventuellement s'y résoudre. Les ¾ de la production de biens de consommation dans le monde sont aujourd'hui assurés par des pays émergents et forcément, ça change la donne.

Au registre des prédictions, Leconte annonce donc pêle-mêle, la hausse de l'or, de l'euro, du pétrole, des matières premières et des produits agricoles, l'effondrement du marché des obligations et à terme un gros risque d'hyperinflation, potentiellement productrice de tensions sociales, tandis que les grands travaux de l'Etat ne lui paraissent pas un remède efficient. Ah et puis aussi l'entrée rapide dans l'UE et l'adoption de l'euro, pour sauver l'UBS et le CS en les adossant à une puissance économique réelle, l'UE y gagnant deux puissants outils financiers mondiaux. Si j'ai bien tout compris.

Tout ceci se tient et paraît logique. Pour de plus amples détails, retenez son nom et achetez son prochain bouquin. Comme la plupart des autres économistes, il laisse cependant de côté un facteur fondamental, nouveau dans l'histoire de l'économie et des crises économiques, le fait que l'on soit sur le point d'atteindre les limites des ressources planétaires dans un nombre croissant de domaines.

Mais par analogie, à chaque fois que des puissances économiques se sont disputés des marchés sans parvenir à se les répartir de manière ordonnée, cela s'est terminé dans le sang et les larmes.

 

Commentaires

"cela s'est terminé dans le sang et les larmes."
Moralité : petits épargnants, investissez chez Kalachnikov, Colt ou Beretta. L'avenir leur appartient...

Écrit par : Géo | 26/03/2009

Je pensais plutôt à des chars d'assaut et des bombes atomiques. Le plus gros danger, c'est au niveau des Etats qu'il se prépare, si l'on n'y prend pas garde. D'où l'importance des organismes mondiaux, notamment l'OMC, pour enrayer le retour au protectionnisme qui représente à terme le plus gros risque pour la paix mondiale.

Écrit par : Philippe Souaille | 26/03/2009

Monsieur Souaille,

Dans le commentaire ci-dessus vous utilisé: "... risque pour la paix mondiale." Mais de quelle paix parlez-vous? Je n'ai lu aucun livre d'histoire qui ait parlé d'un tel état du Monde! Si les embrasements sont moins étendus qu'ils l'ont été au XXème siècle, que certains sont larvés, ils n'en demeurent pas moins toujours présents. Donc comment vouloir préserver la Paix mondiale puisqu'elle n'existe pas. Ce sont les politiciens qui essaient de nous faire accroire qu'elle existe. Cela, pour mieux asseoir leur pouvoir en minimisant au maximum les conflits en cours et permettant ainsi de continuer à vendre des armes partout ou presque. Cette dernière branche de l'économie qui "tourne" toujours très bien!... Ainsi que nous le fait remarquer Géo de manière grinçante, mais pertinente!

Peut-être qu'à une certaine époque, celle où Lucy était encore un bébé (paix à sa "proto-âme"), ce concept avait encore une certaine consistance... Aujourd'hui nous sommmes malheureusement obliger de n'imaginer ce concept que comme une utopie! Il est vrai que vous appréciez les utopies, surtout lorsqu'elles sont mondiales!
Est-ce que ce n'est pas qu'une carotte qui permet à certains d'utiliser le bâton? Le "bâton qui tonne" comme le diraient certainement nos édiles qui sont devenues Peaux-Rouges depuis qu'elles sont attaquées par la cavalerie!

Écrit par : Père Siffleur | 26/03/2009

@Géo:
SIG, c'est très bien aussi! ^^

Écrit par : Quentin ADLER | 26/03/2009

Les bombes atomiques, on les a déjà. Ceux qui doivent investir dans les parapluies anti-pakis ou anti-iraniens ne sont pas des petits épargnants, et le risque majeur en Europe, surtout en France, est un risque de guerre civile ou à tout le mois d'explosion sociale. (cf. David Laufer).
Les salaires des Français font carrèment peur :

"Type de contrat souhaité: CDI ou CDD ou Intérim
Fonctions: hydrogéologie eau, environnement polluants sol, assainissement déchets
Secteur d'activité: , ,
Secteur géographique: Ville: , Département: Loire-Atlantique, Région: Pays de la Loire, Pays: France
Date de début de la disponibilité: 15/09/2008
Salaire souhaité:
1500 à 1700 Euros

Écrit par : Géo | 26/03/2009

Père Siffleur : je ne crois pas que la regrettée Lucy ait connue la paix mondiale. A son époque, aux précédentes et à celles qui ont suivi, la règle c'était plutôt "struggle for life". Toute la question étant de savoir si Lucy savait déjà manier un bâton ou pas...
Vous avez raison, la paix mondiale est pour le moins virtuelle. Toutefois, je fais personnellement une vraie différence entre la situation actuelle et une franche et ouverte 3ème guerre mondiale, très vraisemblablement nucléaire. Pas vous ? Les Irakiens, je suis moins sûr, d'accord...
Géo, ce qui est étonnant, dans le monde, c'est moins les salaires français que les salaires suisses. Une caissière à la Migros touche plus qu'un prof de lycée universitaire de l'autre côté de la frontière. Le problème, c'est que les salaires suisses, comme relevés plus haut reposent aussi sur le plus fort endettement du monde par tête de pipe. Comme on n'a ni pétrole, ni uranium ni quoi que ce soit (à moins que vous n'ayez trouvé de gisements insoupçonnés ?) il ne servira pas à grand chose de se barricader pour défendre du vent et de la poussière...

Écrit par : Philippe Souaille | 26/03/2009

"Comme on n'a ni pétrole, ni uranium ni quoi que ce soit (à moins que vous n'ayez trouvé de gisements insoupçonnés ?) il ne servira pas à grand chose de se barricader pour défendre du vent et de la poussière..."
Franchement, Ph.S, je sais que je suis nul en économie (mais qui ne l'est pas, au fait ?), mais traiter de vent et de poussière les gens de R&D de la Suisse entière, il faut pousser le nihilisme très très loin. Vous ne vous intéressez que trop aux banques, regardez du côté de la pharma.

"Une caissière à la Migros touche plus qu'un prof de lycée universitaire de l'autre côté de la frontière."
Non mais là, vous avez l'esprit obscurci par les brumes du bout du lac de Lausanne, dans ce bled où on paie les gendarmes autant que les directeurs d'école ou les médecins cantonaux...
Désintoxiquez-vous, allez respirer l'air pur un peu plus au NE...

Écrit par : Géo | 26/03/2009

Un prof de lycée en France, ayant trois ans ou plus d'études universitaires gagne dans les 2000 euros. En tout cas c'est ce que gagne mes cousins dans le sud-ouest. Soit un peu moins des 3500 CHF d'une caissière à la Migros.
Pour le reste, vous avez raison, j'ai négligé la R&D, qui est certainement la meilleure arme de la Suisse en matière de production industrielle et d'économie réelle.

Écrit par : Philippe Souaille | 26/03/2009

Monsieur Souaille,

Vous n'allez pas me faire avaler que vous n'aviez pas compris que Lucy se "promenait" dans mon commentaire un peu comme les personnages de Lewis Caroll de l'autre côté du miroir. À titre d'allégorie du début du tout début du monde "conscient"!... Surtout que j'ai ajouté "bébé"!

En ce qui concerne la troisième guerre mondiale, elle ne sera pas nécessaire. Les hommes sont assez fous pour démolir la planète plus "tranquillement", sans la bombe nucléaire. Cette dernière ne ferait que raccourcir le processus, mais sa non utilisation est insuffisante pour l'inverser. Nous allons dans le mur en chantant les louanges du capitalisme toujours aussi sauvage, malgré les secousses de l'économie et de la finance... Et nous retournons gentiment à l'époque de Lucy (adulte). Ou allons-nous à la rencontre de Mad Max?
Avez-vous vu les "villages" de toiles que les étasuniens, tous gens balayés hors du "système" se construisent pour survivre? Le Quart-monde ne va pas disparaître, il grandit au profit d'une "élite" (sic) toujours plus minoritaire. La bombe nucléaire est inutile! Nous y arriverons sans elle!

Écrit par : Père Siffleur | 27/03/2009

M. Souaille,
je crois que vous plaisantez. Ou alors, effectivement, vous êtes légèrement déconnecté de la réalité économique dont votre caissière Migros est victime. Car si elle a une famille et un mari qui travaille aussi à la Migros, ils s'en sortiront moins bien que le prof français, qui lui, étant fonctionnaire dans la fameuse "Education nationale", bénéficie de moult prestations offertes par l'Etat français.
La prochaine fois, essayez de mieux peser vos affirmations

Écrit par : Vicky | 27/03/2009

Vicky, je n'ai pas dit, ni écrit qu'elle vivait mieux. J'ai dit que son salaire net était légèrement plus élevé. Après il y a pas mal d'autres facteurs qui interviennent, tels que le niveau des prix (je dirais en gros un bon tiers moins élevé dans les supermarchés du Sud Ouest qu'en France Voisine, à fortiori qu'à Genève), des loyers, des aides à l'accès à la propriété, des assurances maladies prélevées à la source et non pas payées sur le salaire net, des impôts moins élevés, etc... Au final, ma cousine et son mari, avec deux salaires de prof à 2000 euros par mois, possèdent une ravissante maison séparée de l'Océan uniquement par la plage et connaissent une qualité de vie exceptionnelle...
Je ne faisais que répondre à Géo, qui s'affolait du salaire promis à un jeune géologue français. Merci de m'offrir l'occasion de préciser les choses. Et aussi que le gros problème de ses blogs, qui fait aussi leur charme par ailleurs, c'est leur immédiateté.
Contrairement à un article, une enquête, ou plus encore un livre, qu'on a le temps de peaufiner, de relire, de compléter et d'amender

Écrit par : Philippe Souaille | 27/03/2009

PS@ par pitié, abandonnez cette idée que l'humanité a la moindre capacité de nuisance sur la planète. Pour dire les choses avec un poil de méchanceté ou de réalisme, nous sommes son cancer (ou son prurit, pour être plus réaliste...) et la planète terre ne s'en portera que mieux après notre disparition...
Essayez de réaliser tout ce qu'il y a de stupidement chrétien avec cette confusion humanité - planète...

Écrit par : Géo | 27/03/2009

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