31/03/2009

G20 : jusqu'où Sarkozy a-t-il le sens de la famille ?

A quelques heures de l'ouverture du G20, les forces en présence sont maintenant connues: Paris et Berlin veulent organiser un contre-pouvoir à la toute puissance mondialisée de la finance, tandis que Washington et Londres préfèrent se contenter de remettre du kérosène dans l'avion. Au contraire des jours précédant la guerre du Golfe, l'attitude de Moscou demeure un mystère, de même que celle de la Chine, qui pourtant détient les moyens de faire atterrir tout le monde. Pékin pourrait prendre des mesures brutales. Genre constituer une monnaie commune asiatique avec le yuan, ce qui plomberait définitivement le dollar.

L'un des chapitres clefs qui sera discuté concerne les paradis fiscaux et la dissimulation fiscale. Il ne faudrait pas que la Suisse, qui n'est pas invitée au G20, paie les pots cassés d'une alliance à minima sur son dos. Washington et Londres semblent en effet décidés à défendre un capitalisme à l'anglo-saxonne, fondamentalement débridé. On les attend notamment sur ce qui concerne leurs propres paradis fiscaux, qui occupent une place essentielle dans leurs économies respectives. Alors que pour Paris et Berlin, c'est clairement en Suisse, donc hors de leur juridiction directe que les choses se passent...

Le cas du groupe Carlyle est exemplaire. Né en 1987 d'une niche fiscale opportunément exploitée (l'autorisation de racheter à moindre prix des sociétés en faillite en Alaska pour bénéficier de leurs créances fiscales) Carlyle s'est établi une solide et fort douteuse réputation mondiale en travaillant dans l'immobilier, la communication et surtout l'armement, quasi ouvertement avec la CIA, tout en recrutant de hauts responsables politiques, militaires et financiers du monde entier.

Eux directement ou leurs proches. De la fille de Madeleine Allbright à Georges Bush père, en passant par Franck Carlucci (ex-boss de la CIA), James Baker, Arthur Levitt (patron de la SEC) et son homologue chinois, Georges Soros, un patron de la Bundesbank, deux premiers ministres thaïs (dont un en exercice à l'époque), des frères d'Oussama Ben Laden et des Français. Dont un ancien responsable de Matra (filiale du groupe Hachette) et le demi-frère de Nicolas Sarkozy, qui est aujourd'hui co-responsable des investissements étrangers du groupe.

A noter que Carlyle a détenu le tiers du Figaro, avant que Dassault (grand rival en communications comme en aéronautique et lié au gaullisme historique) n'en reprenne le contrôle. Tout ceci n'est guère innocent au moment où l'on voit Sarkozy fermer la parenthèse gaullienne à l'OTAN. Encore plus amusant (cela fit beaucoup rire les services bien renseignés du monde entier), le Ministère français des Affaires Etrangères s'est étendu dans un immeuble voisin du Quai d'Orsay, vendu à l'Etat par le groupe Carlyle pour 376,5 millions d'euros, en 2007, peu après l'élection de Nicolas Sarkozy.

Le-dit immeuble, ex- Imprimerie Nationale avait été acheté par le groupe Carlyle en 2003 pour 85 millions d'euros…. A l'Etat français! Entretemps, il a subi pour 120 millions de travaux. Soit un bénéfice net pour Carlyle de près de 172 millions d'euros sur le dos du contribuable en 4 ans... Joli coup, toute la question étant de savoir si le prix comprend les micros dissimulés dans les murs, ou non ?

Du coup, on peut se demander quel jeu joue Nicolas Sarkozy. S'il est vraiment sincère dans l'affirmation de sa volonté de conclure un New deal mondial, ou si c'est juste un double jeu politique?

Il est certain que lorsqu'il affirme avoir compris à qui incombait la responsabilité de la crise, il sait parfaitement de quoi il parle. Le groupe où travaille son demi-frère a mis en faillite sa filiale spécialisée dans les subprime il y a pile un an, laissant une ardoise de 17 milliards de dollars. Avec seulement 650 millions de fonds propres, la Carlyle Capital Corporation (côtée en bourse contrairement à sa maison mère le trust Carlyle Group) avait levé pour plus de 20 milliards de capitaux et d'emprunts, soit un juteux levier de 30 fois la mise. Sa faillite a largement contribué au déclenchement de la crise.

Les cloisons étant étanches, les dirigeants de Carlyle Group se sont crus autorisés à affirmer – sans la moindre vergogne - que les conséquences de cette faillite sur les comptes du trust seraient « négligeables ». Les épargnants qui leur avaient fait confiance n'étaient évidemment pas tous du même avis. Pour une fois, ils avaient pu acquérir, des actions cotées en bourse d'une filiale de ce groupe réputé servir annuellement du 30% de rendement à ses actionnaires très exclusifs… Mais ils avaient tout perdu !

C'est aussi pour cela qu'il paraît essentiel que toute la lumière soit faite sur les mécanismes légaux et illégaux d'évasion fiscale, même lorsqu'ils sont liés à la raison d'Etat. Ne serait-ce que pour couper court aux rumeurs qui pourrait faire penser que le demi-frère d'un Président français est appointé par la CIA, par exemple...

Commentaires

Bonjour !
Cette nuit, j'ai vu un docu très intéressant sur le "système" (impossible d'appeler ça autrement...) "Pétrole contre nourriture" en Irak après la première guerre du Golfe.
Dire qu'il y en a qui s'en sont mis plein les fouilles est encore très loin de la vérité.
Aujourd'hui je lis votre billet... et je réfléchis.
Ben vous savez quoi ?
L'idée de Rousseau et du "bon sauvage", enfin de la nature profondément "bonne" de l'être humain, ben j'ai des doutes...

:o)

Écrit par : Blondesen | 31/03/2009

très bonne analyse, et parler de la fameuse arnaque des imprimeries de la rue de la convention opérée par le groupe carlyle était important ! Je rajouterai la chose suivante : Les imprimeries avaient été vendues à Carlyle pour 85 millions d'euros par Sarkozy , ministre du budget de l'époque, et c'est aussi lui qui a donné son accord pour le rachat afin d'en faire le nouveau ministère de la guerre !

Écrit par : ju | 10/04/2009

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