31/03/2009

G20 : jusqu'où Sarkozy a-t-il le sens de la famille ?

A quelques heures de l'ouverture du G20, les forces en présence sont maintenant connues: Paris et Berlin veulent organiser un contre-pouvoir à la toute puissance mondialisée de la finance, tandis que Washington et Londres préfèrent se contenter de remettre du kérosène dans l'avion. Au contraire des jours précédant la guerre du Golfe, l'attitude de Moscou demeure un mystère, de même que celle de la Chine, qui pourtant détient les moyens de faire atterrir tout le monde. Pékin pourrait prendre des mesures brutales. Genre constituer une monnaie commune asiatique avec le yuan, ce qui plomberait définitivement le dollar.

L'un des chapitres clefs qui sera discuté concerne les paradis fiscaux et la dissimulation fiscale. Il ne faudrait pas que la Suisse, qui n'est pas invitée au G20, paie les pots cassés d'une alliance à minima sur son dos. Washington et Londres semblent en effet décidés à défendre un capitalisme à l'anglo-saxonne, fondamentalement débridé. On les attend notamment sur ce qui concerne leurs propres paradis fiscaux, qui occupent une place essentielle dans leurs économies respectives. Alors que pour Paris et Berlin, c'est clairement en Suisse, donc hors de leur juridiction directe que les choses se passent...

Le cas du groupe Carlyle est exemplaire. Né en 1987 d'une niche fiscale opportunément exploitée (l'autorisation de racheter à moindre prix des sociétés en faillite en Alaska pour bénéficier de leurs créances fiscales) Carlyle s'est établi une solide et fort douteuse réputation mondiale en travaillant dans l'immobilier, la communication et surtout l'armement, quasi ouvertement avec la CIA, tout en recrutant de hauts responsables politiques, militaires et financiers du monde entier.

Eux directement ou leurs proches. De la fille de Madeleine Allbright à Georges Bush père, en passant par Franck Carlucci (ex-boss de la CIA), James Baker, Arthur Levitt (patron de la SEC) et son homologue chinois, Georges Soros, un patron de la Bundesbank, deux premiers ministres thaïs (dont un en exercice à l'époque), des frères d'Oussama Ben Laden et des Français. Dont un ancien responsable de Matra (filiale du groupe Hachette) et le demi-frère de Nicolas Sarkozy, qui est aujourd'hui co-responsable des investissements étrangers du groupe.

A noter que Carlyle a détenu le tiers du Figaro, avant que Dassault (grand rival en communications comme en aéronautique et lié au gaullisme historique) n'en reprenne le contrôle. Tout ceci n'est guère innocent au moment où l'on voit Sarkozy fermer la parenthèse gaullienne à l'OTAN. Encore plus amusant (cela fit beaucoup rire les services bien renseignés du monde entier), le Ministère français des Affaires Etrangères s'est étendu dans un immeuble voisin du Quai d'Orsay, vendu à l'Etat par le groupe Carlyle pour 376,5 millions d'euros, en 2007, peu après l'élection de Nicolas Sarkozy.

Le-dit immeuble, ex- Imprimerie Nationale avait été acheté par le groupe Carlyle en 2003 pour 85 millions d'euros…. A l'Etat français! Entretemps, il a subi pour 120 millions de travaux. Soit un bénéfice net pour Carlyle de près de 172 millions d'euros sur le dos du contribuable en 4 ans... Joli coup, toute la question étant de savoir si le prix comprend les micros dissimulés dans les murs, ou non ?

Du coup, on peut se demander quel jeu joue Nicolas Sarkozy. S'il est vraiment sincère dans l'affirmation de sa volonté de conclure un New deal mondial, ou si c'est juste un double jeu politique?

Il est certain que lorsqu'il affirme avoir compris à qui incombait la responsabilité de la crise, il sait parfaitement de quoi il parle. Le groupe où travaille son demi-frère a mis en faillite sa filiale spécialisée dans les subprime il y a pile un an, laissant une ardoise de 17 milliards de dollars. Avec seulement 650 millions de fonds propres, la Carlyle Capital Corporation (côtée en bourse contrairement à sa maison mère le trust Carlyle Group) avait levé pour plus de 20 milliards de capitaux et d'emprunts, soit un juteux levier de 30 fois la mise. Sa faillite a largement contribué au déclenchement de la crise.

Les cloisons étant étanches, les dirigeants de Carlyle Group se sont crus autorisés à affirmer – sans la moindre vergogne - que les conséquences de cette faillite sur les comptes du trust seraient « négligeables ». Les épargnants qui leur avaient fait confiance n'étaient évidemment pas tous du même avis. Pour une fois, ils avaient pu acquérir, des actions cotées en bourse d'une filiale de ce groupe réputé servir annuellement du 30% de rendement à ses actionnaires très exclusifs… Mais ils avaient tout perdu !

C'est aussi pour cela qu'il paraît essentiel que toute la lumière soit faite sur les mécanismes légaux et illégaux d'évasion fiscale, même lorsqu'ils sont liés à la raison d'Etat. Ne serait-ce que pour couper court aux rumeurs qui pourrait faire penser que le demi-frère d'un Président français est appointé par la CIA, par exemple...

30/03/2009

Les Français de Suisse s'intéressent aux européennes

Il y a deux ans, lors d'une conférence à Genève, Jean Peyrelevade expliquait pourquoi la crise financière était inévitable : le système ne pouvait tout simplement pas continuer à servir des rendements de plus de 10% aux 300 millions d'investisseurs dans le monde, alors que le taux de croissance mondiale n'était que de 5 %. Il y avait forcément un bug quelque part... Le financier français (ex-conseiller de Delors avec Pascal Lamy, artisan du redressement de la France avec la politique de rigueur de Mauroy, puis du redressement du Lyonnais - toujours avec Lamy), professeur d'économie à Polytechique, s'exprimait alors comme soutien de François Bayrou, dont il est aujourd'hui le conseiller économique, et Vice-président du Modem.

Il y a comme ça des gens qui sont plus que d'autres en prise avec la réalité. Ils semblent particulièrement nombreux au MODEM, où les autres vice-présidents s'appellent Corinne Lepage et Jean-Luc Benhamias, deux fers de lance de l'écologie constructive et pragmatique. Benhamias, marseillais, est Numéro 1 de la liste Modem de la région Sud-Est pour les Européennes. Grande région sud-est qui inclut la France voisine, d'où la présence, en numéro 2 sur la liste, de Fabienne Faure, Conseillère municipale à Ferney Voltaire, Chef du Groupe Modem à l'assemblée régionale Rhône Alpes.... et épouse d'un frontalier.

Fabienne Faure sera à Lausanne demain soir (2 Av. Secrétan, à Bethusy) le 31 à 19h30 et à Genève (Av du mail 14 à st Boniface - 19h30) pour lancer la campagne en vue des européennes parmi les Français de Suisse.  L'accès est libre.

 

27/03/2009

Quand 20minutes ment

Titrer est un art difficile. Il faut résumer tout un article en 3 mots qui attirent le lecteur. Cela n'est pas une excuse pour être mensonger. En découvrant un récent papier de 20minutes, l'excellent Roger de Weck a du friser la crise cardiaque. Celui qui fut le brillant rédacteur en chef du Tages Anzeiger (qui détient 20minutes et vient de racheter Edipresse), avant de devenir le boss de l'IHEID, l'Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement, fer de lance de la Genève Internationale, a en effet une théorie: c'est que le sensationnalisme des médias est le meilleur atout du populisme politique et que cette alliance est dangereuse pour la démocratie.

Parmi les méchantes rumeurs qui circulent à Genève, deux au moins concernent les fonctionnaires internationaux et autres diplomates qui ne paieraient ni leurs impôts, ni leurs PV. C'est totalement mensonger et cela fait beaucoup de tort à l'image de la Genève internationale dans la population. Vu que l'on risque d'avoir à voter sur la question, il est plus que jamais important de rétablir la vérité.

Or 20 minutes a titré un article "Les diplomates se fichent des PV".

Pourquoi, si ce n'est pour soit

1) Faire du sang à la Une

2) Confirmer dans l'esprit des gens une rumeur fausse, à des fins politiques ou xénophobes

En effet, lorsqu'on lit l'article, on découvre que la vérité est tout autre, à savoir que 80% des PV impayés sont le fait de 10 légations seulement, sur les 650 qui sont fixées à Genève. Ce qui signifie que 98% des diplomates, des ambassades et des organisations internationales, soit respectent le code de la route et les interdits de stationnements, soit paient leurs amendes.
Stigmatiser tout un groupe humain pour l'inconduite de 2% de ses membres est non seulement scandaleux, mais irresponsable à l'égard des étrangers et de la Genève Internationale, outil essentiel à l'économie du canton, car une bonne partie de la population genevoise lis les titres sans lire les articles... Surtout lorsque le titre conforte ses préjugés erronés.

J'estime que 20 minutes devrait publier un rectificatif explicatif de même dimension que l'article au titre mensonger, avec un nouveau titre, genre :

2% des diplomates se fichent de leurs PV

ou mieux encore :

98% des diplomates paient leurs PV

Et pour tordre le cou à l'autre rumeur, rappelons que nombre de fonctionnaires internationaux sont engagés localement, Suisses ou frontaliers et paient des impôts tout à fait normalement. Quant aux diplomates étrangers, ils paient eux aussi des impôts, mais dans leur pays d'origine et ceux-ci sont pris à la source, dans le cadre de leur organisation. Ce qui finalement est assez logique, car ce sont les pays étrangers qui paient l'intégralité des salaires leur permettant de faire leurs (grosses) dépenses ici. Ce qui fait marcher le commerce, en déversant plusieurs milliards par an dans l'économie genevoise. Intégralement payés par l'étranger, donc.

26/03/2009

Dévaluation du Franc : les vraies raisons

 

Pour quelqu'un qui se pique d'écrire, et tente d'écrire bien, cela pourrait être vexant. La semaine dernière, j'ai explosé le record de fréquentation quotidienne de ce blog avec... un simple lien sur un article du Monde évoquant la dévaluation du Franc suisse ! Ce qui, en dehors du fait que cela vous rend modeste, révèle surtout la réalité des préoccupations de l'heure. A fortiori à Genève: celui ou celle qui saura prédire l'avenir économique ou financier sera le roi du pays.

Rebelote donc, mais cette fois l'article est de moi, sur la forme. Sur le fond, c'est Pierre Leconte qui parle, économiste, gérant de fortune et écrivain. Il va d'ailleurs sortir prochainement un bouquin sur devinez quoi... Et il en parlait hier soir, au Cercle des Dirigeants d'Entreprise, à l'invitation d'Enza Testa-Haegi.

Pronostiquer, c'est prendre un risque, que Pierre Leconte assume sans complexe. Il défend une vision orhodoxe de l'économie, à l'image de l'école autrichienne et croit davantage en la main invisible qu'en l'intervention de l'Etat. Mais surtout, il n'a pas la langue de bois et il appelle un chat un chat, ce qui rend son discours passionnant.

Sur la baisse du Franc Suisse, par exemple, provoquée par la BNS, que le Monde appelait une dévaluation, il affirme que la cause n'en est pas prioritairement la sauvegarde des exportations. Encore que si celles-ci continuent à diminuer au rythme actuel, on n'exportera plus rien d'ici la fin de l'année, ça c'est moi qui le rappelle. La cause, pour Leconte, se sont les engagements de crédits en Francs Suisses des pays de l'est européen, qui ont servi à financer le boom immobilier dans l'ex Pacte de Varsovie ces dernières années.

Tant que le bâtiment allait, et surtout que l'avion de l'économie mondiale planait, tout allait bien. Lorsque celui-ci c'est crashé, les monnaies de l'est ont pris l'ascenseur, direction la cave, face au Franc Suisse. Du coups, des millions de nouveaux petits propriétaires ne peuvent plus honorer leurs traites.

D'où la baisse du Franc, non pas pour sauver la paix sociale des pays de l'est, encore que ce point soit loin d'être négligeable, mais parce que si les crédits ne sont plus honorés, les deux grandes banques suisses, encore elles, se retrouvent piégées une fois de plus: l'argent qu'elles ont prêté ne leur appartient pas, et elles sont elles-même endettées jusqu'au cou. Plus de 700 milliards dans cette affaire, entre le CS et l'UBS, si j'ai bien noté les chiffres de Leconte.

Ce dernier souligne que si l'on considère non pas seulement les emprunts d'Etat, mais l'ensemble des crédits du pays (cantons, communes, privés et surtout, surtout banques...) la Suisse est le pays le plus endetté du monde par habitant. C'est connu, on ne prête qu'aux riches...

Voilà qui devrait donner à réfléchir aux tenants de l'Alleingang, du Yenapointcommenous et du Merdaleurope... L'argent qui dort dans nos coffres, en effet ne nous appartient pas plus que celui que les deux grandes banques ont emprunté sur les marchés internationaux, même si nous avons pris l'habitude de travailler avec...

D'après Leconte, le plus grand tort des responsables politiques est précisément d'avoir laissé les deux grandes banques atteindre des niveaux de puissance mondiale qui les rend impossibles à contrôler/sécuriser par la BNS qui n'en a tout simplement plus les moyens, car cela dépasse de plusieurs fois les capacités de l'ensemble du pays.

La bonne nouvelle, c'est que nous n'en sommes pas encore au point de la place financière britannique, de loin la plus amochée du vieux continent, qui a du prestement nationaliser TOUTES ses banques et qui se retrouve dans une situation d'autant plus périlleuse que contrairement à la France et à l'Allemagne, elle n'a plus guère de production industrielle. L'essentiel de son activité est désormais financière et sinistrée... Gouverner c'est prévoir et c'est aussi diversifier!

Autre électrochoc asséné par Leconte, il se pourrait bien que les Banques Mondiales n'aient pas forcément dans leurs coffres tout l'or qu'elles prétendent avoir, grâce à un jeu d'écritures comptables. Comme quoi la créativité est une qualité (ou un vilain défaut ?) assez répandue en matière financière. Leconte écarte, à regrets, le retour à l'Etalon or, pourtant gage de stabilité financière et de croissance réelle, car personne n'a vraiment intérêt à stopper le jeu de l'avion. Hormis peut-être les chinois qui sont en train de ramasser les rênes de l'économie mondiale et qui pourraient éventuellement s'y résoudre. Les ¾ de la production de biens de consommation dans le monde sont aujourd'hui assurés par des pays émergents et forcément, ça change la donne.

Au registre des prédictions, Leconte annonce donc pêle-mêle, la hausse de l'or, de l'euro, du pétrole, des matières premières et des produits agricoles, l'effondrement du marché des obligations et à terme un gros risque d'hyperinflation, potentiellement productrice de tensions sociales, tandis que les grands travaux de l'Etat ne lui paraissent pas un remède efficient. Ah et puis aussi l'entrée rapide dans l'UE et l'adoption de l'euro, pour sauver l'UBS et le CS en les adossant à une puissance économique réelle, l'UE y gagnant deux puissants outils financiers mondiaux. Si j'ai bien tout compris.

Tout ceci se tient et paraît logique. Pour de plus amples détails, retenez son nom et achetez son prochain bouquin. Comme la plupart des autres économistes, il laisse cependant de côté un facteur fondamental, nouveau dans l'histoire de l'économie et des crises économiques, le fait que l'on soit sur le point d'atteindre les limites des ressources planétaires dans un nombre croissant de domaines.

Mais par analogie, à chaque fois que des puissances économiques se sont disputés des marchés sans parvenir à se les répartir de manière ordonnée, cela s'est terminé dans le sang et les larmes.

 

25/03/2009

Violence des Jeunes : un témoignage surgi du passé

 

Ce soir, les femmes de l'Entente organisent une conférence débat à Unimail sur la violence des jeunes. J'ai voulu apporter ce témoignage personnel, qui n'est qu'un rappel : la violence n'est pas née d'hier et trouve malheureusement un terreau propice à son expression dans l'être humain lui-même, notamment chez les jeunes mâles fraîchement post-pubères, sans que les filles n'en soient d'ailleurs exclues, loin de là. Inutile de la nier. On peut en revanche tenter de lui faire une prise de judo, en la canalisant.

J'ai passé mon bac à Cannes en 1973, dans ce que l'on appelait « Le triangle brun » (Cannes Grasse Nice), parce que la majorité chevelue et gauchiste que nous formions était régulièrement agressée par des nervis d'Ordre Nouveau et du GUD, parfois encadrés par d'anciens paras de l'OAS.

La forte proportion de « pieds noirs », rapatriés d'Algérie expliquait cette présence massive de l'extrême-droite dans la région. C'était la seule référence ethnique, ou plutôt culturelle. Certes les sépharades étaient plutôt fachos et les ashknenazes gauchos, mais nous étions tous blancs, en dehors de notre Professeur de philosophie, Yves Leborgne, dont nous avions soutenu la grève de la faim pour obtenir sa mutation dans son île natale de Guadeloupe...

Fachos ou gauchos, nous étions surtout des petits et grands bourgeois. Les enfants d'ouvriers du quartier de la Bocca n'arrivaient que rarement jusqu'au lycée à l'époque, et ceux qui y parvenaient devenaient généralement anars. Donc dans notre camp. Moi j'étais trotskyste et dans ma bande, car il faut bien l'appeler ainsi, nous étions français, suisses ou étasuniens (à l'époque on disait amériKKKains), habitants des villas des environs. Plus une Brésilienne, qui était aussi franco-suisse.

Dans la section lycéenne de la Ligue Communiste, à Cannes, nous étions quatre familles à avoir des liens en Suisse, et quatre aux Etats-Unis. Enfants de cinéastes, d'hommes d'affaires, d'écrivains. Jonathan Little, l'auteur des Bienveillantes, n'avait que six ans à l'époque, mais son père, Bob, jeune journaliste de Neesweek et de l'Express, que l'on disait transfuge de la CIA – nous étions en pleine guerre du Vietnam - nous recevait régulièrement dans sa maison des environs de Mougins.

Qu'est ce que ces histoires de blousons dorés, ou plutôt de treillis kakis (c'était notre manière de marquer notre opposition à la guerre que de nous habiller en GI's déjantés), ont à voir avec la réalité des quartiers nords de Paris, ou même d'Onêx ? La violence, uniquement la violence. Nous étions à priori pacifistes, malheureusement les fachos n'avaient pas l'air d'être au courant. Peace and Love, nous pratiquions déjà assidûment, malgré notre jeune âge, avec la dose de paradis artificiels que cela impliquait... Mais les crânes rasés semblaient avoir râté l'épisode.

Ayant été élu – démocratiquement, en Assemblée Générale - chef du service d'ordre du lycée, pour les manifs contre la Loi Debré, j'étais une cible potentielle. Ce qui me valut au moins trois tentatives de ratonnades. La première de nuit, rentrant en Solex sur une route non éclairée, je vis brusquement une forme se dresser sur mon chemin et tenter de m'asséner un coup de bâton, que j'esquivais par miracle. J'eus le réflexe d'éteindre immédiatement ma lumière, puis mon moteur et de m'enfiler, en pédalant à perdre haleine, dans le premier chemin sombre venu. Je les entendis se précipiter dans leur voiture, pour se lancer à ma poursuite, en vain. J'étais devenu invisible.

Je suis certain d'avoir reconnu la voix d'un facho, étudiant à Nice, dont le jeune frère était dans ma classe. A l'invitation de ce dernier, j'avais été skier avec eux et leur père à Auron. Les skieurs étaient peu nombreux et les occasions de skier rarrissimes sur la Côte d'Azur à cette époque. Le père était pharmacien et l'aîné retapait une vieille moto, une Vincent magnifique. Je pensais pouvoir parler posément avec eux de philosophie politique, mais apparemment leurs intentions étaient différentes et je n'avais pas renouvelé l'expérience.

Un autre soir, nous sortions à trois d'une réunion de cellule chez Paulo et Daniel. Fils du scénariste du Cid (sous prête-nom) et du Garçon aux Cheveux Verts (entre beaucoup d'autres), Paulo a depuis lors dirigé la moitié des Highlander, Etalon Noir et autres Largo Winch. Et Daniel est à la tête d'un conglomérat de cliniques aux Etats-Unis.

Ma soeur et moi enfourchons nos Solex et Stanislas, fils d'un plombier polonais (en réalité, patron d'une petite entreprise de plomberie :-) démarre son Peugeot. Comme il est plus rapide, il file devant... et c'est lui qui prend le coup de matraque qui le jette à terre. Ils sont une dizaine à lui tomber dessus. Pris entre ma loyauté envers Stan, la présence de ma soeur, et le fait qu'ils sont beaucoup plus nombreux et armés... Je hurle à ma soeur « Demi-tour ! ». Je ne saurai jamais ce que j'aurais fait si ma soeur n'avait pas été là. Je remonte avec elle chercher du renfort, la maison n'étant qu'à 200 mètres. Le temps de redescendre, ils sont partis, laissant Stan en sang dans le fossé.

Rien de vraiment grave pour lui, heureusement, mais pour que les gendarmes acceptent d'enregistrer sa plainte, il nous fallut y retourner à deux fois, avec nos parents, après que mon père ait écrit au Procureur et fait actionner ses relations.

Roustan, un copain anar, se fait cueuillir à quelques nuits de là, dans le garage à mobylettes de son immeuble. Ils lui tombent dessus pendant qu'il attend l'ascenseur. Comme il tente de sortir une bombe lacrymogène d'auto-défense, ils lui massacrent les doigts méthodiquement avec un gourdin cloûté. Il fera un long séjour d'hôpital, avec des broches dans chacun des doigts de la main droite, qui lui coûtera son année scolaire. L'année du bac, en dépit de nos efforts conjugués pour lui amener ses cours à l'hôpital.

Rassemblés grâce au système d'alerte que nous avions mis en place, nous passons une bonne partie de la nuit à faire marcher la « ronéo viet »: une machine rudimentaire à imprimer les tracts un par un. C'est moi qui ai écrit le tract. Un vibrant appel au peuple lycéen et à la résistance. Coup de chance, nous sommes lycée de préparation au professorat d'éducation physique. 150 malabars plus âgés, puisqu'ayant déjà le bac, se rallient comme un seul homme. Cela tombe bien, car les fachos viennent régulièrement tracter devant le lycée encadrés de protecteurs qui sont d'anciens paras d'Algérie... Et ils sont armés. Un jour ils ont été jusqu'au bureau du proviseur, et lui ont sorti sous le nez un fusil mitrailleur. Les RG sont venus faire une enquête. Des flics socialistes à l'époque, du moins c'est ce qu'ils affirmaient, à notre grand étonnement. Mais mon père m'avait confirmé que les RG étaient nés à la Libération et souvent encore tenus par la gauche.

Ce jour là, à midi, lorsqu'Ordre Nouveau vient tracter devant le lycée, une horde hurlante de 7 ou 800 lycéens et lycéennes leur foncent dessus. Façon village d'Astérix gorgés de potion magique se ruant sur une légion romaine. Sauf que les Romains ne sont qu'une vingtaine...et qu'ils sont armés. Immédiatement ils reculent en désordre, suivis par la meute, bloquant la circulation du Boulevard Carnot. Deux ou trois se font chopper. Je vois Paulo plaquer au sol un jeune facho qu'il retrouvera plus tard à un casting, où le gars postule comme figurant, alors que Paulo est réalisateur. Il ne le prendra pas. Comme le cinéma ne lui réussit pas, le type écrit (plutôt bien) des livres d'informatique qu'il me reviendra de critiquer – objectivement, je crois - dans les pages de la Tribune, il y a bien des années. Aux dernières nouvelles, il a été mêlé récemment à un scandale politique de l'UMP dans les Hauts-de-Seine.

Une voiture s'approche, autour de laquelle les fachos se regroupent et l'un d'eux sort un pistolet. En même temps que plusieurs voix hurlent « Attention! » « Il a un flingue! » et ce genre de choses, il tire en l'air. Deux ou trois coups. 700 lycéens se plaquent au sol instantanément, cherchant à se protéger dérrière les carrosseries. Les fachos capturés en profitent pour disparaître ou rejoindre la voiture. Ils sont une douzaine à essayer de s'engouffrer dans la bagnole, protégés par le gars au pistolet qui menace la foule. Plusieurs d'entre nous se mettent à jeter ce qui leur tombe sous la main: cadenas en fonte, briquets Zippo, cailloux du square voisin... La bagnole démarre en trombe, toutes portières ouvertes, des gars aggrippés pêle-mêle aux montants et aux marche-pieds. Le conducteur, sans doute passablement stressé heurte à deux ou trois reprises en s'enfuyant d'autres voitures avec ses portières qui se referment sur les gars accrochés... ça doit faire mal, mais aucun ne lâche prise et ils disparaissent.

Ils ne sont plus jamais revenus au lycée cette année là, et les deux ou trois d'entre eux qui y étaient ont préféré aller se faire voir ailleurs dans des cours privés.

C'est justement dans l'un d'eux que mes parents m'ont envoyé tenter de refaire mon retard en maths à l'approche du Bac. J'étais en section C, mathématiques, et les manifestations géantes contre la Loi Debré, qui supprimait les sursis militaires avaient d'autant plus perturbé ma préparation que j'en étais le principal organisateur local. 7000 lycéens dans la rue à Cannes, c'était plus qu'en Mai 68. Une belle victoire, mais en maths, j'étais bel et bien largué. Et contrairement aux autres matières, il ne me suffisait pas de lire pour rattraper...

Un matin, ils ont refermé la grille du collège sur ma nouvelle bécane, une vieille Honda 50cc 3 vitesses, beaucoup plus rapide que mon Solex en cas de pépin. Je me suis retrouvé coincé au sol, une jambe sous l'engin, avec une dizaine de types cagoulés qui me tabassaient à coups de pieds. A la tête, dans le ventre et le bas ventre. Je ne suis resté que quelques heures à l'hosto. Mais le traumatisme avait causé l'occlusion du canal déférent que j'ai du me faire opérer, quelques années plus tard.

Je pris ma revanche au Bac, de manière imprévue. En natation, je me suis retrouvé dans la même série que Delvert, le chef du GUD à Cannes, auréolé d'une ceinture noire de karaté et d'un titre de champion d'Algérie de natation de l'année dernière, car ses parents s'étaient accrochés en Algérie jusqu'à l'année précédente. Je le savais et je savais aussi qu'il avait été l'un de mes agresseurs. Lui ignorait que j'avais arrêté la compète au Red Fish de Neuchâtel à 13 ans, parce que mon entraîneur exigeait que je me coupe les cheveux... Et parce qu'il m'avait forcé à nager un 100 m dos, dans une rencontre interclub internationale, où j'étais opposé au vice-champion de France, au champion d'Allemagne et au Champion Suisse. Moi j'avais le meilleur temps romand dans ma catégorie d'âge, mais sur 50m... et je n'avais jamais nagé 100 mètres en compétition. La piscine du Red Fish était un bassin de 25m. Je tins le choc à la hauteur des adultes sur les premiers 25 mètres, restait accroché à leur sillage jusqu'aux 50 et ensuite... Je m'effondrai. Lorsque j'ai attaqué les derniers 25 mètres, eux tapaient l'arrivée.

Mais c'était cinq auparavant. Depuis, j'avais arrêté la compète, mais pas la natation. Lorsque nous sommes montés sur les plots, tout un groupe de midinettes des écoles privées qui venaient de passer leur épreuve se sont mises à hurler son nom: Delvert, Delvert... C'est vrai qu'il était beau gosse. Moi, avec mes cheveux filasses aux épaules, je n'étais visiblement pas leur type. Mais j'allais leur montrer pourquoi, au Redfish, Nicole et ses copines, des grandes, m'appelaient « Torse en V ». Pas d'affolement mesdames: depuis le V est devenu un U, et même ces derniers temps, un D... N'empêche que ce jour là, Delvert partit en crawl, et moi en dauphin. Pure provocation. Je n'avais jamais nagé en dauphin sur 100 mètres et je n'étais pas certain de terminer. Au pire, je finirai en crawl. Mais en virant au 50mètres, je fus galvanisé par les cris des filles, qui hurlaient son nom, alors que j'étais à sa hauteur. J'ai du doubler ma fréquence. Il n'a pas compris ce qui se passait. Moi, je suis arrivé en apnée, à moitié mort, mais devant. Je ne crois pas que j'aurais nagé aussi vite en compétition et cela fut longtemps ma plus grande satisfaction.

Moralité ? A l'époque, ces bagarres ne faisaient pas la une des journaux. Même pas d'entrefilet. Pourtant à Paris, où j'étais étudiant l'année suivante, entre la bande des Arènes de Lutèce et celle de la Bastille, des bastons de 200 personnes n'étaient pas rares. De même que les nervis du Bétar (extrême droite juive) ratonnaient aux environs des concerts pop ou des manifs pro-palestiniennes, tout ce qui avait l'air arabe ou portait des cheveux longs. Mes nombreux copains juifs de la Ligue communiste étaient particulièrement visés, le Bétar les considérant comme des traîtres à éliminer.

La police ne s'en mêlait pas trop. Sans doute était-ce un bien, car cela nous a évité, à tous, des casiers judiciaires. Maintenant, il est clair que les situations ne sont pas les mêmes. En dehors des réalités économiques et des perspectives sociales radicalement différentes, nous avions malgré tout une conscience claire des limites et des transgressions. Si les jeunes fachos étaient militaristes, ce n'était pas notre cas. Nous avons cependant découvert en ces occasions que sous nos cheveux longs et nos signes de la paix, nous étions tout à fait prêts à en découdre si l'on nous cherchait. Et même que les montées d'adrénaline nous procuraient à la fois de l'excitation et du plaisir. Mais cela ne nous rendaient pas heureux.

Existe-t-il une morale à cette histoire, qui puisse être utile aujourd'hui ? Peut-être une. Les jeunes ont besoin de se jauger, de s'affronter, de s'identifier. Au pays de Candy, on pourrait leur enseigner la méditation et le contrôle de soi, ce ne serait d'ailleurs pas un mal, mais je crois qu'il y a un âge pour chaque chose et que les pulsions hormonales sont une réalité à canaliser plutôt qu'à annihiler. Le sport peut-être une piste mais certainement pas la seule. Des « battle » de quartier pourraient être organisées qui dévieraient la violence sur des affrontements culturels: concours de Tektonik ou de Melbourne Shuffle, de slam ou de programmation et pourquoi pas, de scoot sur un slalom au bureau des autos? On pourrait même introduire des disciplines scolaires, chaque équipe de quartier devant s'efforcer de posséder des champions dans chaque discipline... Le moindre acte de violence vaudrait exclusion du championnat annuel, qui serait doté de prix allèchants... Le moyen aussi pour les jeunes mâles en rupture de scolarité de se valoriser sur d'autres terrains que le deal ou la bagarre...

23/03/2009

Extension de l'OMC: les socialistes en campagne

Quelques chiffres et l'expression d'une conviction, à savoir que la Suisse et Genève ont besoin de la Genève internationale, dont l'OMC est une pièce maîtresse, c'est tout ce qui est ressorti de la conférence de presse de lundi matin, au Club Suisse de la Presse. C'est peu et c'est beaucoup. Les autorités fédérales, cantonales et communales étaient représentées par Mesdames Calmy-Rey et Salerno et Monsieur. Moutinot. Une mainmise socialiste sur la question qui présente au moins l'avantage de mettre de l'huile dans les rouages et d'éviter les frictions tout au long de la chaîne de commandement…

 

Parmi les chiffres, le montant officiel de 4,5 milliards de Francs dépensés par les organisations internationales dans toute la Suisse, dont une bonne partie à Genève, pour environ une moitié en salaires. De l'argent provenant de l'étranger donc, auquel il faut ajouter les différentes ONG, correspondants de presse et autres groupes de pression qui gravitent autour des organisations internationales.

Le budget annuel de fonctionnement de l'OMC est de 184 millions de Francs, financés par les 153 Etats membres, pour 750 postes, qui seront prochainement 350 de plus, et ce quelque soit les résultats du round de Doha. C'est en effet l'afflux de nouveaux membres et les activités croissantes de la Chambre de règlement des conflits (la fameuse green room, qui permet aux petits pays de condamner les gros) qui justifient l'augmentation de personnel.

De fait, 29 nouveaux membres sont attendus (voir ci-dessous), parmi les plus pauvres de la planète, hormis Andorre, les Bahamas et la Fédération de Russie. Quelle meilleure réponse à ce journaliste qui, se référait au Monde Diplomatique (bible de l'altermondialisme et des militants d'Attac), pour affirmer que les pays pauvres rejettent en bloc le FMI, la Banque Mondiale et l'OMC. Trois organisations qui n'ont rien à voir, dans leur gestion comme dans leur schémas décisionnels ou dans leurs buts.

A noter qu'en plus du directeur général, français, les quatre directeurs généraux adjoints de l'OMC sont une Rwandaise, un Chilien, un Hindou et un Etasunien. Ce qui donne une assez bonne vision des rapports de force des 5 continents dans l'organisation. Cet aspect politique des choses n'a guère été abordé par les magistrats socialistes qui - en dehors d'une brève incursion de Laurent Moutinot rappelant le rôle de gendarme neutre du commerce mondiale qu'assume l'OMC - sont restés prudemment sur le terrain de l'utilité de l'organisation, en termes de retombées pour la ville et sur celui du patrimoine et des espaces verts préservés. Sandrine Salerno a toutefois fait remarquer que l'éventualité d'un référendum allait permettre aux Genevois de marquer leur attachement aux Organisations internationales, tandis que Micheline Calmy-Rey insistait sur le nombre croissant de dossiers qui nécessitait des formes toujours mieux coordonnées de gouvernance mondiale.

Au niveau administratif, il peut y avoir un référendum communal, sur le préavis que doit donner la Ville, mais si jamais ce référendum aboutissait  (ce qui parait peu probable, car l'extrême gauche, bien qu'utilisant des faux-nez, est tout de même bien seule sur ce coup), le Canton ne serait pas obligé d'en  tenir compte, puisqu'il s'agit uniquement d'un préavis de la Ville. Le Grand Conseil pourrait donc invalider la décision de la commune, décision du Grand Conseil qui serait également sujette à référendum... dont les chances de gagner au niveau cantonal tendent vraiment vers zéro.

Voici la liste des derniers pays ayant déposé une demande d'adhésion, encore pendante, telle qu'on peut la trouver sur le site de l'OMC:

 

http://www.wto.org/english/thewto_e/acc_e/acc_e.htm

 

Afghanistan
Algérie
Andorre
Azerbaidjan
Bahamas
Belarus
Bhoutan
Bosnie Herzégovine
Comores
Guinée Equatoriale
Ethiopie
Iran
Iraq
Kazakhstan
République Démocratique du Peuple Lao
Liban
Liberia
Libye
Monténégro
Fédération de Russie

Samoa
Sao Tomé Principe
Serbie
Seychelles
Soudan
Tadjikistan
Ouzbékistan
Vanuatu
Yémen

De la politesse sur les blogs

Plusieurs éminents blogueurs habitués de ces pages ont ces derniers jours abordé le thème de la politesse, qui se perd et des différentes manières de la marquer, qui changent radicalement comme on le sait d'une culure à l'autre. Voire d'une catégorie sociale à l'autre. Ces changements ayant évidemment des conséquences sur le comportement global des peuples et des catégories sociales pratiquant telle ou telle coutume.

Nulle échelle de valeur, dans tout cela, juste un constat. La reconnaissance aussi que s'il est parfois utile de faire exploser les shémas et les normes lorsqu'ils deviennent trop pesants, il est bon d'en avoir tout de même un peu et surtout mieux vaut connaître ce que l'on prétend contourner.

Le respect de l'orthographe et des règles grammaticales fait partie de ces conventions, qui sont des politesses dues au lecteur en ce sens qu'elles lui facilitent la vie. Le constat encore que si le texte, par sa forme ou son contenu, est suffisamment important, pour être publié, il doit l'être aussi pour être relu et corrigé. Evidemment, personne n'est à l'abri d'une erreur, mais en ce qui me concerne, je dois recconaître qu'une faute sur deux au moins est le fruit d'une paresse passagère.

Plus important, si l'on trouve de tout dans ces blogs et dans leurs commentaires, le pire et le meilleur, force est de constater la propension de certains à s'en servir comme défouloir. On a toujours tendance à privilégier son attitude à celles de ses petits camarades, et je n'y échappe pas. S'il m'arrive fréquemment de commenter d'autres blogs, j'essaie de le faire poliment et de manière constructive. Je sais que ma causticité naturelle en agace plus d'un – elle agaçait déjà mes profs - mais je ne crois pas avoir l'insulte et l'invective facile. Contrairement à certains.

C'est intéressant comme phénomène sociologique, parce que visiblement, tout le monde ne va pas chercher et ne trouve pas la même chose en ces pages électroniques. Certains ne font que lire. Ils s'informent, s'amusent ou se délectent des joutes de ces gladiateurs virtuels qui ont leur propre blog, signé ou non de leur vrai nom, approuvés ou souvent agressés par ceux qui ne font que commenter, généralement sous pseudo.

L'image de l'arène romaine n'est pas vaine, car le sang coule souvent, plus souvent qu'il ne faudrait, du fait de certains. Trois en particulier que j'évoque plus bas. Certes l'hémoglobine est virtuelle, mais l'insulte et l'argumentation laissent des traces dans la sciure. Ou dans l'ego des participants. Voire dans leurs CV politique ou professionnels lorsqu'ils sont publics et même dans leur vie privée. Or les tâches d'Internet sont indélébiles.

Les blogs sont un espace de liberté qui pour exister a besoin de règles. On y retrouve une forme de hiérarchie. Il y a ceux dont on parle sans qu'ils aient besoin d'être présents: les célébrités, les conseillers d'Etat, les personnalités étrangères... Il m'arrive ainsi de n'être pas tendre avec Ziegler ou Chavez, même si j'essaie d'être rationnel et juste. Il y ceux qui s'expriment publiquement sans accepter la critique. Il suffit pour cela de fermer leurs commentaires. Ce qui réduit l'audience, mais écarte les importuns.

Il y a ceux qui tentent de jouer le jeu. Pour différentes raisons. « A quoi ça sert un blog ? » me demande-t-on souvent. Ce à quoi je réponds, à rien. Ou presque. Dans mon cas, c'est clairement un outil, pour diffuser mes idées et me faire connaître ou plutôt pour entretenir la flamme de ma petite notoriété romande qui, lorsqu'on vit de sa plume, s'avère un mal nécessaire. Il serait d'ailleurs bon qu'elle ne soit plus seulement que romande. C'est un cap difficile à franchir, qui passe semble-t-il par d'autres voies que les blogs de la Tribune et de 24heures.

En même temps, ces joutes scripturales, le fait d'être lu par 3 à 6000 lecteurs différents par mois, dans mon cas (et 3 ou 4 fois plus pour les plus lus), c'est assez plaisant. C'est flatteur pour l'ego mais c'est chronophage, sans rien rapporter de sonnant et trébuchant. Donc en termes socio-économiques, c'est inutile. Comme de militer dans un parti politique sans espoir ou volonté d'être un jour élu à un exécutif, ou de répéter le soir avec ses potes dans son abri anti-atomique, en vue d'un hypotétique concert devant d'autres potes...

Si au milieu du concert, un énergumène se lève pour commencer à faire de l'esclandre ou chanter faux, il sera perçu comme un illuminé nuisible. On le fera taire. J'ai donc décidé de sortir de mon concert l'un de ces factieux inutile, dont le pseudo était Johann. Un mélange de socialisme et de nationalisme xénophobe à vous faire froid dans le dos, qui avait clairement dépassé les bornes de la bienséance à plusieurs reprises. Deux autres sont en sursis, au profil assez proche, Géo, vieux baroudeur excessif, mais souvent juste, de toutes les terres d'Afrique et Scipion, un vrai facho, qui le reconnaît d'ailleurs ouvertement, mais qui ne recourt à l'insulte qu'en denier recours et au moins argumente.

La politesse, cela sert aussi à cela. Mettre des formes convetinnelles au disocurs, pour parvenir à se dire les choses, même lorsqu'elles déplaisent, le but étant bien entendu d'être entendu.

Lorsque le but n'est plus apparemment que de déféquer dans les bottes du voisin, cela perd à mon sens toute forme d'intérêt.

21/03/2009

La différence entre Chavez et Uribe

Quelle est la différence entre Chavez, le Président vénézuelien et son homologue colombien Urribe ?

Urribe, qui est de droite, met les chefs paramilitaires d'extrême droite en prison, et laisse la justice inculper ceux de ses proches qui ont eu des relations peu claires avec les-dits paramilitaires. Malgré cela, une certaine gauche le traite de fasciste et de dictateur.

Chavez, qui est de gauche, jette en prison le chef de l'opposition, le maire de la 2ème ville du pays, son principal rival de la dernière élection présidentielle. Tout cela sous prétexte de corruption, sur un dossier contesté, alors que le Venezuela est officiellement premier de classe de la corruption en Amérique latine, que le Gouvernement est dénoncé tous azimuths en la matière et que toute la famille de Chavez fait main basse sur les richesses du pays, notamment dans sa province d'origine où ils se partagent tous les pouvoirs.

Curieusement, on entend très peu cette même gauche soucieuse des droits de l'homme s'exprimer sur la question. Imaginons que la Justice colombienne inculpe et jette en prison le maire de Bogotà, qui se trouve être de gauche et l'un des rivals de Urribe. Que n'entendrait-on pas ? En attendant, ce sont les Vénézueliens qui descendent dans la rue pour tenter de sauver ce qui leur reste de démocratie...

 

20/03/2009

Paris subventionne les scooters électriques

Lundi matin, j'écrivais ici tout le bien que je pensais du prototype de scooter électrique proposé par Peugeot sur son stand du Salon de l'Auto. Un 2 roues au Salon, fallait oser, mais avec 2 roues devant, un toit lèger pour rester au sec et un moteur électrique pour éviter de polluer et de réveiller les voisins, c'est bel et bien la réponse ad hoc à la mobilité individuelle en ville. A fortiori par temps de crise. Du moins pour tous ceux pour qui le vélo n'est pas adapté.

Bertrand Delannöé le maire de Paris, semble du même avis puisqu'il vient d'accorder une prime de 400 euros (CHF 600.-) à l'achat d'un scooter électrique neuf. Seules conditions, il doit rentrer par équivalence dans la catégorie des 50cc qui en France est limitée à 50 km/h. Ce qui est un peu court pour les longues distances (le périph est limité à 80km/h) mais adapté à Paris intra-muros. Un Conseiller d'Etat avec qui je parlais du scooter Peugeot entre deux portes me faisait remarquer que c'était comme de mettre un morceau de Creys-Malville en guise de moteur, mais on peut aussi produire sa propre électricité avec des panneaux solaires. En ce sens, la proposition faite récemment par un jeune vaudois de remplacer les abris anti-atomiques obligatoires par des panneaux solaires, tout aussi obligatoires, dans la construction de logements neufs, me parait tout à fait pertinente.

A Paris, une vingtaine de modèles auront droit à la prime, qui représente le quart du prix pour les modèles les moins chers, évidemment chinois. Delannöe assume et il a bien raison. Il sera d'ailleurs à Genève en fin de semaine prochaine. Nos édiles pourraient en profiter pour le passer à la question sur le sujet.

19/03/2009

FARC - ETA même combat

Il y a plein de socialistes avec qui je m'entend très bien. Nous partageons le même point de vue sur beaucoup de choses. Mais il y en a d'autres que j'ai franchement du mal à comprendre. Carlo Sommaruga par exemple, qui sert de protecteur au voyageur représentant de commerce de la ETA en Suisse. La ETA, pour ceux qui l'ignorent, c'est cette organisation terroriste basque qui fait pèter des bombes,  assassine les gens (y compris les politiciens socialistes basques et même les immigrés latinos qui passent par là par hasard), rackette tout ce qui bouge et interdit de parole les journalistes. Et n'a rien, strictement rien fait pour le peuple basque depuis qu'elle existe, hormis mener le pays au bord de l'Etat de siège quasi permanent. Une organisation amie et soutien des FARC colombiennes que Sommaruga connait bien également.

Le soulèvement populaire et révolutionnaire, on peut comprendre lorsqu'un peuple est oppressé, colonisé, subit un diktat quelconque, mais lorsque ce n'est visiblement pas le cas, comme dans l'Espagne d'aujourd'hui, dirigée donc par le Parti socialiste espagnol, et où les régions jouissent d'une très large autonomie, où tous les droits démocratiques sont respectés, il ne s'agit plus de soulèvement populaire légitime, mais bel et bien de gangstérisme et de terrorisme pur et simple, menés par une bande d'allumés ultra-nationalistes. Des fascistes, tout simplement qui n'ont d'autre souci que de perpétuer la gigantesque machine à brasser du fric qu'est devenue leur organisation. Le peuple basque ne s'y trompe plus qui a mis une veste retentissante à leurs amis autonomistes lors des dernières élections.

Accessoirement, si l'attitude de Sommaruga, socialiste suisse, se sait en Espagne, cela risque de déclencher un beau scandale dont le Parti socialiste espagnol fera fatalement les frais aux prochaines élections. Je fais partie des gens qui ont fêté l'armistice qui avait été négocié il y a quelques années par Zapatero. Cessez-le-feu rompu unilatéralement par la ETA, de manière sanglante une fois de plus. Il ne s'agit pas ici de négociations secrètes. Les négociations secrètes, par définition, ne se mènent pas au grand jour et si elles devaient être menées, les Espagnols n'ont guère besoin des bons offices helvétiques. Non il s'agit purement et simplement de propagande, d'appui tactique et médiatique, à l'image de ce que font Sommaruga et certains de ses copains, avec un succès notable, sur les FARC et la Colombie.

Il s'agit ni plus ni  moins que de transformer l'image de groupes terroristes sanguinaires en tentant de les faire passer pour des êtres de bonté et de lumière, dressés contre les méchants. Sauf que ce qui marche avec la Colombie, pays lointain où presque personne ne va, risque d'être plus difficile à avaler avec l'Espagne, pays membre de l'UE, où tous les Romands vont en vacances une fois ou l'autre... Etre neutre et pacifiste, ce n'est pas attiser la violence sans cause en lui offrant une recconnaisance internationale. C'est aussi savoir distinguer les causes justes des violences inutiles et barbares. Et ce n'est certainement pas parce qu'on se bat contre un gouvernement démocratiquement élu que l'on a raison...

18/03/2009

Blogueurs, blogueuses, commentateurs, commentateuses, à vos plumes

Vous qui aimez écrire, ne ratez pas le concours "écrivain d'un jour", organisé ce samedi par l'Alliance française à Genève, le service culturel de l'Ambassade de France à Berne et le bureau genevois de l'Organisation Internationale de la Francophonie (ex-ACCT, animée au bout du lac par la très efficace Sandra Coulibaly). Cela se passera à Unimail, de 14 à 17h, l'inscription, gratuite étant prise sur place. On pourra aussi partiiper le soir, sur Internet.

Il y a aura deux catégories selon que l'on ait plus ou mons de 20 ans, et les prix seront des séances de coaching d'écriture.

Les détails et autres prix, sont dans le pdf ci-joint: affiche concours 2009 doc.pdf

17/03/2009

OMC: le mensonge de Stiglitz

J'ai rarement vu un gros mensonge si bien emballé que le documentaire de Jacques Sarasin, passé dimanche soir sur TSR1 puis hier nuit sur TSR2. C'est tellement facile d'avoir un ennemi diabolisé sur lequel taper sans modération, surtout lorsque le diable, l'OMC en l'occurrence, ne peut rien dire pour sa défense car quoi qu'elle fasse, elle risque de fâcher l'un de ses 152 pays membres...

La thèse de Joseph Stiglitz, prix Nobel d'Economie tout de même, c'est que le commerce mondial a besoin de règles et qu'il incombre à l'OMC de les lui fournir. Jusque là, tout va bien. Là où ça se gâte, c'est lorsqu'il explique que l'OMC ne fait pas son boulot, parce qu'elle édicte des règles injustes en refusant notamment de supprimer les subventions agricoles.

J'ai rarement vu une telle mauvaise foi, servie avec un tel aplomb. Car ce n'est pas l'OMC qui a refusé de supprimer les subventions agricoles. Cela fait des années que l'organisation menée par Pascal Lamy se démène pour obtenir cette suppression... en se heurtant à l'opposition ferme et résolue des Etats subventionneurs, dont la Suisse, qui est en tête de liste.

Et pourquoi ces Etats riches refusent-ils de réduire leurs subventions autant que l'équité l'exigerait ? Certainement pas parce que les méchants capitalistes les en empêchent, parce que les capitalistes, justement, n'y verraient aucun inconvénient. C'est l'opinion publique de ces pays – donc une certaine forme de démocratie – qui l'exige, agitée par la pression conjuguée – et parfois violente - des paysans de José Bové, des altermondialistes d'ATAC, des gauchistes et de certains écologistes, qui voient dans le transport des produits agricoles le symbole de la pollution.

Donc en gros, les alters - dont Stiglitz est un maître à penser – reprochent aujourd'hui à l'OMC de n'avoir pas fait ce qu'ils l'ont empêché de faire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. A Doha, un consensus avait émergé, qui incluait la fin des subventions, mais ce sont les manifestations violentes et l'opposition résolue des groupes altermondialistes qui ont incité les Gouvernements occidentaux à faire machine arrière en conservant les subventions. Ou en les réduisant plus lentement que prévu.

La manipulation est grossière, mais elle fonctionne. Réalisé avec de très belles images, le documentaire reconstruit la réalité qui l'arrange, pour mettre en scène sa vérité. Une vérité aussi virtuelle que ce shaman d'Amazonie (d'abord shaman est un mot yakoute sibérien, mais passons) rhabillé, ainsi que ses accolytes, par une costumière hollywoodienne. Tous de la même couleur improbable. De même que le décor a été soigneusement réaménagé pour en enlever tous les artefacts de la nodernité ou les simples traces de la vie quotidienne. Le problème, c'est que si Sarasin ment ainsi, c'est juste qu'il a compris que c'est ce que voulaient voir et entendre les gens: un exotisme reconstitué plein de bons sauvages mythiques, plutôt qu'une vérité vraie, souvent nettmeent plus sordide.

J'ai visité des Amérindiens dans 6 pays d'Amérique Latine et je n'ai jamais vu d'Indiens si bien habillés, de décor aux cases si proprettes... On se serait cru dans une photo d'Animan, du genre de celles où l'on enlève aux indigènes leurs morceaux de miroir, leurs lunettes de soleil, leurs fusils ou leurs t-shirt de la coupe du monde de foot, avant de les faire poser. Ce pourquoi je m'étais fâché avec l'ancien rédacteur en chef de ce magazine par ailleurs excellent.

Je me souviens d'un film tourné chez les Huaorani en Equateur, qui vivent nus, mais s'étaient habillés lorsque nous sommes arrivés. Pour respecter leur pudeur vis à vis des étrangers, j'ai choisi de les filmer dans la tenue où ils étaient, même si cela n'allait pas dans le sens du commentaire. C'était leur réalité.

Sarasin et Stiglitz ont une autre optique. Leur but est clairement de séduire le spectateur pour le manipuler. C'est plus facile avec de belles images romantiques, même si elles sont inventées. Cela m'est arrivé en Afrique, où j'ai enjolivé tout un village pour les besoins d'un film. Mais c'était une fiction, présentée comme telle. Pas un documentaire politique. En fait le Monde selon Stiglitz n'est pas un documentaire, juste un film de propagande.

Même lorsque l'économiste étasunien dit des choses justes, c'est toujours avec exagération et mauvaise foi, en ne présentant de la réalité que l'unique facette qui l'arrange. Ainsi il dénonce le brevetage du vivant et il a bien raison, c'est un vrai scandale. Mais remettre en cause le principe même des brevets, y compris sur la technologie, c'est abuser. Peut-être peut-on les aménager, en réduire la durée, mais les supprimer pour laisser toute innovation tomber dans le domaine public, équivaut à couper les crédits des trois quarts de la Recherche et Développement mondiale. Une abérration au moment où l'on en a paticulièrement besoin.

16/03/2009

Dévaluation

Le Monde vient de publier un article très intéressant sur la dévaluation du France Suisse.

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03/16/la-devaluation-du-franc-suisse-doit-rester-un-cas-d-exception_1168469_1101386.html#xtor=EPR-32280155&ens_id=628862

Bonjour, je m'appelle Philippe. J'avoue, j'ai été au Salon

 

J'ai fini par craquer. Hier soir j'ai filé au salon, pour une visite au pas de charge avec une amie qui, les beaux jours revenus, rêve de décapotable. Le stand Opel riquiqui, les voitures peintes en blanc, les bolides à moteur électrique, l'actualité était bien là. En l'absence d'autres avancées technologiques, l'avenir semble appartenir aux véhicules à moteur électrique équipés d'un rack de batterie interchangeable. L'opération ne prend pas plus de temps qu'un plein d'essence. Un « service-man » déclipse le rack déchargé fixé sous votre chassis, il le sort sur des roulettes, et vous en refixe un autre, chargé à bloc. C'est l'oeuf de Colomb et Renault-Nissan s'y lance à fond pour ces prochaines années. Toutefois, il faudra que tous les constructeurs s'accordent sur des normes communes, pour abaisser les coûts. Pas impossible, les fabricants de Natel sont bien parvenus à s'entendre, pour l'avenir, sur des normes communes pour leurs propres batteries, alors que les enjeux étaient bien moindres.

J'ai surtout été très heureux de découvrir, sur le stand Peugeot, l'OVNI auquel je rêvais sous la pluie l'autre jour, en scooter, après trois glissades, heureusement contrôlées, le temps de traverser la ville. Deux petites roues devant pour la stabilité, comme sur les Vespa, un toit en plexiglas pour le confort, comme sur les anciens BMW (avec ce petit plus que le principal défaut, la redoutable prise au vent, est contrebalancé par la stabilité des doubles roues avant), et un moteur électrique, pour le silence et l'écologie. Avec une batterie interchangeable bien sûr. Malheureusement, c'est encore un prototype, mais l'idée est tellement géniale que l'on devrait la voir commercialisée très bientôt.

15/03/2009

On se les gèle... et Bashung a eu chaud

Exceptionnellement, ce n'est pas un de mes textes, que je vous poste ci-dessous, mais la réponse à une question "bonus" de chimie posée à l'université de Nanterre. Elle m'a été transmise par un excellent ami, Patrice Pottier. La réponse d'un étudiant a été si loufoque que le professeur l'a partagée avec ses collègues, via Internet, et c'est pourquoi vous avez le plaisir de la lire ....
"Question Bonus: « l'enfer est-il exothermique(1) ou endothermique(2) »
(1 : évacue la chaleur, 2 : absorbe la chaleur)
La plupart des étudiants ont exprimé leur croyance en utilisant la loi de Boyle (si un gaz
se dilate il se refroidit et inversement) ou ses variantes.
Cependant, un étudiant eut la réponse suivante:
Premièrement, nous avons besoin de connaître comment varie la masse de l'enfer avec le
temps. Nous avons besoin de connaître à quel taux les âmes entrent et sortent de l'enfer.
Je pense que nous pouvons assumer sans risque qu'une fois entrées en enfer, les âmes
n'en ressortiront plus. Du coup aucune âme ne sort.
De même pour le calcul du nombre d'entrées des âmes en enfer, nous devons regarder le
fonctionnement des différentes religions qui existent de par le monde aujourd'hui.
La plupart de ces religions affirment que si vous n'êtes pas membre de leur religion, vous
irez en enfer. Comme il existe plus d'une religion exprimant cette règle, et comme les gens
n'appartiennent pas à plus d'une religion, nous pouvons projeter que toutes les âmes vont
en enfer...
Maintenant, regardons la vitesse de changement de volume de l'enfer parce que la Loi de
Boyle spécifie que « pour que la pression et la température restent identiques en enfer,
le volume de l'enfer doit se dilater proportionnellement à l'entrée des âmes ». Par
conséquent cela donne deux possibilités:
1) si l'enfer se dilate à une moindre vitesse que l'entrée des âmes en enfer, alors la
température et la pression en enfer augmenteront indéfiniment jusqu'à ce que l'enfer
éclate.
2) si l'enfer se dilate à une vitesse supérieure à la vitesse d'entrée des âmes en enfer, alors
la température diminuera jusqu'à ce que l'enfer gèle.
Laquelle choisir ?
Si nous acceptons le postulat de ma camarade de classe Jessica m'ayant affirmé durant
ma première année d'étudiant « Il fera froid en enfer avant que je couche avec toi », et en
tenant compte du fait que j'ai couché avec elle la nuit dernière, alors l'hypothèse doit être
vraie. Ainsi, je suis sûr que l'enfer est exothermique et a déjà gelé … Le corollaire de cette
théorie c'est que comme l'enfer a déjà gelé, il s'ensuit qu'il n'accepte plus aucune âme et
du coup qu'il n'existe plus... Laissant ainsi seul le Paradis, et prouvant l'existence d'un
Etre divin ce qui explique pourquoi, la nuit dernière, Jessica n'arrêtait pas de crier "Oh....
mon Dieu !....""
(Cet étudiant est le seul ayant reçu la note 20/20)

14/03/2009

Le glissement progressif et habile du secret bancaire

Intéressant le papier de M. Prix dans le Tagi, déjà cité par JD. Delley dans Domaine Public. Hormis le fait que Berne et Zürich s'entendent (pour une fois) sur le dos de Genève et Saint-Gall, les chiffres révèlent que l'influence de l'érosion - soupesée et mesurée - du secret bancaire sur le revenu national devrait être presque anecdotique, en comparaison des problèmes qu'une résistance frontale auraient posé aux PME exportatrices qui produisent la plus grosse part du revenu helvétique.
Il est certain que l'impact risque d'être plus important à Genève, mais le Conseil Fédéral fait les choses suffisamment intelligemment pour amortir le choc. En lâchant du lest, un peu, il donne du temps au temps. Cela s'appelle du judo et c'est bien plus malin et efficace qu'un niet borné. L'OCDE ne pourra pas assommer une Suisse qui fait des efforts, mais le temps gagné permettra de traiter honorablement le cas des fonds litigieux actuellement en dépôt dans nos coffres.
Au-delà de l'avis moral que l'on peut avoir sur l'évasion fiscale, livrer pieds et poings liés des gens venus se réfugier chez nous en confiance aurait en effet constitué une indignité inadmissible, doublée d'un déshonneur. Commercialement impardonnable, accessoirement.
La voie choisie est celle de la raison: un retour contrôlé vers une situation de concurrence loyale, mettant en avant l'excellence de nos gestionnaires, mais permettant au fisc de nos partenaires de faire son travail. C'est fondamental, et dans l'intérêt de tous, à l'heure où il apparait que la constitution de trop grosses fortunes découplées de la production réelle est clairement corrélée avec les plus graves crises économiques de ces 100 dernières années. Voire à ce sujet mon texte du 12/3 (la Main invisible est-elle socialiste?), et les analyses de Jacques Sapir.

13/03/2009

Uribe, Chavez et la géopolitique d'un conflit

 

Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui en Colombie, il faut replacer le conflit dans son contexte géopolitique. Les FARC, très affaiblies militairement, sont paraît-il en train de se réarmer. Elles achèteraient des missiles sol-air, pour tenter de réduire la mainmise gouvernementale sur le ciel colombien, qui fut un outil clé de leurs récents déboires militaires.

C'est évidemment le trafic de cocaïne, qui passe de plus en plus ouvertement par l'Equateur et le Venezuela, qui leur permet de payer. Et c'est par le Venezuela, qu'ils peuvent acquérir ce genre de joujous. C'est là aussi qu'ils s'entraînent et reprennent des forces, dans leurs camps situés juste de l'autre côté de la frontière.

Le cours du pétrole s'étant effondré, alors qu'il lui permettait de tenir à bout de bras l'économie de son pays, Chavez est aux abois, en dépit de sa récente victoire électorale. Les douteux trafics des FARC présentent le petit avantage de lui fournir quelques devises – la balance commerciale vénzuellienne étant clairement déficitaire avec la Colombie. Mais ils présentent surtout le gros avantage d'embêter le voisin, érigé en épouvantail. N'est-ce pas un trait commun à tous les dictateurs d'essayer de dévier la vindicte populaire sur l'ennemi étranger en cas de crise, quitte à déclencher une guerre ?

C'est très exactement ce que Chavez est en train de faire. Le Ministre des Armées colombien, certainement bien renseigné, s'est récemment dit prêt à intervenir à nouveau en territoire étranger – en se gardant bien de mentionner où - pour aller y chercher les FARC qui s'y entrâinent et commettent régulièrement des incursions transfrontalières. Chavez s'est aussitôt senti visé au point de répondre publiquement, dans son émission de télé dominicale, qu'à la moindre violation du territoire vénézuelien, il lancerait sur Bogotà ses chars et les avions Sukhoi qu'il vient d'acheter en Russie.

L'industrieuse Colombie, premier fournisseur de la cigale socialiste Vénézuelienne en produits de consommation - jusqu'au lait pour les enfants, que Chavez a rendu obligatoire mais sans penser à augmenter la production – ferait une cible de choix. Mais pas forcément facile à prendre, même avec un ennemi intérieur comme les FARC, véritable 5ème colonne aux ordres de l'étranger. Ce serait surtout un énorme gâchis humain et économique. Mais pour Chavez, c'est l'espoir de réunifier la Gran Colombia sous sa bannière, en éliminant Uribe, dernier garant de la liberté d'entreprise dans la région.

Curieusement, pour des raisons qui tiennent plus de l'alcôve et du boudoir que de la raison pure, la France de Sarkozy est dérrière Chavez et l'Espagne socialiste derrière la Colombie. Nul ne sait ce que va faire Obama, et Berne est bien embêtée, ses entreprises se retrouvant mal prise dans les deux pays. Détaillons:

  • Alors que Sarko lui-même est empêtré dans ses amitiés avec un banquier mexicain accusé d'être un narco-blanchisseur, la cellule Amérique Latine du Quai d'Orsay est depuis des années pénétrée par la famille Betancourt qui voue une haine féroce à Uribe. Une haine héréditaire, puisqu'elle date de la génération précédente. La mère d'Ingrid Bettancourt, ancienne reine de beauté ayant épousé l'un des noms les plus prestigieux de Bogotà ne cache pas son admiration pour le charisme primal de Chavez. Ce d'autant qu'elle accuse le père d'Uribe d'avoir été mêlé à la mort de son ex-ami, candidat présidentiel de gauche à la fin du XXème siècle.

    Du coup, au plus fort de la rivalité franco-étasunienne, Paris envisageait sereinement l'extension de la révolution néo-bolivarienne à la Colombie, largement soutenue par Washington. La chose semble d'ailleurs logique, si l'on aime la théorie des Ensembles et que l'on aimerait l'appliquer à la géographie politique. La refondation de la Gran Colombia, auto-dissoute à la mort de Bolivar, qui réunissait Venezuela, Colombie Equateur et Panama, plairait même aux Colombiens, à condition que ce soit par consentement mutuel, à l'image de l'Union européenne, et pas sous la botte de Chavez.

  • Au contraire de Paris, Madrid est violemment anti-FARC pour plusieurs raisons, à commencer par les liens étroits entre les narco-terroristes colombiens et la ETA basque. Y compris dans leurs appuis jésuistiques. L'Espagne est le premier pays d'accueil des réfugiés colombiens et se passerait aussi volontiers d'être une tête de pont des traffics de drogue. C'est en effet sous l'azul du ciel ibère que se font les deals et les échanges de gros, entre la N'dranghetta calabraise, qui tient le marché de la cocaïne en Europe et les narcos colombiens. Ces derniers sont généralement d'anciens paramilitaires, qui se chargent de faire passer les frontières à la poudre blanche produite sous le contrôle des FARC!!!

    L'union sacrée post-révolutionnaire pour les beaux yeux du dieu dollar. Tout ceci sous la « protection » de la ETA, ce qui vaut à la Côte basque, tant française qu'espagnole de voir échouer régulièrement sur les plages des ballots remplis de cocaïne... En plus, Juan Carlos, pourtant d'une grande civilité, s'est faché à mort avec Chavez. Du coup, El Païs, le grand quotidien socialiste espagnol, est certainement le mieux informé des médias européens sur la situation, tout comme les services espagnols.

  • A Washington, Obama s'était exprimé avant son élection en rappelant à Bogotà l'importance qu'il y avait à respecter les droits des travailleurs et des syndicalistes. Les Colombiens estiment pour leur part qu'Uribe est le meilleur garant de la stabilité et de la sécurité pour tous ceux qui renoncent à la lutte armée, syndicalistes compris. Et Uribe affirme protéger les syndicalistes et l'Etat de droit, il dépense même plusieurs millions de dollars par année dans la protection de centaines de leaders politiques ou syndicaux d'opposition. Pour l'heure, Obama a d'autres chats à fouetter, mais si les bruits de botte s'amplifient, il lui faudra bien chosir entre le Chavisme et la liberté d'entreprendre.

  • Berne a laissé ses émissaires jouer un jeu dangereux, trop proche des FARC au goût d'Uribe et de beaucoup de Colombiens pour qui la solution négociée en Suisse en 2000 fut une catastrophe nationale. Novartis se montre reconnaissant à l'émissaire suisse Gontard d'avoir négocié la rançon de ses hommes, « à l'insu du plein gré » du DFAE qui reconnait non seulement l'avoir su, mais affirme que c'est monnaie courante: ses émissaires ont l'interdiction théorique de négocier une rançon, mais cela fait partie de leur job et ils le font régulièrement au besoin. La firme bâloise dément en revanche un paiement direct et donc soutient la thèse de l'émissaire suisse dans le procès qui l'oppose à la « fiscalia », la justice colombienne.

    De son côté, Glenncore, en délicatesse avec les syndicats d'extrême gauche dans ses mines d'or colombienne, s'est récemment retiré d'un gros projet de raffinerie pétrolière à Cartagena, sur la côte caraïbe colombienne. Probablement davantage par souci économique en période de crise, que par solidarité avec Gontard, mais cela tombe mal. C'est le brésilien Petrobras qui a pris le relais de ce contrat d'un milliard de dollars.

    A Vevey, Nestlé reste neutre, tout en reconnaissant avoir du payer l'impôt révolutionnaire aux FARC pour éviter les ennuis à ses employés et à ses usines. Rappelons que la Suisse est dans le trio de tête des investisseurs étrangers en Colombie, tandis que notre pays représente le 6ème marché d'exportation pour Bogotà. Mais nos entreprises sont également présentes au Venezuela... où le cimentier Holcim, notamment, se débat avec la nationalisation de ses usines. Chavez étend peu à peu sa toile (certains disent celle de sa famille et de ses proches) sur l'économie du pays, méthodiquement, secteur par secteur...

 

Au final, il semble bien que la politique proactive menée par Berne en Amérique andine soulève davantage de problèmes qu'elle n'en résout. Ce n'était évidemment pas le but, et cela devient même un enjeu de politique intérieure suisse. L'UDC reproche à Micheline Calmy-Rey d'avoir sauté à pieds joints dans un fameux guêpier (mais comment faire autrement ?) tandis que le conseiller national Sommaruga tente aux chambres de faire repousser, voire annuler, la ratification de l'accord de libre-échange négocié entre la Colombie et l'AELE. Un accord pourtant essentiel avec l'économie d'un grand pays, en pleine expansion, qui réunit tous les atouts pour sortir de la crise en triomphateur.

12/03/2009

La main invisible est-elle socialiste ?

Quand sortirons-nous de la crise, et dans quel état ? C'était la question (gonflée) posée mardi par la conférence organisée au Kempinsky par Claude Gonet, le remuant patron de la Banque Julius Bär à Genève. Pour y répondre, deux types d'experts bien différents qui, analysant des types de données bien différentes, donnaient des réponses... opposées. Une approche intéressante donc, et surtout érudite, mais accessible. Les centaines de personnes présentes, dont le Conseiller d'Etat chargé de l'économie Pierre-François Unger, ont toutes eu l'impression de sortir de là indécises, mais beaucoup plus savantes qu'en y entrant.

Dans une ville d'où proviendraient le tiers ou la moitié des 68 milliards évaporés dans l'affaire Madoff, un surcroit de réflexion avant l'action ne semble pas de trop. Les gens qui, comme Claude Gonet, sont prêts à payer pour ça – si peu, en regard des sommes en jeu – y sont malheuresement trop peu nombreux.

A ma droite, Janwillem C. Acket, chef économiste de la banque, un Néerlandais né en Inde. En passant au crible toutes sortes de graphiques illustrant les ressorts classiques de l'économie, et notamment les phénomènes d'effet retard (par exemple le délai de 9 mois entre la baisse des cours du pétrole et ses conséquences pratiques sur la tonicité des marchés) l'analyste, brillant, nous prédit un début de reprise pour la rentrée, avec une vitesse de croisière retrouvée en 2010. Super, limpide et crédible.

A ma gauche, bien que l'on soit de toute manière entre partisans de l'économie de marché, Jacques Sapir, Professeur et Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Encore plus crédible, pas seulement parce qu'il est prof dans mon ancienne école :-) mais parce que, en gros, il cherche à savoir à quoi est dû l'effet retard. Qu'est-ce qui fait, politiquement et sociologiquement que dans les circonstances actuelles, il va s'appliquer ? Les mesures prises rempliront-elles leur office ? Et ce indépendamment du facteur confiance et méthode Coué, qui reste un élément essentiel purement aléatoire ?

De fait, Sapir n'est pas très optimiste. Par exemple, à l'instar de Stiglitz, il pense que l'argent injecté va servir d'abord à reconstituer l'épargne des ménages réduite à néant par la crise (et les années de fol endettement qui l'ont précédée), au lieu d'alimenter la consommation. Lui aussi avait toutes sortes de jolis graphiques à nous montrer, mais plus sociologiques et moins strictement financiers. Vu ma culture d'ethnologue, j'aurais bien évidemment tendance à dire que c'est lui qui a raison et que les chiffres ne sont que des chiffres, sortis de leur contexte historique.

Parmi ces graphiques, celui montrant l'accaparement de la fortune par un très petit nombre d'individus (respectivement 1 et 0,1% de la population) qui s'accroit fortement jusqu'à exploser en vol en 29, puis à nouveau en 2008 est particulièrement parlant. Lorsque la fortune se désolidarise des moyens de production, cela finit forcément par se casser la figure. La main invisible serait-elle donc aussi socialiste ?

Pour voir ces choses et déceler ces mécanismes, il faut bien sûr être un chercheur honnête plutôt qu'un idéologue, qui en prenant non pas 0,1% mais 10 % de la tranche supérieure des revenus, sait qu'il englobe tout le haut de la classe moyenne et fausse les cartes (1).

Pour Sapir, la question de l'endettement est fondamentale. La France et l'Italie sont régulièrement accusées d'être des Etats endettés, mais si l'on tient compte de l'endettement des ménages, leur ardoise est inférieure à celle des pays anglo-saxons (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Irlande) et nettement moins problématique que celle de l'Espagne, pays au bord du gouffre qui pourrait être amené à sortir de l'Euro pour pouvoir dévaluer. Une sortie pas forcément dramatique en soi... à condition qu'elle ne déclenche pas un vent de panique dans les autres pays de la zone.

Sur la Chine, et son rôle assumé d'amortisseur des économies asiatiques, sur la possibilité d'un rattachement de la monnaie sud-coréenne à la monnaie chinoise, Sapir dit des choses passionnantes. En bref, là où Acket donne l'impression d'avoir les yeux fixés sur ses compteurs et ses jauges, comme le prix du pétrole ou l'indicateur d'activités japonais, pour en interpréter - avec sagacité et pertinence - le moindre frémissement, Sapir observe les évènements qui se produisent au loin, de chaque côté de la voie à suivre et les conséquences qu'ils risquent d'entraîner sur la trajectoire. Par exemple une volatilité accrue des marchés de matières premières. Les deux sont nécessaires et complémentaires, mais j'aurais tendance à penser que Sapir est plus pertinent en ce moment, où plus grand chose ne fonctionne selon les shémas établis. Pour user de métaphores, on peut die qu'Acket semble un excellent co-pilote d'avion en vol, mais qu'au moment de l'atterrissage, pour poser ses roues au sol, sur une piste en herbe, voire un terrain de fortune, mieux vaut regarder devant soi.

De fait, ils ne font pas le même métier, la finalité d'Acket est de conseiller des gens sur leurs placements, et dans ce cas, ce sont les cadrans qui sont indispenables. Sapir au contraire, a pour clients les gouvernements, qui ont besoin de vues larges et à long terme. Au final, le chercheur est donc beaucoup plus pessimiste que l'analyste, qui ne verrait bien qu'un « touch and go ». Pour Sapir, 2011, 2012 paraissent au contraire une date de sortie de crise beaucoup plus probable, sans que l'on retrouve après coup les rythmes que l'on vient de connaître. Une longue attente au sol, voir un retour au hangar, pour changer quelques pièces essentielles ne sont pas à exclure. De fait, aucun des deux orateurs n'a tenu compte d'une autre donnée fondamentale: les limites matérielles des ressources naturelles disponibles pour alimenter la croissance !

 

 

(1) Jacques Marseille fut de ceux-là, mais il semble avoir viré sa cuti, et dans son récent livre, reprend en gros les mêmes propositions que celle figurant dans le mien, L'Utopie Urgente: suppression de la progression de l'impôt sur le revenu (compensée dans mon cas, par une ponction sévère sur l'héritage du 1% des plus riches), allocation universelle, la même pour tous au lieu des aides ciblées par paliers et TVA sociale (réduite sur les biens de première nécessité, augmentée sur les produits de luxe - ainsi que sur le sproduits peu écologiques dans mon cas)

http://www.jacquesmarseille.fr/Paru_presse/LEPOINT_Pikett...

10/03/2009

Constituante: être ou paraître

Depuis qu'elle a été élue, la Constituante ne passionne plus les foules. Le texte publié ici même hier - intéressant d'après JF Mabut, qui lui a fait de la pub - n'a attiré que 199 lecteurs. A peine 50 de plus que ceux qui viennent de toute manière tous les jours sur mon blog voir s'il y a du nouveau, même lorsque je n'écris rien. Or, en fonction des sujets, le nombre de consultations quotidiennes de lecteurs différents passe facilement à 400 voire à 700 pour les pics d'audience. Et ce en dépit d'un renvoi sur le blog de la constituante. Les thèmes les plus porteurs, pour moi sont la Colombie, le secret bancaire, l'Union européenne, les minarets...

Le but n'est évidemment pas de "faire du chiffre". Si c'était le cas, j'agirais autrement, à commencer par le choix des thèmes. Mais ce qu'il faut bien appeler un désintérêt pour la Constituante m'interpelle. Sans aucun doute, ils travailleront mieux dans l'ombre, mais au risque de se couper du peuple. L'issue finale étant la consultation populaire, le projet qui sera présenté en votation, si bon soit-il, ne devra pas être hors sol. Il faut donc inventer des moyens de faire l'aller-retour et d'intéresser le grand public aux travaux. Le scandale serait le plus simple, mais certainement pas le meilleur.  Des pistes existent. Il faudra les mettre en oeuvre, sans que cela coûte...

 

 

09/03/2009

Constituante: on entre dans le vif du sujet

 

C'est dans l'indifférence que «la Constituante" est enfin entrée en matière ce week-end. Le point de presse prévu n'a guère soulevé les passions. L'occasion de travailler tranquillement et peut-être même plus efficacement, mais la démocratie réclame davantage de publicité. La nomination d'un(e) secrétaire général, attendue dans la semaine, devrait permettre d'y remédier. Ce sera d'ailleurs le premier vrai test « politique » de l'assemblée. Parviendra-t-elle à rester dans le consensuel, qui est ce que l'on attend d'elle ?

 

Au-delà de la théorie, qui voudrait la réduire à une simple machine à produire du règlement de fonctionnement cantonal, la vraie raison d'être de la constituante c'est d'essayer de parvenir à un consensus fort, permettant de bouger ce qu'il faudra pour sortir Genève de l'ornière. On se souvient de la Nuit du 4 août, moment décisif de la Révolution française qui vit les représentants de la Noblesse et du Clergé, voter comme un seul homme avec le Tiers-Etat l'abolition des privilèges qui paralysaient l'évolution de la société d'alors.

 

Ce que le peuple attend de la Constituante, et le Bureau, composé d'un représentant par groupe, l'a fort bien compris, c'est d'élaborer des solutions institutionnelles permettant de faire sauter les verrous qui entravent notre développement d'aujourd'hui. Comme jadis Fazy fit sauter les fortifications qui enserraient la ville dans son corset de pierres. Après le prologue consacré à son règlement interne, c'est sous la forme d'un "remue-méninges" que l'assemblée est entrée samedi dans le vif du sujet. Sans tabou, mais pas sans garde-fous, le bureau de l'assemblée ayant sagement déblayé le terrain, en centrant les débats sur 4 points chauds:

 

* La fusion ville canton

* la réduction de la circulation dans le canton

* le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers

* l'extension de la zone à bâtir pour la construction de logements

 

Social, environnement, parité, les problèmes récurents communs à l'ensemble de la planète ont été sciemment laissés de côté à ce stade. C'est le pain quotidien du politique, Grand Conseil et Conseil d'Etat, tandis que la Constituante joue dans une autre catégorie. Elle s'attaque avec raison aux graves problèmes pratiques qui se posent à l'agglomération.

 

Le droit de vote et d'éligibilité des étrangers, formellement important, fait un peu figure d'intrus dans cette liste, tant il aura peu d'incidence réelle sur le quotidien des Genevois, quel que soit leur passeport. A l'inverse, les relations avec l'arrière pays, Vaud et France Voisine n'apparaissent qu'au travers de la circulation dans le canton. Il est vrai que la constitution fédérale interdit à Genève d'outrepasser ses prérogatives en la matière, mais pas d'en discuter dans le cadre d'un brainstorming...

 

Cette première journée "débridée" aura aussi permis aux constituants de mieux se connaître. L'utilisation des techniques de management des ressources humaines développera utilement l'esprit de corps nécessaire à déboucher sur les consensus attendus. L'idéal serait d'ailleurs que l'assemblée s'affranchisse des partis, mais on n'en est pas encore là. Le bureau va choisir cette semaine son secrétaire général et ce sera la première fois que l'assemblée aura de vraies raisons de se déchirer.

 

Le rôle est essentiel, dans un système de Présidence renouvelable : un pilier, le véritable gardien du temple, qui peut fort bien être une vestale d'ailleurs. L'important c'est que le ou la nommé(e) soit suffisament politique pour maîtriser tous les enjeux de sa charge et suffisament au-dessus de la mêlée pour préserver contre toutes les pressions les intérêts premiers de la démocratie. Bien sûr, ce n'est pas lui (ou elle) qui décide, la fonction répond aux ordres du bureau, mais elle doit administrer concrètement et c'est fondamental.

 

Personne ne peut être à la fois parfaitement averti des choses de la politique et parfaitement neutre politiquement. Le prétendre serait mentir. L'idéal serait une personnalité ayant marqué son autonomie, voire son recul à l'égard des logiques partisanes. A mon sens, l'expérience et l'assise serait plus utiles que la docile impétuosité d'un jeune loup. Les constituants pourraient se satisfaire d'un simple exécutant mais ils ont plus d'avantages à tirer d'une personnalité affirmée et créative, rôdée aux situations de crise et au dénoument des tensions. Le peuple le sait, qui a majoritairement privilégié l'expérience dans la composition de l'Assemblée. Ce n'est pas un hasard si les anciens du CICR, par exemple, prennent une place grandissante dans tout l'éventail politique genevois. C'est une école de vie, de compétences gestionnaires et politiques, qui vaut largement l'ENA. Mais ce n'est pas la seule.

 

Pour le reste, la fonction appelle une personnalité de culture centriste et consensuelle, mais capable de se faire respecter, qui soit à la fois organisateur-trice expérimenté-e et communicateur-trice hors pair. Quelqu'un dont la culture politique couvre toute l'étendue du spectre démocratique. Et qui soit disponible séance tenante pour un mandat de 4 ans...