01/04/2009

OMC : les vrais enjeux d'un malentendu

 

Dans la bataille encore virtuelle autour du siège de l'OMC, le Courrier s'est fendu de deux articles qui ont le mérite de poser le problème là où il se trouve, à savoir dans la nature même de l'OMC. Il apparaît aujourd'hui évident à tous que ce n'est pas le projet architectural qui est en cause, celui-ci est exemplaire et son emprise minimale. C'est tellement vrai que même Salika Wenger a du reconnaître que le projet tel qu'il est ne posait guère de réel problème. Et d'inventer, pour justifier tout de même le référendum, un projet d'extension ultérieure qui n'est qu'un vulgaire mensonge.

La vérité, c'est qu'au cours des quatre années passées qui ont vu les responsable des bâtiments de l'OMC et de la FIPOI examiner toutes les solutions possibles et imaginables, il avait été envisagé d'agrandir dans un premier temps à l'intérieur, dans le patio, puis dans un deuxième temps, au nord, en étendant l'actuelle salle de conférence en direction de la crèche. De même qu'il avait été envisagé de déménager dans des immeubles à construire à Bellevue ou dans le complexe des Nations. Toutes ces solutions ont toutefois été définitivement écartées au profit de la variante actuelle, la moins coûteuse, la plus pratique et la plus rapide à réaliser.

Le vrai problème, pour la gauche, repose sur un préjugé initial à l'encontre de l'OMC. Pourtant, celle-ci est née du GATT, à l'initiative d'un diplomate Suisse brillant, résident genevois, Arthur Dunkel, qui fut un grand serviteur de l'humanité. Avant d'être responsable du commerce international de la Confédération, il l'avait été de la Coopération. Dès le départ, l'OMC s'est bâtie sur cette conviction que les échanges commerciaux favorisaient le développement. Ce que l'extrême gauche altermondialiste s'entête à contester sans proposer aucune solution alternative. Hormis de l'assistance pure et simple, qui n'est qu'une forme de mendicité (ou de charité selon le côté où l'on se place), donc de dépendance, qui prouve depuis les indépendances, qu'elle ne marche pas.

A quoi est du ce malentendu ? Hormis un à-priori idéologique antédiluvien à l'égard du commerce, difficile à dire. Sauf que même les alters doivent commercer pour vivre. Le "Monde diplo", par exemple, qui leur sert de bible, n'est pas vendu gratuitement et ses journalistes lui vendent leur force de travail... Au nom de quoi les pays pauvres du sud seraient-ils les seuls à ne pas avoir le droit de vendre leurs produits ?

Au moins, les écologistes, eux, sont logiques avec eux-mêmes. Ce qui les dérange, dans l'OMC, c'est qu'en favorisant les échanges, notamment alimentaires, on développe forcément les transports, donc la pollution. Il a toutefois été prouvé que le bilan carbone d'un kilog de haricots verts kenyans rendu en Europe était inférieur à celui d'un kilog de haricots verts produit localement. Ce qui est du à la mécanisation à outrance de l'agriculture européenne autant qu'au fait que le plus écolo des cultivateurs suisses consommera bien davantage de C02 dans sa vie quotidienne et celle de sa famille que son homologue kenyan.

Par ailleurs, comme me le faisait remarquer une haut-fonctionnaire européenne assez remontée contre ses agriculteurs: « personne n'empêche personne de manucurer sa forêt et ses prés si ça lui chante, mais il n'est pas admissible de le faire payer par les pauvres du sud en leur fermant nos marchés ». Car c'est bien là tout le problème et le paradoxe écologique qui peut déboucher sur des délires tels que ceux dénoncés par Jean-Claude Ruffin dans son dernier livre.

Les pauvres du sud, notamment en Afrique, n'ont rien à vendre en dehors de leurs produits agricoles. L'industrialisation n'est encore souvent chez eux qu'un voeu pieu et d'ailleurs, elle ne satisfairait pas non plus les écologistes. Pourtant, ils ont le droit comme tout le monde d'accéder aux joies de la modernité, qui sera d'ailleurs la meilleure incitation au contrôle des naissances. Ce qui est évidemment une nécessité.

Après des années de propagande et de manif, la gauche est prise à son propre piège. Les socialistes, du moins les plus lucides d'entre eux, surtout lorsqu'ils n'encourrent plus de risque électoral, comme Laurent Moutinot, l'ont fort bien compris. Le commerce mondial est une réalité, le meilleur atout du développement, et l'OMC est là pour le réguler, notamment en limitant les mouvements des plus puissants, comme l'UE ou les Etats-Unis. Prétendre qu'elle ne serait pas démocratique est mensonger.

Il y a certes des membres incontournables et tout l'art des négociateurs consiste à trouver des terrains d'entente qui puissent satisfaire tout le monde, sans froisser personne. Chaque pays, même le plus petit a le droit de veto, donc il est inadmissible de prétendre, comme le fait l'extrême gauche que les décisions sont prises dans l'ombre et imposées ensuite. C'est faux. Il ya certes des lobbys, de pays riches comme de pays pauvres, de pays subventionneurs comme de pays producteurs, mais l'OMC, ne connaissant pas la règle de la majorité, ne peut rien imposer à qui que ce soit. Ce qui cause, au demeurant, nombre d'échecs.

Tôt ou tard, si elle veut gagner en efficacité, l'OMC devra inventer un système de prise de décision majoritaire qui soit à la fois démocratique et respecte les équilibres. Il sera sans doute plus facile de le faire à l'OMC, en partant d'une page vierge, qu'à l'ONU, où personne ne sait comment faire sauter le verrou des cinq membres du Conseil de Sécurité sans faire exploser « le Machin ». On peut penser à un système bi-caméral où l'on pourrait tenir compte des volumes de population et du poids économique, par exemple, pour éviter que Kiribati et ses 15 000 habitants ait autant de poids que la Chine, cent mille fois plus peuplée... Ou qu'une majorité automatique des pays les plus pauvres conduisent les plus riches à quitter le navire...

Dans tous les cas, il faudra y venir, c'est à Genève que cela se passe et rien ne dit que les modèles retenus, s'ils fonctionnent, ne pourraient pas être ensuite proposés à l'ONU... Qui en aurait bien besoin elle aussi, car si l'on veut pouvoir prendre les décisions qui s'imposent dans le monde, il va bien falloir trouver le moyen démocratique de les imposer...

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