06/04/2009

L'amour toujours... (2ème épisode)

J'avais une sorte d'à priori sur la quête de l'illumination et de la sérénité, considérant que le nirvana, quelque part, c'est l'immobilisme absolu, donc la mort (je résume, nous sommes dans un blog, mais j'ai écrit un chapitre de mon deuxième bouquin, l'Anti-Prophétie là-dessus). Or je m'aperçois que dans le cas de la dame qui occupe prioritairement mes pensées, cela débouche au contraire sur une exigence de qualité d'un niveau rarement rencontré. Niveau de qualité qui n'est pas un but innatteignable, mais qui est bel et bien atteint, à l'évidence par le travail sur soi, tant dans sa vie professionnelle que dans la quête artistique, y compris dans son entourage. Comment ne pas tomber amoureux d'une si belle personne ?

Cela me donne effectivement envie de me dépasser et de dépasser certaines attitudes désinvoltes que j'ai pu avoir par le passé, mêlant paresse et facilité, voire actes insufisamment réfléchis aux éclairs de lucidité et au travail acharné. Je ne suis pas parfait, ma Tine non plus, mais elle évolue à un niveau d'exigence qui m'impressionne. Et qui pour autant que j'en puisse juger n'est pas qu'une façade lisse. Notamment sur le plan de la beauté intérieure.

Le bémol, c'est que toute quête d'absolu débouche sur une forme de totalitarisme intellectuel.On peut facilement se retrouver prisonnier d'un système de pensée, surtout lorsqu'il fonctionne bien. Ma Tine n'y échappe pas en jugeant parfois un peu trop vite, un peu à l'emporte pièce. En même temps, il y a toujours un fond de vrai dans ses remarques, mais qui ne dépeint qu'imparfaitement toute la complexité d'une situation. Comment être aussi subtil qu'il le faudrait lorsqu'on est à ce point concentré sur son but ?

L'examen sous toutes les coutures des tenants et des aboutissements de chaque aspect d'une situation, le découpage de cheveux en quatre en d'autres termes, peut aussi conduire à l'immobilisme et au farniente. Je ne sais pas si je parviendrai à embrasser l'Univers, mais je sais que j'ai envie d'essayer. Depuis tout petit, même si une certaine forme de timidité ou de modestie, me retenait. Je ne veux pas le faire pour elle, mais pour moi. Tant mieux si cela me permet de la retrouver.

La forme de méditation que je pratique depuis mon enfance est personnelle et vernaculaire. Par la danse, et plus sûrement par l'écriture, notamment sur un scénario de fiction par exemple, cela confine à la transe. C'est en tout cas un état de conscience décalée, là où Martine prétend atteindre un niveau de conscience concentrée. Je ne veux pas être shamane à la place du shamane, je veux juste pouvoir dialoguer d'égal à égal et mon ego m'incite à tenter d'y parvenir à ma manière. Ce qui n'est pas la démarche la plus efficace lorsqu'il existe un savoir millénaire sur la question, bien documenté et assez clairement exposé.

D'un autre côté, mon expérience, mon vécu, mon savoir ne sont pas nuls et peuvent apporter un éclairage différent. La solution optimale, comme je le dis souvent, même si je l'oublie parfois quand je m'énerve, c'est la voie médiane entre les extrêmes, celle du consensus et du picorage de ce qu'il y a de mieux, où qu'on puisse le trouver. Je vais donc continuer à réfléchir à ma manière, tout en intégrant ce que je peux de l'expérience d'autrui, de celle de Martine en particulier. Nous verrons bien si nos droites parrallèles s'infléchissent un jour vers un point G commun. Après tout en physique quantique, tout n'est-il pas possible ?

J'aimerais aussi remercier ici Stéphane dont le commentaire d'hier comme celui de plusieurs autres m'a beaucoup touché. Les amours non consommées restent en nous comme des virtuels possibles et donc merveilleux. Certains autres, consommés, (pourquoi les mets-je au masculin?) sont plus prosaïques, mais pas moins merveilleux pour autant. Mes meilleurs souvenirs sont des preuves involontaires d'amour partagées, et celles-là, même si les fils se sont distendus, restent en moi pour toujours. A l'instant où elles ont existé, elles étaient vraies, elles étaient la vérité. Qui m'incite d'ailleurs à ôter une vacherie que j'avais glissé à l'intention d'une ancienne compagne dans le texte ci-dessus. Je préfère me souvenir du meilleur.

Un message enfin, non pas pour M. Hani Ramadan, que je considère comme un intégriste dangereux, mais pour mes amis musulmans et au-delà, pour les croyants de toutes obédiences. Je respecte la croyance lorsqu'elle unit et rassemble. Ce qui fut le message de la plupart des grands initiés qui vous ont offert vos croyances. Et après tout, même le mariage de Mohammed et d'Aïcha était conforme aux moeurs de l'époque. Il ne remet pas en cause pour moi l'entier de ce qu'a dit votre prophète. En revanche, il souligne combien ses propos, son attitude et son message sont tributaires de son époque et de sa culture, comme l'étaient avant lui, de leur époque et de leur culture, les messages révélés de tous les grands initiés. Qui n'étaient que des hommes sans doute plus sages et plus malins que d'autres. Or le monde évolue et les cultures sont diverses.

Je n'aime pas dans les religions et dans les idéologies, ce qui divise et sépare. Même si je reconnais qu'il faut parfois aller au combat, quand celui d'en face vous y contraint. Ce sont souvent les héritiers qui ont créé les religions, en utilisant le corpus (christi) lègué par le prophète disparu. Et les religions ont engendré la violence. Avec une mention spéciale pour l'Islam et le Judaïsme, nés tous deux marqués du sceau de la violence, lorsque c'est clairement un détournement du message originel dans le cas du christianisme.

Toutefois, dans chaque religion, parfois bien caché tout au fond, il y a un message de paix et d'amour universel. C'est celui là qu'il faut parvenir à retrouver, sur lequel nous pouvons tous nous retrouver, que nous soyons croyants ou pas. Car si l'agressivité est dans l'être humain animal, indispensable à sa survie dans la nature, qui n'est pas bonne, mais sauvage et sans pitié, la paix et l'amour sont dans l'esprit humain. Et c'est à mon sens notre destin commun que d'essayer d'en faire quelque chose de bien.

Commentaires

Le paradis, ça pue. J'aimerais revenir sur le rousseauisme. Comme je l'ai dit, l'état de nature n'a rien à voir avec la bonté. C'est juste de la sauvagerie où règne la loi du plus fort et parfois même le carnage inutile ou le gaspillage.
Mais tout se recycle.
Il est pourtant un endroit qui se rapproche du paradis terrestre, ce sont les îles Galapagos, où l'absence de prédateur permet aux animaux de vivre côte à côte et même entremêlés, en s'ignorant superbement. Le problème, c'est l'absence de service de voirie. Non seulement il n'y a pas de prédateur, mais il n'y a pas non plus toutes ces bactéries, vers, larves, vautours, hyènes et autres bestioles immondes qui, dans la savane africaine, vous nettoient une carcasse en quelques heures, quelques jours tout au plus. Résultat des courses, les charognes restent à pourrir durant des semaines, voire des mois et ça shlingue un max...
Je ne vous dit pas l'ambiance, sous l'équateur à midi, lorsque la seule ombre sur la plage est un arbre où pend la carcasse décomposée d'un grand "pata azul", ces improbables cousins des cormorans à pattes bleues... Lorsqu'il faut choisir entre l'insolation ou l'évanouissement...
Bon, vous me direz, au paradis, les patas azuls ne meurrent jamais, puisque tout le monde est déjà mort... N'empêche que dans l'Etat de nature, la seule chose de vraie, c'est que tout à une fonction, les prédateurs et les hyènes comme les gentils bambis. La bonté, la morale, le bien et le mal sont des inventions humaines, qui jusqu'à preuve du contraire, n'existent pas dans la grande soupe quantique... Qui n'est, jusqu'à preuve du contraire, qu'énergie et matière, sous différentes formes.
Alors apprendre à y puiser l'énergie vitale, oui sans doute, mais sous la conduite de l'exigence morale, de la réflexion et de la conscience, en gardant toujours à l'esprit que tout est relatif et que l'absolutisme est un danger en soi.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/04/2009

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