07/04/2009

L'amour toujours (3) - premiers émois

Le premier émoi dont je me souvienne est le rapide bisou, sur les lèvres tout de même, qu'une jeune dévergondée de ma classe, dont j'étais épris m'asséna, sous les yeux de ma mère qui venait me chercher, en première année d'école primaire à Neuchâtel. Je n'aurais jamais osé rêver d'un tel geste dans mes rêves les plus fous, mais qu'elle le fasse sous les yeux de ma mère – qui ne s'en souvient même pas ! - lui ôta tout son charme. Gisèle, elle s'appelait Gisèle, perdit à cet instant et à jamais toute ses chances de me tenir un jour la main...

Ma fossette et ma blondeur devaient faire des ravages à l'époque, parce qu'il paraît qu'à l'école maternelle, je faisais faire mes devoirs par mes petites copines. Mais c'est du témoignage indirect, parce que moi j'ai effacé cette infâmie de ma mémoire.

Mon deuxième émoi et moi et moi (c'était à l'époque où il n'y avait que 700 millions de petits chinois, j'avais 8 ans), c'est une main baladeuse, la mienne, sur la poitrine (habillée) de la jeune fille au pair de 20 ans qui me gardait. Ce qui me valut mon unique claque manuelle de toute ma carrière de mâle alpha... ou bêta, c'est selon...

Des claques virtuelles, aussi appelées râteaux, je m'en suis pris davantage plus tard, nettement plus douloureuses pour mon ego sur le moment, bien que je ne souvienne plus du nom de toutes celles qui sont restées de marbre devant mon charme béarnais.

Ina Von Puttkammer en revanche, je me souviens de son nom, de sa main, de sa blondeur et de son corsage. De son corps sage, j'étais trop jeune, mais elle était forcément canon. Fille d'un amiral exécuté par Hitler à la fin de la guerre, elle était la petite fille du premier Gouverneur du Togo. J'aimerais beaucoup retrouver sa trace, mais apparemment, Internet a encore des limites, surtout qu'elle a largement eu le temps de prendre un nom d'épouse entretemps.

Le troisième émoi, c'était l'époque de Hey Joe. On se repassait en boucle le petit solo subtil de Hendrix sur un mange-disques Teppaz au Lycée de Pontarlier. C'était Mai 68, j'avais 13 ans et demi et Ti Lin 15.

Tous les mâles du lycée, y compris les surveillants, avaient la langue pendante et les yeux qui jaillissaient des orbites devant ce petit bijou vietnamien, débarquée de force de Paris précédée d'une réputation sulfureuse pour s'être fait virée de plusieurs établissements. Pourquoi s'est-elle entichée de moi, le plus jeune de la bande ? Mystère, je ne le saurais jamais. Mais dans une salle obscure, elle eût des mains baladeuses qui vinrent (très, trop rapidement) à bout de mes premières tensions post-pubères. Las, elle fut à nouveau renvoyée du lycée, peu de temps après.

Il y eut ensuite Jacqueline, qui m'offrait sa poitrine nue au soleil dans les champs. Rien de plus, mais c'était déjà pas mal, en écoutant la flûte de Ian Anderson de Jethro Tull... et moi qui soufflait comme une locomotive.

Et puis Irène, l'année du bac, avec qui nous tentâmes en vain et à tâtons de nous connaître bibliquement. Les cours d'éducation sexuelles étaient à l'époque dispensés par les curés (!) au catéchisme, dont j'étais... dispensé puisque j'étais athée! Ce qui me semblait un moyen quelque peu râcoleur d'essayer de rassembler les brebis égarées !

Il y a 36 ans (j'imagine qu'il en est de même pour les jeunes d'aujourd'hui?) les lieux propices à la pratique de la chose étaient rarissimes. Après cet essai râté, il fallu se contenter de quelques bécots jusqu'à la rentrée suivante, où nous nous retrouvèrent étudiants à Paris. Moi chez ma grand-mère et Irène chez une tante... d'où elle déménagea très vite pour la communauté dans laquelle vivait un chanteur du MIR, qui venait d'échapper à la police d'Allende au Chili. Impossible de régater avec un héros, artiste en plus, qui gagnait sa vie et qui vraissemblablement savait parfaitement tout ce qu'il faut savoir du corps des femmes.

Je glisserai pudiquement sur les années suivantes, faites de stupre et de débauche, juste assez pour me convaincre des bienfaits de la fidélité. Franchement, même avec la meilleure volonté du monde et sans véritables entraves du monde réel, l'amour libre, ça ne marche pas. Le don de soi, à l'autre et réciproquement, c'est autre chose qu'un simple échange de liquides divers.

Lorsque l'amour est là, le vrai, on le reconnaît, c'est clair. L'envie d'être tout entier avec l'autre, pour l'autre, en l'autre. Cela se vit dans le présent. Ce que je ne sais pas encore, c'est comment faire lorsque les années passent pour, de par et d'autre, entretenir la flamme. Certes la tendresse remplace la passion. Mais un couple, c'est aussi une histoire de corps enmmêlés. Et comment faire pour que l'enthousiasme ne s'affadisse pas devant la répétition ? Les couples qui durent ont forcémment un truc. Mais à voir la statistique des divorces, celui qui inventera le truc vraiment durable fera fortune. Des idées sur la question ?

Commentaires

Ah Philippe... Quel plaisir de voir un peu par la lucarne de votre vie amoureuse! Au fait, seriez-vous un grand adolescent pas encore rangé? (:o)

Bon, sur la durée et la répétition, je n'ai pas de truc. Tout simplement parce que je n'ai jamais été confronté à cela. Mes ruptures n'ont jamais été due à l'habitude.

Mais où est votre Martine d'il y a 2 billets? Celle qui est si haut que vous ne pouvez que porter durement la faute de votre incomplétude... (:0).

Moi je ne marcherais pas. Si on ne disait: "Tu n'es pas du niveau de conscience dont j'ai besoin et où je suis", je dirais très vite: "Au revoir". Pas envie d'entrer dans un jeu de pouvoir déguisé (ce n'est que mon interprétation bien sûr). L'amour tel que je le conçois peut transcender les différences - même s'il s'accommode bien des ressemblances.

Écrit par : hommelibre | 07/04/2009

Cher John, peut-être avez-vous raison, peut-être pas. Il n'a pas été question de niveau de conscience, mais de conscience ou pas. Plus exactement de croyance ou pas, si j'ai bien compris. Et puis aussi de choses que j'ai faites ou pas faites et qui ne sont pas toutes à son goût. De même que tout ce qu'elle fait n'est pas à mon goût. A commencer par attacher tant d'importance à la croyance. Toutefois, j'aime suffisamment l'entier de son être pour passer sur ce qui me déplait. L'amour est aveugle. Malheureusement, le dosage de mes qualités et de mes défauts, à ses yeux, ne lui inspire pas autant de passion. C'est son droit le plus strict.
Mais, et c'est là où le discours "croyant" qu'il s'agisse de l'islam, de méditants ou de tout autre religion se contredit (et cela inclut aussi votre discours ci-dessus), à mon avis, on ne peut pas dire que l'amour est au-dessus des contingences matérielles et du beau ou du laid. C'est faux. On aime forcément quelqu'un pour ce qu'il (ou elle) est.
Il peut y avoir des différences, il est même bon qu'il y en ait, elles donnent plus de sel aux ressemblances, mais je défie quiconque d'aimer sincèrement, je veux dire d'avoir envie de coucher avec et de faire sa vie avec quelqu'un de laid, méchant, bête, malade, pauvre, qui sent mauvais, ne peut pas avoir d'enfant (ou au contraire en a déjà cinq...) etc... L'un ou l'autre de ses inconvénients passe encore, mais tous impossible. Ou alors la personne a un ego tellement perturbé et anxieux qu'elle pense atteindre le nirvana en se faisant passer pour Mère Teresa.
Soyons sérieux. Chacun a le droit de choisir quelqu'un qui le branche et lui convienne. Maintenant, il existait au temps jadis (et encore aujourd'hui dans d'autres contrées) des mariages arrangés, dont le ciment n'était pas l'amour fusion, mais les obligations de la vie quotidienne. Ce n'était pas forcément pire, mais vu la quasi impossibilité d'en sortir, il est fort difficile de comparer. Et cela n'avait en tout cas rien à voir avec dieu ou un niveau de conscience.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/04/2009

Bonsoir Monsieur Souaille,

Pas de trucs à vous donner, ni d'idées.

Je pense qu'un dialogue franc dès le début de la relation est une bonne base, de savoir que la personne est telle qu'elle est et ne changera que bien peu, peut aider et que d'avoir (dans les grandes lignes) la même vue sur ce qu'est un couple, une famille, bin ça marchera peut-être !!

Sans oublier une grande dose de chance !!

P.S : J'espère avoir modestement répondu à votre questionnement ;o)

Écrit par : Loredana | 07/04/2009

Bonjour !
Je n'ai évidemment pas de truc à vous donner
(ça se saurait, si j'en avais un !).
Cependant...
Les joies du mariage m'ont amené à me poser cette question:
"Pourquoi rendre une seule femme malheureuse alors qu'on peut en rendre tant heureuses ?"

"naaaaan, les copines ! pas taper !"

mdr!

;o)

Écrit par : Blondesen | 07/04/2009

Je ne connais rien des causes de vos ruptures, John en dehors du fait que l'une s'est terminée de manière totalement scandaleuse à votre égard. Mais êtes vous bien sûr que l'habitude n'en soit pas la cause ? Lorsqu'on éprouve le besoin de changer d'air, d'aller voire ailleurs, ou que votre partenaire l'éprouve n'est-ce pas la conséquence de l'habitude ? Lorsqu'on tente des expériences nouvelles, même avec son ou sa partenaire, n'est-ce pas justement pour fuir ce risque d'habitude ? L'éventuel désir de vengeance d'une femme, car pour vous avoir fait ce qu'elle vous a fait, il fallait qu'elle vous en veuille, ne peut-il pas trouver sa source dans le sentiment d'avoir été délaissée, plus assez aimée ?

Écrit par : Philippe Souaille | 07/04/2009

Teufel!Ina Von Puttkammer? jà,les von sont facile à se remémorer! ja... Aber Philippe, avez-vous ein petit chien? Neiin? Ja? Bon, plus tard... Ja toutes ces musiques celles que vous citez et celles de femmes... Mein expérience, nicht celle de Hendrix... Ja, touchours ou bresk, vivre mit Frau oder Frauen à la Jasta! Mein Liebling,lààà, es macht... Teufel! 21 jahren! Teufel unt reteufel! Ja, chaque fois le même chose... toujours étonné! Nicht mariés... Jamais, unt keinen pro-géniture! Aber ja, c'est peut-être là que ça s'est joué: Keine angst du rapport au temps (fur mich, und mich allein, keine rezept)! Mais allez, suffit l'accent, le seul truc dont je suis sûr, c'est que la volonté ou plutôt le "vouloir" vivre plusieurs vies, ne rien (ni personne, ni possibilité)laissé passer est un piège à hommes et femmes... je continuerais volontiers, mais... je ne suis pas seul en cause, je l'ai dis Keine rezept!

Écrit par : redbaron | 08/04/2009

Ah, redBaron, vous me manquiez. J'attendais vos remarques. Et elles sont fort pertinentes. Rejoignant d'ailleurs ce fameux lâcher-prise, qui si j'ai bien tout compris permet (si tout va bien) d'apprendre à voler... Sur un triplan, la tête à l'envers, les lunettes de Snoopy sur le front et l'écharpe d'Isadora au vent...
A part ça, j'ai mis le lien vers votre site sur ma page Face au Bouc et quelques copains parisiens branchés peinture (clan Kiki Picasso & Co) ont été y jeter un oeil. Ils en sont revenus, comme moi, convaincus d'y avoir trouvé quelque chose.
Tenez bon le manche à balais, il n'est pas d'âge pour percer les nuages.

http://home.worldcom.ch/~skoch/index.html

Écrit par : Philippe Souaille | 08/04/2009

Teufel, me revoilà, je suis passé survoler (c’est une image, j’ai tout lu, y compris les comm’) le 4ème, mais je me sentirais mieux pour causer ici, par exemple du Coran que j’ai lu jusqu’à disons la page 25, y compris la préface du traducteur, pour ensuite dans l’ouvrage pêché, parce que péché c’est déjà fait, et TOUTES les religions extrêmistes me condamnent, en un seul mot! Bon, passons, Teufel! Ceux qui ont envie et soif de mordre ne laisserons aucun espace…
Le loup revient à ses moutons (private joke)… je veux pas jouer sur les mots, (moi? jamais!) mais « lâcher prise » j’sais pas, ça me gêne comme terme, trop lié à la chute, à mon sens… remplacé par quoi alors… Ben, laisssez tomber? ja, c’est mieux… surtout si on pense à ce qui nous pèse, mais pas tout non plus, ne pas sombrer dans l’indifférence, ce n’est pas le but! S’écouter ! jaaa, on ne s’écoute pas assez! Si vous avez été éduqué ici (mais ailleurs peut-être aussi que) vous avez peut-être entendu cette phrase, surtout prononcée à propos de l’angoisse exprimée « tu t’écoute trop »… Ben, c’est une malédiction ce truc! Si les gens s’écoutaient vraiment, le monde serait-il en l’état? Individuellement, les gens s’écoutant, supporteraient-ils leur mode de vie ? et en « je » tiens pour voir… Si je mécoute vraiment… Ben, non, je ne suis pas d’accord avec une partie de ce que je vis, par exemple… Mais, je sais que tout ne tient pas qu’àma seule volonté, Teufel! Retour au personnel->

Écrit par : redbaron | 09/04/2009

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