23/04/2009

Bouquins, marketing et petites lignes

 

Le copiage, le piratage, la préservation des droits d'auteurs, la richesse insolente de certains et la galère déprimante de la plupart des autres, tout cela se retrouve en concentré lorsqu'on crée un site de diffusions d'oeuvres en ligne. Encore faut-il y ajouter une certaine mesquinerie de l'âme humaine qui a tendance à considérer que puisque les artistes de toute manière, s'en mettent plein les fouilles et que pas vu pas pris...

A quoi s'ajoute, pour les écrivains tout au moins, l'existence des blogs, qui non seulement donnent la parole à tout le monde, mais l'offrent aux lecteurs gratuitement. Du coup n'importe qui peut s'imaginer écrivain lorsqu'il n'est parfois qu'à peine écrivant. C'est en revanche un formidable portevoix. Marketing et globalisation aidant, les chiffres s'envolent pour quelques rarissimes gros succès, tandis que la classe moyenne des auteurs méritants se paupérise et végète. Le marché du livre est devenu un marché du star système, comme la variété musicale: une poignée de millionnaires et des cohortes de petits jeunes affamés qui rêvent de piquer le fauteuil des millionnaires.

Cela n'a pas toujours été comme ça. Il y a encore 10 ans, un essai socio-politique correctement écrit faisait en moyenne 10 000 ventes en France. Aujourd'hui il en fait à peine 300. Parce que les gens désormais lisent en ligne et en plus commentent, donc participent. Ces chiffres m'ont été communiqués par le directeur marketing d'une grosse chaîne de librairies. Apparemment pour me consoler d'avoir atteint ce chiffre déprimant sur la seule Suisse Romande avec la première version de l'Utopie Urgente (Slatkine éd.).

Le problème, c'est qu'écrire, faire un minimum de recherches, se relire, réécrire parfois six ou sept fois (ce que personne ne fait pour un blog) tout cela prend du temps. Et que si l'on veut des écrivains vivant, il faut bien qu'ils mangent. A 3 francs par ouvrage (10% du prix de vente en moyenne), un ouvrage vendu à 10 000 exemplaires ne permet pas de faire fortune. Il ne paie même pas très correctement le temps généralement mis à l'écrire, en principe plusieurs mois. Mais au moins, il paie. A 300 exemplaires, cela paie à peine les frais d'impression des manuscrits et d'envoi aux éditeurs...

Je ne crois pas non plus qu'il soit juste d'être pris en charge par le système sous l'unique prétexte que l'on a envie d'être artiste. Il faut tout de même avoir de la technique, de l'inspiration, un bagage et des choses, des histoires ou des sentations, à dire, à écrire ou à dessiner. Ou à mettre en musique... Ou des formes à modeler. Bref avoir du talent.

Depuis son ouverture, hier soir à 18h30, le site www.utopieurgente.org a déjà reçu quelques centaines de visites. Merci à vous, entre autres. Cela prouve que je sais au moins faire mon autre métier de communiquant. Mais jouons cartes sur table: pour l'heure aucun achat. Il est vrai que remplir un formulaire paypal pour acheter 6 francs un livre en pdf, que l'on peut lire gratuitement en restant en ligne (ou en le copiant en html, il existe évidemment des moyens d'y parvenir) ce n'est pas très engageant. Mais c'est la formule la plus économique.

J'entends déjà les persiffleurs sussurer : il n'y a pas assez de talent pour qu'on l'achète. FAUX, je le sais et l'écris sans aucun complexe. Je ne suis pas le génie du siècle en littérature, et l'Utopie Urgente développe des thèmes assez ardus (mais oh combien d'actualité), mais j'écris au moins aussi bien que la moyenne des livres qui se vendent. Et L'Anti Prophétie est drôle et captivante. J'ai tout de même quelques avis extérieurs sur la question.

Donc les gens (c'est à vous que je parle) sont pingres, ou flemmards, ou les deux. Il ne s'agit pas ici de faire la manche, mais d'offrir une prestation et d'attendre un paiement en retours. Evidemment, si généralement cela se passe dans l'autre sens depuis l'invention de la monnaie, c'est qu'il doit y avoir une raison: on paie d'abord et on profite ensuite... C'est plus sûr. Pour le vendeur !

En même temps, un artiste que l'on pourrait qualifier d'incompris et que je trouve personnellement bourré de talent, qui souhaite ici rester anonyme, a été voir le site et m'a envoyé, cadeau, quelques idées de logo sur lesquelles il a bossé cette nuit ! De la même manière, Michael Lew, le jeune informaticien développeur du site me l'a offert car il est passionné de philosophie et de cinéma. Je vais d'ailleurs l'aider à produire son premier documentaire, qui parlera... d'informatiquel. C'est sans doute ce que mon copain Charly Schwarz appelle l'économie solidaire...

Malheureusement, la solidarité ne paie ni les épinards, ni le beurre. Nous allons donc maintenir la formule actuelle quelques jours encore, pour mener l'expérience à son terme. Et sans doute ensuite allons-nous réduire la consultation libre à quelques pages à la fois. Juste pour se faire une idée, aiguiser l'appétit avant l'achat. Comme tout le monde.

Commentaires

Accoucher d'une idéee comme l'utopie urgente, la faire vivre, la soutenir et la promouvoir implique certainement que le géniteur soit un être fort.
Dans tous les sens du terme. Et sage. Merci à Philippe Souaille d'apporter sa pierre à l'édifice mais il faudra plus pour avancer concrètement que des plaintes à la première tentative. Surtout de l'enthousiasme, de la confiance dans l'humain et finalement, mais peut-être devrais-je dire avant tout, la capacité à gérer son ego qui n'est qu'un outil pour pouvoir fonctionner dans notre monde.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/04/2009

Bonjour Monsieur Souaille,

Pas tout-à-fait d'accord avec vous sur le fait que les gens sont uniquement des pingres ou des flemmards.
Il y a également ceux qui n'ont pas de carte de crédit (oui, il y en a encore),
ceux qui ont atteint leur limite de crédit :-(,
ceux qui sont angoissés à l'idée de laisser un numéro de carte sur Internet,
Et finalement ceux pour qui cela semble bien trop compliqué.

Peut-être devriez-vous faire l'essai de mettre un CCP, comme cela se fait sur le site de riccardo.ch par exemple.

Pour le reste, merci.
Pascale

Écrit par : Pascale | 23/04/2009

Mais je ne me plains pas, cher Pierre, je blogue. C'est à dire que je décris le monde et l'état de mes réflexions. A vrai dire ce texte est aussi une réponse à certains amis dont un excellent blogueur anarcho-socialiste de la Tdg, qui me rappelait en d'autres lieux à l'idéal de gratuité.
La gratuité c'est super, la diffusion maximale de ses idées aussi, et des tas d'excellents écrivains ont du faire le taxi pour vivre. Ce que je risque fort de devoir faire sous peu (d'ailleurs à ce sujet, si tu es bien le Pierre auquel je pense, si tu as une voiture de libre ???) Ce n'est pas une plainte, juste un constat. Sérieusement appuyé par mon banquier.
L'une des choses que je dis dans mes bouquins, c'est qu'il faut croire en l'humain modérément. Car il ne naît pas spécialement bon. Ce qui signifie qu'il faut inventer des systèmes de fonctionnement qui le canalisent et l'induisent à être meilleur, en fixant des objectifs équitables, mais en tenant compte de la nature humaine.
Mon ego est ce qu'il est. Mais il a aussi besoin de manger et de nourrir ma famille. A mon avis, reconnaître certaines choses publiquement, à savoir que les acheteurs (contrairement aux lecteurs apparemment) ne se ruent pas sur mes livres nécessite au contraire un ego relativement maîtrisé.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/04/2009

Oui,Pascale, un CCP, on va y penser. Cela permet aussi de payer instantanément effectivement. Merci de la suggestion. Le système paypal est en fait très rébarbatif pour un petit versement. Mais il est sûr je crois.
Eh bon, pingre ou flemmard, je m'inclus dans "les gens". Je ne sais pas comment je réagirais... Surtout que :-( décrit assez bien l'état de ma carte de crédit...

Écrit par : Philippe Souaille | 23/04/2009

Océane, si vous lisez ces lignes, renvoyez-moi SVP une autre adresse que hotmail, pour vous envoyer le pdf, car comme j'ai envoyé pas mal de promo pour mon site ces dernières 24h, Hotmail jette tous mes messages en me traitant de spammeur...
Quant au livre broché nous allons lancer une souscription, à moins d'accord avec un éditeur. Donc patience

Écrit par : Philippe Souaille | 23/04/2009

Et on fait comment si on veut rester anonyme? CCP avec une fausse id?

Eventuellement je prépare une surprise. Mais ça prendra du temps...

Écrit par : Johann | 23/04/2009

Guten abend, mein Herr, Teufel ! Oui, teufel, car votre « note , article, billet », provenant de votre expérience immédiate ou fraîche, mais s’ajoutant ainsi à d’autres, posent des questions qui méritent soit de longues réflexions sociales et politiques, soit demandent une approche courte et précise.
Il existe effectivement un problème avec la production artistique ou intellectuelle. Une partie de celui-ci tient dans le fait qu’il s’agit effectivement d’une production, mais non-reconnue avant l’objet concret, le résultat, par exemple le livre.
Une autre partie, dans le porte-à-faux ou sont tenus les producteurs de tels produits, vu soit comme , à choix : des saints, des génies, des maudits, ou des flemmards. Ils sont haïs et admirés dans le même temps. Ceci tient à la création des « élites » au moment historique de la séparation des individus et de leur productions par le salariat.
Celui qui crée ne peut être un homme comme les autres agissant sur d’autres matériaux.

Ce statut « élitiste » est un piège. Pour le créateur/intellectuel dabord. N’étant point admis de ce monde « productif », ne « servant » soit-disant à rien, il ne bénéficie pas d’un statut social.

De plus, il faut l’admettre, voir les choses en face, vu l’actuel situation du marché de la culture , devenue culture de marché de marketing, toujours vendu comme objet séparé d’une pratique, il n’est pas actuellement et en majorité plus « darwiniste social » que ceux qui se déchirent espérant glaner sa place dans l’« élite », et pour reprendre votre terme, piquer le fauteuil des millionaires…
A mon sens, ce statut ne se règlera que comme pour l’ensemble de la société, par l’avènement d’une société de gratuité, ou chacun suit sa voie, pour son épanouissement personnel, artiste ou maçon, intellectuel ou féru de mécanique. (j’ai déjà développé ailleurs l’idée d’un « bon » de même valeur, non capitalisable par échéance, distribué à tous) De plus, l’un n’empêchant pas l’autre. Utopie. Mais présente dans le fait de « pirater » etc., mais que les choses soient clair, effectivement, le piraté (on s’en fout s’il s’agit des millionaires) doit pouvoir vivre ou survivre, il a droit à profiter de son (je déteste, je hais ce mot->) travail*! Donc…
En attendant, réformisme, Teufel, il pourrait exister un revenu minimum vital, attribué comme au Danemark aux étudiants, mais à tous. A charge à chacun d’augmenter le supplément. Ainsi plus d’artiste etc., dont le but est « de faire célèbre », plus de galère, pas d’obligation au taxi…
Teufel, non, je ne peus pas faire plus long, c’est service minimum.
En plus, est-ce utile? Ouinonouinon…
Je vous laisse le soin d’en décider, lecteur(s), et vous Philippe
Bien à vous et bonne chance pour la suite…

*in-gué-ris-sa-bleu,le redbaron !
PS: Evidemment, dans mon triplan je n'ai pas de carte de crédit, un vieux con dans son coucou d'enfer, donc, le CCP ou la facture... Paypal c'est compliiiiiqué...

Écrit par : redbaron | 24/04/2009

Vous avez parfaitement raison de dire que sur un blog on ne relit pas sa prose sept fois! Vous pas plus que moi!

Celui qui persifle (comme il est courant que je le fisse, s'écrit avec un seul "F". Donc, soit vous écrivez "père siffleur", celui qui siffle ou alors persifleur qui est celui qui persifle. Le français est une langue difficile.
Persiflez... Non! Pardon... Persistez!

Sept la cestième foix ke j'm'rli k'jeu (de l'avion) l'constate et kome sept trait rar k'jeu l'FASS (90), ma prause et bourer d'fôtes où d'plon (éditeur)!

Père Siffleur qui persifle et signe.

Écrit par : Père Siffleur | 24/04/2009

Baron, l'idée d'un revenu minimal servi à chacun est dans l'utopie urgente, à chacun ensuite de mettre du beurre dans les épinards, ou pas, mais cela évite les effets de seuil de l'assistance publique.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2009

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