09/06/2009

C'est toujours la montagne qui gagne

J'étais en tournage au Cambodge, lorsque cela c'est passé, le 29 mai, et n'étais donc pas au courant. C'est par Internet que j'apprend ce matin la mort de Karine Ruby, à 31 ans. La Haut-Savoyarde était l'une des vedettes d'un film que j'avais coproduit et monté "Les Etoiles du Mt-Blanc".
C'était surtout une grande, une très grande. Championne olympique de Snowboard, vice-championne olympique et six fois championne du Monde... Peu de sportifs ont un tel palmarès. En se retirant de la compétition, elle n'a pas abandonné sa montagne pour autant. Elle est devenue Guide, au Mont-Blanc évidemment.
C'est là, sur l'un de ses glaciers, dans l'une de ses crevasses qu'elle a chuté, avec ses deux clients. Sale fin pour un guide. Peut-être, sans doute, a-t-elle voulu protéger ou sauver son client, on ne le saura sans doute jamais.
Ces ponts de neige, qui se forment sur les crevasses et deviennent si fragiles par beau temps au printemps sont un des pièges les plus vicieux qui soient.
Avec un copain, devenu entretemps champion du monde d'apnée (comme quoi la montagne mène à tout) et une cousine de Doumeng Giovanoli, tous deux bien meilleurs skieurs que moi, nous avions fait la Vallée Blanche, il y a fort longtemps, sans guide, mais encordés, pour franchir certains passages, dont un pont de neige. Nicolas, le plus lourd, était passé le premier. Puis moi. Puis Muriel, la plus légère.
Pourquoi le pont s'est-il effondré à cet instant alors qu'il avait résisté à la pression de nos passages précédents ? Par accumulation des efforts bien sûr, chacun produisant son petit dommage, comme une pièce de métal que l'on tord jusqu'à ce qu'elle rompe.
Pourquoi sommes-nous passés dans cet ordre faussement logique ? Une intuition plus qu'autre chose, qui nous a sauvé la vie. Car le pont s'est effondré sous les lattes de Mumu, alors qu'elle finissait de le franchir. Nicolas et moi avons pu retenir sans mal ses 50 kilogs de gamine de 18 ans... Pas certain du tout que Muriel et moi aurions retenu si facilement les 90 kilogs (c'était bien avant qu'il fasse de l'apnée) de ce grand gabarit de Nicolas.
L'occasion de se rappeler que si la montagne ça vous gagne, c'est toujours elle qui gagne.

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