11/06/2009

La politique politicienne des extrêmes

J'ai longtemps cru, naïvement, que la politique politicienne, celle qui consiste à raconter des salades pour se faire élire et à magouiller dans les couloirs au lieu de s'occuper des gens restait l'apanage des partis aux affaires. Je m'aperçois qu'en fait, les extrémistes, de droite comme de gauche, sont encore pires. Ce n'est pas un hasard si on les retrouve de plus en plus souvent assemblés sur toutes sortes de thèmes: ils n'ont plus vraiment de principes. Leur seul vrai credo, c 'est critiquer le pouvoir en place et le système. Sous n'importe quel prétexte et n'importe comment, sans se préoccuper le moins du monde d'une quelconque cohérence interne de leurs propos.
Ce qui fait qu'ils se contredisent allègrement d'un jour à l'autre, voire d'une minute à l'autre... et ne proposent jamais rien de constructif.
Le dernier blog de l'UDC Yves Nidegger, par exemple, s'en prend encore une fois aux socialistes et aux radicaux sur leur gestion de l'affaire Kadhafi, en leur reprochant, en gros, d'avoir arrêté son fils. Je me suis moi aussi posé la question. Et j'ai appris que le personnel et les clients de l'hôtel se plaignaient quotidiennement depuis plusieurs jours des bruits de coup et des hurlements de douleur et de souffrance qui s'échappaient de la suite. Il s'agissait purement et simplement de flagrant délit et qui plus est de violences répétées. Qu'il eut donc fallu, selon M. Nidegger, laisser se perpétuer. Curieuse conception des droits de l'homme et de la femme pour un candidat au Conseil d'Etat. Qui déplore paradoxalement que l'affaire se soit terminé en non-lieu, alors qu'il sait pertinement, en tant qu'avocat, que le dit non lieu est une mesure de clémence due au retrait de la plainte, qui a permis la libération de la mère d'une des victimesi, emprisonnée dans les geôles libyennes, et aux deux suisses de sortir de ces mêmes geôles pour rejoindre l'ambassade. De la real politik, donc, ce que Nidegger réclame par ailleurs. 
Mais le plus étonannt c'est que l'UDC genevoise, dans le blog de son Président Soli Pardo a longtemps eu la position exactement inverse. Il fallait être ferme, encore plus ferme ne rien céder aux libyens, boycotter leur essence, saisir leurs avoirs, etc... Jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent de la bêtise de leurs arguments, car en la matière, c'est la Libye qui tient le couteau par le manche. Donc on est passé du "foutons sur la G... de ces libyens" a "pas touche à mon prince". Edifiant et sans aucune mesure, comme à l'accoutumée..
L'extrême-gauche ne fait pas mieux. J'étais hier soir à un débat sur les rapports à développer entre juniors et seniors. Cela se passait à Cite Seniors, et tous les participants ont parlé de sociologie, dressé des constats, fait des propositions intéressantes. Tous sauf un: Souhail Mouhana, de l'AVIVO, nous a fait une éblouissante démonstration de propagande hors-sujet. En gros, tout est de la faute de notre société occidentale capitaliste qui ne sait pas être solidaire comme les sociétés traditionnelles d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique Latine. Sociétés qui savent tellement bien être solidaires que leurs jeunes préfèrent mourir en barque au large pour tenter de gagner nos côtes plutôt que de rester chez eux. Où la protection sociale et les assurances maladies sont inexistantes et où les classes moyennes manquent de tout... Notre système social est une conquête de la gauche, pour sûr, mais rendue possible par notre système économique et la démocratie.
Prétendre ainsi que le malaise des jeunes a pour unique cause le chômage, c'est faire bien peu de cas des difficultés rencontrées et vaincues par les générations précédentes. Prétendre que les contraintes pesant sur les personnes choisissant de conserver leurs vieux à la maison ne sont qu'une invention des médias, que le 3ème âge et 4ème âge, qui s'allongent démesurément, ne posent aucun problème et ne coûtent rien à personne, c'est oublier que dans les pays où la solidarité intergénérationnelle existe encore, l'espèrance de vie est facilement 15 à 20 ans inférieure à la nôtre.
S'occuper quelques mois de ses vieux parents grabataires, tout le monde peut le faire. 20 ans, ça fait réfléchir et ce n'est fondamentalement pas un problème économique, même si cela peut accessoirement le devenir, parce qu'il faut une pièce en plus ou payer quelqu'un lorsqu'on quitte la maison pour aller travailler. L'argent versé au personnel des EMS est de l'argent qui circule dans la société rappelle Mouhana. C'est vrai. Mais c'est de l'argent de plus en plus souvent pris sur les impôts pour payer des services fort utiles, mais non productifs. Si plus personne ne produit, tandis que tout le monde reçoit, la société ne peut plus tourner. Un ingénieur comme M. Mouhana devrait être capable de comprendre cette équation de base.
En fait, je ne crois pas un instant que M. Mouhana soit incapable de se rendre compte des incohérences qu'il assène avec un aplomb d'arracheur de dents. C'est juste que c'est son business à lui de surfer sur les arguments simplistes et les angoisses bien naturelles des petis vieux. Son fonds de commerce en quelque sorte. En fait, à ce niveau, les propagandistes et les as du marketing vendent bien les même salades, avec le même cynisme. Et ça ne sent pas vraiment le frais...

Commentaires

"Notre système sociale est une conquêtes de la gauche, pour sûr, mais rendue possible par notre système économique..."

Fait du pillage continuel de ce même tiers-monde. Oui la gauche est complice et profite de ce pillage, comme vous et moi. Mais nous ne tenons pas le pouvoir d'y mettre fin.

Écrit par : Johann | 11/06/2009

"Sociétés qui savent tellement bien être solidaires que leurs jeunes préfèrent mourir en barque au large pour tenter de gagner nos côtes plutôt que de rester chez eux."

Vous oubliez de mentionner que le prix du "passage" sur ces barques a généralement été payé par le groupe familial ou villageois et que ce voyage périlleux (qu'on pourrait rapprocher de l'émigration "forcée" des suisses au milieu du XIXème siècle - bien avant l'invention miraculeuse du secret bancaire) a aussi pour but d'aider ceux qui sont restés au pays.

Quant aux conquêtes sociales de la "gauche" elles sont en passe d'être petit à petit mises en pièces par la "droite" au nom d'un prétendu réalisme économique
à sens unique. Et cela tout à fait "démocratiquement".

Écrit par : Azrael | 11/06/2009

Un detail a propos de:

"c'est oublier que dans les pays où la solidarité intergénérationnelle existe encore, l'espèrance de vie est facilement 15 à 20 ans inférieure à la nôtre."

De ce que j'en ai vu, la principale difference avec l'occident permettant cette forme "d'assurance vieillesse" n'est pas l'esperance de vie, mais plutot la taille de la fratrie. Generalement au minimum 4 a 5 enfants voir jusqu'a 10 ou plus. Donc la charge est beaucoup plus repartie.

Certains ignorent trop facilement cet aspect quand ils stipulent "qu'ils n'ont qu'a faire moins d'enfants pour être moins pauvre". Alors que c'est fait en toutes connaissances de cause, puisque ces derniers sont le seul secoure pour les vieux jours.

Écrit par : Eastwood | 11/06/2009

Vos constats sont limpides et je ne peux que vous donner raison...

... mais cela appelle une autre question :
- pourquoi les électeurs ne finissent-ils pas par se rendre compte de ce manège et pourquoi continuent-ils à perdre tant de suffrages chez des démagogues purs ?

Le système démocratique suisse est une petite merveille, mais il implique un haut niveau de compétence pour être bien utilisé par les électeurs (nombreux sont d'ailleurs ceux qui ont la "sagesse" de s'abstenir !). Le potentiel existe chez tout le monde, il suffit d'aider à le développer (par la formation et l'information).

Quand nous déciderons-nous à nous donner les moyens d'atteindre ce haut niveau de compétence ?

Écrit par : Topor | 12/06/2009

Monsieur Souaille,

Vous avez probablement oublié de vous relire! Autrement comment comprendre votre texte. Vous nous dites:
" ... au lieu de s'occuper des gens restait l'apanage des partis aux AFFAIRES."
(les majuscules sont de mon cru)

Puis, plus loin, vous dites:

"Je m'aperçois qu'en fait, les extrémistes, de droite comme de gauche, sont encore pires."

Donc, implicitement vous nous dites qu'il n'y a aucun parti au affaire qui soit extrémiste. Mais, plus loin, dans les exemples que vous nous présentez pour asseoir vos thèses, vous utilisez des faits attribués à l'UDC. Soit, selon vous, l'UDC n'est pas un parti aux affaires ou alors, il n'est pas extrémiste et dans ce cas votre exemple est malvenu.

Il faudra bien vous déterminer un jour ou l'autre: UDC = Extrémiste? Aux affaires? Extrémiste aux affaires?

Pour essayer de mieux comprendre votre manière de déterminer à partir de quand un parti est "pire", j'ai une question:

Le Modem est-il "pire" ou non ?

À l'aune de ce que vous avez écrit "En fait, à ce niveau, les propagandistes et les as du marketing vendent bien les même salades,...", le "grand timonier" du Modem a démontré il ya peu qu'il était parmi les pires, donc extrémiste!... Mais la belle affaire!... C'est ses conseiller marketing qui se sont trompés de salades qui ne devaient ni sentir le frai, ni surtout le vrai!

À mon avis, faire une différence entre "extrémistes" et "aux affaires" ou indiquer à partir de quand un parti devient "pire" est une différentiation qui n'a vraiment aucun sens!... En politiques, ils sont TOUS "pires"!

Écrit par : Père Siffleur | 14/06/2009

il faut lire "aux affaires"!... Preuve que je n'étais pas à la mienne!

Il est évident qu'il est plus facile de dire aux autres qu'ils ne se relisent pas que de le faire soit-même! Dans l'écriture, je dois admettre que ce n'est pas la relecture qui me passionne le plus.

Écrit par : Père Siffleur | 14/06/2009

Eh bien, cher Père Siffleur, le débat qui nous réunissait ce soir là rassemblait des politiciens et sociologues genevois. Et comme vous le savez sans doute, même dans vos rupestres contrées, à Genève, l'UDC n'est pas aux affaires. Et personnellement, je la considère comme un parti extrémiste, par son discours, préoccuppée uniquement de critiquer l'exécutif consensuel. C'est tellement plus facile d'avoir un ennemi de classe que d'examiner les problèmes objectivement et d'imaginer des solutions concrêtes.
Quand au Modem, je suis d'accord avec vous, le grand timonnier s'est planté, mais pas là où vous le dites. Il l'a joué trop perso parce qu'il est ob nubilà par son idée fixe, et surtout il a fait campagne contre Sarko au lieu de faire campagne pour l'Europe. Mais sa pique anti Cohn-Bendit n'est pas une élucubration de ses conseils en communication. C'est juste le résultat de son éducation très traditionnaliste et du fait qu'une militante Modem de la région sud-est, elle-même abusée par un éducateur adulte dans son enfance, lui a envoyé il y a quelques semaines les pages du livre de Cohn-Bendit dans lequel il confesse ses expériences assez limites en la matière, en tant qu'adulte éduquant dans les crèches de la flower power generation...
Que Berlusconi s'envoie en l'air avec des bimbos de 17 ans qui rêvent d'être mannequins et qu'il couvre de cadeaux choque apparemment profondément toute l'intelligentsia bobo européenne. Mais que l'une de ses icônes ait eu des expériences limites avec des gamins ayant à peine l'âge scolaire reste du domaine de l'admissible... Va comprendre, Charles !
En l'occurrence j'ai côtoyé les deux personnages, directement et par personnes de confiance interposées, et je n'ai absolument aucun doute quand à la droiture de l'un comme à l'esprit fondamentalement jouisseur sans entraves de l'autre. or personnellement, sans être un père la rigueur, très loin de là, j'estime qu'il faut de la morale dans la conduite de ses affaires, personnelles comme publiques.

Écrit par : Philippe Souaille | 16/06/2009

Cher Monsieur Souaille,

Merci pour vos précisions. Je suis fort aise que vous considériez l'UDC comme vous le faites. Pourtant, j'espère que vous n'avez pas pu imaginer un seul instant que j'aie voulu défendre "Cône*-Bandit"! (* parce qu'il existe des cônes de déjections). La dernière phrase de mon commentaire disait bien:
En politiques, ils sont TOUS "pires"! J'ai même écrit "TOUS" en majuscules, pour bien montrer que je mettais "Cône-Bandit" et "Votre Monsieur Droit comme un "i"" (pour le "i", la minuscule est voulue) dans le même panier. Même si il est vrai que la "piritude" de l'un n'est pas la "piritude" de l'autre!

PS: Selon "Le monde" du 7 et 8 juin:
Au lendemain de sa "bagarre de cours de récré" contre C-B, le fameux "i" (qui comme cette letre nous l'indique n'a qu'un petit point ou petit pois au sommet), aurait dit:
"Quand on me cherche, on me trouve, c'est peut-être nouveau dans cette famille qui avait l'habitude de tendre l'autre joue"

... Ce qui n'est pas très chrétien, mais a été fort crétin! Ce qui n'est pas grave, puisque le crétin était droit comme un "i".
Ce "i" pour "iconoclaste", le briseur d'icône-Bendit, probablement!

Écrit par : Père Siffleur | 17/06/2009

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