16/06/2009

On n’est pas sorti de la… pardon, de l’auberge espagnole !

Le monde est un immense tas de merde, disait un poète beatnick. Pour le changer, il faut la prendre à pleines mains.
Or ce à quoi l’on a assisté, hier à la Conférence du BIT à la tribune de laquelle se sont succédés les chefs d’Etat, c’est à une danse de sioux autour du tas, chacun lançant des incantations, plus ou moins pertinentes, dictées par ses intérêts propres de dirigeant de son pays, ce qui finissait par faire furieusement penser à une auberge espagnole…
Aujourd’hui on dirait un pique-nique canadien. Chacun y apporte ses préoccupations, qui peuvent être parfaitement contradictoires sans personne pour les coordonner, et sans que personne n’ose vraiment s’attaquer au cœur du problème. Rôle qui ici incombe au système international qui hier a entendu ses oreilles siffler… Chacun y allant de sa petite pique ou suggestion… mais sans oser vraiment nommer les choses. Ou alors comme Sarkozy, à contretemps, dans un but clairement électoraliste.
Ce n’est pas un secret, je n’aime pas le Président français. Effet Cohn-Bendit oblige, il eut cependant le bon goût de teinter de vert ses propos. Mais il fut aussi celui qui, le plus clairement, sous l’apparence d’un discours global, répondait en fait à des préoccupations purement électoralistes internes et ce de la manière la plus veule possible, tapant par exemple sur l’OMC, pour faire plaisir au Monde diplo. L’OMC, seule accusée de son discours aux côtés des paradis fiscaux… Du moins ceux qui ont eu droit à ce titre au dernier G20, mais pas les autres…. Un président, chef de Gouvernement, oubliant comme par mégarde, que l’OMC n’est rien sans précisément les gouvernements qui la composent, qui la dirigent et qui la financent. Dont la France, parmi 153 autres.
Il est vrai qu’il n’est pas à une contradiction près, dénonçant « les excès indécents » qui dénaturent le métier de riche, et lui donnent une bien mauvaise image. Une image un peu bling bling peut-être ? Suivez mon regard, non pas sur la Rolex, et surtout faites ce que je dis, mais pas ce que je fais…
Sarkozy, surtout, en s’en prenant à « tous les dumpings », contre lequel il s’agit de se protéger, a lancé une grosse pierre dans le jardin des pays pauvres. Ceux-ci sont réunis au BIT pour tenter de lutter contre les excès comme le travail forcé, notamment celui des enfants et pour parvenir à instaurer des règles, mais aussi et surtout pour jeter les bases d’un système social minimal, contre le chômage notamment, là où il n’existe pas du tout. Système social minimal qu’il va falloir financer… Or si on tente d’instaurer des barrières contre le seul atout de ces pays, à savoir leurs coûts de production plus bas, on les étrangle purement et simplement. Et le retours de la croissance mondiale avec…
En agissant ainsi, on débouche à coup sûr sur ce que disait craindre Sarkozy, à savoir les abominations nées de la grande dépression de 1929 : cohortes de chômeurs, montée des nationalismes les plus extrêmes et finalement guerre mondiale. Sauf que du nationalisme, c’est exactement ce qu’a fait Sarkozy hier. Lula, le Brésilien, dont le discours décontracté fut certainement le plus important, le plus vivifiant et nettement le plus applaudi du sommet, a parlé lui aussi de ses intérêts en tant que président du Brésil. Même s’il s’est dit le porte-parole des pays pauvres et de l’Afrique.
Lula, au contraire de Sarkozy, a défendu le rôle du commerce et des échanges dans le développement. Comme plusieurs intervenants africains, il a vigoureusement soutenu l’OMC en appelant à une conclusion rapide des accords de Doha dont il a rejeté l’échec sur les pays riches, soucieux de maintenir leurs privilèges.  Tout ceci avant de partir pour la réunion du BRIC qui réunit aujourd’hui en Russie les grands pays émergents. Qui se pose clairement sinon en rival du G8, du moins en groupe de pression. Et lorsqu’on représente la population de la moitié de l’humanité et le seul vrai espoir de croissance soutenue, dans les mois et les années à venir, on pèse lourd, très lourd.
Ce n’est pas un hasard si des compagnies asiatiques rachètent des opérateurs clefs dans tous les marchés, de l’exploration pétrolière à l’informatique en passant par la construction mécanique… De fait, si l’on met ensemble et superpose tous ces discours épars, on obtient une vision assez correcte de la situation mondiale :
Un potentiel de croissance important dans certains pays, tandis que d’autres (nous occidentaux) sont clairement sur le déclin, quoiqu’avec de forts beaux restes. Le problème est que le gâteau n’est pas extensible à l’infini et qu’il faut donc le partager. Partager de manière équitable, sinon l’on va droit au conflit mondial. Or pour l’heure, on ne prend guère le chemin du partage équitable. Qui forcément signifiera pour nous occidentaux une baisse conséquente de notre niveau de consommation, avec cette chance immense que nous avons encore les moyens (si nous agissons avant que la crise ne s’aggrave et dégénère en conflit) d’aménager la mutation vers une société moins gaspilleuse.
Seules des institutions internationales renforcées et coordonnées (ce que pour l’heure elles ne sont pas, les Gouvernements s’en défiant comme de la peste) sont à même de piloter ces mutations nécessaires équitablement. C’est ça ou la guerre, même Sarkozy le dit. Qui a l’intuition juste en parlant d’étendre les domaines du droit international dans lesquels les organismes internationaux devraient pouvoir agir de manière coercitive… Pas forcément contre le commerce, mais contre les égoïsmes nationaux.
Et la Suisse dans tout ça ? Elle est victime, précisément des égoïsmes nationaux. C’est de bonne guerre, car elle en a longtemps profité, en jouant les uns contre les autres et leur doit sa bonne santé économique. Santé qui fait envie aujourd’hui, au point que les mastodontes qui dominent le jeu n’ont plus aucune pitié.

Commentaires

Monsieur Souaille,

Dommage que vous n'ayez pas dit que la solution était très simple! Elle se résume en quelques mots:

Humanisme mondialisé** et Mondialence gouvernée**

** Désolé!... C'est peut-être l'inverse!

Écrit par : Père Siffleur | 16/06/2009

Et dommage aussi que personne ne veuille remettre en cause le sacro-saint principe de la croissance.

Car la logique élémentaire devrait nous rappeler que la Terre étant un système fermé et fini, la croissance devra bien s'arrêter un jour.
Que ce jour est très proche, et que si aujourd'hui 2 milliards d'humains accaparent déjà le 80% des ressources, il sera impossible aux 6 autres milliards d'humains d'en arriver à notre niveau de luxe.
Que si notre niveau de vie en terme de consommation (et de gaspillage) en nourriture et en matières premières non renouvelables veut perdurer encore un peu, il faudra plus que fortement diminuer la population mondiale.

Il faudra faire un choix ou la nature s'en occupera pour nous :
2-3 milliards d'humains vivant bien, ou plus que cela et d'inévitables énormes injustices comme c'est le cas, et forcément un jour la guerre, et donc une diminution de la population.

Il n'y a rien de bien sorcier, quelques notions de base de mathématique, de physique, de la population maximum dans un écosystème, et cela fut déjà fait par le M.I.T en 1972 par la demande du Club de Rome...

En ce qui me concerne, je parie sur les guerres. Les militarisées ET les civiles. De plus, au fond je m'en fous : riches ou pauvres, ayant vécu peu ou longtemps, nous sommes quoi qu'il en soit mortels. Et le jour où cela sera le meilleur choix, un simple cornet en plastique permet de mettre fin à la vie sans aucune souffrance.

Écrit par : Greg | 16/06/2009

Greg,

Vous êtes un optimiste! Vous dites que le jour de la fin de la croissance est proche. Je pense qu'il est dépassé! Aujourd'hui nous vivons déjà franchement d'n "capital" qui s'amenuise (et pas uniquement pour le pétrole).

Les politiciens ne sont pas encore réveillés (il n'y pas que Leuenberger qui dort).
Personellement, j'espère qu'ils ne se réveilleront jamais. Lorsqu'ils le feront et qu'ils auront compris, ce sera encore pire qu'aujourd'hui. Les lambeaux de du "capital" de la planète vont devenir des proies encore plus convoitées et ceux qui auront eu le privilège d'en garder un morceau dans la gueule le défendront à coups de crocs, de missiles et autres bombinettes sophistiquées.
C'est d'ailleurs le scénario que vous envisagez aussi.

Écrit par : Père Siffleur | 17/06/2009

@ Greg,

Pour les matières premières comme le pétrole, le fer,l'alu etc... on ne sait pas ce qui nous reste entre les réserves prouvès et celle qui ne sont pas encore mis à jours.

Par contre ce qui peut devenir grave pour notre civilisation,ce serait d'empêcher les pays pauvres et émergeant d'avoir accès à la prospérité.On ne résout pas les problèmes environnementaux dans une société en faillite.Pour l'instant ce qui est certain vu que celà c'est déjà passé et se passe encore ailleurs dans des nations qui refusent d'entre dans le libre échanges mondial comme le Zimbabwe ou la Corée du nord ou bien même l'Argentine.C'est que (Et je me répette encore)si la croissance ne résout pas tout les problèmes,son absence en résout aucun.

D.J

Écrit par : D.J | 17/06/2009

J'aime bien ton blog ^^
Bravo pour tes articles très complet

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Écrit par : darsh | 18/06/2009

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