19/06/2009

Mettre en place au sud un vrai système social, payé par un impôt ad hoc au nord

Comme mes fidèles lecteurs ne l'ignorent pas, j'ai un film sur la gaz, et donc peu de temps.

Je me contenterai donc de vous mettre un lien sur cet excellent article du Monde d'hier, l'interview d'un  prof de Sciences-Po Paris sur les rapports Nord-Sud.

Tout à la fin, le gars résume une partie essentielle de mon livre l'Utopie Urgente (ça c'est pour le père siffleur). J'en suis flatté. Qu'il l'ait lu, ou qu'il soit arrivé tout seul aux mêmes solutions, avec les mêmes arguments, m'importe peu. Elles et ils sont de toute manière évident(e)s (ça c'est pour faire plaisir à Sandrin Salerna) à qui veut bien réfléchir librement. L'essentiel est que la sauce prenne, que la mayonnaise monte. Et la crise y est pour beaucoup, alors qu'il y a un an à peine, personne n'envisageait même de simplement considérer le problème objectivement.

http://www.lemonde.fr/international/chat/2009/06/02/nord-...

 

Commentaires

Si les pays du nord mettent en place des systèmes d'Etat dans des pays du sud, il faudrait que les peuples du sud puissent voter aussi pour les gouvernements du nord, non?

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/06/2009

"les difficultés auxquelles le Sud fait face actuellement seront d'autant plus faciles à surmonter que la mondialisation ouvrira les sociétés les unes aux autres, et notamment les frontières séparant le Nord du Sud."
Depuis la libre circulation, la population suisse a augmenté de plus de 500'000 personnes. Il n'y a plus de logements, les voies de circulation sont complétement encombrées, la construction tourne à pleins régime, les villas poussent plus vite que les champignons.
Mais M.Souaille veut ouvrir les frontières grandes ouvertes aux populations du Sud. Bonne chance si vous vous présentez à une élection quelconque. Vous risquez d'être assez désagréablement surpris...

Écrit par : Géo | 19/06/2009

Géo, mettre en place un système social digne de ce nom au sud (et pas par l'intermédiaire des Etats du Nord, mais au travers des organisations internationales, et le BIT en a posé les premiers jalons cette semaine) cela permettrait aussi d'assurer de meilleures conditions d'existence et de développement au sud. Et donc de réduire les flux d'émigration vers le nord. Qui ceci dit, souffrirait d'un énorme problème de dénatalité (y compris pour payer l'AVS) sans l'immigration venue du sud...
Mais n'ayez crainte, je ne me présente à aucune élection, préférant rester électron libre et force de proposition

Écrit par : Philippe Souaille | 19/06/2009

Monsieur Souaille,

Bien qu'un peu confu, je suis surtout fort flatté, moi aussi: faire référence (même si c'est entre parenthèses) à la larve lambda-moins que je suis est un honneur que je n'aurais jamais osé imaginer. Et cela, dans un billet qui parle d'un Film sur le gaz, d'un Professeur de Science-Politique, des Rapports Nord-Sud et, bien entendu, last but not least, de "Chimère Impérative" où quelque chose d'approchant... Je vous prie de bien voulire accepter mes plus plates excuses pour cette approximation. Je n'ai pas de temps de vous relire!... Moi, c'est du lait que j'ai sur le gaz! Malheureusement, un lambda-moins n'a rien de plus "grisant" à y mettre, mais ça monte aussi!... Comme la mayonnaise.

Je vous tire donc ma référence en vitesse!... Ainsi que le dit Monsieur Mabut.

Écrit par : Père Siffleur | 19/06/2009

En fait, un coup d'oeil wikipediesque m'en a appris davantage sur le professeur Badie. Et clairement, c'est lui qui a l'antériorité de la réflexion sur ces concepts, au vu de sa bibliographie. ce qui prouve que vue que j'ignorais son existence jusqu'à hier, qu'il y a des idées qui sont dans l'air et qu'elles naissent souvent en plusieurs endroits à la fois...

Écrit par : Philippe Souaille | 19/06/2009

Je n'ai pas lu votre livre, ni le lien donnant sur l'article du Monde. J'ai tout comme vous peu de temps à disposition.

L'idée de subventionner les pays du sud, est contre-productive. Il restera une relation de donneur et receveur qui débouchera sur des relation tendues. Sans parler qu'une autorité devra faire appliquer cette solidarité et une administration gérer le tout. Une belle utopie!

Plus concrètement, certains pays du sud devraient penser à développer des infrastructures pour accueillir nos vieux et handicapés. Car ces classes d'individus n'auront peut-être plus les moyens de vivre dans le nord.

Écrit par : Riro | 19/06/2009

M. Souaille, vous êtes une force de proposition, mais vous appartenez au Nord. En tant que vous appartenez au Nord, vous pouvez proposer de donner des subventions au Sud, mais pour ce qui est de l'emploi des subventions, ne faut-il pas attendre les propositions venues du Sud? D'ailleurs, la vérité est que si c'est du Nord que vient la proposition de mettre en place ceci ou cela, même si ensuite ceux qui exécutent cette proposition sont en partie du Sud, et peuvent ainsi partager avec des hauts fonctionnaires du Nord les émoluments donnés aux éxécuteurs de projets officiels mis en place par les Etats, il n'en restera pas moins que l'idée étant venue du Nord, le Sud aura le sentiment que ce qui vient du Nord a plus de force, et donc, le Sud continuera à vouloir se rendre au Nord, car ce n'est pas simplement les ressources, qui comptent, mais aussi le prestige. Les raisonnements fondés uniquement sur les chiffres, je n'y crois pas vraiment.

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/06/2009

De 1995 à 2005, l'Occident a DONNE plus de 350 milliards de USD à l'Afrique. Ce qui a permis aux Africains de dépenser tout leur budget pour se livrer à leurs guerres tribales qui ont coûté l'équivalent de ces 350 milliards de USD.
Il faudrait peut-être lire ce livre, "dead Aid", qui part en guerre contre la soi-disant aide internationale...
Allez voir ce lien, Souaille. Il y a au moins qqch qui vous plaira...
http://www.dambisamoyo.com/
Fichtre ! si tous les experts avaient ce plumage (que je découvre avec vous), le monde avancerait plus vite...

Écrit par : Géo | 19/06/2009

"De 1995 à 2005, l'Occident a DONNE plus de 350 milliards de USD à l'Afrique. Ce qui a permis aux Africains de dépenser tout leur budget pour se livrer à leurs guerres tribales qui ont coûté l'équivalent de ces 350 milliards de USD."

Je ne pense pas que de nouvelles aides internationales,sous forme d'impôts etc...soient efficaces,surtout si ces dernières sont une fois de plus distribuées sans discernement.

Il faudrait commencer par des actions politiques.Si le dévellopement est la croissance économique n'a pas forcemment besoin de démocratie,cette dernière reste néenmoins indispensable pour que les richesses soient mieux réparties.On le voit avec la Chine dictatorial.Forte croissance et seulement 20% des chinois en bénéficient.

Un état de droit,des investissements étrangers avec en plus l'ouverture au commerce mondial sont pour moi de meilleurs ingrédients pour le développement.

Mais il y a déjà de bon espoire en Afrique,ou comme je l'ai déjà évoqué,sur les 13 pays africains qui affichent des taux de croissance de 5% annuel.

D.J

Écrit par : D.J | 19/06/2009

Rémi, je suis du nord et j'y vis, mais pour des tas de raisons, notamment familiales, je suis aussi du sud. Et ce que je dis, bien des responsables au sud le disent également. Mais très très peu de gens au nord... Quant à vos considérations sur les chiffres et l'humain, vos oeillères et vos à priori vous font tomber à côté de la plaque, comme souvent. Mes réflexions partent précisément d'un important vécu dans le sud.
Il ne s'agit pas de contnuer à faire l'obole, mais très exactement, comme le dit Badie dans le Monde et comme je le dis dans mon livre, de passer du stade de la charité des dames patronnesses du XIXème à celui d'un système d'assistance publique du XXème siècle. Ce que nos bourgeoisies nationales ont fait il y a quelques décennies à leur échelle nationale, nous devons le faire aujourd'hui à l'échelle mondiale.
Alors certes ces systèmes d'assistance publique nationale ne sont pas parfait, parfois trop coûteux, ou pas assez stimulants. Et il faudra en tenir compte dans l'élaboration du système mondial. Mais globalement, la situation pour tous, riches et pauvres à la fin du XXème siècle était bien plus agréable qu'au début. Et cela c'est du en grande partie à l'existence de ces systèmes sociaux.
Il n'y a que des fachos ou des gauchistes invétérés pour prétendre le contraire et avec la crise, cette idée, qui n'était qu'une utopie il y a deux ans, vient de prendre un sérieux aspect de réalité, avec le sommet qui vient de lui être consacré par le BIT auquel ont participé une quinzaine de chefs d'Etat... Donc tôt ou tard, cela se fera. Parce que sinon ce sera la guerre. Il n'y a pas d'alternative.
La vraie question, le seul vrai problème, c'est comment gérer la chose pour éviter que cette redistribution mondiale des richesses, amplement justifiée à tous points de vue, n'ait un impact catastrophique sur l'environnement.
C'est pour réfléchir à cette question que le monde aurait besoin de think tanks... Sur ce excellent week-end à tous

Écrit par : Philippe Souaille | 20/06/2009

Mes oeillères, Philippe. Vous êtes un peu amusant. Le paternalisme qui dit comment il faut dépenser les dons date de Jules Ferry. C'est justement la tradition coloniale française. Mais la vérité est qu'il est simplement irrationnel de proposer des systèmes tout faits. Un système qui marche émane de la population elle-même, de ses attentes, de ses conceptions propres. Sinon, le système reste une belle boîte creuse, un puits financier, et il ne marche pas. Il ne suffit pas de bien penser un bon système en théorie, dans un club d'élite. Il faut aussi que l'institution semble émanée de la volonté populaire. Or, ce n'est pas en le disant qu'on en convainc. Pour le peuple, cela ne suffit pas. Une institution ne fonctionne que si elle émane d'un sentiment profond, au sein de ceux qui l'utiliseront. Il n'y a pas de solution dans les voeux pieux.

Écrit par : R.Mogenet | 20/06/2009

Il ne s'agit ni de dons, ni de colonialisme. Ou alors vous estimez que l'argent que Paris verse à la Bretagne, ou Genève à Uri, sont des dons et du colonialisme. Non il s'agit simplement de mettre en place des systèmes de redistribution. Qui deviennent un droit, et non un don. Lorsque de Gaulle a décidé de mettre en place la Sécu dans l'immédiat après-guerre, il a fait appel à des experts.
De même en Suisse, lorsque les radicaux ont mis en place l'AVS. Ce ne sont pas les gens du peuple qui ont dit: il faut faire ceci ou cela. Ce sont des gens qui avaient accès aux données, des notions de gestion et des idées. Votre blabla est bien joli, mais il reste malheureusement un voeu pieu.
Les révolutions, comme les réformes ne sont pas faites par le peuple, mais par des idées et des leaders d'opinion. Qui rencontrent l'assentiment du peuple ou pas. Et l'assentiment du peuple dépend essentiellement d'une question toute simple: est-ce que cela améliore sa situation ou pas ?
Dans le cas présent, on se retrouve devant un problème un peu plus compliqué qu'à l'habitude, car il s'agit de faire comprendre au peuple (du nord, le seul à disposer à la fois d'un pouvoir économique et électoral) qu'il a intérêt à accepter une détérioration apparente de son niveau de vie pour sauver l'essentiel, à savoir une meilleure harmonie planétaire, du point de vue humain-social et environnemental, qui rendra son sort et celui de ses enfants plus durable.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/06/2009

Vous postulez que les révolutions ne viennent pas du peuple, mais on peut dire exactement le contraire: pourquoi pas? Cela dit, même s'il était vrai que dans les faits, les systèmes qui fonctionnent étaient fondés par des "leaders d'opinion" recevant l'essentiment du peuple, il faut déjà se demander si votre professeur d'Université et vous-même avez pensé aux procédures de vérification que l'assentiment des peuples concernés est bien présent. Mieux encore, il n'y a aucune réflexion sur ce qui peut différencier un projet qui reçoit cet assentiment d'un autre qui ne le reçoit pas. Tout cela a l'air de tomber de la Lune.

Il faudrait également prouver que la redistribution des richesses, en France, va de Paris à la Bretagne. Quand on vit en Bretagne, on peut avoir le sentiment inverse. Cela n'a donc rien à voir. Car dans les faits, ce ne sont pas les impôts qui existent en Afrique qui peuvent financer la couverture universelle; il s'agit donc bien d'un don. Que cela soit masqué par l'obligation d'Etat de faire ce don n'y change rien. Les rois faisaient déjà des dons à partir de l'argent des sujets, en fait. Et l'Eglise l'appelait déjà la "justice redistributive". Lisez Stendhal: c'est dedans, et il s'en gaussait. On n'a quand même pas tout inventé la semaine dernière.

Le fait est que la couverture sociale est mécaniquement et historiquement la suite du concept de "justice redistributive" que défendait et pratiquait (imparfaitement, si vous voulez) l'Eglise, et ce ne sont pas des considérations théoriques issues d'Auguste Comte qui peuvent empêcher de le voir, si on prend un peu de recul. Ce n'est justement pas tombé de la Lune, et De Gaulle le savait très bien.

Il faut donc être plus attentif à ce que peuvent concevoir les populations concernées. Sinon, cela ne marche pas. Ce ne peut être l'intention généreuse et louable en soi qui à elle seule assure l'efficacité d'un projet. Le colonialisme même n'est pas la caricature qu'on en a fait: si cela n'a pas marché, ce n'est pas simplement parce qu'il y avait en son sein des cupides, mais aussi parce que les principes de départ étaient erronés. Mais la France se proposait réellement de civiliser le monde entier: je ne mets pas en doute la sincérité de Jules Ferry. Seulement, les intentions peuvent déboucher sur des résultats qui n'ont rien à voir avec ce qu'on projetait. Surtout quand l'intention postule une position dominante de celui qui l'a. Car c'est ce postulat qui crée l'inégalité de droit. Or, l'égalité matérielle n'est pas le tout.

Écrit par : Rémi Mogenet | 20/06/2009

Le sentiment que l'on a quand on vit en Bretagne et la réalité des faits, à savoir le montant des produits intérieurs bruts régionaux et celui des subventions et autres qui redescendent de Paris sont deux choses aussi écartés que le rêve de la réalité
Lorsque vous parlez d'assentiment des peuples, de quels peuples parlez-vous Rémi. Parce qu'il est d'une rare évidence que les peuples du sud ne demandent pas mieux que de bénéficier d'un système social digne de ce nom, dont ils sont généralement complètement dépourvus. Quand à ceux du nord, il est tout aussi évident qu'ils ne sont pas très chauds à priori à ce qu'une partie consistante de leurs impôts (voire des impôts nouvellement créés) soient utilisés à développer le sud.
Toute l'ambiguité de l'altermondialisme est là: sous un discours faussement altruiste, ce sont en fait les classes populaires, jeunes et défavorisées des pays riches qui refusent de partager leur niveau de bien-être avec les populations réellement désavantagées du sud. C'est exactement pour ça et pour des motifs purement électoraux, que bien qu'apparemment d'accord sur les grandes lignes, Sarkozy et Lula ont dit exactement le contraire l'un de l'autre lundi dernier au BIT.
Le problème, c'est que au-delà de l'obligation morale (donc quelque part chrétienne, mais aussi islamique, bouddhique etc...) qu'il y aurait à partager, il y a aujourd'hui une obligation matérielle, fruit d'un rapport de forces, qui n'est plus du tout, mais plus du tout aussi clairement en notre faveur que par le passé.
Ce partage, si nous ne l'offrons pas, ils vont venir le chercher: terrorismes, bombes atomiques, conflits divers, pénurie de matières premières etc... Et nous sommes beaucoup, mais beaucoup, moins habitués que les gens du sud à vivre dans le besoin et les problèmes.
En cas de conflit, à terme, nous avons perdus. La question n'est pas de partager ou pas, mais de partager maintenant ou de tout perdre demain.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/06/2009

Philippe Souaille,
Selon vous, ne pas aller dans le sens de vos conclusions va nous conduire à la catastrophe. Pour vous il n’y pas d’autre choix. Selon moi c’est une probabilité parmi beaucoup d’autres, raison pour laquelle je suis d’avis que les risques que vous évoquez pour le Nord ou l’Occident, sont minimes. De plus votre argumentaire est boiteux et repose parfois sur des contre-vérités. Pour cela je vous invite à revisiter l’introduction de l’AVS en Suisse, il a une grande différence entre votre affirmation et la réalité de l’époque.

Il est évident que l’occident n’a plus l’habitude de vivre avec aussi peu de moyen que les pays du Sud. La pression démographique est réelle et aussi l’envie d’une bonne partie de ces désœuvrés ne veut pas attendre sur place que cela s’améliore.

Mais, admettons simplement que votre catastrophisme se réalise et nous nous retrouvions démunis comme vous l’indiquez. Quelle serait alors l’intérêt des gens du Sud à venir chez nous ?

Quand a votre épouvantail du terrorisme est d’un mauvais goût incroyable. La vie sur terre n’est pas un fleuve tranquille, il y a toujours des crues inattendue. Eruptions volcaniques, typhons tsunamis et j’en oublie. Le terrorisme, il fait nettement moins de victime et il tue à plus de 95% dans les pays du Sud. Il y a aussi les accidents de la circulation, 1'200'000 personnes dans le monde meurent chaque année.

Certes le terrorisme a un impact énorme sur la société, mais nous ne sommes pas tous comme vous. Il y a des personnes qui savent regarder la réalité en face et ne pas paniquer bêtement.

Écrit par : cali | 21/06/2009

Alors, selon vous, Paris produit plus de rentrées fiscales, pour l'Etat central, que tout le reste de la France réunie? Comment est-ce possible? Alors que beaucoup de choses à Paris, qui sont déjà très chères, dépendent de l'Etat, comme la RATP, ou les musées nationaux? Paris peut amasser et unifier les richesses de plusieurs régions, et faire un gros investissement en une seule (en Bretagne, si vous voulez), et c'est du reste la justification du centralisme, mais on ne me fera pas croire que ce sont les Parisiens qui financent la province. A mon avis, c'est vous qui rêvez. Car moi, je crois que Paris, en tant que capitale, est la première bénéficiaire de l'unification des fonds issus de la province par voie fiscale. La France n'est pas un pays si riche, mais la RATP est un des meilleurs transports en commun du monde: cela ne vous dit rien? Ce n'est cependant qu'un exemple. Honnêtement, si on en reste de façon stricte aux chiffres, même si certaines régions bénéficient de la solidarité nationale qui passe par Paris, je crois que Paris, pour vivre, a plus besoin de la province en général que la province en général n'a besoin de Paris. La province a besoin de Paris parce qu'elle est désunie et que Paris est le biais d'une unité qui rassemble les capitaux et permet les investissements massifs, ou le partage. Mais si l'unité existait d'elle-même, par le biais d'une fraternité spontanée et active, agissant jusque dans l'économie (je pense à des investissements d'origine associative), il est évident que Paris deviendrait superfétatoire.

Cela dit, cela nous éloigne du sujet, même si vos idées sur Paris sont cohérentes avec votre vision élitaire de l'Histoire, que je ne partage pas du tout, car je crois que l'élite ne fait pas l'histoire à elle toute seule. Je crois seulement que l'élite est un acteur important, et que son nombre réduit ne l'empêche pas d'avoir une importance à peu près égale (mais pas supérieure) à celle de la masse. C'est d'ailleurs le défaut de la France, et l'origine de sa stagnation, que de s'appuyer sur une élite dont on entretient le mythe qu'elle fait l'histoire à elle toute seule. Pour ainsi dire, c'est le défaut inhérent au jacobinisme. Car si c'est pour unifier les efforts en passant par un point central, pourquoi pas? Mais il ne s'agit pas que de cela.

Pour en revenir au sujet, vous n'avez pas l'air de savoir qu'un système de couverture sociale peut toujours déboucher sur une forme de pillage des ressources offertes. Quand vous offrez des vélos à la population d'une ville, deux cas de figure peuvent survenir: celui d'Amsterdam (autrefois), au sein duquel les habitants, après les avoir utilisés, laissent les vélos aux autres; celui de Paris, au sein duquel chacun en met un chez soi pour se l'approprier: et du coup, pour ces vélos publics, il faut un abonnement et des bornes verrouillées. Moi, je dis que si un système est donné tel quel à une population qui n'a pas le sentiment d'être impliquée, déjà parce qu'elle ne l'a pas été lors de la conception et de la mise en place, elle ne se sent pas responsable de l'objet, et donc, cela ne marche pas, non pas parce qu'elle ne va pas profiter des prestations ainsi offertes, mais parce qu'elle ne sait pas jusqu'à quel point elle peut le faire sans que cela détériore l'objet. Elle ne le sait pas, parce que l'objet finalement lui est inconnu, il tombe de la Lune.

Cela dit, si vous pensez que c'est Paris qui produit l'argent des subventions que cette noble capitale verse aux régions de la province, je suppose que vous pouvez aussi croire les ressources de la Sécurité sociale inépuisables. Mais c'est le défaut, à mon avis, d'une certaine école de pensée qui attribue à l'Etat des pouvoirs quasi fabuleux, à commencer par celui de créer de la richesse à l'infini. Or, dans les faits, il n'en crée pas du tout. C'est la valeur ajoutée du travail, qui en crée, et non sa redistribution une fois cette valeur ajoutée placée dans le circuit financier. Mais je ne m'étonne pas de trouver des reflets indirects de cette école de pensée dans le contexte dont vous êtes parti.

Écrit par : Rémi Mogenet | 21/06/2009

"cela permettrait aussi d'assurer de meilleures conditions d'existence et de développement au sud. Et donc de réduire les flux d'émigration vers le nord."

C'est complètement faux. Plus il y aura de l'argent au sud, plus il y aura de candidats pour venir chercher ici ce qu'ils ne pourront jamais avoir chez eux.

Les prétendus désespérés qui parviennent jusqu'ici aux prix des transporteurs et des passeurs sont des priviligiés dans leurs pays d'origine. Aider le sud reviendra donc à en augmenter le nombre.

Quant à faire payer l'AVS par des cohortes d'éboueurs et de plongeurs, il serait temps de comprendre qu'il n'y aura jamais assez de poubelles ni de plonges pour tout le monde.

Et il faudrait aussi tenir un peu compte du fait que, de la Grande-Bretagne à l'Autriche, en passant par les Pays-Bas et l'Italie, la colère et la résistance montent contre les invasions allogènes.

"...tôt ou tard, cela se fera. Parce que sinon ce sera la guerre."

Mais ce sera la guerre dans tous les cas. La guerre pour les empêcher de débarquer ici, ou la guerre civile ici... On n'y échappera pas par des lâchetés supplémentaires.

Écrit par : Scipion | 22/06/2009

"Mais ce sera la guerre dans tous les cas. La guerre pour les empêcher de débarquer ici, ou la guerre civile ici... On n'y échappera pas par des lâchetés supplémentaires."
C'est très exactement comme cela que je vois les choses aussi. On est dans Weimar et bientôt un nouvel Adolf, avec des populations européennes qui vont passer du multiculturalisme de bas étage au nettoyage ethnique en 24 heures. Comme en Yougoslavie.
Je tiens les gens qui prêchent la tolérance à l'invasion comme les premiers responsables de ces massacres futurs.

Écrit par : Géo | 22/06/2009

Géo : On est dans Weimar et bientôt un nouvel Adolf,
Je tiens les gens qui prêchent la tolérance à l'invasion comme les premiers responsables de ces massacres futurs.

Si je vous suis bien, ce sont les allemands qui prêchaient la tolérance envers les juifs qui sont responsable d'Auschwitz-Birkenau ?

Écrit par : carlos | 22/06/2009

@Riro. Vous avez entièrement raison. Arrêtons de subventionner par l'intermédiaire d'Etat à Etat car cela alimente la corruption et mettons nos billes dans des micro-projets (creusement de puits, plantation...) et arrêtons de demander aux pays pauvres de produire intensivement des produits pour le Nord (cacao. coton..) qui sont payés selon des cours trop fluctuants. Il est vrai que l'industrie classique des pays du Nord cale et que sa populations pour garder son niveau de vie, ses prestations sociales et payer rentiers et chômeurs se paupérisent car la relève démographique n'est plus là. Les pays émergents du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont de belles perspectives économiques devant eux. L'Europe doit faire une rupture en matière industrielle et se lancer dans de nouveaux perspectives comme les énergies renouvelable et propres pour leurs habitations, infrastuctures...L'Afrique décolonisée, se retrouve de nouveaux aux mains de nouveaux colons : les Chinois. Pour eux, la roue de tourne pas...

Écrit par : demain | 22/06/2009

Intéressant, de voir comment une discussion sur les relations nord-sud met rapidement à jour des craintes d'affrontement.

Des craintes, hélas, justifiées par la complexité de la situation.

Les "allogènes", tels que nommés par un contributeur (en clair: Ceux qui ne sont pas de culture occidentale), ont bien des raisons de se sentir floués. Ils sont à la fois le nouveau bas-prolétariat dans leurs pays d'accueil, et le vivier de recrutement pour les mouvances qui crient et prouvent quotidiennement leur haine de l'Occident.
Les "indigènes", quant à nous, n'avons jamais personnellement colonisé qui que ce soit, adoptons souvent avec plaisir des nourritures et des musiques étrangères, et, bon an mal an, sommes de plus en plus critiques envers les actes de nos multinationales dans des pays qu'elles traitaient jadis en conquis. Mais il est clair que nous sommes aussi capables de mordre, si nos élites continuent d'encourager comme une évidence la concurrence généralisée, la guerre de chacun contre tous. Sacrifiant tout au culte de "l'efficacité" (euphémisme qui signifie: "Que ça rapporte un max, et les dégâts sociaux, c'est pas mon problème..."), on a dérivé depuis trente ans, coucou Thatcher-Reagan, jusqu'au point où avoir un job est devenu un privilège. L'idéal, dans cette vision de la vie, c'est que je me réjouisse d'avoir décroché tel emploi plutôt que mon voisin, que j'exulte intérieurement comme quoi je l'ai bien niqué, et que je me foute totalement de savoir si sa famille va se retrouver à la rue. On en est là, non? Alors bien sûr, comment garder un peu d'empathie pour les "allogènes", tout aussi concurrents que mon voisin, mais prêts à accepter un salaire inférieur, moins de sécurité, etc...? En plus, la télé m'apprend régulièrement que les imams qui traitent l'Europe de catin ont de plus en plus de succès auprès des désespérés. M'étonne pas...moi aussi, je finirais peut-être par me dire: Quitte à vivre de manière indigne, autant me mettre à croire que c'est une épreuve divine. La privation n'a sûrement pas le même goût, suivant qu'on la subisse comme un exclus négligeable ou comme l'instrument d'un dieu qui saura récompenser les justes.

Inextricable, on dirait... Ce qu'on peut extrapoler à partir du présent semble en effet pointer vers un futur sanguinaire, si, disais-je, nos élites continuent de tenir pour naturelle la concurrence généralisée. Comme si les comportements humains se réduisaient à ça. Bien sûr que, conduit aux dernières extrémités, à peu près tout bipède fera tout pour survivre, y compris renier sa conscience et ses attaches (jusqu'à un certain point, pour la plupart). Mais le boulot principal des élites, la raison même de leur acceptation par la majorité (et non un droit naturel découlant de leur talent, réel ou supposé), ce boulot est justement de "maintenir l'humanité à flot". La dignité réciproque dans les relations sociales, la convivialité, la volonté pour chaque génération de ne pas empirer le monde reçu en héritage, ce n'est pas du bla-bla de sermon dominical ou des pensées éthérées loin du concret. C'est le concret : Un seul monde, des ressources limitées, des atavismes humains prompts à resurgir. Si on continue d'agiter tout ça par la concurrence généralisée, évidemment que ça va péter!

Libre à chacun d'interpréter ces menaces en termes purement géostratégiques (La Chine et la Russie poussent l'avantage en voyant l'Occident décliner, la mouvance islamo-terroriste pourrait bien être manipulée, etc...), de conflit de civilisations (les musulmans n'ont jamais digéré les croisades, les puissances émergentes méprisent notre matérialisme...) ou, plus viscéralement, en termes claniques (aucune envie de côtoyer ces gens, point final). De toutes ces manières, l'avenir reste plombé. Seule incertitude: Qui restera debout parmi les cadavres des adversaires? Voilà un film dont la fin ne m'intéresse pas.

Heureusement, quelqu'un est bien placé pour influer sur ce scénario : Obama. Bien sûr, il a déjà déçu beaucoup de ceux qui comptabilisent seulement les bénéfices obtenus par leur propre camp (les jusqu'au-boutistes au Moyen-Orient, Wall Street, la frange rigide de la gauche américaine, ceux qui lui reprochent de ne pas hausser le ton contre l'Iran, etc). Mais il peaufine jour après jour un discours conciliateur, et fait progresser l'idée que nos intérêts collectifs peuvent et doivent l'emporter sur ce qui nous pousse à l'affrontement. Je n'idolâtre ou idéalise aucun être humain, quel que soit son prestige ou sa "pipolitude", mais si Obama pouvait faire école...

Écrit par : Sindel | 22/06/2009

Depuis 1954 l'Afrique reçois une importante aide au développement......et on en est toujours au point de départ!
Pour arrêter la corruption, il faut arrêter de l'alimenter avec des "dons" qu'elle s'approprie en tout premier lieu.
Mais il n'y a pas de solution, car on en veut pas de solutions!
Le reste c'est pour faire parler les politiques et vendre des livres et ainsi ils nous font croire qu'ils pensent et réfléchissent.........à notre futur...............sic!

Écrit par : Corélande | 22/06/2009

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