23/06/2009

Nod-Sud: Faire ou défaire l'opinion

Un blog, c'est un peu comme le courrier des lecteurs des journaux: cela ne reflète qu'une partie de l'opinion. Ceux qui sont assez grande gueule pour l'ouvrir à tout bout de champ... et qui ont le temps pour. 

Les réactions suscitées par mon dernier texte sont éclairantes: un supré Maciste blanc, toujours prêt à en découdre, flanqué de ses supplétifs, un militant régional obnubilé par sa province chérie et sa haine de Paris, quelques voix pour rappeler le manque de solidarité de notre pauvre monde (merci à eux)... Mais quasiment aucune réaction sur le fond du discours. A savoir :

"Sommes nous prêts à partager le monde autrement, ? Nous sommes les plus riches sur cette planète. Même le bénéficiaire de l'Assistance publique genevoise, dont l'empreinte écologique est nettement supérieure à celle d'un cadre togolais. Sommes nous prêts à accepter de nous contenter à l'avenir d'un niveau de vie inférieur, tandis que celui d'autres pays va augmenter ?"

"Sommes nous pêts à y réfléchir pour faire en sorte que ce niveau de vie soit inférieur en matière de consommation de produits à forte empreinte carbone, mais peut-être pas si inférieur que cela en intégrant d'autres données, comme l'harmonie, les services à la personne, la qualité des relations humaines, la zénitude ???"

J'entends déjà Supré Maciste éclater de rire, mais à vrai dire je m'en fiche. parce que lorsque je parle avec des gens (qui sont des gens que je connais, donc pas forcément un échantillon représentatif, je vous l'accorde),  bon nombre d'entre eux, non seulement sont d'accord, mais ont déjà commencé à réfléchir à la question. Alors je crois que nous allons y arriver. Et que Supré maciste pourra bien essayer de déclencher sa guerre civile, avec ses quelques supplétifs, il restera seul dans son coin.

 

Commentaires

Parce que je ne fais pas comme vous de Paris, c'est à dire du siège de l'Etat, quelque chose d'absolument sacré, je hais Paris, Philippe? Vous êtes vraiment amusant. Mais la vérité est que l'étatisme me chagrine parce qu'il est à mes yeux une marque d'absence de fraternité réelle, puisque l'Etat n'est là que pour l'imposer sous le nom de solidarité. Ensuite, Paris est une très belle ville, pleine de beau monuments et de magnifiques musées. J'y suis allé l'autre jour, j'ai visité le musée des Arts Premiers, et ce que j'y ai vu m'a marqué profondément, bien que cela n'eût rien à voir avec aucune province de France que je connais. Je pourrais lui consacrer prochainement un article. Bref, Paris est, sur le plan culturel, une ville indispensable. Mais cela ne m'empêche pas de préférer vivre à la campagne, d'une part, et cela ne m'empêche pas non plus de préférer défendre, sur le plan politique, les intérêts du département que j'habite, à ceux de la Ville de Paris. C'est une question de loyauté. Que Paris dispose de musées et de monuments plus beaux que la Haute-Savoie n'y changera rien. Pourquoi se laisser éblouir? Et ma foi, si l'Etat est davantage lié à un département plutôt qu'à un autre, est-ce égalitaire? Comme le disait Victor Hugo, en République, la Franche-Comté est aussi française que l'Île-de-France.

Je pense que vos attaques personnelles traduisent surtout votre désarroi sur le plan argumentatif. Ma première intervention était simplement pour dénoncer la manière dont l'élite occidentale décidait toujours tout à la place des masses, y compris de l'hémisphère sud. Je n'ai pas contesté le fond. Si je ne conteste pas, c'est que je ne m'y oppose pas. Et comme dit l'Evangile, celui qui n'est pas contre vous est pour vous. Maintenant, vous défendez une conception élitaire d'un éventuel gouvernement mondial: c'est bien vous qui avez accepté d'aborder le sujet. Vous êtes drôle.

Mais enfin, c'est typique: "l'élite" se complaît volontiers dans des idées qu'elle croit très inspirées, alors que rien n'est plus facile que d'avoir de belles idées; la difficulté, c'est bien de les mettre en place. Or, si on commence par lancer depuis des journaux parisiens, et par la bouche de fonctionnaires parisiens, des solutions pour le monde entier, l'expérience pousse à en rire un peu, excusez-moi. Et en bonne politique, ce n'est évidemment pas par là qu'il faut commencer, mais par les fonctionnaires des pays du sud, et leurs journaux. Moi, à ce titre, j'ai lu les mémoires d'un fonctionnaire camerounais du BIT, Jean-Martin Tchaptchet. Eh bien, il dit bien que la coopération Nord-Sud se traduit souvent par une forme de nécolonialisme. Ce n'est pas moi qui l'invente, et je ne le lis pas dans "Le Monde diplomatique". Prochainement, je publierai dans le principal hebdomadaire de mon département chéri un article sur un poète haïtien, également fonctionnaire au BIT. C'est que j'ai lu ce qu'il a écrit. "Le Monde diplomatique" et les professeurs de Paris, ils me font un peu rigoler, et puis voilà. L'élitisme, c'est sûr, cela me rebute. Maintenant, tous ceux qui viennent de Paris ne se prennent pas forcément oour l'élite. Moi-même, j'en viens: j'y suis né, j'y ai vécu de nombreuses années, j'y ai fait mes études. Mais cela ne m'a pas rendu élitiste, parce que je ne me suis pas senti obligé de penser comme tous les gens diplômés et titrés que j'y ai rencontrés.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/06/2009

Pour l'élite (erratum).

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/06/2009

"quasiment aucune réaction sur le fond du discours. "

La plupart des commentateurs, vous l'avez remarqué, ne viennent sur un blog que pour fatiguer le lecteur en poussant toujours leur petite lubie favorite.

""Sommes nous prêts à partager le monde autrement, ? Nous sommes les plus riches sur cette planète. Même le bénéficiaire de l'Assistance publique genevoise, dont l'empreinte écologique est nettement supérieure à celle d'un cadre togolais. Sommes nous prêts à accepter de nous contenter à l'avenir d'un niveau de vie inférieur, tandis que celui d'autres pays va augmenter ?""

J'imagine que votre question est surtout rhétorique, puisque nous connaissons votre opinion, mais, si vous me permettez de la prendre au sérieux, j'ai peur que la réponse ne soit négative. L'Occident*, tant qu'il pourra l'éviter**, ne partagera pas ses richesses au-delà d'une dose minime de charité, formelle et au fond très inutile. Il n'a guère de raisons de procéder différemment, puisque les disparités de développement ne lui font courir aucun risque réel et que la pauvreté du reste de la planète ne représente au pire pour ses citoyens qu'un désagrément moral, aisé à rationaliser***.

"lorsque je parle avec des gens (qui sont des gens que je connais, donc pas forcément un échantillon représentatif, je vous l'accorde), bon nombre d'entre eux, non seulement sont d'accord, mais ont déjà commencé à réfléchir à la question. "

Vous semblez sous le coup de plusieurs biais cognitifs. D'abord les gens que vous connaissez sont davantage susceptibles de partager vos opinions, puisque, comme c'est le cas pour nous tous, vous fréquentez plus probablement des sujets soumis aux mêmes déterminismes que vous et dont les opinions sont formées par les mêmes facteurs.

Ensuite, vous confondez l'expression d'une opinion avec la propension à agir, la propension avec la faculté et la faculté avec ses effets. Qu'un sujet, convenablement choisi et plongé dans les bonnes circonstances, produise en effet le jugement sincère que vous en attendez, qu'il l'exprime et vous approuve ne vous apprend rien sur sa conduite effective, et celle-ci, parce que ce n'est que celle d'un individu, nous renseigne encore moins sur la politique qu'adoptera peut-être sa société, au macro-niveau. C'est cette dernière qui compte ici ; les rapports d'un centre avec sa périphérie sont des rapports entre des nations et des régions, pas entre des individus.






*Je persiste à parler d'Occident pour nous désigner. Parler de 'Nord' et de 'Sud(s)', avec ou sans majuscules, avec ou sans s, comme certains s'y obligent, sent trop cette correction politique mièvre qui fleurit dans les milieux de la coopération ou dans les organisations internationales.

**Il le pourra très longtemps.

***La rationalisation de ce petit sentiment de culpabilité est d'autant plus facile qu'il est compensé par des avantages très réels assurés aux populations développées par le sous-développement des autres.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 23/06/2009

"Et que Supré maciste pourra bien essayer de déclencher sa guerre civile, avec ses quelques supplétifs, il restera seul dans son coin."

Mais il trouvera en face de lui les énormes masses de frustrés qui estimeront toujours que vous et les vôtres n'en avez pas fait assez en fonction de votre "dette" et de leurs attentes.

Les gens comme vous ont ceci de particulier qu'ils recensent les problèmes, les étudient, élaborent des solutions et attendent le moment de les mettre en oeuvre avec la tranquille certitude que le reste du monde viendra, éperdu de reconnaissance, viendra se jeter dans leurs bras.

Seulement, le reste du monde, il passera devant vos bras tendus et il entrera dans le supermarché pour se goinfrer de tous les biens de la société de consommation, dont il a été privé. Vous commencerez par regarder avec un amusement attendri, cette revanche des spoliés.

Inlassablement, ils rempliront caddy sur caddy, allant bien au-delà de ce que seront leurs besoins réels. Mais bon, il faut bien que frustration se passe, penserez-vous, et il faut mener l'exorcisme à son terme. Avec peut-être, tout de même, déjà, une nuance d'inquiétude.

Quand le magasin sera vide, parce qu'ils seront loin d'être rassasiés, ils se mettront à casser les consoles et les rayons, les meubles et les vitrines, les caisses et les congélateurs, et alors vous direz que là, maintenant, ils vont beaucoup trop loin.

Mais ce sera trop tard, ils seront les maîtres du magasin... Peut-être condescendront-ils à vous permettre de nettoyer les chiottes...

Si vous avez de la chance, c'est à ce moment-là que Supré Maciste interviendra avec ses supplétifs...

Écrit par : Scipion | 23/06/2009

On ne vous répond pas sur le fond du discours, écrivez-vous. C'est indéniable et pourtant instructif. C'est qu'il y a tant de non-dit, tant d'impuissance subie, qu'à la première occasion, chacun dévie du sujet principal pour exprimer ses propres craintes ou espoirs. Et je le prouve immédiatement en répondant à côté, par un souvenir de jeunesse:

Jadis, notre bande d'amis se réunissait chez l'un de nous qui avait une grande maison. Une affichette scotchée dans sa cuisine disait: "C'est le partage qui est sous-développé".

Un soir, cette affichette avait causé une de ces discussions homériques qui vous entraîne jusqu'à l'aurore, avec force alcool et spaghetti.

- Il y avait ceux pour qui le message affiché disait l'essentiel en peu de mots. Je n'étais pas loin de leur avis, mais répugnais à partager leur culpabilité d'ancien colonisateur. "Jamais colonisé personne, moi" je répétais. "Je suis pour un meilleur partage parce que ça me paraît juste, non parce que je devrais expier ce qu'on fait mes ancêtres".
- Il y avait ceux qui insistaient pour analyser le présent à la lumière de l'Histoire. Oui, l'Occident avait prospéré en grande partie sur l'exploitation des colonies, mais tous les empires précédents avaient fait de même. Par contre, nous avions fini par admettre le droit de nos colonies à l'auto-détermination, et cela nous honorait.
- A quoi d'autres répliquaient qu'on avait quitté lesdites colonies la queue entre les jambes, et que cela montrait bien qu'on n'acquiert aucun droit sans rapports de force. Donc, viva la revolución permanente!
- Et puis, il y avait les pessimistes, qui estimaient inévitable qu'un jour, tout cela se retourne contre nous, et que les affamés de la veille nous fassent payer l'addition.

J'ignore si quelqu'un pensait "Y z'ont qu'à crever", mais personne ne l'a formulé.

Et puis...et puis, il y a eu trente ans de libéralisme économique. L'anxiété croissante de chaque individu quant à son avenir, son emploi et sa dignité sociale, cette anxiété a été vantée comme un "aiguillon salutaire". Nous l'a-t-on assez seriné, que chacun devait devenir l'entrepreneur de sa propre existence, toujours en mouvement, toujours à l'affût, toujours en concurrence avec les autres, et qu'au bout du bout, tout le monde s'en trouverait mieux. La place manque ici pour mener le procès des politiciens qui ont laissé faire, voire épousé cette imposture, que les crises économiques à répétition ont fini par rendre patente. Comment des gens bardés de diplômes ont-ils pu asséner aux peuples dont ils tenaient leurs mandats que notre société avait avantage à s'atomiser, jusqu'à privatiser des biens et des services collectifs, à entériner le retour des soupes populaires, et à traiter de "dinosaures" ceux qui rappelaient que ce qui nous permet de vivre ensemble n'est pas toujours chiffrable?

Sous prétexte de traquer les gaspillages bureaucratiques, on a occulté le rôle fondamental de l'Etat de droit, dont le peuple est prétendument souverain: Pondérer les appétits des puissants pour qu'ils n'imposent pas leurs conditions aux autres. Sans ça, c'est la loi de la jungle, malgré les costumes-cravates, les vacances aux Seychelles et l'écran plasma.

Et nous en sommes là, au plan collectif: La loi de la jungle. Cerise sur le gâteau: Les largesses accordées aux banques pour les sauver d'un effondrement qu'elles ont largement provoqué, alors qu'on s'entendait répéter que les caisses vides empêchaient tout geste en faveur des classes moyennes et inférieures. On dit au peuple: On ne pouvait pas laisser tout le système s'écrouler, et le peuple traduit: Quand c'est nous qui nous écroulons, ça les dérange pas plus que ça... Dégoût, désabus, indifférence, repli sur soi, sur son clan. Même à son point de déliquescence, la doctrine néo-libérale atteint son objectif primordial, puisque la stature de l'Etat-arbitre ne convainc plus personne.

Si nous reprenions notre discussion sur le "partage sous-développé", mes amis et moi, trente ans après, aurions-nous l'impression d'avoir progressé? Le temps écoulé a-t-il amélioré la situation? Bien sûr que non. La seule chose qui a progressé, c'est notre confusion, un trop-plein d'angoisse et de complexité qui nous ferait repousser ce thème de conversation. Je parie qu'on bifurquerait sur les mérites comparés des candidats de la Star-Ac ou les dernières coucheries des "people". Je n'ai rien contre le bavardage sur des thèmes futiles, et j'ai une cargaison d'anecdotes sur tel film ou telle chanson que je suis toujours heureux de partager avec d'autres aficionados. Mais de là à limiter le brassage d'idées à l'actu des stars...

Pour répondre enfin à votre interpellation, M. Souaille, j'ai fait depuis longtemps un choix personnel: Mon plan de carrière a consisté à rester à flot financièrement en diminuant mon temps de travail. Je n'ai ni limousine ni belle propriété, mais j'ai le temps de jouir de ma vie de famille, le temps de jouer et de méditer. "Quelle chance!" s'exclament certains de mes amis surbookés. Et, bien qu'il faille toujours être prudent quand on prétend extrapoler à partir de sa propre expérience, je ne vois pas quelle autre solution nous pourrions adopter pour réduire le chômage et l'exclusion, tout en incluant l'impératif écologique:
- Favoriser le retour en grâce du bien collectif,
- Claquer la porte au nez de ceux qui veulent nous vendre du "privilège", de l'"exclusif", du "faites verdir vos voisins de jalousie", et toutes ces fredaines visant a anesthésier notre empathie,
- Rappeler que ce sont les liens entre les individus qui forment une société et que personne n'est une île (sauf si on le souhaite et qu'on s'isole en renonçant à peser sur le destin des autres),
- Utiliser ce qui reste à l'Occident de prestige culturel pour diffuser un exemple d'auto-limitation consentie.

Alors un impôt payé au nord en faveur du sud? J'avoue mes limites quand il faut juger sa pertinence, vu la complexité des mécanismes financiers, et le peu de foi que j'accorde actuellement aux "experts en expertise", comme le résume un bon ami. Ma seule certitude est qu'il faut d'abord rétablir un minimum de confiance entre nos peuples occidentaux et nos leaders.

Ensuite seulement...

Écrit par : Sindel | 23/06/2009

J'en reviens pour ma part à mon premier commentaire. Tout le monde peut lancer des propositions idéalistes dans les airs. Peu de gens sont capables de les transformer en réalité. Et celle de Souaille est tellement idéaliste qu'il vaudrait mieux parler de grosse bêtise, que personne n'acceptera jamais. On vit par chance ici en démocratie et ce n'est pas par chance que Souaille n'est pas dictateur, parce qu'avec des idées comme cela on ne va pas bien loin...
Il faut couper toute aide à l'Afrique pour sauver ce continent. Et non le contraire.
Carthago delenda est...

Écrit par : Géo | 23/06/2009

En effet, le fait de couper toute aide à l'Afrique pourrait "sauver" ce continent. Mais quand je dis toute aide, cela comprend aussi les "aides négatives" que sont l'exploitation des richesses naturelles, la fournitures de produits alimentaires subventionnés ainsi que services financiers visant à l'évasion fiscale. Dans ce cas-là, oui, l'Afrique pourrait sortir la tête de l'eau.

Écrit par : Fufus | 24/06/2009

"Il faut couper toute aide à l'Afrique pour sauver ce continent. Et non le contraire.
Carthago delenda est..."

Moi je dirais plutôt,que c'est la charité publics qu'il faut stopper pour l'Afrique.Les chèques en blanc n'ont jamais aidés les Africains, à part évidemment les despotes.

Je persiste qu'il faut avant tout des actions politiques pour rétablir l'état de droit à la société civile.Autrement toutes les aides et investissements seront toujours la proie à la corruption. Mettons la charrue derriére les boeufs et non le contraire.

Comme je l'est dit plusieurs fois,le continant africain est entré malgré tout dans le chemin de la croissance +5%,pour 13 pays africains ou le G13 africain. 13 pays sur le reste du continant noir est peu,mais c'est possible.Mais comme il est possible d'avoir de la croissance sans démocratie ( c'est le cas de la Chine,par la mondialisation)il est préfèrable d'avoir comme je l'ai dit au début que les actions politique pour un état de droit démocratique est la meilleur solution pour une répartition plus juste et responsable des richesses notamment crées par le commerce mondial.( contrairement à la Chine non démocratique est corrompue ou seul 20% des chinois en profitent).

D.J

D.J

Écrit par : D.J | 24/06/2009

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